DESCRIPTION TOPOGRAPHIQUE
Nous allons essayer de décrire sommairement létat primitif et l'état actuel de la superficie du sol de Rome; après quoi nous donnerons quelques indications sur la nature des roches qu’on y rencontre, pour servir comme d'introduction à l'énumération que nous nous proposons de faire des matériaux indigènes : nous terminerons par la liste des matériaux étrangers que le luxe des anciens Romains avait été demander aux contrées lointaines, et dont un grand nombre ont été utilisés dans les monuments modernes.
Il ne faut pas croire que ce soit une entreprise aisée que d’avoir à faire des observations sur un sol où l’on ne trouve partout que des ruines. Rome a subi tant de vicissitudes ; les incendies, les dévastations de barbares, les inondations du Tibre, les tremblements de terre, ont accumulé tant de débris de toutes sortes, qu'aujourd'hui les vallées sont pour ainsi dire comblées, et que les monuments‘antiques qui subsistent encore, sont pour la plupart profondément enfouis; ainsi, au milieu du Forum, la colonne de Phocas, ouvrage du commencement du septième siècle de notre ère, et qui est elle-même élevée sur des ruines, est à 8"*,120 (25°) au-dessous du sol actuel; et près de la Salara l’on a découvert le pavé d’une rue antique à 10%*,394 (32°*%) au-dessous du pavé moderne. Enfin on ne trouve le terrain naturel qu’à une profondeur moyenne de 5"*,00 (15% 5),
Ces reconnaissances sont d'autant plus pénibles à faire, qu'il faut souvent les entreprendre dans les souterrains des habitations, et qu’elles ne peuvent quelquefois s’exécuter qu'à l’aide de la sonde.
Il résulte de là, qu'il convient pour atteindre le but que nous nous proposons, et pour se reconnaître au milieu de tant de bouleversements,
d'interroger, d’une part, les souvenirs de l’histoire, souvenirs vagues et très-
(1) La plupart des renseignements que nous donnons ici sur le sol de Rome sont extraits de lexcellent ouvrage de M. G. Brocchi, intitulé : Dello stato fisico del suolo di Roma.
“ji rétà : RENSEIGNEMENTS DIVERS. Ot
incomplets; de l’autre, de consulter des annales plus véridiques, que la nature semble recéler soigneusement dans son sein.
Pour bien saisir la configuration générale du sol de Rome, on doit se re-
présenter une vallée spacieuse flanquée d’une suite de collines, et sillonnée au milieu par le Tibre. À droite, elle est circonscrite par le Vatican et la. longue crête du Janicule ; à gauche, par le Pincius, le Quirinal, le Viminal, l'Esquilin et l’Aventin. Dans cette vallée s'élèvent isolés le Capitole , le Palatin, le Cœlius, et même cette portion de l’Aventin couronnée par $. Alessio et S. Prisca, laquelle est séparée de l’autre partie du même mont par une gorge assez profonde qui conduit à la porte S. Paolo. Quant au Pinaius, au Quirinal, au Viminal et à l’'Esquilin, ils ressemblent moins à des collines distinctes et séparées, qu'à un même plan ondulé qu'on ne saurait mieux comparer qu’au revers de la main.
Ces collines sont d’une élévation peu considérable, puisqu'elles n’atteignent au plus qu'à 88"",03r (277%). Dans le principe elles avaient sans doute plus de hauteur et plus d’escarpement ; mais peu à peu les vallées se sont élevées et les pentes ont été adoucies par des travaux de terrassement, comme celles du Quirinal par les déblais de Trajan.
La conformation de ces diverses collines n'offre rien qui mérite d’être mentionné, si ce n’est quelques points culminants que les anciens distinguaient par des noms particuliers.
C'est ainsi qu'au CariroLE, qui se compose de deux sommets séparés par une vallée, le sommet méridional se prolongeant vers le Tibre, et qu’on nomme aujourd’hui z2onte Caprino, était. désigné autrefois sous le nom de roche Tarpéienne, et la vallée sous celui d’Zatermontium.
LE PALaTIN avait également deux crêtes appelées Germalus et Felia; Vune située vers S. M. Liberatrice et l’autre vers S. Anastasia.
L’AvenrIN est séparé en deux parties distinctes , dont l’une moins élevée, où sont bâties S. Balbina et S. Saba, et l'autre plus escarpée où dominent les églises de S. Alessio et de S. Prisca.
Une portion du Corrrus était dénommée Cæliolus ; il est présumable que c'était cette partie de la colline qui s'étend de la Scala Santa à la porte Maggiore. |
Sur L'Esquizix , la plus vaste des collines de Rome, on distingue quatre
sommets situés à la villa Altieri, à la villa Palombara, à S. Pietro in ) età S. M. Maggiore : les deux derniers s’appelaient autrefois 207$ Oppius et mons Crispius.
L’Esquilin est traversé par le rempart de Servius, qui commence vers l'arc -dé Galien, passe dans la villa Negroni, se prolonge vers les thermes de Dioclétien et la vigne des Chartreux , coupe la rue Pia, pour arriver à re villa Mandosia où il se termine parallèlement à la vallée qui sépare le Quirinal du Pincius. Ce rempart est aujourd'hui enterré; mais sur presque tous les points où il existait jadis, on distingue encore une sorte de crête qui permet d’en suivre l'antique direction.
Les trois principaux points culminants du Quirinaz étaient désignés sous les noms de Salutaris, Mutialis et Latiaris : on les retrouve à S. Domenico e Sisto, à la villa Aldobrandini et au jardin Colonna. Deux autres sommets se remarquent encore: l’un au jardin du palais Barberini, et l'autre au jardin Pontifical.
Nous n'avons autre chose à dire des trois petites éminences connues sous les noms de monte Giordano, monte Citorio et de? Cenci, si ce n’est qu'elles sont formées, du moins les deux dernières, des débris d'anciens édifices.
Nous compléterons ces renseignements sur la forme des diverses collines, en donnant ici la mesure de leurs hauteurs respectives. Ces mesures sont rapportées au niveau des eaux moyennes du Tibre prises au port de Ripetta, niveau qui est à 6" ,497 (20 "*%) au-dessus de celui de la Méditerranée (1).
Mètres. Pieds.
CAPITOLE, à l’angle occidental de la roche Tarpéienne. 39,522 121.8 idem ; sohdeglérlise de l’Ara/cel110 Ce + RIM OTRMSE > PALATIN, sol de Péglise de’S. Bonaventura.......... 45,497 140.» COELIUS, . sol de l'église de S. Gio : in Laterano. ...... 44,828 138.» VIMINAL , sol de l'église S. Lorenzo in Panisperna. . ... 45,477 140.» ESQUILIN , sol d’une éminence dans la villa Negroni.... 58,606 184.5 idem , sol de l'église S. Croce in Gerusalemme..... 30,739 122.4
{1) Ces documents ont été puisés dans les travaux de Calandrelli, Scukburg, Scäccia, : Schouw et de’ Vecchi. |
Mètres Pieds sol de la cour du palais pontifical.......... 41,579 128.»
idem , sol de l’église S. M. degli Angeli (aux thermes RM CR... ... 46,726, 150.»
idem , sol du.jardin Colonna. ..........:....:.. 19,207, 190.2 Pinarus, sol de l’église della Trinità de’ Monti........ 42,229 130.» idem k sol de la villa Ludovisi, au casin de l’Aurore. 59,770 184.» idem , ol dote... 2. 00,042 1100.09 AVENTIN, sol de l’église S. Alessio,.":4......:..... 40,930 126.5» JANICULE, sol de l’église S. Pietro in Montorio........ 53,598 165.» idem , point culminant près de la fontaine Paola... 88,031 277.» VATICAN, sol de la basilique de S. Pietro. ..... PR DO ONE» Moxre Marro, qui forme comme la suite du Vatican. .... -136,433 420. ». Corso, vers son milieu, à l'égout du palais Kiano... 6,091 18.0 PANTHÉON, pavé du vestibule...........-..... 20 10.» Forum, sol antique sous l'arc de Septime Sévère...…. 7,985 24.7
: S'il faut en croire le témoignage des historiens, les premiers habitants de ces contrées, lorsqu'ils vinrent y fixer leur demeure, trouvérent la plupart de ces collines couvertes de bois, et des sources assez nombreuses à leur base.
Le Cariroze, suivant Denis d'Halicarnasse, formait un bois de chênes; du pied de cette colline sortait l'aqua Lautola, laquelle se rendait probablement dans le Vélabre Mineur. Une autre source, qui n’a pas été mentionnée par les anciens, existe encore près de la prison Mamertina. |
Sur le PaLATIN se trouvait le bois dédié à Pan ; sur l’'éminence qui s’y rattache : où l’on a bâti l’arc de Titus et S. Francesca Romana , existait un bois, et, de l’autre côté, dans la vallée du cirque Maxime, on cite encore un -bois de myrtes, d’où peut-être la vallée reçut le nom de Mirtea où Murcia. Trois sources sont indiquées, l’une, sortant de la caverne Lupercale, l'autre, à la base du mont tournée vers le Capitole, enfin , près de S. Teodoro, la troisième, qui se perdait dans le lac Juturne. I est assez probable que ces eaux provenaient d’une même source, et peut-être de celle qu’on retrouve à une grande profondeur dans la villa Spada, laquelle sort aujourd’hui près de la cloaca Massima. ; |
On ne peut douter qu'il n’y eût des bois sur PAVENTIN, puisque c'est là
que les anciens indiquaient la demeure de Faune, des S Sylvains.
Des bois de chênes devaient exister sur le Corus, puisqu'il était nommé
Querquetulanus.
On trouve près de Ja villa Fonseca une source qui était peut-être l'aqua
Argentina : elle sert aujourd’hui aux besoins d’une fabrique de papier établie près de S. Anastasia.
Plusieurs bois sont signalés sur PEsquirin. Suivant une inscription, une source fut trouvée au temps de Dioclétien près de la villa Negroni. Son eau, plus salubre que l'eau Marcia elle-même , et plus légère que celle du Tibre,
fut recueillie dans une citerne et servie sur la table de l’empereur. On ren-
contre une autre source sous le sol de S. Cosmo e Damiano.
Le Viminas futainsi nommé des bois de saules, vinini, qui lombrageaient.
Quelques bois sont indiqués sur le QuiriNaL, notamment celui du temple de Quirinus. On reconnait aujourd’hui trois sources, lune dans le palais del Grillo, une autre dans le Vicolo Mazzarini, et la troisième dans le couvent de S. Croce e Bonaventura de’ Lucchesi.
On ne possède presque aucuns renseignements sur le Pinerus (collis hortulorum) : on ignore s’il était couvert de bois, et même si les diversessources qui devaient s'échapper de ses pentes avaient un nom particulier. Seulement,
P. Victor et S. Rufus indiquent une fontaine des Scipions, située près des
jardins de Lucullus; mais on ne saurait dire si cette fontaine était naturelle
ou artificielle.
Suivant Pline, 1l existait sur le Varican un chêne plus ancien que lacité. Diverses sources baignaient le lieu où s'élève Ja basilique de Saint-Pierre ; Innocent X en conduisit les eaux dans la cour du Vatican et les distribua dans les lieux voisins. Une seconde source a été découverte, en 1637, dans le jardin du Belvédère.
Le Janicure possède également plusieurs sources ; on en trouve dans les jardins Corsini et Salviati, au bas de S. Pietro in Montorio, enfin, une quatrième au pied de la montée de S. Onofrio. On la conduite dans Fhôpital de S. Spirito, ét nommée Lancisi, du nom du médecin qui en éonseilla l'usage.
Le sol de la plaine était dans les mêmes conditions que celui des collines.