XIV NOTICE SUR LA VIE ET LES TRAVAUX
taire pour se livrer au commerce, el se fixa définitivement dans cette ville. Capable, doué d'énergie et d’une rare activité, il put, à force de travail, élever convenablement une famille nombreuse; faire donner à ses dix enfants une instruction solide ; comme il leur transmit les principes plus précieux encore el leur donna le bon exemple de la probité et des vertus domestiques. Ses'fils ont tous conquis des positions honorables.
Paul Le Tarouilly, l’ainé de ses enfants, fit avec succès ses études au Iveée de Rennes. En 1814 il vint à Paris, où il acheva, sous M. Dinet, inspecteur général, ses cours de mathématiques spéciales, pour se présenter au concours de l'École polytechnique. Il désirait entrer dans le génie militaire, où l’appelait son parent le général Treussart; mais la paix, qui allait désormais paralvser l'avancement, lui fit adopter une autre direction et le décida à s'appliquer à l'étude de l’architecture. En 1816, présenté par le baron Mounier, ami de sa famille, ilentra à latelier de M. Percier; la même année il fut reçu à l’École des beaux-arts, et quatre ans plus tard admis en loge. Vers 1819 il complétait sur le terrain ses connaissances acquises, en suivant, sous M. Baraguavd'Hilliers, les travaux de reconstruction du théâtre de l’Odéon.
A l'automne de l'année 1820 il partit pour l'Italie, où il devait trouver tout à la fois un aliment nouveau et un but à ses études. Rome et ses édifices, nobles créations du génie des grands architectes de la Renaissance, agirent puissamment sur son imagination impressionnable; il se voua avec l’ardeur de la jeunesse au culte de ces admirables modèles. C'était son existence tout entière qu'il allait engager à la muse aux séductions de laquelle il croyait alors ne s'abandonner que passagèrement. |
Le Tarouilly possédait toutes les qualités nécessaires pour réussir dans la pratique active de l'architecture : outre la connaissance de son art et la pureté de goût qu'il avait puisée dans l’enseignement de M. Percier, et qu'avaient affermie ses méditations sur les œuvres des architectes romains; outre son activité naturelle et son amour du travail, il avait de l’entregent et de hautes
relations; il était d’un commerce agréable; sa physionomie animée était svm-
DE P. M. LE. TAROUILLY. XV pathique, et il eût aisément, s’il l'eût voulu, étendu le cercle de ses relalions utiles et poussé rapidement sa fortune, comme l'ont fait plusieurs de ses condisciples; mais, au lieu de se jeter comme eux dans le tourbillon des affaires, 1l s'est absorbé dans limportante publication qui fut la passion et le but de sa vie. Il ne s’en est laissé distraire que par quelques travaux qu'il a exécutés comme architecte du gouvernement. ou pour sa famille et ses amis.
A son retour d'Italie, en 1824, il fut nommé inspecteur des travaux du ministère des finances, qui s'élevait alors rue de Rivoli. Plts tard il fut attaché en la même qualité aux travaux de la place de la Concorde, puis à ceux des nouveaux bâtiments de l'Observatoire. Enfin, en 1834, il fit un projet de restauration et d’agrandissement du Collége de France, qui fut adopté; l'exécution lui en fut confiée, et il fut nommé architecte en chef de cet établissement ; fonction qu'il a conservée jusqu'à sa mort. Les bâtiments du Collége de France, construits en 177% par Chalgrin, étaient devenus insuffisants pour le nombre des cours et l’affluence des élèves. Le Tarouilly dut modifier les distributions intérieures, consolider certaines parties, disposer de nouvelles salles de cours, un cabinet pour recevoir la riche collection de physique; et, en se raccordant sur les constructions existantes, il à ajouté latéralement deux pavillons destinés à contenir de nouveaux amphithéâtres. Entre ces deux pavillons il a ménagé une cour, ouverte sur la rue Saint-Jacques, et il l’a fermée au fond par un élégant portique, qui sert à les relier. Ce portique communique par trois arcades avec une autre petite cour intérieure, et par celle-ci avec la partie ancienne de l'établissement. A l'extérieur les pavillons, dont l'un forme le prolongement de la façade sur la place Cambrai, continuent, comme cela devait être, ordonnance grave et triste adoptée par Chalgrin; mais les façades intérieures et le portique dessinés par Le Tarouilly forment, par le bon choix et la précision de leur ornewentation, un ensemble d'un aspect plus riant, plus attique et mieux en rapport de convenance avec la destination, non-seulement scientifique, ais encore . littéraire de l'établissement. L'entrée et les façades des bâtiments anciens sur la grande cour pourraient aussi bien convenir à un hôpital; la petite cour-sur