‹ Edifices de Rome moderneChapitre 24 sur 154 · ENCEINTES ET POPULATIONS SUCCESSIVES · texte numérisé non relu

ENCEINTES ET POPULATIONS SUCCESSIVES

Au lieu de nous borner à donner simplement ici l'énoncé de l'étendue actuelle de Rome et le chiffre de sa population contemporaine, nous avons pensé qu'il serait à propos et intéressant de rechercher quels ont été les accroissements successifs de l’une et de l’autre, depuis les premiers temps jusqu'à nos jours.

Les documents historiques sont assez nombreux et assez précis pour qu'on puisse indiquer, sans erreur grave, quelle fut , à diverses époques, l'étendue de la ville; mais il est infiniment plus difficile de déterminer, d’après les textes antiques, les progrès de sa population. L’incertitude et le vague de ces textes, et surtout leur fausse interprétation, avaient donné naissance à des calculs erronés, répétés depuis dans des écrits estimés, et cette question, restée indécise, avait cessé d’être l’objet d’une discussion sérieuse parmi les savants. De nos jours , M. Dureau de la Malle, et après lui M. de Tournon,

ont jeté une vive lumière sur ce point obseur de l'histoire, éclairci déjà en

(1) Lorsqu'on exécutait ces travaux, on découvrit près du Panthéon, de la place Navona, et sur plusieurs autres points du campo Marzo, diverses branches d’égouts antiques, qui témoignent que les anciens avaient prolongé leurs cloaques même sous le champ de Mars.

1756 par un mémoire de d’Anville. Le mode d'évaluation qu’ils ont adopté étant plus rationnel qu'aucun de ceux qu’on avait suivis jusqu'alors, a dû les conduire à une solution beaucoup moins éloignée de la vérité. Ce mode consiste à estimer la population de la ville antique par analogie avec celle des villes modernes, en tenant compte toutefois des habitudes simples des premiers Romains, qui durent, pendant plusieurs siècles, se contenter des plus étroites demeures, et en supposant les rues peu larges et les monuments publics très-rares.

A leur exemple, nous allons établir nos premiers calculs d’après les surfaces occupées par les populations ; mais en admettant d’abord les mêmes éléments, nous aurons soin de les modifier ensuite, lorsque les conditions de l’état primitif viendront à changer sensiblement : nous motiverons, à l’occasion, les augmentations , du reste assez légères, que nous aurons à faire.

Les villes modernes sont loin d'offrir des proportions constantes entre leur population et leur étendue : les différences des unes aux autres sont au contraire très-marquées. En France, par exemple, Paris contient environ 209 habitants par hectare, tandis que beaucoup d’autres villes en renferment de 300 à 500 sur une égale superficie ; à Toulon , le nombre des habitants s'élève même jusqu'à 990 par hectare. Or, la moyenne entre ces quatre nombres étant de 500, nous la choisirons pour base. Sans doute ce chiffre ne pourra, en toute circonstance, s'appliquer à la population de Rome, s’accroissant dans une proportion variable, mais il sera, du moins pour les diverses époques, un terme moyen propre à donner l’approximation que nous cherchons et qu'il est seulement possible d'obtenir. Venons maintenant à l'application.

La première enceinte, celle de Romulus, fut carrée : elle ne comprenait que le Palatin, c’est-à-dire, une aire de 22 hectares. La population ne dut pas dépasser alors 11,000 individus.

La deuxième enceinte ajouta le mont Capitolin au Palatin, et la vallée qui les sépare devint le Forum. On peut estimer la superficie de cette nouvelle enceinte à peu près à 36 hectares, et conséquemment la population à environ 18,000 habitants.

Le règne long et pacifique de Numa fut favorable au progrès de la population. La ville s’étendit sur une partie du Quirinal et dans la vallée inter-

Ya s

médiaire, et occupa une surface d'environ 60 hectares, ce qui suppose un nombre de 30,000 habitants au plus.

Tullus Hostilius, maître d’Albe, détruisit cette cité rivale et en transporta les habitants sur le Cœlius, dont la superficie, compris les pentes, équivalait à peu près à celle de l'enceinte existante : ainsi la population put doubler; ce qui s'accorde avec le texte de Tite-Live, Duplicatur civiun numerus. La ville occupait alors environ 120 hectares, et le nombre des habitants devait être approximativement de 50 à 60,000.

Ancus Martius s'étant emparé de plusieurs villes du Latium, obligea leurs habitants à s'établir sur lAventin et dans la vallée Murcia qui le separe du Palatin. De plus, il éleva sur le Janicule un fort destiné à protéger Rome et la navigation du Tibre contre les incursions des Étrusques. Ce fort était lié au fleuve par une étroite enceinte qui comprit une faible partie de la vallée Transtibérine; à cette époque, la ville pouvait contenir au plus 80 à 90,000 habitants.

Enfin, sous Tarquin lAncien, comme la population continuait toujours à suivre un mouvement ascensionnel, son successeur, Servius Tullius, pressentant les hautes destinées de Rome, entreprit une vaste enceinte qu'il exécuta en blocs carrés de pierre volcanique, et fortifia, au nord-est, la partie la moins défendue par la nature, d’un agger où rempart terrassé, protégé par un fossé large et profond. Cette enceinte, d'environ 12,500 mètres, comprenait le reste du Quirinal, le Viminal et l'Esquilin, c'està-dire, un espace d'à peu près 638 hectares; la ville contenait alors les sept monts, d’où elle prit le nom de fille aux sept collines, UrBs SEPricorLis.

Ainsi, en moins de deux siècles, Rome était devenue tellement vaste, que l'enceinte de Servius put lui suffire jusqu'aux temps de Sylla, qui se borna, ainsi que César, Auguste, Claude, Néron, Trajan et Septime Sévère, à faire quelques augmentations partielles au Porœæriumn (1) sans changer l'enceinte de Servius (2).

(1) Le Pomærium était un espace attenant aux murs, tant au dedans qu’au dehors; espace consacré, suivant le rite étrusque, et qu’on ne pouvait couvrir d'aucune construction ni même cultiver.

(a) Suivant Denis d'Halicarnasse, l'enceinte de Rome ne surpassait pas de beaucoup, de son temps, celle d'Athènes, Le calcul du périmètre de l’une et de l’autre prouve en effet l'exactitude du fait avancé par l'historien.

On ne peut se dissimuler que la population ne fût d’abord et pendant longtemps insuffisante pour occuper toute l'étendue de cette enceinte. Mais à mesure que le luxe de l'Orient, introduit à la suite des conquêtes, vint multiplier les besoins, les habitations des riches s’agrandirent de plus en plus. En même temps, les édifices publics s’élevèrent de toutes parts, et le nombre des temples, des basiliques, des portiques, des thermes, des théâtres, des amphithéâtres, des cirques et des forum, s’accrut dans une proportion effrayante , surtout sous l'empire, el envahit chaque jour les habitations des particuliers. On dut, en pressant celles-ci davantage, chercher à gagner en hauteur ce qu’elles perdaient en surface. Il s’ensuivit des accidents si graves, qu'Auguste, pour y remédier, fut obligé de fixer la limite de leur élévation à environ 20"%",74, que Trajan restreignit même à 17"",60.

Ces diverses considérations nous porteraient donc à diminuer d’une part le chiffre de la population, et de l’autre à l’augmenter : mais comme il est à croire que ces deux modifications en sens contraire ne durent pas se balancer rigoureusement, et que l’agglomération ajouta quelques habitants par hectare, nous en porterons le nombre à 550. 11 résulte du calcul, que l'enceinte de Servius, comprenant, comme nous lavons indiqué, 638 hectares, ne put jamais contenir qu'environ 350,900 habitants.

Si Rome républicaine avait déjà franchi les limites sacrées du Pomærium, sous les premiers empereurs, l'insuffisance de l'enceinte se fit bien plus sentir. La ville se prolongea au loin dans la campagne, et des faubourgs se formèrent. L’étendue de ceux-ci serait aujourd’hui impossible à déterminer, à moins de supposer, ce qui est vraisemblable, qu'Aurélien, qui songea à mettre sa capitale, menacée par les barbares, à labri d’un coup de main : n'ait enveloppé presque en totalité ces faubourgs dans l'enceinte qu'il eonstruisit en 271; enceinte de 18,800 metres de pourtour et comprenant 1,306 hectares.

Sur la rive droite du Tibre, Aurélien augmenta peu l’enceinte de Servius, puisqu'il se contenta, à lexemple du roi Ancus Martius, de s'assurer une forte position sur le sommet du Janicule; seulement l'angle des murs qui rattachaient le fort au Tibre, fut plus ouvert, et comprit conséquemment une plus grande partie dé la vallée Transtibérine.

Sur la rive gauche, au contraire, il enferma dans les fortifications qu'il

élevait , la colline des Jardins (/e Pincius), le plateau qui domine le Qui- “inal, la totalité du Viminal, de l'Esquilin et du Cœælius, et vint rejoindre le fleuve, en comprenant l'Aventin et une partie de la vallée de Paqua Crabra.

À l’ouest, ne jugeant pas, sans doute, la ville suffisamment défendue par le Tibre et par la muraille de Servius, il continua les fortifications en suivant le cours du fleuve depuis la porte Ælaminia jusqu'au pont Janiculensis ; 1 enveloppa de la sorte toute l'étendue du champ de Mars qui jusque-là était resté hors des murs (1).

On ne saurait douter un instant qué les habitations qui, des faubourgs , passérent dans la ville par suite de l'agrandissement de l'enceinte, ne fussent entièrement semblables à celles de l’ancienne ville : peut-être pourrait-on leur supposer moins d’élévation que dans le quartier central ; mais, comme d’un autre côté, les monuments publics étaient sur ce point moins multi: pliés, nous croyons pouvoir maintenir notre base de 550 individus par heclare : d’où il suit que pour la totalité de l'enceinte d'Aurélien, pour les 1,396 hectares qu’elle contenait, le nombre des habitants devait être de 707,800.

Cependant, la plupart des habitations situées dans la vallée Transtibérine et toutes celles de la rive gauche du Tibre, qui s’étendaient assez loin dans la direction des routes, n'ayant pas été comprises dans l'enceinte d’Aurélien, formerent les nouveaux faubourgs de la ville; faubourgs sans doute tres-réduits alors, et dont on ne saurait qu'approximativement évaluer la population. Nous ne croyons pas toutefois qu’elle dût dépasser 50,000 individus. Ainsi

on pouvait compter :

Intra-muros...... 767,800 habitants,

Extra-muros...... 50,000

LOL... 017,000 habitants.

(1) Aurélien, en élevant cette ligne de fortifications, sut utiliser plusieurs constructions qui se trouvèrent sur la ligne du tracé. Ainsi les substructions qui maintenaient les terres du mont Pincius, et dataient d’une époque éloignée, le camp des Prétoriens, l'amphithéâtre Castrense , la pyramide de Caius Cestius, et d’autres monuments encore, furent encastrés dans les nouveaux

murs.

LE

Il existe pour cette même période de la population de Rome une base d’appréciation souvent indiquée, mais on a négligé jusqu’à présent de faire usage de ce précieux renseignement, parce que cherchant toujours à assimiler les mœurs et les habitudes romaines aux nôtres, on n'avait su lui trouver aucune explication raisonnable. Nous voulons parler du catalogue d’un écrivain du IV: siècle, de Publius Victor, qui, dans l'énumération de tous les édifices de Rome, fixe le nombre des hôtels, domus, à 1,830, et celui des érsulæ, à 45,705 : or ces deux nombres ne peuvent avoir subi de linfidélité des copistes une altération sensible, puisqu'ils sont le résultat de l'addition des domus et des insulæ des quatorze quartiers de Rome, lesquels nombres sont en partie confirmés par un autre catalogue incomplet qui date à peu près du même temps, et par divers autres documents. Il était essentiel d’insister sur ce point.

Mais, avant tout, il importe de bien établir la signification du mot sua, laquelle a été si longtemps débattue. Les uns l'ont traduit par le, massif ou pâté de maisons environné de rues ; d’autres (et Nardini parmi eux), effrayés sans doute de l'énorme quantité de maisons qui résultait de cette interprétation, l'ont modifiée, en se bornant à donner au mot ##sula laeceplion de petite maison. Enfin, M. Dureau de la Malle s’est efforcé dernièrement de démontrer qu'insula était l'équivalent de taberna (boutique). Les divers passages que le savant académicien cite à l'appui de son opinion, et que, pour abréger, je me dispenserai de reproduire, ont pu sembler concluants, mais, selon ma pensée, ils pourraient s'appliquer plus exactement à la traduction du mot #rsula par petite maison.

A notre avis, voici quelle a pu être l’origine de ce mot énsula : suivant toute probabilité, il servit dans le principe à désigner une habitation sans importance et isolée, comme le furent vraisemblablement les maisons de la Rome primitive : dans la suite, la signification de ce mot s’étendit à toute habitation peu considérable, sans y joindre l’idée absolue d’isole-

ment (1). Il nous semble, au reste, trouver dans les catalogues même de

(1) On n’a pas assez remarqué ce passage de Sénèque, qui nous paraît être concluant, et ne laisser aucun doute sur la signification du mot ésula: « Irsulæ, ducum domicilia magnorum, tater vilissima rerum rumerantur. » Ces insulæ, les premières demeures des grands citoyens, sont comptées parmi les objets les plus méprisables.

RENSEIGNEMENTS DIVERS. En!

P. Victor et de Sextus Rufus la preuve de l'emploi du mot énsula dans l’acception que nous lui donnons. On doit remarquer, en effet, que les deux mots #rsula et domus y sont placés comme opposés l’un à l’autre; que si l'énsula était la maison commune et de peu d’étendue, la domus devait être l'équivalent de ce qu’on appelle aujourd’hui hôtel ou palais. Cette double interprétation est encore confirmée par l'observation suivante : dans leur énumération des édifices, les régionnaires ne sont pas toujours d’accord : ces différences se conçoivent surtout à l'égard des érsulæ et des domus, parce qu’il devait y avoir des habitations sur lesquelles on pouvait élever des doutes, c’est-à-dire, qu’on pouvait classer arbitrairement, eu égard à leurs dimensions, soit parmi les domus, soit parmi les irsulæ. Aussi arrive-t-il ordinairement, et ceci mérite attention, que si, dans un quartier, le nombre des irsulæ Vemporte sur lun des catalogues, celui des domus emporte à son tour sur l’autre.

Il suffit d’ailleurs de jeter les veux sur le plan de Pompéi et sur les fragments de celui de Rome gravés sur marbre et soigneusement conservés au Capitole, pour concevoir la distinction tranchée qui existait entre les deux espèces d'habitations : la maison complète, celle de l’homme riche, la domus enfin, y paraît avec des distributions toutes particulières, tandis qu’on ne trouve dans l’érsula, où la simple maison bourgeoise, qu'un petit nombre des dispositions et des accessoires qui faisaient l'agrément de la premiere.

On a lieu de s'étonner que les savants qui, déjà, ont su faire de si heureuses applications des découvertes de Pompéi à l'explication du texte des auteurs anciens, n'aient pas cherché à en tirer des conclusions satisfaisantes relativement à la population de Rome, en commentant les catalogues de P. Victor et de S. Rufus. Il semble que lexhumation d’une ville entière, reparaissant au bout de dix-huit siècles, devait répandre de vives lumières sur bien des mystères de l’antiquité, jusqu'alors impénétrables, et nous révéler toute une civilisation perdue. La petite ville de province aurait pu ainsi expliquer l’ancienne métropole du monde. C'était à elle qu'il fallait demander des points de comparaison plutôt qu'aux villes modernes, si différentes à tant d’égards. Cessant done de se préoccuper de la considération que Paris, avec une étendue bien plus considérable , ne renferme pas

33,000 maisons, on ne devait plus regarder comme absurde que Rome püt

contenir 1,830 hôtels et 45,795 maisons, comme il est porté au catalogue de P. Victor. Ce chiffre énorme, et en apparence inadmissible, cesse, en effet, de l'être aux yeux de celui qui s’est rendu compte de l’exiguité des maisons antiques dont Pompéi nous offre mille exemples (1): loin de le considérer comme follement exagéré, nous allons voir qu’il peut, au contraire, fournir de précieux renseignements sur la question qui nous occupe.

Nous avons mesuré sur le plan de Pompéi un massif assez compacte de maisons ayant environ 3/4 mètres de large sur 100 mètres de longueur, et contenant 20 maisons : la superficie de ce massif étant de 3,400 mètres carrés, il en résulte que le vingtième ou l'aire moyenne de chaque maison équivalait à 170 mètres carrés (2).

Cela posé, admettons pour les 45,705 insulæ de Rome la même superficie, et cette hypothèse est, je crois, très-rationnelle, car, d’après le plan antique qu'on voit au Capitole, les maisons de Rome étaient certainement disposées comme celles de Pompéi, ville nouvellement rebâtie lors de la grande catastrophe qui causa sa ruine. Le terrain d’une petite ville ne pouvant être ni aussi précieux, ni aussi recherché que celui de la capitale, il n’est pas présumable que les maisons de Rome fussent plus étendues. Nous pouvons done

raisonnablement supposer une moyenne de 170 metres carrés (3) pour chaque

(1) Je me rappelle, à ce sujet, avoir entendu prononcer un mot qui ne manque pas de justesse, à M. Duponchel arrivant de Pompéi et parlant sous l'impression de ce qu'il venait de voir : «Mais ces gens-là, disait-il plaisamment, étaient donc logés comme des poupées? »

(2) Les deux petites irsulæ enclavées dans l’habitation dite du consul Pansa, que j'ai mesurée à Pompéi, sont beaucoup plus petites et n’ont même pas 100 mètres carrés. Ce sont très-certainement ces sortes d’érsulæ attenantes aux grandes habitations qui sont désignées dans les auteurs anciens par les expressions : Zasula in domo.

(3) En me voyant m'arrêter à cette moyenne de 170 mètres carrés, qu'on ne s’imagine pas que j'aie choisi un chiffre bien au-dessous de celui qu’on aurait pu déterminer d'apres les seuls éléments qui nous entourent. En effet, sans qu’il soit nécessaire de recourir à Pompéi, il suffit, pour avoir foi dans mes calculs, de se reporter à ce qu'étaient les maisons du vieux Paris, dont un assez grand nombre subsistent encore dans les anciens quartiers. Ces maisons sont étroites et se distinguent des autres, en ce qu’elles ont pignon sur rue, avec une toiture formant fronton sur la facade. J'ai été à même de reconnaître que l'étendue de la plupart d’entre elles, de celles même qui ont une petite cour, ne dépassait pas généralement 100 à 140 mètres carrés. On doit croire tout naturellement que ces maisons, plutôt que celles qu'on élève aujourd’hui , sont une tradition de la maison romaine.

maison, ce qui donnerait pour les 45,705 énsulæ...….... 7,785,150 mèt. carrés. Quant aux hôtels où domus, on éprouve plus de difficultés pour en fixer les dimensions moyennes, parce qu'il existait entre leurs proportions des différences énormes. Ainsi, au dire de Valère Maxime, il y en avait de tellement vastes, qu’on se croyait à l'étroit dans une habitation qui ne comprenait que sept Jugera (1"*,71), lesquels. eussent formé l'héritage entier de Cincinnatus. Il faut se garder sans doute de croire à de pareilles fictions, et.savoir les apprécier pour ce qu’elles valent, si lon veut rester dans le cercle des réalités : mais ces exagérations attestent du moins que les demeures de quelques personnages riches étaient fort considérables : seulement c'était le petit nombre; et la plupart des autres, sion: en Juge d’après ce qu'on sait de positif sur les habitations romaines, étaient au contraire peu étendues. Nous croyons donc, sans crainte de commettre une bien grande erreur, et compensation faite de la superficie des. unes par celle des autres, pouvoir fixer l'aire moyenne à 800 mètres carrés, d’où il résulte que les 1,830 hôtels comprenaient un espace de.

. 1,464,000 mèt. carrés.

Total de l'aire des habitations. 2 + + 9249150 mèt. carrés.

. Mais, én comparant ce dernier nombre à la superficie entière de la ville, contenant 1,396 hectares, autrement 13,960,000 mètres carrés, on reconnait que l'ensemble des habitations, c'est-à-dire, les domus et les insulæ réunies, pouvaient même ne pas occuper les deux tiers de la superficie totale. Il restait

de la sorte plus du tiers de la surface de la ville pour les monuments publics,

pour les places qui d'ordinaire étaient petites, pour les rues généralement étroites. Cette proportion nous parait, au reste, très-large et trés-convenable (x).

(r} Peut-être aurait-on pu se contenter des deux moyennes de 600 mètres pour les domus et de 125 mètres pour les évsulæ : mais j'ai préféré élever les deux chiffres pour rendre les calculs moins contestables. Dans ce cas, les proportions changeaient; suivant une opération arith-

ot

he

Après avoir établi que les habitations ordinaires (irsulæ) devaient avoir, pour la plupart, des dimensions peu considérables, cherchons à nous rendre compte de ce que chacune en particulier pouvait contenir d'habitants.

IL est à croire que les plébéiens, même dans une position de fortune fort médiocre, conservaient à peu près la même manière de vivre que les gens riches; que les femmes, par exemple, et toute la famille, se tenaient à l'écart, dans un appartement moins accessible. Pour admettre l'existence de ces habitudes dans des maisons aussi étroites que les ënsulæ ; 1 faut bien supposer que chacune d'elles n’était occupée que par une seule famille. Quant aux maisons destinées à loger les étrangers, les petits marchands, les célibataires, les ouvriers et les pauvres, elles avaient vraisemblablement quelques différences dans leur distribution , et les divers étages y formaient sans doute autant d'appartements. Toutefois il est présumable que la plupart des énsulæ, où au moins un très-grand nombre, ne contenaient qu'une même famille : ainsi s’expliqueraient les expressions qui reviennent souvent dans les éérivains latins : #2sula propria et éinsula communis.

Si nous cherchons maintenant à évaluer quel était le nombre des habitants de chaque nsula, il sera nécessaire de tenir compte de la maniere diverse dont ces habitations étaient occupées. Or, dans un espäce assez bien défini , il est possible d'estimer avec quelque précision la quantité d'individus qui-trouveraient place à s’y loger suivant leurs convenances. On pourrait, de la sorte, évaluer à 10 le nombre des habitants de l’irsula propria, et à 26 environ celui de l’énsula communis. La moyenne entre ces deux nombres est de 14,en supposant l’énsula communis dans la proportion du quart, relativement à la totalité des énsulæ ; c'est donc 14 qui serait le terme moyen des habitants des unes et des autres.

Pour ce qui est des hôtels ( domnus ), s'il s’en trouvait, avons-nous dit, de très-considérables, beaucoup aussi se rapprochaient pour les dimensions des maisons ordinaires; ces différences majeures rendent naturellement plus difficile l'appréciation de leur population. Considérant toutefois que

ces hôtels ne s’élevaient pas à une grande hauteur; qu'ils étaient pour

métique très-simple, il fût resté pour les places, les rues, et les monuments publics, plus de la moitié de la superficie tatale. Ce résultat, quoique possible, me paraît cependant moins probable que le précédent, et je ne l'ai indiqué que pour valider le premier.

la plupart peu étendus; qu’enfin, leur disposition était loin d’être favorable à une population nombreuse, nous ne porterons pas à plus de 4o Ja moyenne des habitants (1). Ces divers chiffres établis, venons à en faire l'application à la population générale de la ville.

Nous avons reconnu ci-dessus que les #2su/æ , lune dans l'autre, pouvaient loger 14 personnes, d’où il résulte que les 45,795 insulæ CORAN une -aionaiere ch idemnaltes di 50e à de eva 641,130 habitants. Il suit de même, pour les 1,830 domus, que les 40 personnes que nous avons admises dans chacune d’elles , déhientiphoduirents sta manecades ee eù veut 5,200 De plus,. comme il existait une immense quantité d’édifices publics, tels que les temples, les bains, les thermes, les bibliothèques, les théâtres, les cirques, etc., et qu'une multitude de desservants et d'employés y logeaient avec leurs familles, ce ne sera pas exagérer, je cos deporten leur. nombre: 4, sure: ass. 30,000": Reste, enfin, la garnison, que j'estime à............ 25,000 soldats. A l'extérieur des murs, les faubourgs, depuis la construction de l’enceinte d’Aurélien, étaient, comme nous l'avons déjà fait observer, peu considérables. Suivant notre précédente évaluation , leur population ne devait

ee eme de des» à « ati) 0 05000habitaits,

OR OE ERA LR ee le ee bre o ve à « .. 819,330 habitants.

Pour éclaircir davantage les questions du genre de celle qui nous occupe, il nous semble qu'on ne saurait trop accumuler les preuves, parce qu'il reste toujours au fond de ces questions un certain degré d’obscurité et d’incerti-

tude qui tient à leur nature. C’est pourquoi nous ne regarderons pas comme

{1) Lorsqu'un personnage riche avait à son service un grand nombre d'esclaves, il est probable qu'il en logeait une partie dans les z2sulæ attenantes à son hôtel, désignées sous le nom de : énsulæ in domo.

superflu d'indiquer un troisième mode d'évaluation qu’on pourrait considérer, en quelque sorte, comme la preuve mathématique de nos précédents caleuls. Ce mode est fondé sur un élément matériel et positif, sur Ja consommation de blé de l'ancienne Rome. On doit à M. Dureau de la Malle cette nouvelle et concluante observation, que nous nous permettrons de modifier dans l'application, d’après des renseignements précis que nous avons obtenus sur la consommation de Paris.

lci on pourrait, avec quelque apparence de raison, nous reprocher l'inconséquence de notre système, qui nous permet d'admettre maintenant une analogie que nous avons rejetée tout à l'heure. Mais cette contradiction n'est pas réelle, car si les mœurs et les habitudes des peuples peuvent changer dans le cours de dix-huit siècles , il ne peut en être ainsi des besoins ordinaires de la vie, qui demeurent, sinon invariables, du moins sans éprouver de changements bien sensibles. On va voir, au reste, que nous saurons tenir compte des temps, des coutumes et des circonstances locales.

La consommation de Rome, suivant Spartien, était par jour de 75,000 modius de blé, ou de 1,012,500 denos livres. Il est naturel de supposer que les villages les plus rapprochés de la ville, et situés, pour ainsi dire, à ses portes, prenaient part à ses approvisionnements, pour une quantité, sans doute, assez peu importante, mais qui toutefois ne pouvait être moindre de 30,000 livres. Cette quantité étant retranchée de la totalité des 1,012,500 livres, il ne restait alors d’applicable à la consommation de Rome et des faubourgs qu'environ 982,500 livres.

Il s’agit maintenant de déterminer quelle pouvait être la ration journalière de chaque individu , et il importe essentiellement de la fixer avec toute la précision possible, puisqu'elle doit former la base de nos calculs.

Avant tout, je ferai observer qu'on ne saurait assimiler ce taux individuel à celui d’un habitant de Paris, qui ne consomme pas une livre de pain par Jour. En effet, à l’époque dont nous parlons, les procédés pour réduire le blé en farine étaient loin d’avoir atteint les perfectionnements auxquels ils sont arrivés aujourd'hui. On se servait de meules trop imparfaites pour ne pas occasionner un déchet considérable. De plus, les aliments de ces temps reculés étant moins variés que de nos jours, surtout parmi la classe nom-

breuse des prolétaires, qui se contentaient de la nourriture la plus simple, il

devait en résulter une plus grande consommation de fürine. Je me sers à dessein du mot farine, parce qu’il n’est pas. vraisemblable que la totalité du blé fût transformée en pain , et qu'il est démontré, au contraire, qu'on se nourrissait alors, comme on le fait encore dans le pays, de bouillies et de pâtes de diverses sortes. D'ailleurs, la population de Rome n'était pas dans des conditions ordinaires : le nombre des célibataires s’y trouvait dans une proportion surabondante, et lon y comptait une multitude d'ouvriers, d’affranchis, d'esclaves et de gladiateurs; enfin, des oisifs de tous pays, attirés, soit par le luxe d’une grande ville, soit parce qu’on y pourvoyait à leur existence par des distributions : et lon ne saurait mettre en doute que la nourriture d'hommes faits ne dûüt dépasser en quantité celle d’un pareil nombre de femmes et d'enfants. |

Ces diverses considérations doivent naturellement nous conduire à élever la consommation journalière de blé par individu. Si donc il est certain que celle d'un habitant de Paris n’atteint pas à une livre de pain, la consommation d’un citoyen de l’ancienne Rome, qu’on pourrait convenablement accroître d’un quart , devait alors arriver à environ une livre et + de pain, équivalant à une livre et + de blé; d'où il suit que les 982,500 livres de blé, réparties dans la proportion d’une livre et +, devaient alimenter 818,750 individus (à).

Ainsi trois modes d'évaluation ont été successivement employés, et nous

ont donné pour le nombre des habitants ‘de Rome ancienne :

Savoir : 1° D'après la superficie de l'enceinte... 817,800 2° D'après le nombre des habitations... 819,330

3° D’après la consommation de blé... . 818,750

(1) On pourrait encore faire un rapprochement entre la consommation de Rome moderne et celle de la ville antique. Cet élément de calcul pouvant sembler plus rationnel, plus immédiat et plus concluant, nous allons en faire usage. *

D'après “un relevé exact, en 1812, Rome, qui comptait 140,000 habitants, étrangers et soldats compris, a consommé 265,000 hectolitres de froment. Or, cette quantité de blé étant transformée en pain et répartie également entre tous, donne, pour la consommation journalière de chaque individu, à peu de chose près, le même taux que celui de la consommation d’un habitant de Paris, c'est-à-dire, environ une livre. Ce résultat statistique bien constate est à remarquer par son analogie. Si nous passons maintenant à l'estimation de la consommation

Ces trois résultats presque identiques, obtenus tous par le calcul, en écartant les fictions et les fables, pour n’écouter que le langage sérieux des chiffres et des mesures, sont loin, sans doute, d'atteindre aux exagérations admises pendant si longtemps, et qui élevaient la population de Rome à plusieurs millions d'habitants. D'une part, les discours emphatiques des rhéteurs, exaltant la puissance et la grandeur romaine, donnèrent naissance à ces exagérations fabuleuses; de l’autre, les hyperboles des poëtes satiriques, cherchant, à leur tour, à frapper d’un blâme amer le luxe effréné des bâtiments particuliers, ou les envahissements despotiques et illimités des palais impériaux, contribuërent à les perpétuer et à les répandre; mais elles semblaient trouver un fondement plus sérieux en s'appuyant sur ce passage de Vopiscus : Muros urbis Romæ sic ampliavit ut quinquaginta propè müllia murorum ejus ambitus teneant, si ce texte unique n'était d’ailleurs évidemment altéré. Il est, en effet, impossible d'admettre, suivant cette version, un circuit de o ntlles, non-seulement parce qu'une construction aussi vaste se trouverait citée comme une des merveilles de Rome, dans plusieurs auteurs, mais parce qu’elle eût très-certainement laissé des traces nombreuses sur le sol. Ne serait-il pas absurde, lorsqu'on voit de grandes portions d’aqueducs, constructions légères et perpétuellement vibrantes, assez bien conservées, de supposer que des fortifications, qui par leur nature sont essentiellement solides et durables, ont été anéanties comme par enchantement, sans laisser les moindres vestiges ?

Toute la partie antique de l'enceinte actuelle appartient donc évidemment à celle d’Aurélien, et si, dans quelques portions, et surtout dans les portes, elle offre des indices certains d’une époque postérieure, c’est qu’en effet ces

murs ont été réparés à diverses reprises, d'abord par Honorius, qui cons-

de l'ancienne ville, il faudra, comme nous l'avons fait ci-dessus, et pour les mêmes causes, ajouter à cette ration d'environ une livre de pain, à peu près un quart de livre pour remplacer, dans les temps antiques, ce que les aliments nouveaux diminuent dans la consommation du pain au temps présent. Ainsi, dans l’ancienne Rome, la consommation individuelle et journalière était ex pain à peu près d’une livre et un quart, où d'environ une livre et un cinquième de blé. Ici nous devons faire remarquer l'identité de cette quantité avec celle trouvée précédemment , et qui nous a servi de base pour la répartition des 75,000 modius ; d’où il suit,

qu'ayant à passer par les mêmes calculs, nous ne pourrions manquer, pour le résultat définitif, d'arriver au même chiffre de 818,750 pour la population de la ville antique.

truisit même plusieurs portes, ensuite par Bélisaire, et enfin par un grand nombre de papes, qui songèrent à pourvoir à la sûreté de Rome.

Il paraît toutefois certain que, depuis Aurélien, l'enceinte n’a subi presque aucun changement d’assiette, du moins dans la partie située sur la rive gauche du Tibre : sur la rive droite, au contraire, elle a pris une certaine extension. Le premier agrandissement eut lieu en 852, sous Léon IV. Ce pontife, voulant défendre la basilique de SaintPierre des incursions des Sarrasins, fit élever une muraille destinée à renfermer cette portion du Trastevere, qu'on nomme encore la cité Léonine. Dans la suite, Paul III et Pie IV, en reconstruisant en entier cette muraille, l'étendirent dans tous les sens. Enfin, un siècle après, Urbain VIII entreprit et acheva, en 1643, cette enceinte moderne flanquée de bastions, qui couronne le Janicule, en partant de la porte Cavalleggieri pour aller rejoindre le Tibre, près de la porte Portese.

L'enceinte actuelle se compose donc, d'une part, de l'enceinte Transtibérine, que nous venons de décrire, et, de l’autre, de l'enceinte antique qu'Aurélien éleva sur la rive gauche. Leur réunion forme une ligne brisée dont le pourtour est d'environ 16 milles £ ou à lieues +.

Quant à la population de la ville, elle ne cessa de décroitre depuis Ja translation du siége de l'empire à Constantinople. Le triste abandon où fut laissée l’ancienne capitale l’exposa aux irruptions multipliées des barbares, et causa sa ruine. Dévastée et pillée à diverses reprises , elle dépérit bientôt d’une manière effrayante, et se dépeupla dans une proportion de jour en jour plus sensible.

On ignore quelle était sa population dans le moyen âge, et l'on ne posséde aucun témoignage historique pour suivre son décroissement durant cette période. Un seul document indique qu’en 1198, sous Innocent ITE, elle était seulement de 35,000 âmes. Au x1v° siècle, pendant que les papes siégeaient à Avignon, elle tomba même à 17,000; sous Léon X, elle s’éleva à 60,000 ; mais après le sac de Rome, en 1527, elle redescendit à 33,000. Depuis lors la population a toujours été dans une proportion croissante jusqu'à Pie VI, époque à laquelle elle atteignit 165,000 âmes; pendant l'administration française , elle fut réduite à 123,000; enfin, Rome compte aujourd’hui 150,000 habitants.

La ville moderne s’est rapprochée du Tibre et n’occupe qu'environ le tiers

de son enceinte. Les parties les plus habitées sont l'ancien champ de Mars, le mont Pincius, le revers occidental et méridional du Quirinal et du Capitole, et une partie de la vallée entre le Viminal et l'Esquilin: On ne trouve sur les autres monts que de rares habitations mélées aux maisons de plaisance, aux ruines, aux jardins et aux vignes. Au delà du Tibre, la’ population n’est pas considérable, et s’est fixée principalement dans la vallée qui

côtoie la base du Janicule et s'étend jusqu’au pied du Vatican. Jusq P

— cr?

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