AD HONOREM ET GLORIAM MARTIRI PRINCIPIS APOSTOLORUM AN.MDCXX VIII
Une restauration antérieure doit avoir eu lieu en 1605, d'après une autre inscription qu'on aperçoit à l'extérieur sur une table de marbre posée au-dessus de l’attique :
APOSTOLORUM PRINCIPI ORNATISSIMI VIRIJOANNIS FERNANDEZ PHILIPPVS III HISPANIARVM REX PACECO MARCHONIS VILLENAE PIAM THOLVM HVJVSCE SACELLI VETVSTATE OPERIS ANTI MEMORIAM HEREDITARIA COLLABENTEM DILIGENTIA RELIGIONE RENOVAVIT MDCY.
Je suis porté à croire que le couronnement de la coupole appartient à la même epoque.
Nous n'oublierons pas de mentionner le petit escalier à double rampe, qu'il faut descendre pour arriver à cette même chapelle. Il est compris dans la largeur des marches servant d’empatement ou de base à l'édifice : et cette adroite combinaison a conservé intacte à l’empatement sa forme circulaire. Comme l'escalier restait à découvert, il a fallu, pour l'écoulement des eaux pluviales, établir un pui-
sard qu'on voit indiqué sur le premier palier.
Suivant le plan général concu par Bramante; et resté malheureusement sans exécution, la cour du cloître, aujourd’hui rectangulaire , devait former une enceinte circulaire décorée d’un portique à colonnes. De cette disposition résultait non-seulement un ensemble ajusté et harmonieux , mais le petit temple, ainsi complété, en acquérait lui-
même plus de valeur.
Il y a tant de mérite dans cette charmante production , une étude approfondie y fait découvrir tant de beautés, que la critique la plus rigoureuse à trouvé seulement à s'exercer sur de légères imperfections de détail. Ainsi, on a blâmé le chambranle de la porte, parce qu'il empiète et qu'il s'applique sur les deux pilastres adjacents; c’est une incorrection, sans doute, mais il fallait bien se procurer une entrée d'une grandeur convenable, et le rapprochement des pilastres , suite obligée de l’exiguité du monument, ne laissait pas d'autre moyen de surmonter la difficulté. On a reproché de même à l'attique d’être trop élevé ; mais sans réfléchir que, d’après la disposition du plan général non exécuté , le temple ne pouvait être vu que d'un point assez rapproché, et qu'ainsi cette hauteur devait être diminuée pour Fœil. Enfin, l’on a condamné à la fois la masse trop pesante de lamortissement de la coupole et le gout de son ajustement : nous devons avouer qu'ici l’excuse manque, et que même, tout en conservant la configuration, nous avons cru pouvoir, sans inconvénient, diminuer
; ja Fa la proportion de toute cette partie supérieure de l'édifice. C'est le
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seul point où nous nous soyons permis de nous écarter de la plus
minutieuse exactitude (1).
Détails du petit temple de 5. Pietro in Montorio.
Si l’on se reporte à tout ce qui avait été exécuté en architecture depuis l'abandon des-:bonnes traditions, on ne peut manquer d’être surpris en trouvant dans ces détails autant de finesse que de correction. Bramante montra , dans cette circonstance, combien il savait mettre à profit les études profondes qu'il avait faites à Rome et à Naples, sur les beaux restes de l'antiquité. Aujourd'hui même que de telles études sont singulièrement facilitées, et que les applications de l'antique aux détails ont été multipliées à l'infini, on reconnaîtra que celle-ci mérite d’être comptée au nombre des plus heureuses qu’on ait encore faites. L'ordre extérieur et son soubassement, le couronnement de l’attique, et la porte d’entrée, sont, parmi ces détails, ce
qu'il faut principalement distinguer.
Suite des détails du petit temple de S. Pietro in Montorio.
Le plan détaillé que nous donnons ici, fait connaître d’une manière exacte, outre les mesures qui n'avaient pu trouver place sur les autres planches, ce que les plans, les élévations et les coupes avaient laissé
d’indéeis : savoir, la mosaïque du rez-de-chaussée , celle de la chapelle
(1) Pendant mon second séjour à Rome, j'ai vérifié avec soin sur les lieux mes dessins gravés, et je n’y ai reconnu aucune erreur, si ce n’est dans la balustrade qui couronne l’ordre dorique.On compte seulement trois balustres: dans chaque entre-colonnement , au lieu de quatre que j'ai indiqués. En un mot, le nombre total de ces balustres ne s'élève qu'à soixante- quatre. La couverture de la coupole n’est plus aujourd’hui la même; en la renouvelant, on l’a établie en plomb.
souterraine, la décoration des voûtes, et le soffite du portique. Les détails qu'on voit au-dessus ne sont pas par eux-mêmes très-remarquables; mais ils ont cette sorte d'intérêt qui s'attache toujours aux
moindres parties d’un bel ensemble (1).
Elévation du palais Cicciaporct, via del Banco di S. Spirito.
Cet édifice, l’une des plus belles productions de Giulio Pippi Romano , fut élevé vers l'an 1521, pour Giovanni Alberini, noble romain, et acquis ensuite par la famille Cicciaporci, dont il porte aujourd'hui le nom. La façade en est d’une belle masse et d’un caractère imposant. L'appareil du rez-de-chaussée est bien étudié, la corniche de couronnement d’un bon effet, enfin, le motif de la loge du troisième étage un amortissement très-pittoresque. Quelques détails méritent également d’être distingués; on peut citer surtout le profil du chambranle du portone, et le bandeau orné de postes. Malgré tant de parties recommandables , il faut cependant convenir qu'il en est d’autres, telles que ces pilastres, sans caractère assignable, et ces encadrements répétés aux deux étages, qui déparent singulièrement l’ensemble. Au reste, ce n’est pas ici qu'il faudrait chercher cette unité, cette pureté de style, ni ce sentiment délicat des convenances, qui répandent tant de charme sur les productions des Bramante, des Peruzzi, des Sangallo et des Vignole.
Presque toute cette facade est construite en travertin et exécutée avec un grand soin. Le fond des murs et les pieds-droits de la loge supérieure sont en brique; les colonnes seules de cette loge sont en marbre. L'arcade de droite n’a pas été achevée; mais comme il en
(1) Pour donner une idée de l’état actuel du monument, j'ai indique sur le plan détaillé les deux entrés latérales omises volontairement sur le plan d'ensemble, pl. 103. J'ai acquis la certitude, à la suite d’un examen attentif et d’après la nature et la disposition des matériaux, que ces ouvertures sont d’une construction postérieure.
existe un arrachement, il nous a été permis de la compléter sur la gravure.
La cour est traitée dans un caractère qui a de l’analogie avec celui
de la facade.
Palas Vicolo dell Oro; plan et élévation.
L'architecture de cette habitation à quelques rapports avec celle des palais de Florence. On reconnaît dans son ordonnance une sorte de genre mixte, un caractère indécis dans le style, qui ferait croire que l'architecte chercha à sortir des habitudes romaines et à modifier son propre système, pour donner peut-être à son édifice, élevé dans le quartier des Florentins , une physionomie appropriée à la localité.
Le plan offre une disposition simple et agréable, et la facade un aspect sévère. La proportion des étages et des croisées y est assez heureuse. On regrette de trouver quelques incorrections dans les détails et que la corniche de couronnement n'ait pas recu son exécution.
La cour est petite et d’une disposition qui n'est pas dépourvue de
mérite et d'agrément.
Palais Matter di Giove; plans et coupes.
Carlo Maderno fut l'architecte de ce palais, qu'il construisit pour Asdrubal Mattei, sur les ruines du cirque Flaminius dont Pirro Ligorio nous a heureusement conservé quelques souvenirs. Le plan est disposé dans un système de magnificence très-convenable pour la destination d'un édifice dont le propriétaire, possesseur d'un nombre considérable d’antiquités, voulait faire une sorte de musée en même temps que son habitation.
On pénètre dans l'intérieur du palais par deux entrées; l’une,
située dans l'axe de la cour, v conduit directement, l’autre aboutit à
l'escalier dont l'ouverture se présente en face. Une arcade ornée de compartiments accuse cet escalier. La première cour est la seule dont l'architecture soit digne d'intérêt. La seconde est restée dans un tel état d'imperfection, que nous avons cru ne devoir la mentionner sur le plan que par un simple arrachement, et seulement pour en indiquer l'existence. Elle est terminée par un mur de clôture qui la sépare du palais Negroni.
L'ordonnance de la première cour manque d'unité, le style en est peu correct, mais il y a dans l’ensemble des dispositions du mouvement et du charme. Les arcades et les pilastres des portiques, du côté de l'entrée, sont toutefois dans une bonne proportion ,et même assez bien profilés au rez-de-chaussée et au premier étage. Le deuxième étage, au contraire, est traité sans goût ; 1] y règne une pauvreté choquante, et la hauteur en est trop considérable. Pour le fond de la cour, qui ne se compose que d’un rez-de-chaussée terminé en terrasse, on a suivi la même décoration ; mais elle change sur les deux faces latérales : là, on a supprimé les ordres; de sorte qu'on y voit seulement des croisées et des mezzanines alternées à tous les étages. Cette répétition serait d’une monotonie fastidieuse, si elle n’était dissimulée par une foule de statues, de bustes, de bas-reliefs et d'inscriptions. Distribuées avec intelligence et ajustées avec gout, ces antiquités sont d’un très-bel effet, surtout du côté du portique. On en remarque encore un assez grand nombre dans l'escalier, dont les petites coupoles audessus des paliers sont décorées d'ornements en stuc, gracieux et variés (1). Les voûtes des salles ont été peintes à fresque par VAI bane, Lanfranc, le Dominiquin, et autres élèves du Carrache. La facade principale n'offrant rien d’extraordinaire dans le motif de son architecture , nous avons dü l’écarter. Elle est néanmoins digne d’élo-
ses pour la bonne division de ses étages, et pour être conçue dans un
{1) Nous avons cherche à faire connaître cette intéressante décoration, en publiant deux vues de cet escalier, qu’on trouvera dans le second volume.
principe de grandeur et de magnificence qui semble encore appartenir aux beaux temps de l’école romaine.
A tout prendre, ce palais forme un noble et riche ensemble, et
peut être considéré comme le meilleur ouvrage de Carlo Maderno.
Palais Mattei di Giove; vues de la cour.
Ces deux vues font connaître les principaux aspects sous lesquels peut se présenter cette cour pittoresque , et donnent l’idée du charme
qu'elle tire des antiquités qui la décorent.
Plan de l'église S. M. in Vallicella, dite la Chiesa nuova.
Le nom de ë7 Vallicella, donné à cette église, lui vient de ce qu'elle est assise sur un point déprimé de la ville, et formant une espèce de vallée. Construite d’abord par le pape saint Grégoire, elle menaçait ruine, lorsque saint Philippe de Néri, l'ayant obtenue de Grégoire XIII pour les Pères de son ordre, fut autorisé à la démolir pour la reconstruire en entier. Saint Philippe fut aidé dans son entreprise par le cardinal Pier Donato Gesi, et par son frère, alors évêque de Todi. Grégoire XIIT entra également dans les dépenses pour une somme assez considérable, de même que la famille Cesi, qui contribua à celles de la façade.
Les constructions, commencées d’abord en 1575, sous la direction de Gio: Matteo di Castello, furent continuées par Martino Lunghi le Vieux. Celui-ci exécuta l’intérieur de l’église, et fit même le dessin de la facade, dont il existe une gravure; mais son projet ne fut pas mis à exécution. La fatade fut ensuite élevée par Fausto Rughesi, d'après de nouveaux dessins de sa composition. Enfin, le 13 mai
1599, le cardinal Alessandro Medici, depuis Léon XI, consacra cette
église, dont il avait posé la première pierre en 1575. La sacristie est une adjonction due à Paolo Marucelli; mais l’oratoire, le cloître et ses dépendances sont l'ouvrage de Francesco Borromini. Cet architecte termina également la décoration intérieure de l’église, à l’exception des peintures et des stucs dorés qui ne datent que de 1700, et du pavé en marbre de la nef et des chapelles exécuté seulement en 1750.
Quoique le plan représenté sur cette planche soit l'œuvre successive de plusieurs architectes, il règne néanmoins dans son ensemble un accord et une harmonie dont on doit faire honneur à Borromini. Dans cette occasion comme en beaucoup d’autres, cet artiste à fait preuve d’une grande habileté à combiner un plan; il y a dévoilé toute la souplesse , toutes les ressources de son talent, incontestable à cet égard.
L'église est vaste, décorée avec magnificence et d’un aspect grandiose. La nef est spacieuse, mais les bas-côtés, quoique suffisants pour la circulation, semblent néanmoins étroits. Les chapelles latérales ont entre elles une communication commode, et présentent une suite de culs-de-four dont le motif est d’un bon effet.
La disposition du couvent n’est pas moins bien entendue. L'entrée en est parfaitement située, et les communications tant à l’intérieur qu'à l'extérieur sont établies avec une convenance remarquable. Toutes les parties accessibles au public, telles que le parloir, la sacristie, l’escaler, et la bibliothèque, judicieusement reportée au premier étage au-dessus de l’oratoire, sont distribuées autour de la première cour. La grande cour, au contraire, est fermée et généralement interdite aux étrangers.
La sacristie est à la fois à portée de l’église et de l’oratoire. Elle existait déjà lorsque Borromini fut chargé d'exécuter le couvent. On doit lui savoir gré de l'avoir si habilement enclavée dans ses constructions. Les cellules des religieux sont situées au premier étage autour de la grande cour. Celle-ci tire un grand agrément de l’eau des
fontaines, de la verdure des gazons et des arbustes. Enfin , la troisième
cour, destinée aux besoins domestiques de la maison, contient à son pourtour le réfectoire et ses dépendances, la cuisine et ses offices.
Pour respecter la propriété d’un voisin qui se refusait obstinément à entrer en arrangement, Borromini fut conduit à donner au réfectoire une forme elliptique, dont il eut par suite beaucoup à s’applaudir, autant pour la beauté même de la courbe que pour sa convenance.
Dans les écrits qui nous restent de cet architecte, il parle encore avec satisfaction de la situation avantageuse des trois principaux escaliers, dont le plus important fait arriver à la bibliothèque et aux pièces voisines : celui qu'il a placé à l'entrée de la grande cour mène des cellules à la sacristie et à l’église; enfin, le troisième, qu'on voit à l’autre extrémité du portique, se trouve à proximité du réfectoire, et forme une descente commode à la grande cour servant de lieu de promenade. Borromini s'arrête avec complaisance sur les détails de cet escalier , qu'il se félicite lui-même d’avoir étudié avec un rare bonheur. « Il à « pu obtenir des marches qui diffèrent infiniment peu entre elles de « largeur et de hauteur; la proportion des voûtes y est partout excel- « lente, et les jours tirés sur la facade ne détruisent en rien sa régu- € larité. » En un mot, il paraît si émerveillé de ce résultat, qu'il s'écrie : « Que lui-mème à peine à y croire, quoique la chose soit « pourtant sous ses yeux : Duro fatica a creder benche lo vedo ocu- « larmente che si siano potute aver tante cose. »
Nous nous dispenserons de signaler une foule d’heureux percées obtenus avec une grande sagacité, et dont chacun pourra, sans peine, reconnaître les avantages; mais nous croyons devoir faire mention de quelques parties du plan où se manifestent à un haut degré la science et l'étude. Aïnsi, nous engageons le lecteur à se rendre compte de la manière dont les communications de l’oratoire avec l’intérieur ou avec l'extérieur du couvent sont entendues, à examiner dans le même oratoire l’arrangement des petits escaliers circulaires conduisant aux tribunes, et surtout la combinaison de l’un d'eux avec le grand esca-
lier; enfin, à porter son attention sur le grand escalier lui-même, et
sur les liaisons qui existent entre le réfectoire, le lave-main, l'office et l'escalier voisin.
On doit vivement déplorer qu'une œuvre d’une conception aussi belle soit déparée par une foule d’extravagances. Pourquoi done, au lieu de rester simple et naturel, vouloir, à tout prix, faire parade d'originalité ? Mais abstenons-nous de parler des élévations de ce vaste édifice, cherchons plutôt à les oublier, pour ne conserver d’autre impression que celle de la beauté et du mérite incontestable de ce
plan.
Maisons du XVI siècle, décorées en sgraffito (1), situées vicolo
de’ Matricciani et vicolo del Governo Fecchio.
Dans un recueil où l’on s’est attaché à faire connaître les productions de l’art à diverses époques depuis celle de la renaissance, on devait donner une idée du caractère de ces maisons décorées en sgraffito, qu'on rencontre assez fréquemment à Rome, et qui attestent aujour-
d'hui que ce genre de décoration fut autrefois fort en usage en cette
ville. D'habiles peintres ne dédaignèrent pas alors de consacrer leurs
talents à orner l'extérieur des habitations particulières, et l’on cite parmi eux Polidoro di Caravaggio et Maturino. Tous les deux acquirent une grande réputation dans ces sortes d'ouvrages, où non-seulement ils représentaient des grotesques et des ornements, mais traitaient même avec succès des sujets d'histoire.
La plupart de ces peintures , exécutées en grisaille , en clair-obscur, ou en sgraffito, ont été détruites avec l’enduit sur lequel elles étaient appliquées, ou bien ont disparu sous la couche de chaux dont, par
insouciance, on les a malheureusement recouvertes, de sorte qu'il n'est
(1) On trouvera, à la fin de notre chapitre sur les materiaux de Rome, la description du procedé employé pour exécuter ces sortes de peintures (voyez page 88.)
plus possible d'en juger maintenant que sur les faibles traces et les fragments qui nous en restent.
Si ces deux élévations sont intéressantes sous le rapport de l’histoire de l’art, l’une d'elles, celle du bas de la page, l’est encore à d’autres égards : car elle est d’un heureux motif, et tire de sa décoration même un caractère de gravité qu’on a su allier à une certaine élégance.
Les détails que nous avons ajoutés sur cette même feuille compléteront l’idée qu'on peut se former de ces peintures, et feront connaître le genre de travail et pour ainsi dire /e faire de l'artiste, qu'on a copié
avec assez d’exactitude.
Petit palais, via de’ Coronart.
Il est situé en face d’une maison qui fut habitée quelque temps par Raphaël, dont le portrait a été peint en elair-obscur sur la facade par Carlo Maratta.
Ce plan, d'une disposition gracieuse et sage, a quelque chose de l'aspect simple et de l’élégante naïveté des plans antiques.
Palais d'Aste, piazza di Venezia.
Cet édifice, après avoir appartenu successivement aux familles d’Aste et aux Rinueci de Florence , a été acquis par madame Letitia Bonaparte, qui l’a habité longtemps et jusqu’à sa mort. L'architecte Gio : Antonio de Rossi, dont plusieurs fois nous avons eu occasion de faire remarquer le talent pour combiner un plan, a de même disposé celui-ci avec beaucoup d'intelligence. En donnant au vestibule de la grandeur et de la noblesse, 1l a su augmenter l'importance de ce palais, en réalité d’une médiocre étendue. L’arcade du milieu est assez large pour permettre aux voitures d’y tourner et de traverser une cour fort petite. La situation et l’arrangement de celle-ci procure
aux étages supérieurs des appartements doubles et éclairés sur tous
les points. Enfin, les petites fontaines décorant cette même cour sont ajustées avec assez de bonheur.
Comme la façade est entachée du mauvais goût de l’époque, nous n'avons pas du la reproduire ici, bien qu’elle soit régulière et que
la division et ia proportion des étages y soient dignes d’éloges.
Palais Gentili, via Rasella.
L’escalier est la partie remarquable de ce palais : il est accessible 11, »-. de deux côtés, et combiné de telle sorte, que deux personnes arrivant en même temps par l’une et par l’autre entrée, doivent à mi-étage se rencontrer sur le même palier, puis continuer à monter ensemble les révolutions suivantes destinées à conduire aux étages supérieurs.
Palais Strozzi, piazza Strozzi.
On retrouve ici un motif d'escalier semblable à celui que nous ve- 1x6. nons d'examiner, mais avec des combinaisons différentes. Ce ne sera probablement pas sans intérêt que le lecteur pourra comparer la manière ingénieuse dont les habiles architectes de ces deux palais ont satisfait au même programme dans des circonstances très-diverses.
Carlo Maderno, selon Venuti, doit avoir contribué aux embellis-
sements du palais Strozzi.
Eglise S. Agnese hors les murs.
Cette église, qu'on trouve hors de la porte Pia, à la distance d’environ un mille et demi de Rome, est bâtie dans la vallée située entre les voies antiques Salara et Nomentana , mais à proximité et au-dessous de la dernière. Constantin le Grand la fit édifier à la prière de Cons-
tance , sa fille , sur le lieu même où fut trouvé le corps de sainte Agnès.
Les papes S. Liberius et Innocent [* la restaurèrent successivement ; puis Honorius [”, dans le vue siècle, en orna la tribune ou abside de peintures en mosaïques représentant la sainte entre deux papes. Le même pontife éleva de plus au-dessus du maître-autel un ciboire ou baldaquin en métal doré; ce baldaquin, venant à menacer ruine, Paul V le fit remplacer par un autre en marbre supporté par quatre colonnes d’un porphyre très-fin et très-beau. Il y adjoignit un autel orné de pierres précieuses, dans lequel repose le corps de la sainte titulaire, dont la statue se voit au-dessus : celle-ci est formée d'un torse antique d’albâtre oriental, auquel on a ajouté une tête, des mains et des pieds en bronze doré, exécutés par Nicolas Cordieri, ou, selon d’autres, par Franciosini. Avant Paul V, en 1600, le cardinal Alessandro Mediei avait déjà restauré le monastère contigu et fait des réparations notables à l’église.
Pour arriver à celle-ci, on descend aujourd'hui un large escalier de quarante-huit marches, dont les murs sont enrichis d’un grand nombre d'inscriptions chrétiennes tirées des catacombes voisines. Îl est probable que l'entrée ordinaire existait dans l’origine sur la façade principale qui se présente au fond de la vallée.
De la voie Nomentana on arrive de plain-pied aux tribunes du premier étage en passant sous un petit porche à deux colonnes : des tribunes on descend au rez-de-chaussée au moyen d'un petit escalier cireulaire indiqué sur les plans.
Les colonnes servant à supporter la nef sont antiques et ont appartenu à divers édifices. On en distingue quatre au rez-de-chaussée, du beau marbre appelé Porta santa, et deux autres en brèche violette, également fort remarquables, moins encore par la richesse de la matière que par le fini de l'exécution. Les cannelures y sont subdivisées en plusieurs baguettes, gorges et filets, ce qui a fait dire que ces CO— lonnes avaient jusqu’à cent quarante cannelures.
Si l’on fait abstraction des chapelles latérales, évidemment posté-
rieures à la construction primitive, l’église se trouve ainsi réduite à
la nef terminée par un hémieyele, et aux bas-côtés, accusés seulement par deux files de colonnes supportant des arcades. Dans cette disposition ainsi modifiée, on retrouve la noble simplicité des monuments antiques, simplicité ravissante dont la tradition, conservée au temps de Constantin, semble un secret perdu pour nous.
Le petit plan général et la vue extérieure qu’on voit sur cette même planche, achèveront de donner une idée de l’ensemble du couvent et
de l’église, ainsi que de l'aspect pittoresque de toute cette charmante
fabrique.
Coupes sur l'église S. Agnese.
D’après la coupe générale sur la longueur, on peut juger très-bien de la décoration intérieure de l’église, et apprécier de même les détails et le caractère de son architecture, en considérant les deux portions de coupes rapportées à l'échelle ordinaire des élévations. Enfin, d’après le détail du plafond, on pourra également connaître l'ajustement des caissons, dont les compartiments présentent d’heureuses combinaisons.
A l'exception des mosaïques de la tribune, toute la décoration, c’est-à-dire les peintures, le plafond, l’autel, la balustrade du premier étage, les ornements entre les archivoltes ou dans le cintre des arcades du premier étage, appartient aux temps modernes.
Le beau candélabre antique qu'on aperçoit sur la coupe longitudinale, a été trouvé dans le petit temple voisin de Sainte-Constance.
Vue intérieure de l’éclise S. Aonese.
Nous aimons à faire remarquer que le bel effet perspectif de cette vue intérieure résulte d’une ordonnance d’architecture des plus simples. Cet exemple, et tous ceux du même genre que déjà nous avons
eu occasion de citer, prouvent assez qu'on s’abuse étrangement lorsque, pour donner plus d'éclat à ses ouvrages, on multiplie sans raison les divisions, les ressauts et les détails de toute sorte. Concluons donc, et c'est une vérité dont on ne saurait trop se pénétrer dans la pratique , que celui-là seul connaît le vrai secret de son art, qui sait atteindre le but, même le plus élevé, sans avoir recours à ces combinaisons mamiérées dans lesquelles se trahissent presque toujours d’impuissants efforts, ou à ces moyens extraordinaires qui entraînent souvent à des dépenses, d'autant plus regrettables, qu’elles sont rarement justifiées
par le succès.