‹ Edifices de Rome moderneChapitre 55 sur 154 · A S PI · texte numérisé non relu

A S PI

777702 TIM) comme au premier étage, les patères ont été supprimées au-dessus des archivoltes ; Qu’au premier et au deuxième étage le milieu des balustrades est

cintré, et forme dans chaque arcade une sorte de tribune ;

VI res

Qu'au deuxième étage le composite fut d’abord préféré au corinthien ; Enfin, qu'aux trois étages la clef des arcades sous l’architrave est en saillie, et profilée en console.

Palais Farnèse ; détails du rez-de-chaussée de la cour.

Qui ne serait frappé du beau sentiment qui règne dans tous ces détails ? Quelle proportion exquise ! quel galbe noble et pur dans les profils de l’ordre! enfin quelle heureuse combinaison dans les moulures de l’angle de la cour, pour y produire avec énergie l'expression de la force! T’ornementation est disposée avec réserve et à propos : son style a de l'élévation, et conserve le caractère grave et ferme répandu sur les moindres parties.

La porte n’est pas irréprochable ; elle est empreinte d'un caractère de solidité poussé jusqu’à l’exagération ; le chambranle en est lourd et d’un mauvais effet. Suivant le précepte de Vitruve, que Sangallo cite souvent dans ses manuscrits, et qu'il paraît avoir soigneusement étudié, cette porte diminue de largeur de bas en haut, et cette lar-

geur varie de 1 mètre 754 millimètres à 1 mètre 528 millimètres.

Palais Farnèse ; suite des détails du rez-de-chaussée de La cour.

Ces détails sont moins brillants, sans doute, que ceux de la planche précédente ; mais ils ne sont pas dépourvus d'intérêt, et sont, du reste, indispensables pour l'intelligence complète de certaines parties du rez-de-chaussée, que les coupes n'avaient qu'imparfaitement fait connaître. [attention devra principalement se porter sur le détail de la cheminée et sur celui de la croisée. Celle-ci est traitée dans le même principe que la porte de la planche précédente, dont nous avons blâmé

la masse et la pesanteur exagérées. Dans cette porte comme dans la croi-

sée, la frise a été supprimée, et pour toutes les deux l'ouverture des baies va diminuant à partir du bas. Ajoutons qu’à l'égard de la eroisée la critique ne trouve plus à s'exercer, et qu’elle approuve, au contraire, la justesse des rapports et l'harmonie parfaite du détail comparativement à la masse.

Palais Farnèse ; détails du premier étage de la cour.

L'ordre du premier étage est digne du dorique qui lui correspond au rez-de-chaussée, et l’un et l’autre sont étudiés dans le même esprit de sagesse et de force. L’harmonie se maintient dans l’ajustement du pilier d'angle, et c’est le mème génie de combinaison. A ces perfections il faut en ajouter d’autres, la beauté des profils et la distribution intelligente des moulures. Jamais Sangallo n’a mieux traité une ordonnance; dans aucune de ses œuvres il n’a été mieux inspiré. Les ornements de la frise, exécutés en stuc, sont attribués à Michel- Ange. Nous n'avons à citer aucun document qui confirme cette opinion, que nous ne repoussons pas; nous pouvons même dire que, selon toute probabilité, ces stues ont été exécutés sous sa direction, et qu’ils ont l'expression de son style et de sa manière sèche et un peu sauvage. Les autres détails, le piédestal, les balustres , l’imposte, les caissons et les pilastres, ont de la distinction et de la gravité dans les profils et les moulures.

Nous avions d’abord admis l'opinion reçue, et attribué à Vignole l’ordre ionique et les autres détails du premier étage ; mais Jamais Vignole ne s'est élevé à cette énergie de profil, à cette crânerie de formes, si jose parler ainsi. J'ai d’ailleurs acquis la preuve, en étudiant les manuscrits de Sangallo, que ce grand architecte est bien l’auteur de ces magnifiques détails. S'il est vrai qu'il ne les ait pas exécutés en entier, du moins ses continuateurs ont dü ne pas s’écar-

ter de ses plans. Je trouve d’abord dans ces manuscrits un dessin de

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la base de l’ordre, et dans la dimension exacte de l'exécution, avec

cette note curieuse : « Quelques-uns interprètent ainsi qu'il suit un « passage de Vitruve : Les as-

| | «tragales doivent être la hui-

| Le : :

| «tième partie de la plinthe des | \

« trochilles (scottes). Pour moi,

EM T4 s ne ; « J'entends, à l'opposé, que l’as-

« tragale doit être la huitième

«partie des deux trochilles,

« puisque itruve S’éxprime puisque Vitr S éxp

«ainsi : Zstragali faciendi sunt

<ottavæ partis tochili (1).»

Un autre dessin plus intéressant nous offre une preuve plus concluante en faveur de Sangallo. Ce dessin représente le chapiteau ionique également dans la dimension exacte de l'exécution, et porte ce titre, de l'écriture même de Sangallo : Pour le palais des Farnèse, pour le secondordre ionique (2). La figure du chapiteau est accompagnée de notes du plus grand intérêt, en ce qu'elles révelent la méthode imaginée par Ant. Sangallo pour le tracé des moulures et de la volute du chapiteau ionique. Cette méthode est très-simple, et donne à la volute un contour si suave et si parfait, que nous n'hésitons pas à présenter ce procédé comme préférable peut-être à ceux même qu'ont suivis Vignole, Palladio et Philibert de Lorme, qui pourtant écrivaient trente ans plus tard.

Sangallo divise le diamètre inférieur de la colonne en dix-huit parties qu’il nomme œils, sans doute parce qu'il prend cette fraction du diamètre pour l'œil de la volute. L’œil lui sert de module, et il.le

(1) « Alcuni intendono cosi, in questo modo Vitruvio, che li astragali abbiano ad essere « lottava parte del plinto de’ trochilli. Lo lo intendo come a riscontro che l’astragalo sia « l’ottava parte di tutte a due li trochilli; perchè dice cosi : « Astragali faciendi sunt ottavæ partis trochili. » (2) « Per il palazzo de’ Farnesi. — Per il secondo ordine ionico. »

ET CRITIQUES. 307 divise en vingt parties égales appelées minutes. Cela fait (1), il donne au chapiteau une hauteur de sept œils et demi, et le double, c’est-à-dire quinze œils, au diamètre du haut de la colonne ; et comme le diamètre du bas à dix-huit œils, et qu’ainsi la différence entre les deux diamètres est de trois œils, il s'ensuit que la colonne diminue d’un sixième. La division des moulures du chapiteau s'établit de cette manière. L'abaque ou tailloir, comprenant le filet et le talon qui couronnent, ont ensemble un œil et demi. Les deux moulures du bas, c’est-à-dire la baguette et le filet, ont également un œil et demi ; enfin l’ove a le tiers de la hauteur du chapiteau , autrement deux œils et demi (2).

La hauteur des moulures ainsi marquée, on obtient la saillie de l’abaque en portant une mesure de deux œils de chaque côté du diamètre supérieur de la colonne, qui a été fixé à quinze œils; d’où il résulte que la largeur totale de l'abaque est de dix-neuf œils. Maintenant pour le tracé de la volute on opère ainsi : de l'extrémité de l’abaque on porte vers l’axe de la colonne une mesure de trois quarts d’œil, autrement de quinze minutes, et l’on abaisse une perpendiculaire BF, qui passe par l'extrémité inférieure du talon de l’abaque. Cette perpendiculaire prolongée détermine le centre de l’œil de la volute, à sa rencontre avec la ligne inférieure de love DH. Après avoir décrit la circonférence de l’œil de la volute avec ce centre et un diamètre déjà fixé, puis tracé les deux diagonales AE et CG, on divise le rayon de œil en vingt et une parties égales ; on fait ensuite passer par chacune de ces divisions autant de petits cercles concentriques à celui de l'œil. Ces dispositions préliminaires suffisent pour décrire la volute entière, dont les divers centres se trouvent sur la perpendiculaire BF et

(x) Pour l'intelligence de ce qui suit, voyez la figure du chapiteau, page 308, placée avec intention au verso, afin que le lecteur, ayant la volute sous les yeux, puisse en suivre plus aisément la description qu’on lit an-dessous sur la même page:

(2) Ces divisions sont indiquées sur notre figure par des demi-cercles où quarts de cercle ponctués. — Le manuscrit ne dit rien du listel qui s’enroule avec la spirale de la volute, mais Sangallo a bien pu omettre ce léger détail dans des notes écrites seulement pour son usage.

l'horizontale DH, aux points de rencontre avec les derniers petits

cercles.

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Afin de mieux suivre l'opération du

tracé, il conviendra de recourir simultanément, et à la figure entière, et à celle de --\ l'œil représenté ci-contre de la grandeur de l’exécution. Sur ce détail les vingt et une divisions de l'œil et les divers centres de la volute apparaissent clairement.

1° centre 1,se place sur la ligne horizontale, . . ..... Detle 4° cercle : de ce centre on décrit le quart de cercle abc.

2° centre. 2, se place sur la verticale. .-, . . . . . : . . . Ferle 5°cerele: de ce centre on décrit le quart de cercle cde.

3° centre 3, se place-surl'horizontale. ..... :, .4.. ...…Hetle 6°cercle,: de ce centre on décrit le quart de cercle: efg.

4° centre 4; se place sur la verticale, . . . . . . . ... . Bret le 9° cercle :

de ce centre on décrit le quart de cercle ghi.

Le 5° centre 5, se place sur l'horizontale. :......... 4.1 Det le ":8° ceréle : de ce centre on décrit le quart de cercle 242.

Lesméf.centre, 6.,se placsssur.la verticale... ee ua Fet.le 0° eercle : de.ce centre on décrit le quart de cercle /mn.

Le .7° centre "7, se place sur l'horizontale. ......, D H et le 10° cercle: de ce centre on décrit le quart de cercle nop.

Léa entre OÙ2E place SUP VÉTUCAIS. PR AU ENLS ! Bet le 11° cercle: de ce centre on décritle quart de cercle pgr.

Le 9®centré9 se placetsur l'horizontale 4. 44 , sul D et le 12° cercle : de ce centre on décrit le quart de cercle rst.

Le 10° centre 10, se place-sur la vérticale +. . :.:..1 lsbascoc Fet le 13° cercle :

de ce centre on décrit le quart de cercle #4DE. Le 11° centre 11, se place sunPiorisontalen) on, LE. nes Het le 14° cercle : de ce centre on décrit le quart de cercle EFG. Le riicentreA12;"se place sur la verticale... .,...:,.,..... B et le 15° cercle : de ce centre on décrit le quart de cercle GHA. Enfin le 13° et dernier centre 13, se place sur l'horizontale D et le 16° cercle : de ce centre-on décrit le quart de cercle ABC, qu'on arrête en B, au pied du ta-

lon de l'abaque, et la volute est ainsi complétée.

Il nous reste à décrire le coussinet, partie du chapiteau qui s’obtient aisément. À cet effet on prend une ouverture de compas de un œil et demi, et avec ce rayon on détermine sur l'horizontale H un centre M situé de manière que l’une des pointes de compas étant fixée sur ladite horizontale, l’autre pointe arrive en O, qui est l’extrémité de l’axe de la baguette placée sous l’ove. De ce point M on abaisse la perpendiculaire MN, et l’on décrit la portion de cercle ON qui forme la partie inférieure du coussinet. Pour exécuter la suite de celui-ci, on abaisse d’abord la perpendiculaire RQ à la distance de deux œils, en dehors de la saillie de l'abaque ; puis, sur la perpendiculaire MN prolongée, on détermine un point P également distant du point N et de ladite perpendiculaire RQ, et de ce point P pour centre, on décrit le quart de cercle NQ. Enfin, pour compléter le coussinet, il faut tracer à la main une courbe avant la forme d’un ta-

lon renversé, laquelle partant du point Q, ira mourir sur l'extrémité

B du talon de l’abaque ; et pour qu'elle échappe la saillie F de love, il faut lui donner une faible courbure avant d'arriver à la partie creuse de cette courbe.

Tel était donc le procédé d’Antonio da Sangallo pour le tracé de la volute du chapiteau ionique. On le trouve ainsi consigné dans ses notes. Au premier aperçu, quoique plus simple que ceux qu’on connaît déjà, 1l semblera compliqué; mais pour celui qui en aura saisi

la marche, il deviendra, au contraire, une opération facile.

Palais Farnèse; suite des détails du premier étage de la cour.

De tous les détails qui composent ‘cette planche, ceux qu'on remarque tout d’abord sont les deux portes disposées aux extrémités de la gravure. Ces détails ont évidemment l'empreinte du style de Vignole. On reconnaît ce maître à la forme et au galbe des consoles, à la frise, partie creuse et partie bombée, aux profils de la corniche, au dessin des feuilles avec graines mises sous les consoles, enfin à ces petites feuilles placées au-dessus de l’enroulement du bas de la console, et qui sont chez lui un trait caractéristique. Vignole, d’ailleurs, a peu varié l’ajustement de ses portes et dé ses croisées, et cela fait qu'on ne peut guère se méprendre sur la plupart de ses productions.

La première de ces portes qu'on voit à gauche, celle dont la corniche est enrichie de modillons, est d'une proportion très-ferme qui dégénère même en pesanteur. Cette apparence provient de la hauteur considérable de l’entablement et de la saillie exagérée de la corniche. À cela près, les détails sont irréprochables et d’un beau caractère. Quant à la porte en bois, on peut apprécier sur l’ensemble la division des panneaux, et juger de leur profil d’après les détails.

Sur la frise de cette même porte, située dans l'axe du palais sous le portique du premier étage, et donnant entrée aux appartements du côté de la place, est gravée l'inscription : RaNUTIvS + FARN :carp. Cette

inscription, qui est répétée sur diverses portes du comble, nous enseigne que le palais fut habité par le cardinal Ranuccio, dit cardinal S. Angelo, après le départ de Pier-Luigi son père, créé duc de Parme et de Plaisance en 1545, ou après la mort de celui-ci, qui fut assassiné le 10 septembre 1547.

La porte de droite, à l’autre extrémité de la planche, est beaucoup plus simple ; mais elle plaît néanmoins par sa belle proportion, l’heureux rapport des diverses parties, et enfin par la pureté des profils.

La croisée à fronton qu'on voit au centre de la gravure appartient vraisemblablement à Michel-Ange. On y retrouve son style, mitigé toutefois. Sangallo avait laissé des dessins, peut-être même un commencement d'exécution ; son successeur, pour maintenir l’unité de la cour à cet étage du moins, dut renoncer à ses habitudes d’excentricité; mais il se permit quelques modifications dans les détails : ainsi, au lieu de frontons cintrés et triangulaires indiqués alternativement par le premier auteur, il n’a conservé que les frontons triangulaires, et dénaturé le caractère et même la disposition des moulures de Sangallo.

Palais Farnèse; suite des détails de la cour.

A ne considérer les détails du dernier étage de la cour que sous le rapport de leur mérite, ils n'eussent certes pas trouvé place dans ce recueil; mais ils appartiennent à l’un des monuments les plus célèbres de l’art moderne; et c’est ce qui nous a déterminé à les reproduire pour que notre publication fut complète. Cette reproduction, au reste, ne sera pas sans utilité ; elle pourra du moins servir d’avertissement aux artistes qui seraient tentés de se jeter aveuglément dans la voie aventureuse des innovations, et elle leur signalera le danger de ces réformes téméraires ou improvisées. N'est-ce pas, en effet, un spectacle affligeant de voir le grand génie de Michel-Ange s’égarer lui-même dans cette voie, et le triste contraste qu'offrent les détails

JED NOTICES HISTORIQUES

ajustés par lui, avec ceux de l'illustre maître auquel il fit trop souvent une opposition peu intelligente ou même peu honorable ?

La cheminée, représentée sur cette même planche, est due à Vienole ; elle se recommande par la convenance des profils et la suavite du galbe des consoles. Nous l’offrons comme une sorte de dédommagement à nos lecteurs. Elle est exécutée en marbre jaune antique, et se trouve dans les deux salons a et b. (Voyez le plan de la planche 117.) On lit sur la frise de l’une de ces cheminées l'inscription

suivante : PAVLYVS - III: PONT: MAX: (1).

Palais Farnèse ; vue de la cour, prise sous le portique de l'entrée.

Avant d'arrêter le point de vue de cette perspective, nous avons cherché longtemps celui qui présentait les meilleures conditions pour l'effet, celui qui pouvait le mieux faire apprécier cette belle cour, et la faire connaître le plus complétement. Nous l'avons choisi de facon à faire ressortir toutes les beautés de cette magnifique ordonnance, et pour qu'aucun ajustement de quelque intérêt ne fût masqué ni perdu pour l'œil. |

Au premier plan se présentent ces piliers puissants qui supportent la voûte des portiques : et, par l'effet des développements produits par la perspective, on Juge des compartiments du dessous de l’imposte et des caissons du cintre intérieur des arcades.

Au second plan, les deux premiers ordres apparaissent bien complets, tandis que le troisième ordre, qui dépare la cour, est à demi voilé. On distingue, au rez-de-chaussée, les portes et les croisées situées au fond des portiques, et jusqu'aux ornements variés qui décorent les métopes de l’ordre dorique. Le premier étage n'est pas moins

(1) Cette inscription démontre sans réplique que Vignole prit part aux travaux du palais au temps de Paul If, qui mourut en 1550, environ quatre années après Sangallo. Elle fait ainsi

remonter la participation de Vignole à une époque antérieure à 1550 , et, selon toute probabilité, à 1547 où même à 1546, date du décès de Sangallo.

bien expliqué : on juge d'un coup d'œil de l’ensemble de la décoration et de toutes ses variantes. Au fond de la cour, les arcades sont à Jour et ornées de balustres. Sur les faces latérales, les balustres sont supprimés, les arcades murées, et des croisées à frontons ménagées au centre. Cette vue fait surtout sentir combien il importe de fortifier les angles par une combinaison de colonnes et de pilastres accouplés, et elle en explique l’ajustement, même plus clairement que la coupe.

Enfin on découvre au troisième plan le vestibule du fond, que cette vue, il est vrai, ne fait apprécier qu'imparfaitement ; mais comme ce vestibule est très-nettement détaillé sur les planches 125 et 130, on pourra y recourir pour s’éclairer.

Nous ne pensons pas que cette brillante perspective puisse affaiblir, dans l'esprit de nos lecteurs, la haute opinion qu’ils ont pu concevoir de cette cour, à la lecture de la notice de la planche 125, et qu'ils trouvent nos éloges exagérés. Nous les prévenons, toutefois, qu'ils ne doivent pas chercher dans l'architecture de ce noble édifiée cette sorte d'élégance et de délicatesse dont le palais de la chancellerie est un des plus beaux types, ni ces ajustements à la fois pittoresques et d’un gout exquis, dont le palais Massimi est un rare exemple. Ici le mérite est autre, sans être moindre; ici le beau est dans l'harmonie et la régularité, dans la pureté de la forme et l'expression calme de la force, comparable à celle du lion en repos. Enfin, pour dernier éloge ajoutons que, par son aspect grave et sérieux, il est de tous les édifices modernes celui qui se rapproche le plus des monuments antiques.

Palais Farnèse ; vue de la galerie f, située au premier étage. (Voyez f sur le plan, PI. 117.)

De toutes les galeries illustrées par des peintures murales, la plus vu, :3. admirée est celle de la Farnesina, décorée par Raphael. (Voyez plan-

che 102.) La galerie du palais Farnèse tient, sans contredit, le second rang. Les belles fresques qui lui donnent tant de prix furent exécutées pendant les premières années du xvn° siècle, par Annibal Carrache, aidé de son frère Augustin, de son cousin Louis Carrache et de ses meilleurs élèves, le Dominiquin, Lanfrane et le Guide.

La longueur de la salle est de 20",14 sur 6” ,59 de largeur. Sa décoration se compose de stucs dorés, de pilastres corinthiens séparés par des niches ornées de statues antiques. On y remarque deux bustes de Paul II, dont l’un est dùû au ciseau de Michel-Ange, et l’autre à celui de Guglielmo della Porta.

La voûte est divisée en sept compartiments de diverses grandeurs, où sont représentés des sujets mythologiques puisés, pour la plupart, dans Ovide et dans Virgile. Le sujet du centre, dont la dimension est plus considérable, exprime le triomphe de Bacchus et d’Ariane. Des médaillons entourés de figures assises sont placés entre les principaux tableaux. D’autres figures debout, à l'instar des cariatides, semblent supporter les grands cadres. Ces diverses figures sont considérées comme de magnifiques études, où la science et la beauté du nu sont portées à un très-haut dégré. On retrouve le même mérite dans les six figures accroupies, imitant le bronze, placées entre les portes aux extrémités de la salle, lesquelles supportent les grands cadres qui occupent toute la paroi du mur.

Ces admirables peintures, regardées comme des chefs-d’œuvre, et qui avaient coûté à l’illustre artiste et à ses dignes .collaborateurs huit années de travail, demandaient une noble et généreuse rémunération (1): qui pourrait croire qu'elles aient été taxées à 500 écus d’or, somme dérisoire, en raison du temps employé et de la valeur inapprécable de l’ouvrage? Pour excuser le cardinal Odoardo Farnèse de cet acte d’odieuse parcimonie, on en a rejeté la responsabilité sur un certain Gio : Castrensi, son intendant, homme sans doute jaloux, grossier, ignorant, et complétement incapable d'apprécier un objet d'art;

(1) Quelques salles voisines ont été également décortes par les mêmes peintres.

mais rien ne saurait absoudre son patron d’une aussi criante injustice. Annibal Carrache en conçut un vif chagrin, qui peut-être abrégea ses jours. Îl mourut en 1609, à l’âge de quarante-neuf ans, quand il pouvait encore tant produire. Le cardinal Odoardo, qui marchandait ainsi des chefs-d'œuvre, n’appartenait que de nom à cette famille généreuse qui s’est illustrée pour avoir élevé les palais Farnèse et de Caprarola. La postérité a pris hautement le parti d’Annibal contre l’indigne Mécène auquel il s'était livré : elle a noblement vengé le

grand artiste par son admiration constante (1).

Ensemble du plafond a, situé au premier étage.

(loyez à sur le plan, PI. 117.)

Plusieurs salles du premier étage sont décorées de beaux plafonds qui sont tous exécutés en bois, et, il faut l'avouer, avec peu de précision : mais ces imperfections ne sont pas apparentes, attendu que les détails sont exposés à une assez grande hauteur.

Ces plafonds, au dire de Vasari, sont l’œuvre de Sangallo. Lorsque celui-ci agrandit le palais, «il y exécuta, suivant le biographe, un «plus grand nombre de salles et plus magnifiques, avec de très-beaux «plafonds refouillés et beaucoup d’autres ornements... (2).» Cependant cette affirmation de l'historien nous semblait suspecte, vu qu’à la

(1) Vasari en pareille circonstance exprime ainsi son indignation à l'égard des grands personnages qui abusent de la réserve et de la modestie d’un noble artiste : « À vrai dire, autant « il faut être discret envers les princes magnanimes et généreux, autant il faut être importun «et fastidieux ( fastidioso) à l'égard des avares, des ingrats et des discourtois, parce que de

«même qu’envers les bons, importuner et demander sans cesse serait vice, de même avec les “ avares, c’est vertu ; et ce serait vice, au contraire, que d’être discret avec eux. » (Vie de Baldassarre Peruzzi.)

(2) « Facendo maggior numero di stanze e più magnifiche, con palchi d'intaglio bellissimi «e molti altri ornamenti. » (Vie d’Antonio da Sangallo.) Vasari ajoute, dans la vie de Daniel de Volterre, qu’Alexandre Farnèse fit peindre par Daniel une très-belle frise, dans une salle situec à l’angle de son palais au-dessous des plafonds si riches exécutés sous les ordres d’Antonio da Sangallo. Ce témoignage répété est concluant.

mort de Sangallo la toiture n’était pas encore posée. Aussi avions-nous attribué à Vignole l'ajustement de ces plafonds. Notre jugement s’est réformé à la suite d'observations prolongées. Ces détails nous ont semblé, en effet, appartenir à la manière de Sangallo pour les profils et l’ornementation ; depuis, nous avons retrouvé la confirmation de nos pressentiments, et en même temps celle du texte de Vasari dans les dessins mêmes du maître. [Il est vrai que ces dessins ne sont pas conformes à l'exécution et ne présentent que des masses; mais on sait que ces sortes de travaux sont modifiés, le plus souvent, par l’architecte au moment même où l'on va opérer, et qu'une simple indi-

cation de détail suffit pour diriger l’ouvrier.

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