DR RU
K ju) Ÿ 4 1 ÿ à =:
<] Vanni, qu on trou
] ve à une faible dis-
tance. La vue gravée sur la planche 25, et le dessin quenous donnons
ci-contre, bien
#} que l'un et l’autre
Er orne d'une petite di- | | |
mension,suffiront pour faire apprécier l’ensemble et le caractère des figures de cette cu-
rieuse peinture en mosaique, qui date des premières années du 1x° siècle. PLANCHE 296.
Basilique de S. Gio : in Laterano ; vue de la facade principale
de l'église.
Nous avons dit que Clément XI, après avoir fait d'importantes réparations sur divers points de la basilique de Saint-Jean de Latran, songeait à reconstruire en entier la façade principale, l’ancienne façade étant fort dégradée, et ne répondant plus d’ailleurs à la magnificence des nefs. Dans ce but, il avait déja même provoqué des souscriptions, lorsqu'en 1721 la mort vint l’atteindre. Quatorze ans après cet événement, en 1735, Clément XII réalisait les projets concus par son devancier. Un concours fut ouvert à cet effet, et vingt et un dessins furent présentés à l'examen de l’Académie de Saint-Lue, qui les conserve encore aujourd’hui. Celui d’Alessandro Galilei, jugé le meilleur, obtint la préférence, et son auteur fut chargé de le mettre à exécution.
Les constructions élevées par Galilei ne se bornèrent pas à une
simple devanture, mais comprirent le vestibule attenant, que nous avons décrit. La facade, qui est bâtie tout entière en travertin, est d'une assez belle masse, quoique lourde ; le motif a quelque mérite, mais l'étude en est peu satisfaisante. Ce motif consiste en un grand ordre de pilastres composites, portés sur un piédestal et accouplés aux angles. Le centre est marqué par quatre grosses colonnes du même ordre qui sont engagées, accouplées et couronnées d’un fronton ; celui-ci est adossé à une balustrade qui règne sur toute la face, se prolonge en retour, et supporte les statues du Christ et des apôtres. Le grand ordre comprend dans sa hauteur deux petits ordres composites ajustés l’un sur l'autre, de manière à former un portique au rez-de-chaussée et au premier étage. Le centre est distingué par un ajustement particulier et plus important ; il est formé de petites colonnes disposées sur trois rangs en profondeur, dont le premier se détache en saillie, et supporte la loge où le pape se présente pour donner solennellement la bénédiction.
l'ensemble de cette facade, qui est tournée vers l’orient, est sans liaison avec le corps de l’église, ce qui lui donne l'aspect d’un bâtiment postiche. Considérée isolément, on trouve que la balustrade du couronnement est beaucoup trop élevee, les statues trop fortes et d’un style maniéré. Le piédestal qui porte la figure du Christ est lourd et de mauvais goût; enfin, l’ornementation est généralement sèche, sans grâce comme sans finesse. En avant de cette facade règne une vaste plate-forme qui comprend un magnifique pérron.
Les bâtiments qu'on aperçoit à gauche sur notre vue forment un groupe très-pittoresque. Parmi eux on distingue en avant la chapelle Corsini, puis le corps de l’église, et au loin l’un des clochers de la facade latérale. À droite, et à la suite de la façade principale, se développe l’une des élévations du palais pontifical, au fond l’imposante basilique de Sainte-Marie Majeure, enfin, vers la droite, la facade la-
térale de la Scala santa.
Basilique S. Gio : in Laterano; vue de l'intérieur de l'église,
prise de l'entrée.
Lorsqu'on pénètre à l’intérieur de la noble basilique, on est d’abord frappé de la magnificence et de la majesté de la grande nef: mais la seconde impression est toute différente, quand l'œil, plus attentif, ne rencontre de tous côtés que bizarreries dans les détails. Sans doute le grand ordre composite de pilastres cannelés, et entre ceux-c1 les trois divisions superposées, où l’on voit se succéder des niches, des bas-reliefs et des médaillons peints, forment avec les arcades de grandes et majestueuses lignes ; mais, d'autre part, est-il rien de plus déplaisant que ces frises et ces architraves interrompues, ces croisées aussi mesquines qu incorrectes; enfin, que cette decoration de niches à frontons anguleux, arrondis et déversés? D'après tout ce désordre, n'est-il pas évident que artiste a cherché de l'originalité à tout prix, et qu'ainsi il est arrivé à produire le chefd'œuvre du genre excentrique ? Quelque répulsion que lon ait pour ces extravagances, on ne peut cependant s'empêcher de reconnaitre que si l’étude des détails eût répondu au grandiose de la disposition générale, l’œuvre de Borromini, admirée de tous points, eüt été Justement classée parmi les monuments dont Rome peut s’enorgueillir.
Borromini a fait preuve d’un bon esprit, d’abord en conservant le plafond de la grande nef, l’une des magnificences de l’église, et qui pouvait gèner ses dispositions; ensuite en cherchant à mettre de l'harmonie entre les principales lignes de son architecture et celles du plafond. Celui-ci présente trois grandes divisions, accusées par autant de caissons carrés, où sont ajustées au centre les armes de Pie IV, qui l’a commencé ; à l'extrémité et vers le fond, celles de Pie V, qui l’a achevé ; enfin, du côté de l'entrée, celles de Pie VI, qui a fait restaurer et dorer de nouveau ce beau soffite. Le profil de celui-ci
est d’une grande fermeté, les moulures et les ornements d’un bon
style, et les sculptures placées au fond des compartiments d’un dessin varié, qui exprime des ornements d'église, des attributs du eulte, et en cela même fort bien assortis à la place qu’ils occupent. Le fond des compartiments est bleu ou rouge, avec quelques tons verts et blancs. La plupart des moulures sont dorées, et cette masse de dorures semble pesante. La corniche du pourtour est dans le même parti; elle est également blanc et or.
Le soffite est attribué à Michel-Ange, et, selon nous, bien à tort. Non-seulement on n’y retrouve pas les profils usités par cet artiste, mais l'ouvrage fut exécuté vers 1564, c’est-à-dire peu avant ou peu après sa mort. Ne sait-on pas que, pendant les dernières années de sa vie, Michel-Ange, accablé sous le poids de l’âge et de la souffrance, ne pouvait qu'avec peine diriger les constructions de la basilique de Saint-Pierre? Il est donc probable que Pirro Ligorio, architecte ordinaire de Pie IV, est l’auteur de ce beau plafond ; ce qui d'ailleurs ressort assez clairement de la comparaison de quelques détails avec ceux de la villa Pia, bâtie par le même artiste.
Le pavé de la grande nef est exécuté en mosaique d’un dessin trèscompliqué, et formé de porphyre, de serpentin, de granit blanc et noir, et de quelques autres variétés de marbres. Il remonte au commencement du xv° siècle et au règne de Martin V.
La limite de la grande nef est marquée par cette large arcade qu'Alexandre VI fit cintrer vers 1592, et qui repose sur deux grosses colonnes. En avant de cet arc est le tombeau de Martin V, exécuté par Simone , frère du célèbre sculpteur Donatello. Il s'élève d'environ 0",60 au-dessus du sol, etse compose d’une caisse de marbre portée sur six socles également de marbre. Le couvercle est formé d’une table de bronze ayant peu de relief, et sur laquelle le pape est représenté revêtu de ses habits pontificaux. Derrière ce monument funéraire, et à l'entrée de la nef transversale, à laquelle on monte par quatre marches, on aperçoit le maître-autel, où règne au-dessus du ciboire; un tabernacle
gothique, orné de frontons aigus sur les faces, et de petits clochers
ou flèches aux angles. Au-dessus on distingue une faible partie du plafond de la nef transversale, qui date du pontificat de Clément VI, et par conséquent est postérieur d'environ quarante années à celui de Pie IV, avec lequel il a, du reste, beaucoup d’analogie. Enfin, au loin et au fond, paraît l'abside, décorée de riches peintures en mosaïque qui remontent à la fin du x siècle et aux règnes de Nicolas IV et de Célestin V.
Là se borne ce que nous avions à dire de ce vaste et splendide intérieur, dont l'effet est complexe : jugé à deux points de vue différents, soit d’après l’ensemble, soit d’après les détails, il peut provo-
quer ou l'éloge, ou la critique la plus amère.
Basilique S. Gio : in Laterano : chapelle Corsinr. 1 > /
Cette chapelle, la première qu'on trouve à gauche en entrant dans l'église, fut élevée par Clément XI à son ancètre André Corsini, évêque de Fiesole. Elle fut bâtie en 1734, sur les dessins d'Alessandro Galilei, dont elle est le principal ouvrage. Tous les genres de magnilicence y sont rassemblés : splendide décoration architecturale, marbres précieux et variés, statues, bas-reliefs, peintures, mosaiques, stucs dorés, y sont partout prodigués; et comme la beauté du travail ne le cède pas à la richesse des matériaux, il en résulte que tout concourt à faire de cette chapelle l'une des plus belles qu'on puisse citer, non-seulement à Rome, mais dans le monde entier.
La forme du plan est celle d’une croix grecque. En face de lentrée est placé l'autel ; deux grandes niches se trouvent sur l'axe transversal ; à droite, un petit escalier circulaire fait arriver aux combles et à la tribune particulière de la famille Corsini, ménagée au-dessus de l'entrée; au fond et à gauche, un second escalier cireulaire descend à la chapelle souterraine; la sacristie et ses dépendances sont situées
au delà et derrière l’autel ; enfin, le logement du sacristain est établi dans les étages supérieurs.
La décoration intérieure de la chapelle se compose d’un ordre de pilastres corinthiens cannelés. Cet ordre élégant et bien étudié est exécuté tout entier en marbre blanc, à l'exception de la frise, dont le marbre est couleur de fleur de pècher. Les encadrements du soubassement sont en marbres de couleurs variées et bien assorties. L'ordre recoit la retombée de quatre grands ares parsemés de caissons octogones d’un charmant effet, et au-dessus de ces ares et des pendentifs qu'ils supportent, règne un entablement circulaire appelé
couronne, dont la frise contient cette inscription : DILEXIT ANDREAM DOMINUS IN ODOREM SUAVITATIS.
Vient ensuite la coupole, dont le tambour, percé de huit croisées, est décoré de pilastres accouplés de l’ordre corinthien architravé : au-dessus se développe la voüte de la coupole, où se distinguent des caissons arrés parfaitement divisés, et formés de stucs dorés.
Dans tout cet ensemble on ne saurait trop louer la proportion des ordres et celle des autres parties de la décoration, l'harmonie générale, et le goût épuré de l’ornementation. L’exécution des détails laissé seule à désirer. Elle se distingue sans doute par la précision et le fini, mais on peut lui reprocher un peu de sécheresse et de maigreur Cr
L'’autel, qu'on aperçoit en face, est d’une composition simple,
mais il est enrichi de marbres précieux, et de deux colonnes de
(1) Toutes les fois que nous avons eu occasion de visiter cette chapelle, production merveilleuse d’Alessandro Galilei, nous n’avons pu nous défendre de l’assimiler à une œuvre même de Percier, lillustre architecte de notre époque; tant nous trouvions d’analogie dans le goût, le style et le sentiment des deux maîtres. Cette analogie, elle se montre partout, même dans leurs imperfections, dans une certaine sécheresse d'exécution que l’on est obligé de reconnaître chez tous les deux. Galilei, qui avait devancé ses contemporains dans le progrès, dans le retour aux saines traditions de l’antiquité et du xvi° siècle, aurait donc été comme un précurseur de Percier ; mais, moins heureux que notre maître, ses doctrines sont restées sans influence sur l’avenir, tandis que la nombreuse école formée par Percier a propagé l’enseignement de ce grand artiste dans l’Europe entière.
ET CRITIQUES. 5oi
vert antique dont les bases et les chapiteaux sont de bronze doré. l’entablement est exécuté en marbre blanc, à l'exception de la frise et du tympan du fronton, qui sont aussi de marbre vert antique, avec ornements de bronze deré. Deux statues, images allégoriques de l’Æumilité et de la Pénitence, sont assises sur le fronton. Le tableau de l'autel, qui représente saint André Corsini à genoux et en prières, est exécuté en mosaique d’après le tableau original du Guide, qu'on voit au palais Barberini.
Les deux grandes niches situées à droite et à gauche, sur l'axe transversal, sont décorées de caissons hexagones, et d’un petit ordre corinthien dont les deux colonnes sont en porphyre. Celle de droite contient le mausolée élevé en l'honneur du cardinal Néri-Corsini l’ancien, évèque d’'Arezzo (oncle de Clément XIF), qui mourut en 1678. Le cardinal est représenté debout sur un piédestal. Deux autres figures sont placées sur des socles moins élevés : l’une est la /?eligion, qui se produit sous les traits d’une femme appuyant une colombe sur sa poitrine, et tenant un livre ouvert sur ses genoux. L'autre figure est la Douleur, sous la forme d’un enfant qui porte la croix épiscopale en versant des larmes ; ce qu'il exprime en appuyant le revers de la main sur ses veux. La décoration de la grande niche située à gauche et en face est entièrement semblable à celle de la précédente. C'est dans cette niche que Clément XF a fait établir son propre monument. Le pontife est assis sur un piédestal dans une attitude calme, et lève le bras pour donner la bénédiction. À ses côtés, mais plus bas et debout, sont deux figures de femmes. Celle qui est à gauche du pape, et dont le front est ceint d’un diadème, est une personnification de la Magnificence. Ele tient dans une de ses mains le plan déroulé de la facade de Saint-Jean de Latran, et par un geste de l’autre elle appelle l'attention sur cette facade, qu'elle désigne du doigt comme une œuvre de Clément XIE; à ses pieds est un enfant qui porte réunis en faisceau les instruments du sculpteur. L'autre figure, à droite du
pontife, represente l'Æbondance : elle soutient une corne d'ou s'é-
5o2 NOTICES HISTORIQUES
chappent des épis et des fruits que recoit un enfant. Au-dessous de ce groupe est un sarcophage antique de porphyre. On croit qu'il contenait jadis les cendres d’Agrippa; mais d’autres se bornent à dire que ce monument provient des Thermes que cet ami d’Auguste avait fait bâtir. Il fut trouvé près du Panthéon, et placé ensuite sous le portique du temple. C’est de là que Clément XI le fit enlever ; il y ajouta un couvercle en porphyre, et voulut qu'il servit à orner son mausolée.
Aux angles de la chapelle, et dans la hauteur du soubassement, sont ajustées avec goût quatre portes dont la corniche et les chambranles sont parfaitement combinés avec les moulures de ce soubassement. Au-dessus desdites portes apparaissent, dans des niches, autant de statues qui représentent les quatre Vertus cardinales; au-dessus de celles-ci sont des bas-reliefs en marbre, et à leurs pieds des sar-. cophages en marbre noir, dit pierre de touche, où sont assis deux petits génies aïlés. Telle est la décoration adoptée pour chaque travée aux quatre angles de la chapelle.
La première statue qui se présente à droite en entrant est celle du Courage, et au-dessous un sarcophage consacré par une inscription au prince Barthélemy Corsint, neveu de Clément XIT, lequel mourut en 1792.
En face, autrement à gauche en entrant, est la statue de la Z'empérance, et au-dessous d'elle le sarcophage du cardinal Ændré Corsinr, né en 1735, et mort en 1795.
Au fond et à droite, près de l'autel, est la statue de la Justice, et au-dessous le sarcophage du cardinal Ver: Corsini le jeune (neveu de Clément XID), qui mourut en 1770. C’est ce cardinal qui fut le fondateur de la précieuse bibliothèque du palais Corsini.
Enfin on voit au fond, et à gauche près de l'autel, la statue de la Prudence, et au-dessous le sarcophage du cardinal Pierre Corsini, évêque de Florence et ensuite de Porto, lequel était mort en 1405.
On reconnaît, d’après notre description, que la chapelle est consa-
crée tout entière à l'illustration de la famille Corsini, et que la mémoire de sept personnages des plus éminents de cette famille y est perpétuée par des monuments de marbre et des inscriptions, comme l'est, à Florence, celle de la famille des Médicis dans la célèbre chapelle de ce nom. On compte parmi ces personnages un pape, quatre cardinaux, un prince vice-ro1 de Sicile, enfin un évêque canonisé par l'Église.
Le pavé de cette chapelle est fort riche, et exécuté en marbre de couleurs variées. Il est divisé en compartiments avec rosaces, qui répondent aux divers caissons des quatre arcades et de la coupole.
La chapelle, dans la partie supérieure, recoit du jour de la lanterne et des huit croisées du tambour de la coupole; dans la partie inférieure, elle le recoit des deux croisées qui correspondent aux grandes niches latérales. Cette lumière, si abondante, produit ici un merveilleux effet : les marbres y brillent de tout leur éclat, et toutes les beautés de Pinterieur de l'édifice peuvent être ainsi appréciées jusque dans les plus petits détails.
Les deux croisées latérales sont répétées au fond de la chapelle, et du côté de l'entrée; mais celle du fond, au-dessus de l'autel, est feinte, et son ouverture décorée d’un bas-relief en marbre. Du côté de l’entrée, au contraire, cette croisée sert à donner du jour à la tribune particulière de la famille Corsini.
La grille qui ferme l’arcade servant d'entrée à la chapelle est fort riche ; elle est de bronze, et en partie doree.
D'après ce qui précède, et les observations qu'on pourra faire soimème en étudiant les gravures ,; On reconnaîtra que tout, dans cette chapelle, a été exécuté avec un soin extrème, que les moindres details ont été étudiés avec goût et un art infini, et qu'enfin l’ensemble présente à peine une ou deux taches légères. Aussi croyons-nous que le rare mérite architectural de ce monument peut être résumé par
ces trois mots : élégance, harmonie, magnificence.
Basilique de S. Gio : in Laterano ; vue du maitre-autel ou ciboire.
Ce monument fut élevé par les soins d'Urbain V, pape francais , après le second incendie de la basilique, qui eut lieu en 13671; et ce fut Charles V, roi de France, qui en fit les frais. Le ciboire se compose de deux étages séparés par une sorte d’attique ou de soubassement. Dans la partie inférieure est placé l'autel ; tandis que la partie supérieure, sorte de tabernacle, à été disposée de manière à y recevoir de précieuses reliques. On y conserve, en effet, les têtes des apôtres saint Pierre et saint Paul, retrouvées en 1367 par Urbain V dans l’oratoire ditSancta sanctorum. En 1568, ou selon d’autres en 1350, ellts furent transportées en grande pompe et renfermées dans ce tabernacle, qui est défendu par de fortes grilles.
On conserve à l’intérieur de l’autel moderne l'autel de bots (1) qui, dit-on, a servi aux cérémonies religieuses depuis saint Pierre jusqu'à saint Sylvestre. l'autel actuel est nommé papal, parce que le pape seul a le droit d'y officier, à moins que par un bref il ne délègue un autre pour le remplacer.
Au-dessous du maître-autel existe une petite chapelle souterraine, appelée Confession de saint Jean l'Évangéliste. On y descend de la grande nef à l’aide d’un petit escalier de dix marches, et à double rampe cintrée ; et comme le sol de la nef transversale est élevé de quatre marches au-dessus du sol de la grande nef, et que celui-ei est de trois marches au-dessous du dernier gradin du maîitre-autel, il s'ensuit que la chapelle souterraine est elle-même de dix-sept marches en contre-bas du maitre-autel.
Cette disposition, assez bien combinée pour obtenir une échappée suffisante, se comprendra aisément d’après notre plan. Les quatre
(1) Dans l’origine du christianisme, au temps des persécutions, les autels etaient de bois, afin
qu’on püt les placer et les enlever promptement,
ET CRITIQUES. 50 colonnes aux angles du ciboire sont en granit. Du côté de l'abside deux de ces colonnes sont isolées, tandis que les deux autres, qui font face à la grande nef, sont en partie masquées par deux petits escaliers en bois qui s’y rattachent; enfin, ceux-ci font arriver au balcon qui entoure le tabernacle.
Divers pontifes ont restauré ce monument ; on cite Clément VII, qui fit dorer les grilles du tabernacle, et Innocent X, d’après l’inscription suivante qui l’atteste : /nnocentius N°, Pontifex maximus. Anno jubilei 1650. Pontificatis FI. Enfin, Alexandre VIE, dont on voit ici les armes , averti que l'autel était en péril, s'empressa de le faire consolider ; et comme Borromini venait de renouveler en entier les cinq nefs, ce fut lui qui, vraisemblablement, fut chargé de ce travail. Cela est d'autant plus probable, que Borromini a composé quatre projets pour ce maître-autel, qu’il songeait à détruire (1): heureusement le pape, bien inspiré, résista, et nous a ainsi conservé un petit édifice qui offre un des types les mieux caractérisés de architecture du xiv° siecle.
Le monument est exécuté en marbre blanc. Le motif de l’ensemble à de la grace et de l'élégance. Les proportions y sont en général bien graduées, si ce n'est peut-être dans la partie
supérieure, qui semble un peu lourde
plusieurs détails de l’ornementation ne man- , . 3
— quent pas d’une certaine finesse. Le soubas-
sement du tabernacle est orné de huit statues
placées aux angles dans des niches ogivales.
Entre ces statues sont disposées symétrique-
ment, dans des cadres cintrés, douze pein-
tures à fresque fort remarquables par leur
(1) Le plan qu'on voit ci-dessus représente le meilleur des projets de Borromini ; c’est celui qui, pour la disposition, se rapproche davantage de ce qui existe aujourd’hui. Nous ne parlerons pas des élévations qui répondent aux quatre plans ; aucune ne mérite même un souvenir,
grâce et leur naïveté. Ces fresques, qui ont beaucoup souffert des retouches successives qu’elles ont subies, sont généralement attribuées
à Berna, peintre de Sienne, qui florissait vers 1370.
Basilique de S. Gio : in Laterano ; vue du cloitre.
Il n'existe pas de document qui fixe la date de la construction de ce cloître. On ne connaît ni le nom du fondateur, ni celui de l'artiste qui en a dirigé les travaux. Le caractère de l’architecture indique seul son âge, et le fait remonter à la fin du xu° siècle ou au commencement du x11°. On voit, d’après le plan de la planche 224, que ce cloître est carré, et que la décoration extérieure se compose, sur chaque côté, de cinq grandes divisions marquées par de forts piliers reliés entre eux par une suite d’arcades plein-cintre, supportées par de petites colonnes accouplées sur la profondeur. Ces colonnes, dont les chapiteaux sont variés, sont elles-mêmes de formes très-diverses, tantôt à spirales, tantôt cannelées ou lisses, ou enfin incrustées de mosaïques. Elles sont élevées sur un mur d'appui d'environ 0",90 de hauteur, et couronnées d'un entablement d’une pesanteur excessive, où les ornements ont été prodigués avec si peu de mesure, que, pour en détacher la frise, il a fallu la décorer de mosaïques colorées, la sculpture étant devenue insuffisante pour produire quelque effet. Cette décoration luxuriante et irréfléchie du rez-de-chaussée ne se continue pas au premier étage, qui est resté pauvre et sans le moindre ornement. Elle est évidemment le fait d’un sculpteur, et non d'un architecte. On s'aperçoit que l'artiste, inexpérimenté, a cherché à dissimuler ses pauvretés architecturales sous la profusion des détails, et que l’art, alors déchu et abaissé au dernier degré, semblait ignorer ces principes éternels qui placent la souveraine beauté bien plutôt dans la grandeur des lignes, le choix des formes ou la justesse des proportions, que dans cette ornementation déréglée et sans goût, comparable à la parure d’une courtisane.
On distingue sur notre dessin, à l’intérieur du cloître, de fortes co-
lonnes adossées aux piliers et groupées aux angles. Elles sont évidemment autant de contre-forts destinés à maintenir la poussée des voûtes, et semblent avoir été ajoutées postérieurement, lorsque l’insuffisance des piliers aura été reconnue.
La disposition générale du cloître nous semble vicieuse ; cette suite de piédroits et d’arcades étroites, qui laisse à peine découvrir le ciel, Jette sous les voûtes un voile de tristesse. L'impression est tout autre dans ces cloîtres du xv° siècle, conçus dans des temps meilleurs, quand l’art et la science étaient en progrès. Alors l'air et la lumière pénètrent en abondance sous les arcades des portiques, et l'on n’y retrouve plus au même degré l’austérité des âges précédents.
Le cloître de Saint-Jean de Latran n'avait d'autre titre, pour être compris dans notre publication, que celui d’appartenir à la grande basilique dont il porte le nom. L'histoire cependant recherche ces monuments de la décadence, et les recueille comme les anneaux d’une chaîne qui relie entre elles l’époque antique et celle de la renaissance. Sachons nous-mêmes apprécier les documents qu’ils apportent, accepter les enseignements qu'ils nous donnent ; mais évitons d'arrêter trop longtemps nos regards sur ces productions d’un art déchu. C’est en effet une aberration de l'intelligence et du goût, que d'étudier de préférence et surtout de vouloir imiter de pareils monuments. Gardons-nous de tels écarts; que notre esprit s'élève, au contraire, que notre goût s’épure dans la contemplation assidue des œuvres des grands maîtres, gloire immortelle des époques où fleurirent les arts ! C’est parmi ces œuvres qu'il faut choisir ses modèles ; autrement il n°v
a qu'oubli et dédain à attendre de la postérité.
Palais pontifical de S. Gio : in Laterano ; façades extérieures et
intérieures.
L'histoire des constructions de ce palais à déjà été exposée. aux t, 107.
pages 488 et suivantes, et nous y renvoyons, ainsi qu'aux détails que nous avons donnés sur les dispositions du plan; il nous reste encore à apprécier le mérite des façades extérieures et intérieures.
Les trois élévations extérieures du palais sont à peu près les mèmes ; et si ce n'était quelques différences dans les largeurs générales et quelques variétés dans les portes d'entrée, ces facades sembleraient sorties du même moule. Nous ne contesterons pas que la masse n'en soit imposante, les lignes grandes, les divisions d’étages dans de bons rapports, les croisées d’une belle proportion ; que le milieu de la façade ne soit parfaitement accusé par l'ajustement riche et sévère des grandes portes d'entrée ; enfin, que la corniche supérieure ne soit un couronnement très-digne et très-convenable. Mais d'autre part, il faut le dire, les croisées sont partout trop rapprochées entre elles, et celles du dernier étage ont une valeur relative trop importante : l'ornementation manque d'élégance et de goût, et, sur une surface aussi étendue, l'œil ne rencontre aucun détail qui le charme ou le captive.
La cour est certainement d’un aspect grandiose ; mais la proportion des arcades laisse à désirer, et l'étude des ordres et des autres détails manque de finesse. Le dernier étage, qui est traité en attique, ne satisfait pas davantage à certains égards, et l’ajustement des cariatides y est d’un caractère mesquin. Enfin, pour nous résumer, disons que l'architecture de tout cet intérieur, c'est-à-dire l'ordonnance générale, est d'un style banal et décoloré, et que le sentiment d’une forte croyance artistique ne s’y produit nulle part.
Baptistère de $. Gio : in Laterano, dit Baptistère de Constantin, ou
de S. Giovanni in fonte.
On n'est pas fixé sur la destination première de cet édifice : les uns l’ont considéré comme un vestibule ou une dépendance de l’ancien
palais de Constantin, et d’autres comme une salle de bains du même
palais. Nardini, après avoir cité et discuté le texte d’Anastase, afin de prouver que le monument était alors tel qu’on le voit aujourd’hui, en conclut qu'il était situé hors du palais, ainsi que la basilique voisine de Saint-Jean. D'autres (et c'est l'opinion généralement adoptée, qui, au reste, ne contredit en rien celle de Nardini) pensent que le baptistère a été expressément bâti par Constantin, sur le lieu mème où il avait été baptisé par saint Sylvestre.
L’on cite un grand nombre de papes qui ont pourvu à l'entretien de ce monument. Sixte [IT passe pour y avoir mis la dernière main ; Adrien IV, pour y avoir conduit l’eau de laquedue de Claude, qu'il avait réparé ; et Grégoire XIIT, pour en avoir renouvelé le plafond. Mais il y a lieu de croire qu'Urbain VIIT à pris un soin tout particulier de l'édifice; c’est lui qui, après l'avoir fait restaurer, l’orna de toutes les peintures qu'on y voit de nos jours.
Le baptistère de Constantin, que sa destination a fait aussi nommer $. Giovanni in fonte, est de forme octogone: il se divise en deux nefs, toutes deux octogones, et séparées par un rang de huit colonnes situées à distance égale du centre et du mur d'enceinte. La nef du milieu , où sont placés les fonts baptismaux, est entourée d’une balustrade, et l’on y descend par trois marches. Les huit colonnes que nous venons de mentionner sont en porphyre rouge; quatre d’entre elles ont pour chapiteau une sorte d'ionique ; et sur les quatre autres, deux ont des chapiteaux qui se rapprochent du composite, et deux du corinthien. Ces colonnes portent d’abord une architrave antique, et au-dessus huit petites colonnes de marbre blanc de l’ordre composite, qui soutiennent elles-mêmes un entablement très-lourd. La décoration du dernier étage se compose d’un ordre corinthien dont les pilastres, cannelés et ployés, sont simplement figurés en peinture. Entre ces pilastres, et sur huit faces, sont disposés autant de tableaux d'André Sacchi, d’une composition harmonieuse et d’un bel effet. Le tout est couronné d’une coupole percée de huit œils-de-bœuf, et décorée d’'ajustements mesquins et sans goût.
Sur la paroi du mur d'enceinte, on remarque quatre grands tableaux qui représentent l'apparition de la eroix à Constantin, la bataille de celui-ci contre Maxence, le triomphe du même empereur, enfin la destruction de l’idolâtrie. Ce dernier, le plus estimé de tous, fut peint par Carle Maratte.
La disposition de ce petit édifice, aussi simple qu’élégant, est parfaitement convenable pour un baptistère. Si ce monument eùt été construit dans des conditions meilleures, sous l'influence d’une époque plus favorable aux arts, Rome aurait pu enregistrer un nouveau chef-d'œuvre parmi ceux que l'antiquité paienne lui a légués en si grand nombre, et qui ont pu être consacrés au culte chrétien. Au reste, tel qu'il est, il a plusieurs fois servi de modèle; il a été imité en divers pays, mais Jantais surpassé. |
Les fonts baptismaux , placés au centre, sont formés d'une belle urne en basalte vert, surmontée d’un couvercle de bronze. Cette urne est posée sur deux gradins de marbre, et de forme circulaire.
Les deux chapelles attenantes au baptistère ont été élevées par le pape saint Hilaire, vers l'an 461. L'une, celle de gauche, est dédiée à saint Jean-Baptiste, et l’autre, à droite, à saint Jean l'Évangéliste. Sur l'autel de la première est placée une copie en bronze de la statue du Sauveur, par Donatello. La statue originale est en bois, et soigneusement conservée dans l’une des chapelles de la sacristie de la basilique de Saint-Jean de Latran.
Du bapüstère on entre dans l’oratoire de S. Venanzio, grande salle située à droite, que Jean IV fit bâtir vers l’an 640, et que la famille Ceva restaura en 1700.
Le pape Anastase IV, vers 1153 ou 1154, changea la destination du portique qui est en avant du baptistère, appelé alors portique de S. Venanzio, parce qu'il donnait entrée à l’oratoire de ce nom. Il y etablit deux chapelles, l’une à droite, dédiée à S. Gipriano et à S' Giustina, et l’autre à gauche, dédiée aux S'* Rufina et Seconda ;
enfin ce fut lui qui orna de mosaïques les deux absides.
ET CRITIQUES. br
Pour donner une idée de l'extérieur du baptistère, nous avons présenté sur cette planche, mais à une très-petite échelle, la facade du côté de l’ancien vestibule ou portique de
:S. Venanzio, qui est en saillie sur le corps du baptistère (1). Les deux grandes colonnes com- | posites qu'on voit au centre sont en porphyre ; elles sont aujourd'hui en partie noyées dans l'épaisseur du mur qui les maintient, vu les ruptures occasionnées par le temps, ou plutôt par les incendies. Ces colonnes, qui passent pour avoir appartenu au palais des Laterani, sont d’un beau style, et on en jugera sur le détail que nous plaçons en marge. Les ornements de l’entablement du chapiteau et de la base (2), trop multipliés peut-être, sont du moins d’un goût irréprochable. Ils sont exécutés en marbre blanc, de mème que les deux pilastres cannelés d'ordre corinthien qui de chaque côté accompagnaient jadis les colonnes. Un seul pilastre, celui de gauche, existe encore, et on le trouve indiqué sur la facade, à la suite des colonnes.
La perspective qui figure au bas de la planche complétera les renseignements déjà donnés par la coupe; elle fera, mieux que celle-ci, juger de la décoration intérieure du baptistère et de l'ef-
fet général aussi pittoresque que monumental.
(1) La vue de la planche 223 a déjà donné, sous un autre aspect, l'extérieur du baptistère.
(2) Nous ne pouvons manquer d'appeler particulièrement l'attention sur cette base, qui par son profil participe à la fois des bases ionique et attique. On y remarquera surtout cette haute moulure enroulée dans des feuilles d’acanthe, que l’ingénieux architecte a imaginée pour augmenter la hauteur de la colonne, dont, évidemment, il jugeait la proportion trop courte.
Fontaine Felice, piazza di Termini.
Sixte V, dont l'esprit sérieux était tourné vers les grands travaux d’embellissement ou d'utilité publique, donna l'ordre, le jour même de son installation comme pontife, de pourvoir d’eau le quartier du mont Quirinal. Toutes les habitations situées sur ce mont, le palais pontifical, séjour des papes pendant l'été, ainsi que les couvents du voisinage, souffraient beaucoup alors de la disette d’eau. L’exécution de cette entreprise, qui, par sa grandeur et ses difficultés, était digne des anciens, fut confiée à l'architecte Domenico Fontana. Celui-ci alla chercher les sources à quinze milles de Rome (voyez page 100); mais, pour éviter les collines et les vallées , l’aqueduc dut s’écarter de la voie directe ; aussi son parcours est-il de vingt-deux milles, dont quinze milles sous terre, à une profondeur variable qui atteint jusqu’à 15”,61, et sept milles sur des arcades s'élevant quelquefois à une très-grande hauteur ; en plusieurs rencontres il fallut faire des tranchées dans le rocher mème. Ce travail, qui dura dix-huit mois, occupa continuellement deux mille hommes, et même jusqu à trois et quatre mille. La dépense s'éleva à 270,000 écus romains (environ 1,444,500 francs), dont 25,000 servirent à indemniser les propriétaires dépossédés. Cette eau, appelée Felice, du nom de Sixte V {Felice Montalto), fut ensuite distribuée sur le Capitole, le Palatin, le Celius et le Viminal. Son apparition sur les collines eut pour effet d'encourager à bâtir sur les parties élevées de la ville, lesquelles furent habitées de nouveau, après avoir souffert d'un long abandon.
La fontaine qui fait le sujet de cette planche est alimentée par l’eau F'elice ; elle est construite en travertin, et se compose de trois arcades ornées d'un ordre ionique, au-dessus duquel s’élève un attique. La masse du monument est satisfaisante , mais les colonnes ont
de la maigreur, et l'attique semble lourd. La statue de Moïse, placée
dans la niche du milieu, représente le chef des Hébreux frappant de sa baguette le rocher, pour en faire sortir l’eau. Les bas-reliefs ajustés dans les niches latérales retracent des faits de l’histoire d’Aaron et de Gédéon. Trois nappes d’eau considérables s’échappent du socle de ces figures, et se précipitent avec fracas dans un même nombre de bassins ; et, plus en avant, quatre lions vomissent dans trois bassins de marbre une eau qui petille et bouillonne. Deux de ces lions sont en marbre blanc, et les deux autres en basalte. Ces derniers, qui sont d’un travail égyptien fort beau, ont été, il y a peu d'années, transportés par Grégoire XVI au musée du Vatican, et remplacés par d’autres lions en marbre blanc, d’une sculpture très-médiocre. Des quatre colonnes qui décorent cette fontaine, deux sont en marbre cipollin, et les deux autres en brèche grise.
Les inscriptions de la frise et de l’attique indiquent la date du monument, le lieu de la source, sa distance de Rome, les sinuosités du parcours , la durée des travaux ; enfin, expliquent pourquoi cette eau porte le nom de Felice. Ces inscriptions étant parfaitement lisibles sur la gravure, il devient complétement inutile de les placer
dans le texte.
Fontaine des Tritons, piazza Navona.
Cette fontaine, qui forme un des principaux ornements de la place Navona, fut exécutée au temps de Grégoire XII, et vraisemblablement sur les dessins de Giacomo della Porta. Elle se compose de deux grands bassins concentriques. Quatre tritons distribués dans le bassin intérieur y lancent d’abondantes eaux à l’aide de conques ou coquilles en spirale, et quatre mascarons à double face, disposés symétriquement sur les bords du même bassin, répandent à la fois l’eau dans les bassins intérieurs et extérieurs. Enfin un triton colossal, placé debout et au centre, tient par la queue un dauphin qui jette l’eau par la bouche et par les narines. Cette figure, qu'on doit au ciseau de Bernini, est
assez. bien étudiée ; mais la pose en est maniérée et théâtrale.
M, ta,
Les deux bassins sont formés de grands blocs de marbre de portasanta. Celui de l’intérieur est anguleux, et les ressauts y sont trop multipliés, ainsi que les profils. l’ensemble de la fontaine est, au reste, d’un bel effet; l’eau y jaillit de toutes parts et avec abondance; enfin, le triple motif des figures qui la décorent est aussi bien combiné que parfaitement assorti.
Cependant, malgré le mérite bien réel de cette fontaine, l'impression qu'elle produit à la première vue ne lui est pas favorable. Cela tient uniquement à la situation peu avantageuse qu'elle occupe à l’une des extrémités de la place Navona. Elle fait partie de la décoration de cette place, mais elle n’a dans ce grand ensemble qu’une importance très-secondaire. Située à proximité d’une autre fontaine, ornée d’un obélisque et beaucoup plus monumentale, que l'architecte Bernini a élevée au centre de la place, la fontaine des Tritons est naturellement dépréciée par ce redoutable voisinage; de plus, elle est en quelque sorte amoindrie par l'effet imposant des somptueux édifices qui l'entourent, et par l’immensité de la place, où elle semble entierement perdue. Supposez, au contraire, cette même fontaine occupant le point central d’une place de moyenne grandeur, ou transportée au milieu de la cour d’un palais ; alors elle brillera de tout son éclat, et elle retrouvera tout son prix. Tant il est vrai qu'en matière d'art, en architecture surtout, on ne saurait arriver à l'appréciation judicieuse et équitable d’une œuvre, sans faire la part des dispositions locales, sans tenir compte, soit des circonstances particulières,
soit des conditions imposées |