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TOME TROISIÈME

Porte Flaminia, aujourd'hui del Popolo.

Cette porte prit son premier nom de la voie Flaminia, à laquelle elle conduisait, et qui de Rome gagnait les bords de l’Adriatique et allait à Rimini. A la fin du xiv° siècle elle reçut celui de porte del Popolo, à cause de sa proximité de l’église S. Maria del Popolo. En voyant la grandeur et la magnificence de la place par où elle donne entrée dans Rome, on est naturellement porté à attribuer les dénominations de porte et de place du Peuple à la majesté des souvenirs du Peuple-Roïi; mais certains antiquaires les font dériver du voisinage de peupliers (arbre appelé en latin populus), plantés près du mausolée d'Auguste, autour du bustum où l’on brülait les corps des empereurs (voir l’article suivant):

Le pape Pie IV, en 1561, confia à Michel-Ange la reconstruction de cette porte; en réalité elle fut exécutée par Barozzi da Vignola. Les murs sont en travertin. Les colonnes d’ordre dorique sont formées : deux de granit rouge et deux de brèche violette. Les deux statues placées dans les entre-colonnements sont médiocres; elles sont du sculpteur florentin Mochi, et représentent saint Pierre et saint Paul, les deux protecteurs de la ville. Au-dessus de l’attique est un écusson aux armes des Médicis.

La décoration, à l’intérieur de la ville, fut demandée par Alexandre VII à Bernini, à l’occasion de l’entrée solennelle de Christine, reine de Suède, en 1655.

[Il y a lieu de blâmer dans ce monument de Vignole une certaine maigreur dans les moulures, qui contribue à donner une sorte de

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pauvreté à l'ensemble de la composition. Combien est différente cette autre porte de ville, celle diS.Spirito (planches 45 et 46), due à un autre architecte, non moins grand ni moins illustre, Antonio da Sangallo ! Comme tout est puissant et grandiose dans cette autre construction

d'un mérite incontesté | PLANCHE 933.

Église S. M. del Popolo.

Cette église est, par les sculptures et les peintures qu'elle renferme, une des plus intéressantes de Rome. La tradition rapporte qu'en 1099, le pape Pascal IT éleva une chapelle en cet endroit de la ville pour le purger de la présence des démons, qui, suivant les idées superstitieuses du temps, s’y étaient établis dans le voisinage du tombeau de Néron. Le peuple se prépara par un jeûne de trois jours à la consécration de cet édifice religieux, destiné à le délivrer de la terreur d’apparitions nocturnes, et qui devint en grande vénération. En 1227, le peuple romain le reconstruisit à ses dépens. Quelques antiquaires rattachent à cette circonstance l’origine du nom del Popolo donné à l’église et à la place, nom qu'elles ont conservé jusqu'à ce Jour; et cette interprétation naturelle semble plus probable que l’autre étymologie, rapportée à l’article précédent.

En 1471, Sixte IV fit de nou-

veau reconstruire l'église sur

‘les dessins de l’habile architecte Baccio Pintelli, et il y Joignit un couvent. Nous possédons un précieux dessin du

xvi* siècle, que nous repro-

duisons ici, et où l'on re-

trouve l'état primitif de la construction élevée par Baccio Pintelli. La

ET CRITIQUES. 519 comparaison de ce dessin avec l’état actuel pourrait faire ressortir plusieurs différences. Les modifications ont eu lieu surtout lorsque, de nos jours, on a créé la promenade sur le Pineio et démoli le couvent dépendant de l’église. Il a été remplacé par un autre couvent en harmonie avec la décoration symétrique de la place, et qui a été dessiné par l'architecte Valadier.

L'église S. M. del Popolo recut de grands embellissements du pape Jules IF, d’Agostino Ghigi et d’autres personnages. Le plan de l’église est d’une ordonnance simple et régulière, qui a été légèrement altérée depuis Pintelli. Ainsi les chapelles des bas côtés avaient été établies par lui sur un plan uniforme ; mais des changements importants sous le rapport de la forme et de l'étendue furent apportés à deux chapelles, situées les secondes près de la porte d’entrée : celle de droite est la belle chapelle Cibo, construite par l'architecte Carlo Fontana pour le cardinal Alderano Cibo, mort en 1700 et qui y à son tombeau; celle de gauche est la chapelle Ghigi, qui a déjà été reproduite dans les planches 97 et 98, et sur laquelle nous devons revenir encore (voyez l’article relatif à la planche 238); car, sous le rapport du style, cette chapelle est un petit chef-d'œuvre d’architecture; et les peintures en mosaique, exécutées d’après les dessins de Raphaël, contribuent à lui donner un intérêt particulier (1).

La petite façade de l’église, gravée au-dessus du plan, présente une disposition dont le système a prévalu et a été, depuis Pintelli, fort usité en architecture. Il faut remarquer toutefois qu'à l'amortissement

les ailes et les demi-frontons brisés sont des additions postérieures.

(1) L'importance artistique de l’église S. M. del Popolo est telle, que nous avons dû lui consacrer plusieurs planches de notre ouvrage. Outre les planches 233 et 234, contenant le plan, la facade, et des détails de l’église, les planches 97 et 98 donnent le plan, la coupe et des détails de la chapelle Ghigi; la planche 238 en reproduit la vue; celle des deux autres chapelles est donnée dans les planches 236 et 237. De plus, on trouvera des dessins d’autels, de balustrades et de détails divers dans les planches 235, 262, 298, 279 et 194; de fonts baptismaux dans la pianche 193, et enfin de tombeaux dans les planches 190, 234, 239,

241,242, 2b1,.262, 315 et 330.

IV 5. Église S. M. di Monte-Santo.— 1v, 8. Église S.M. de’ Miracoli.

Ces deux petites églises, placées au point d’origine de trois rues principales qui pénètrent, en divergeant, dans l’intérieur de la ville, forment à l'entrée de la Jia del Corso (une des rues les plus longues

et la plus belle de Rome) une décoration monumentale dont l'aspect

.symétrique concourt de ce côté à l’embellissement de la place del Po-

polo, et se combine en une perspective heureuse avec l’obélisque qui en occupe le milieu. Cette vue est reproduite au bas de la planche 233.

Ces églises ont de l’analogie dans le motif; leurs façades sont semblables, mais leurs plans ne sont pas identiques : celui de la première est elliptique, tandis que celui de la seconde est circulaire. Elles doivent l'unité d’aspect de leur architecture au cardinal Gastaldi qui les fit terminer à ses frais, sur les dessins de Rainaldi. Plusieurs parties furent exécutées sous la direction de Bernini et de Carlo Fontana. L'église S. M. di Monte-Santo fut commencée en 166, sous Alexandre VIT. Vers la même époque, l’église S. M. de’ Miracoli fut construite sur l'emplacement déjà occupé par une petite église plus ancienne ; Carlo Fontana y ajouta la facade et la coupole.

On prétend que les colonnes et une portion du travertin employés dans la construction de ces deux églises proviennent du clocher que Bernini avait élevé à la basilique de Saint-Pierre et qu'il fut forcé de démolir à cette époque, à cause des craintes, vraies ou exagérées, sur son manque de solidité.

Eglise S. M. del Popolo : détails de, la facade, et tombes.

Ces détails ont de la finesse et leur ajustement est estimé. L'ornementation des chapiteaux a de la grâce, bien qu'elle soit d’un goût un peu bizarre, et que la disposition en soit peu heureuse dans l'ordre inférieur.

ET CRITIQUES. Sat

Les figures en bas-relief des deux tombes, incrustées dans le pavé des chapelles et gravées au bas de la planche, rappellent par leur caractère religieux le sentiment que les artistes du moyen âge ont mis dans ces sortes d'ouvrages ; mais le dessin décoratif qui les encadre appar-

tient à un art plus moderne et moins liturgique, pour ainsi dire.

Eglise S. M. del Popolo : autel de la quatrième chapelle à droite

et détails divers.

La quatrième chapelle à droite à conservé sa forme primitive. L'autel du fond de cette chapelle est une œuvre qu'on peut citer comme une des meilleures de ce genre. Les arabesques en sont d’un gout exquis et l'exécution en est si parfaite, qu'elle ne laisse rien à désirer. Les trois figures sculptées représentent sainte Catherine entre saint Antoine de Padoue et saint Vincent martyr.

Les trois balustrades, placées au-dessous, sont remarquables, nonseulerent par la variété de leur composition, mais aussi par un style châtié. Enfin, l'autel de la première chapelle à droite est décoré avec

à propos; les ornements y sont ménagés avec une habile sobriété. PLANCHE 9236.

Église S. M. del Popolo : vue de la troisième chapelle à droite.

Cette chapelle est bien complète; elle a conservé son état primitif. On y reconnaît l'architecture naïve de Baccio Pintelli; on y retrouve les mêmes moulures qu’à la facade de S. Pietro in Montorio (voir planche 44). Ce rapprochement seul démontrerait au besoin que l'architecte fut le mème pour les deux monuments. La balustrade est fort élégante, et les arabesques de la voûte sont bien ajustées. Les peintures des lunettes et de l’autel sont de Pinturicchio ; elles ont

été restaurées sous la direction de Camuccini.

AE

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