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femme et de sa fille, dont l’ensemble est gravé dans la planche pré-
cédente.
Plan de l'église S. Silvestro in C apite.
L'origine de cette église est très-ancienne; on la fait remonter jusqu'à l’année 261. Son surnom, ir Capite, provient de ce qu’on y conserve, dit-on, la tête de saint Jean-Baptiste. Elle fut reconstruite en 797, sous le pape Paul If"; puis, après être restée très-longtemps abandonnée, elle fut réédifiée sous Innocent HI par l'architecte arétin Marchionne. À la fin du xvu® siècle, Innocent XI y établit un monastère de femmes de l’ordre de Sainte-Claire. Elle fut alors restaurée et embellie de marbres, de peintures et de stues, d'après les dessins de Giovane Antonio de’ Rossi.
La facade, qui est de cet architecte, donne entrée à l’atrium, au fond duquel est un portique sous lequel on pénètre dans l’église. Le plan en est bien disposé; l’autel du fond est du temps de la renaissance,
et traité avec goût.
Plan de l'église S. M. in campo Marzo.
Près de S. M. sopra Minerva existait un couvent de religieuses de l’ordre de Saint-Basile, venues de Grèce à Rome vers 750 pour fuir la persécution des iconoclastes, et qui avaient apporté, entre autres reliques, les restes de saint Grégoire de Nazianze. Au xiv° siècle, cette communauté fut réunie à celle des Bénédictines de S.M. di campo Marzo. A cette époque, l'ancienne église du couvent fut démolie, et l’on éleva celle-ci à la place, d’après les dessins de Giovane Antonio de’ Rossi. Sous la domination française, elle fut abandonnée à l’administration de la loterie; lors du rétablissement du pouvoir pontfical, elle fut rendue au culte, et ses peintures, qui étaient fort dégradées,
furent restaurees.
La disposition de l’église est assez bonne et se combine bien avec le
couvent qui s'y rattache. Le maître-autel est décoré de peintures du
P. Pozzi.
Vue extérieure et plans des deux palais Pietro Massimi et Angelo
Massimu.
Au xv° siècle, l'illustre famille de Massimi possédait dans le quartier central de Romé une habitation considérable. Cette habitation, située sur la rue Pontificale ( Pontificia), appelée aujourd'hui & S. Pantaleo, du nom de l'église voisine, n’avait rien dans son architecture qui méritât de fixer l’attention. Un noble souvenir se rattachait seul à cette demeure : c'était là qu’en 1455 Pietro Massimi avait établi une imprimerie, et fait à Rome le premier essai de typographie. Les éditions sorties de ses presses se reconnaissent encore à cette désignation : /x domo Petri de Maximis. Son fils Domenico hérita de cette propriété. En 1527, l’armée du connétable de Bourbon prit Rome d'assaut. On sait tous les maux que la ville et les habitants eurent à souffrir de cette soldatesque effrénée; les personnes et les monuments, rien ne fut respecté ; l'habitation des Massimi fut pillée et incendiée, comme tant d’autres. |
Lorsque enfin l'orage se fut dissipé et que Rome n'eut plus à redouter cette horde barbare, qui pendant plus de neuf mois (f) l'avait saccagée, chacun chercha à réparer ses pertes. En ce temps mourut Domenico Massimi, après avoir fait le partage de ses biens entre ses enfants. Ses trois fils Pietro, Angelo et Luca, s’empressant de restaurer la portion de l'habitation paternelle qui leur était échue,
(1) L'armée du connétable de Bourbon entra dans Rome. le 6 mai 1527; le prince d'Orange parvint à l'en faire sortir le 17 février 1528. De 40,000 hommes, cette armée avait été reduite
par la peste à 12,000.
ps.
578 / NOTIGES HISTORIQUES
consultèrent Baldassarre Peruzzi, et lui demandèrent des plans (in). Ce grand artiste, qui lui-mème avait eu tant à souffrir des malheurs de cette époque, était depuis'peu de retour à Rome. Il avait dû quitter cette ville pour se réfugier à Sienne. (Voir la NOTE page 604.)
Si jamais architecte eut à lutter contre les difficultés d’un prosramme, ce fut, certes, Peruzzi en cette circonstance. Soit que ses clients lui eussent imposé des conditions d'économie (2), soit que lui-même il désirât de les réaliser, Peruzzi, au lieu de démolir une partie des murs épargnés par le feu et de faire table rase, s’étudia, au contraire, à conserver la majeure partie des vieilles constructions; il se conforma même pour la façade à la direction. bizarre qui lui était donnée par les anciennes fondations. On verra plus loin, dans un examen plus détaillé, que le triomphe de l’architecte fut ici complet, et qu’il à laissé aux architectes à venir le plus mémorable exemple de difficultés vaincues ; tout autre que lui peut-être les eût jugées insurmontables. Pour en triompher, il fallut toute la souplesse de son talent, toutes les ressources qu'il savait trouver én son génie. Sa construction, même sans considérer les entraves qui le gènaient, serait toujours un chef-d'œuvre : de quel éclat n'est-elle pas rehaussée, quand on l’envisage avec tout son cortége de difficultés!
Pour l’un des palais, celui de messer Pietro, qui était l’aîné des trois frères, il y avait une donnée obligatoire. La branche de la famille Massimi, à laquelle il appartenait, était désignée par le surnom
del Portico, changé depuis en celui delle Colonne; ce surnom à rap-
(1) Nous possédons un manuscrit de Peruzzi qui représente l’habitation de Luca Massimi. Comme celle de ses frères, elle était située sur la rue Pontificia, mais de l’autre côté de’cette rue, et en face de la maison de Pietro. (Voyez lettre C, à la légende de la page 578.) Le manuscrit ne semble pas indiquer un projet de restauration, mais un simple relevé des bâtiments, On ne saurait dire si Peruzzi fit jamais aucune réparation à cette habitation.
(2) Il paraît juste toutefois de rendre ici cet hommage à Pietro Massimi : qu'il ne dut pas entraver Peruzzi. Tout démontre, au contraire, qu'il fit preuve d’un grand discernement en accordant pleinement au grand artiste sa confiance, que celui-ci sut d’ailleurs si bien jus-
üfier. Aussi le nom de Pietro Massimi doit-il rester cher aux amis des arts.
peler imposait à l'architecte la singulière condition d’un portique à élever. Peruzzi fit deux projets, qui l’un et l’autre font ressortir ce point capital du programme. Notre heureuse étoile nous a fait découvrir les dessins originaux de Baldassarre Peruzzi, et nous avons puisé dans ces manuscrits précieux des documents importants sur ce palais. Dans les deux projets, le portique extérieur a la même disposition, et les colonnes sont accouplées de la même manière. Mais dans le projet qui n’a pas été exécuté (voir le plan à la page 578), la facade, et conséquemment le portique, ne sont pas cintrés ; il est indiqué en lignes droites. La disposition de la cour est tout autre : à gauche se trouve un portique latéral, qui met en communication le portique de l’entrée de la cour avec celui du fond. Sous ce portique de communication est située l'entrée de l'escalier. On s'aperçoit, en comparant ce projet à l’autre, que c’est un premier jet; on n’y retrouve ni la réflexion, ni l'étude, qui se manifestent dans celui qui a été adopté. Mais ce fut le point de départ pour arriver aux améliorations notables réalisées dans le projet définitif. Le parti adopté par l'architecte est net et tranché : un portique àcolonnes, ouvert sur la rue; de belles croisées à consoles avec balcon en saillie; des murs sillonnés de refends; enfin un riche eouronnement, voilà ce qui caractérise le palais Pietro Massimi. Le palais Angelo (1), au contraire, est d’un style plus simple et plus mâle: la porte d'entrée et les croisées du rez-de-chaussée ont des profils fermes ; les fenêtres des étages supérieurs sont moins ornées et moins délicates que celles du palais voisin ; enfin, le mur lisse de la façade fait contraste avec le mur couvert de refends du palais Pietro. A lintérieur des palais se manifeste la même opposition dans le style. Le sage architecte, conséquent avec lui-même, a continué ici, pour chaque habitation, l'ordonnance accusée par l'extérieur. Au palais Pietro,
(1) Ce palais est souvent désigné sous le nom de Pirro, à cause d’une statue de Pyrrhus qu'on voyait autrefois dans la cour. Nous avons trouvé plus rationnel de distinguer chaque
palais par le nom du fondateur.
des colonnes, des stucs, des refends, de riches sculptures, ornent la cour; dans la cour du palais Angelo, au contraire, on trouve une grande simplicité, des arcades au rez-de-chaussée, des murs lisses, et point d’ornementation. Partout l'artiste montre la logique la plus rigoureuse et en même temps le goût le plus délicat. Quel admirable talent ! quelle souplesse et quelle fécondité! De combien de qualités rares la nature ne l’avait-elle pas doué! Nous ne pouvons nous empêcher de répéter ce que nous avons déjà dit souvent : Peruzzi déroute les critiques les plus exercés; si nous n'avions les preuves les plus positives qu’il fut l'architecte des deux palais, il serait difficile de croire qu’ils sont sortis de la même main.
Lorsque l’on étudie la construction de ce palais, on voit qu’il a été exécuté en travertin, mais que pour les étages supérieurs on a fait usage des matériaux les plus communs. La brique recouverte d'un enduit ou de stuc, ou le bois ont été seuls employés. Dans toute cette brillante décoration il n'y a dé richesse réelle que deux colonnes de marbre, à la /oge du premier étage. Cet exemple est une leçon d’économie que les architectes doivent recueillir. Cette manière si sage d'opérer ne doit-elle pas leur démontrer-que la sobriété dans le mode d'exécution n’est pas un obstacle pour atteindre le point le plus élevé de leur art? Hommage éternel à Peruzzi qui a su, dans l'œuvre la plus minime, en tracer avec tant de supériorité les principes fondamentaux! Depuis plus de trois siècles son petit monument existe pour l'honneur de l'architecture et fait l’enchantement de ceux qui l’'étudient. Il faut espérer qu’il échappera longtemps encore à la destruction qui menace sans cesse toutes les œuvres de la main de l’homme. His”
C'était vers l’an 1532 que Peruzzi commençait les deux palais Massimi, il était alors dans toute la force de son talent. Le goût et la variété infinie qu'il a mis dans l’ornementation, montrent combien il se complaisait dans son travail, étudié par lui dans ses moindres par-
ties. Mais alors sa santé s’altérait profondément; une vie très-agitée
ET CRITIQUES. 55D et des fatigues continuelles avaient miné sa constitution. Peut-être aussi est-ce le poison, donné, dit-on, par quelque envieux ambitionnant sa place d'architecte de Saint-Pierre, qui abréga cette vie si remplie et si laborieuse. Il mourut en 1536, dans un état voisin de la misère. On ne doit pas s'étonner de cette fin malheureuse; Peruzzi avait à pourvoir aux besoins d’une famille nombreuse, et jamais 1 ne sut obtenir des salaires proportionnés à son mérite et à ses services. Selon Vasari, dont nous acceptons le récit, les riches personnages qui mirent à profit ses talents, abusant de la douceur de son caractère, de sa modestie et de son extrème réserve, songèrent moins à le récompenser qu’à l’exploiter.
Comme Raphaël, Peruzzi terminait sa. carrière par son chefd'œuvre ; comme lui, il le laissait inachevé. Mais, avec tant d’analogie dans le caractère et dans la nature de leur talent, la destinée de ces deux artistes incomparables fut bien différente. Raphaël vécut dans l’opulence, aimé, considéré, ayant joui de toute sa gloire. Peruzzi, au contraire, n'arriva jamais à l’aisance ; ses travaux, bien qu’estimés, ne lui méritèrent ni faveurs ni applaudissements; et cette injuste tiédeur de son siècle s’est pour ainsi dire perpétuée.. Son nom n’est pas devenu populaire; il n'est connu que de ceux qui se livrent particulièrement à l'étude de l'architecture. Que lui manqua:t-il cependant pour devenir illustre ? Il fut à la fois grand peintre, ingénieur habile et sublime architecte. Mais tels sont les arrêts injustes de l’aveugle fortune et les hasards capricieux de la renommée!
Nous avons réuni sur cette planche les dessins qui pouvaient contribuer à donner une idée exacte des deux palais. Ainsi, la vue génerale fait connaître l'aspect extérieur et l'effet de la façade eintrée, effet grandiose, qui a jé ne sais quoi d’antique et de théâtral. Le petit plan du quartier explique la position des, deux palais relativement aux habitations environnantes et aux rues voisines.
Les deux plans d'ensemble du rez-de-chaussée et du premier étage
montrent comment les deux palais sont enclavés l’un dans lPautre; on
comprend en les voyant toutes les difficultés qu'on eut à surmonter pourobtenir, pour l'un comme pour l’autre, une distribution commode et régulière. Toute la partie du fond dans les deux palais est antérieure à Peruzzi. Elle a sans doute subi quelques changements ; mais, comme elle présente peu d'intérêt, nous nous sommes abstenu de la reproduire.
Le plan du soubassement est également limité à cette partie du palais remaniée par Peruzzi. Ce plan était nécessaire pour ne rien laisser d’indéterminé dans l’œuvre du maître. Ici nous devons signaler une hardiesse qui appelle la critique : le mur cintré du ‘vestibule ne pose pas complétement sur le mur du soubassement. Bien que ce porte-à-faux ait été consacré par le temps, cette témérité de l'architecte n’en est pas moins condamnable. Nous aurons à mentionner plus loin une faute semblable, à laquelle on ne saurait trouver
d'excuse que dans les difficultés sans nombre que présentait cette
Le plan d'ensemble des deux A. Qu Ds WÉ* palais, au deuxième étage, offre
Vicolt =
restauration.
un tel décousu , que nous nous con-
tentons d’en donner i ICI, gravée sur bois, une réduction qui complète, avec les trois plans de la planche 280, la connaissance de ces palais
à tous les étages. En retrouvant à ces divers étages une suite de com-
binaisons pénibles pour dissimuler les angles et les irrégularités de
l’espace, on s'étonne qu'une fa-
mille assez riche pour se construire
un palais d’une architecture aussi
PART n'ait pas pu en régulariser l’étendue, en acquérant des terrains contigus; ou plutôt qu’elle n’en ait pas eu le désir.
Plans du rez-de-chaussée et du premier étage (1) et élévation principale
du palais Pietro-Massimi.
Avant de commencer l'examen détaillé de ce palais, nous devons, dès l’abord, faireune remarque que sa première vue suggère : c’est qu’il est conçu dans des conditions qui rappellent sous plus d’un rapport les maisons antiques. Peruzzi vivait plus de deux cents ans avant la découverte de Pompéi; mais il était tellement versé dans l'étude de l'antiquité, que son savoir et plus encore les instincts de son génie lui firent retrouver les habitudes et les distributions de la demeure des anciens patriciens, sur les seules indications des auteurs latins. Il y avait, aureste, une sorte d’à-propos à élever un palais antique à la famille Massimi, qui, croyant descendre de l’illustre maison de Fabius Maximus, avait adopté pour devise ces mots d'Ennius : cunctando restituit.
Si l’on essaie de faire la comparaison, ne trouve-t-on pas que le portique extérieur est une imitation des portiques, qui, dans l’ancienne Rome, servaient. d’abri aux prolétaires sans asile? Les vastes salles du rez-de-chaussée et du premier étage ne forment-elles pas dans l’habitation comme la partie publique, celle qu’on destinait aux clients ? Enfin, l'appartement du fond, celui des femmes, n’est-1l pas entièrement séparé (2)? Il a son entrée particulière, ses escaliers, ses dépendances, une cour qui lui est propre. Cette analogie déjà si frappante dans la disposition générale du plan, ne l’est pas moins pour
(1) Nous n'avons figuré de ces deux plans que la partie restaurée par Peruzzi, la seule qui pouvait étre un objet d'étude. Les numéros, inscrits sur le plan du premier étage, servent à désigner diverses salles, dont les plafonds seront représentés dans les planches suivantes, Ces numéros seront rappels, lorsque noûs aurons à parler des plafonds.
(2) On dirait que le propriétaire actuel, le prince Massimi, a voulu rendre l’analogie plus complète, en ne permettant aux femmes de service de communiquer avec l'appartement du devant qu’au moyen d'un tour, situé à l'extrémité du corridor, au-dessus de la fontaine. Ce
tour correspond au palier de l'escalier du premier étage.