‹ Édition définitive des œuvres et discours de Benito Mussolini. II, Vie de mon frère Arnaldo. Précédée du Livre de Sandro Mussolini (mon neveu)Chapitre 1 sur 86 · SANDRINO, NOTRE ENFANT ADORÉ · texte numérisé non relu

SANDRINO, NOTRE ENFANT ADORÉ

C’est ton papa qui t’écrit. Je vois, dans lombre et le silence, que tu as un imperceptible geste de contrariété ; même au delà de la vie terrestre tu voudrais rester entouré de silence, tu voudrais que ton nom demeure éloigné du tumulte de la notoriété ; peut-être gardes-tu une prédilection pour ta solitude recueillie et ne veuxtu pas que la foule connaisse ta vie et ton œuvre, modeste, mais si pleine de noblesse et de foi.

J’agis à l’encontre de ta fierté : je veux parler de ta vie si courte et pourtant si brillante. Je n'obéis pas, dans ma douleur, à la vanité paternelle, si cruellement frappée en moi, ni à mon orgueil blessé, anéanti et perdu, mais seulement à la conscience d’un plus grand devoir à remplir. Je sens que d’une si grande douleur, il peut et il doit résulter beaucoup de bien ; je sens que de ma douleur paternelle, renfermée en elle-même, peut jaillir la source d’un immense bienfait. Je dois citer ton exemple. Je dois montrer en toi un modéle de loyauté fière, de sang-froid audacieux ; je dois faire

connaître ton âme d’idéaliste, de mystique, de chercheur, à tous tes jeunes compatriotes.

Tu as su recueillir en toi et concilier dans la plus sereine harmonie, en notre maison maintenant vide, toutes les contradictions de nos âmes complexes. Tu as suivi en silence nos démêlés politiques et tu as cherché, dans la limite de tes possibilités, de tes connaissances, à en atténuer les rigueurs ; tu as illuminé, d’une bonté toujours prête et toujours égale, les labeurs de chaque jour. | Qui t’a connu, devinait de grandes choses dans ta bonté intuitive. Et comme il est probable que, dans l’avenir, toute notre famille, même dans les cercles les plus éloignés, sera l’objet d'examens, de jugements et de critiques, je dois impartialement mettre en lumiere la brève période de ton admirable vie. Je pourrais y arriver par synthèse et le livre serait vite terminé ; je ne le ferai pas ; il m’est trop doux de parler encore avec toi et de toi. Toutefois je ne m'’étendrai pas sur ce sujet plus qu’il n’est nécessaire car, cela aussi, te serait désagréable. Une page me suffira pour évoquer toute la première partie de ton existence, de ta naissance jusqu'à tes dix-huit ans. J’aurais beaucoup à raconter, mais je sais me dominer — tu le vois — ainsi que tu le désires. Les souvenirs de ton enfance et de ton adolescence n’appartiennent qu’à mon cœur de père ; mais c’est à partir du jour où une inexorable maladie prononca sa sentence, qu’apparaît, à travers ton calvaire, la grandeur morale de ton existence.

Deux dates pas très éloignées l’une de l’autre, deux noms de pays de la Romagne, marquent les bornes de ta vie : Paderno, 3 juillet 1910 ; Cesenatico, 20 août 1930. Tu as toujours été bon, depuis ta plus tendre enfance, depuis le début de ta vie d’écolier. Le directeur des écoles de Via Vercelli t'a défini, quand tu terminais tes classes élémentaires : «une âme rare». Et tel tu es toujours resté. Maintenant que tu me regardes du fond des ténèbres, je puis te dire toute ma joie de ce dix en conduite que tu obtenais toujours soit au gymnase, soit au lycée : pour toi, la bonne conduite n’était pas seulement une habitude spontanée, c'était un respect consaent des hiérarchies, un acte de bonté voulue.

Je revois, en t’écrivant, ton regard doux, calme, un peu triste. À sept ans, tu avais vécu la tragédie de Caporetto ; peut-être la vision tragique de cette époque éloignée n’a-t-elle jamais disparu de ton esprit. Peutêtre est-ce pour cela, et parce que tu avais connu de bonne heure la douleur et le sacrifice, que tu savais être bon et serein. Tu aimais la vérité, tu lexprimais spontanément, par synthèse.

En vingt ans je n’ai jamais eu l’occasion de te réprimander. Tu savais te diriger tout seul ; je n’ai jamais entendu une parole déplacée sortir de ta bouche. Notre exemple t’avait enseigné la probité. Tu étais accueillant pour tes camarades, affectueux avec tout le monde, toujours prêt à comprendre et à juger en silence. Je me souviens de ces clairs après-midi, pleins de gaieté,

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où tes amis se réunissaient chez nous, pour causer, jouer et faire de la musique. Tu aimais la musique : j'entends encore les accents de Beethoven évoqués par tes mains sur le clavier. Tu avais aussi une prédilection pour l'histoire ; et, dans ces goûts, se révélaient ton caractère complet et complexe, ton penchant pour le sublime, pour ies grandes choses. Dans l’étude et dans l’art, dans ton enthousiasme pour l'aviation, comme dans les rêves de ton esprit, tu avais toujours les yeux fixés vers les cimes ; tu avais en toi les signes d’une noblesse de vie, de jugement et d’aspirations qui suscitait tout de suite l'admiration de qui t’approchait. Les appréciations de ceux qui t'ont connu suffiraient à faire de toi un portrait ressemblant.

Dans la tragédie qui nous a frappés sans espoir de consolation, se révèle quelque chose d’impondérable. Le destin a opéré mystérieusement. Ta maladie et ta mort ont été accompagnées d’un ensemble de vicissitudes qui donnent à ce malheur un caractère particulier. Tu as passé dans la vie terrestre comme un saint ; tu faisais partie des prédestinés, de ceux qui donnent des vibrations à l’existence et des raisons aux espoirs. Et je ne voudrais certainement pas laisser improductif ce grand patrimoine de vie et de mort, d'enseignements et de réflexions ; voilà la raison de ce livre.

Mais un autre motif, plus personnel, me pousse. Dans notre tendre colloque, se révèle un aveu que je voulais te faire, puisqu’en esprit tu es si près de moi. J'ai supporté le poids de ton tragique destin pendant deux ans ; j'ai souffert silencieusement. Je n’ai pu te dire tout ce que je ressentais ; j’ai dû te cacher une

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