‹ Édition définitive des œuvres et discours de Benito Mussolini. II, Vie de mon frère Arnaldo. Précédée du Livre de Sandro Mussolini (mon neveu)Chapitre 21 sur 86 · PREMIERS SOUVENIRS · texte numérisé non relu

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Je veux écrire ce soir — 25 décembre 1931 -— un des plus tristes Noël — peut-être le plus triste -— de ma vie, les premières pages du livre que je dédie à la mémoire d’'Arnaldo. Aujourd’hui, au Palazzo Venezia, pendant six heures, j’ai dépouillé les papiers qu’il a laissés ; opération nécessaire, délicate, que j’ai accomplie et que j'accomplirai avec une grande émotion. J’ai trouvé, | avec d’autres papiers, des manuscrits de mes discours | que je croyais perdus, des documents d’une certaine | importance politique, et des lettres anciennes ou très | récentes de moi et d’Arnaldo. Les épreuves du livre

d’une certaine M Benedetti, de Cesena, sont aussi Ë tombées entre mes mains et jy ai lu une date : 25 septembre 1896, la date du premier chagrin d’Arnaldo et peut-être, d'Edvige notre sœur ; je dis peut-être, car elle était trop petite à cette époque, c’est-à-dire lors de la mort de ma grand’mère : Marianna Ghetti. Je me souviens de cette dernière très nettement : c'était une femme haute, sèche, toujours en mouvement. Sa manie était d'aller le long du fleuve ramasser tous les morceaux de bois déposés sur la berge par les crues. Avec les grands orages, ces crues constituaient les grands

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événements de nos journées : une autre de ses manies c'était de ne jamais vouloir s’asseoir à table, avec nous, à l’heure de nos repas frugaux, invariablement composés, pendant toute la semaine, d’une soupe aux légumes à midi et d’un plat de chicorée le soir, mangés en commun, à même le plat. Le dimanche, nous avions une livre de viande de mouton, pour la confection d’un bouillon, qu’il fallait écumer continuellement. La rengaine en patois de ma grand’mère, qui était trés dévote, consistait à répéter : «Maudit soit le péché mortel. » Elle nous aimait beaucoup et nous faisions son désespoir. Um jour de ce mois de septembre maintenant si lointain, ma mère et nous, ses trois enfants, nous étions allés l'après-midi à la vigne de Camerone, dite Cuclon, qui nous avait été louée pour neuf ans. Elle n’était pas srande et ne produisait guère plus d’une charretée de raisin, c’est-à-dire, huit quintaux, mais elle renfermait trois figuiers et lun d'eux produisait des fruits particuhièrement sucrés. Pour aller à notre vigne, nous partions de Varano ; on gravissait un sentier escarpé, parmi les vignes de Filippone, dit Giuliano ; on passait par la | propriété de Casola, gardée par un chien qui nous effrayait toujours et mous obligeait à remplir nos poches de cailloux, un kilomètre à l’avance ; finalement, au tournant de Camerone, la plaine de la Romagne, les trois tours de Forli et, au loïn, la ligne azurée L de la mer entre Cesena et Cesenatico apparaissaient à pos yeux. Ce panorama lumineux et vaste caressaït mon regard et faisait rêver mon esprit.

Cette après-midi passée à la vigne de Cuclon, je ne sais pourquoi, fut triste. Nous nous réunimes auprès de

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maman et nous chantâmes de vieilles chansons. Une d'elles disait :

Des épées le fier éclair Trônes et peuples réveilia.

Italiens, au champ, au champ, Car la Patrie nous appela.

J'ignore encore aujourdhui, après trente-six ans, de qui sont ces vers. Maman nous dit qu’ils étaient chantés par les soldats en 1859 et en 1866. Au coucher du soleil, nous descendimes à Varano et, quand nous y arrivames, il faisait déjà nuit. Sur le seuil de la porte cochére, la Bettina, de Scaino, vint à notre rencontre et nous dif : « La Marianna est au plus mal |!» Tous nous montâmes précipitamment et nous trouvâmes grand'mère à l’agonie. C’était fini. Les funérailles furent très modestes. Il était d'usage alors de faire un petit présent aux femmes qui assistaient aux funérailles : dix sous ou une lire. Arnaldo et moi, nous fûmes envoyés à la propriété de Priola, sur l’autre rive du fleuve, où tante Francesca était fermière, mais notre petit voyage fut accompagné du glas funèbre qui sonnait à Péglise de S. Cassiano. C'était par une matinée claire et calme, pleine de soleil. Toutes les vignes se doraient et, devant les maisons, hottes et cuves étaient déjà préparées pour les vendanges. Le glas continuait à sonner au loin, dans le silence de la vallée et retentissait dans Pair et dans nos âmes d'enfants, qui déjà connaissaient la douleur et la mort. Quand, au bout de quelques jours, nous retournâmes à la maison, grand’mère n’y étaït plus ; son lit était défait, le grand sac de feuilles de maïs était vide

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