‹ Édition définitive des œuvres et discours de Benito Mussolini. II, Vie de mon frère Arnaldo. Précédée du Livre de Sandro Mussolini (mon neveu)Chapitre 22 sur 86 · LATE · texte numérisé non relu

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et la Marie de Tibicchio s’affairait à la lessive : maman nous apparut plus pâle et plus taciturne.

Arnaldo avait alors onze ans. Né le 11 janvier 1885, deux ans après moi, il n’avait pu être allaité par maman, déjà épuisée par moi et il fut mis en nourrice chez une paysanne de Casa dei Gaiani, à un kilomètre de Meldola, à droite, en descendant vers Forli. La maison des paysans existe encore, mais je ne sais si elle est toujours habitée par la même famille, qui nous était alliée du côté de notre grand-père maternel. La Casa dei Gaiani a une grande importance dans l’histoire de l'enfance d’Arnaldo et dans la mienne. Il y passa quelques années et fréquenta l’école primaire de Meldola. Dans la suite, chaque année, le dernier dimanche d’août, comme à Meldola avait lieu la fameuse fête de la Madone du Peuple, nous allions, ainsi qu’on dit en Romagne, «à parents », c’est-à-dire que nous étions les hôtes, pendant un jour ou deux, de la famille Gaïani. Parfois maman nous accompagnait, mais le plus souvent nous y allions seuls et à pied. Nous partions de Dovia, dans les premières heures de l’après-midi du samedi, déjà revêtus de nos habits du dimanche. Je me rappelle, à ce sujet, que les tailleurs travaillaient alors au domicile de leurs clients. Nous montions rapidement, par des raccourcis qui existent encore, la colline que domine la Rocca delle Caminate : là, nous nous arrétions toujours, pour admirer le panorama de la plaine et par la route communale, nous descendions jusqu’à Meldola, où la physionomie de la vieille Rocca nous impressionnait beaucoup. Chez les Gaiïani, nous étions accueillis, avec une cordialité toute particulière, par

les fils — nos cousins éloignés —— et nous allions avec eux dans les champs et dans les vignes chercher les premiers grains de raisin mûr, ou bien nous nous arrétions derrière les meules où une rangée de grenadiers émerveillait notre gourmandise. La cour se remplissait de petites charrettes qui amenaient d’autres parents. Le lendemain, dimanche, on allait tous à la messe, à l'église de la Madone. Là, on exécutait de la musique, comme à la ville. Dès cette époque une symphonie de Rossini resta gravée dans ma mémoire. À onze heures, le long des routes —— pleines de mouvement et de clameurs, traversées aussi par des bouffées d’odeurs de Cuisine venues des nombreuses auberges installées sur les bas côtés au petit bonheur — nous allions au marché, de l’autre côté du canal, où des dizaines de couples dansaient en plein air. Parfois, les orchestres se composaient seulement d’un accordéon, mais jadis, dans les annéés de bonne récolte, les orchestres les plus réputés de la Romagne réjouissaient les jambes et les cœurs : il ÿ avait, par exemple, les Zangheri de Meldola — grands clarinettistes — Zaclen de Cesena et l’Aveugle de Terrabusa, ces deux derniers violonistes de mérite. A midi, le long de la route poussiéreuse — à cette époque les automobiles et le goudron étaient inconnus — nous nous asseyions tous autour d’une table, amplement fournie de mets et de vin. À quatre heures, retour en ville pour le numéro le plus émouvant de la journée : la course des jockeys de la gare du tram (l’usuel tram belge est aujourd’hui remplacé par les autos), jusqu’à la montée de Praticello, c’est-à-dire sur toute la longueur de la principale rue. Je me souviens des clameurs

4 men En En ere orme ne den à — e ü A ul { ù 72 BENITO MUSSOLINI | | de la foule, qui ne livrait passage aux chevaux que 14 quelques mètres avant leur arrivée et je men émerveil- Li lais ! Je revois les étincelles que les fers faisaient jaillir Pl des pavés et le retour triomphal du «jockey > vain- À | queur. De ce moment jusqu’à < L’Ave Maria », bal, vin Al et chansons. Mais pendant la soirée, ce qui m'attirait le 1 l plus et me remplissait d'extase, c’étaient les feux d’arti- ‘14 fices. Les carcasses étaient dressées sur la place princi- :4l pale, près de la Caserne des Carabiniers ; il y avait une 1 foule immense qui suivait, avec des exclamations de 11 joie, la succession des feux, interrompus par léclat h: retentissant des petits mortiers et, pour le couronne- PA ment du spectacle, on allumaït le bouquet, qui durait ‘1 longtemps avec ses feux polychromes, au milieu des- D. quels se détachaït le nom de Marie, ce qui émouvait la il: foule et la ramenait, après les amusements, les bois- ‘1h sons et les péripéties de la journée, au motif religieux 0R | de la fête. La place retombaïit dans Fobscurité et nous, +14 à pied, retourmions à Casa Gaïani, en bavardant. Avant D de nous endormir, Louis, du même âge que nous, nous ji amusait en nous proposant des devinettes.

nn. Le jour d’après, nous retournions à Dovia, refaisant 1 le même trajet qu’à l'aller et — un peu fatigués et a: étourdis — nous racontions les détails de la fête à nos 8 À amis Donato Amadori de la Puntirola, Romualdi Vaza- :. 1 nin, et le Campanino (ce dernier est mort) et à d’autres ‘ii moins intimes.

ni: Arnaldo et moi, nous couchions alors dans la même if chambre, dans le même lit de fer, construit par mon me père, sans autre matelas, qu’un sac de feuilles de mais. ‘4 Notre logement se composait de deux pièces au \ \-

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