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que les hommes qui ont tes responsabilités, ton travail et ta sensibilité ont besoin de solitude et de silence. Je ne te verrai que quand tu me demanderas. Dans tous les cas, j'essaierai de ne pas l’ennuyèr et je chercherat, au contraire, à l'être utile dans qwelque rayon de l'immense cycle de ton activité. Je te le répète : je ne tarderai pas beaucoup à bouger et reprendre le travail qui est la vie méme. >
Il vint à Rome, pendant cette fin d'été, et fut mon hôte, à la Villa Torlonia. Je le conduisais quelquefois à la mer : en automne, toute la famille vint s'installer à Rome. Pendant et après ce deuil si douloureux, ce fut un sentiment damertume terrible. Pourquoi ne pas le dire ? Pendant Pété et l'automne de 1950, après les épurations nécessaires, une vague de scandale s’abattit sur le fascisme milanais. Les antifascistes exultaient. Les Catons triomphaient. Maïs les Ttaliens savent ce que fut le moraliste Caton. Le porte-parole vipérin avait un but évident. Qui, en ce moment, n'avait pas des « millions » ? Le testament d’Arnaldo, qui est intégralement publié dans ce livre, même dans sa partie d'ordre privé ou matériel, est un soufflet qui
frappe en plein visage les Catons d’hier et certains cro-
codiles d’aujourd’hui. Les millions ? Ayant fouillé partout, ouvert tous les tiroirs, le coffre-fort compris, on a trouvé — et c’est la vérité dont peuvent témoigner ceux qui ont procédé aux recherches — 130.000 lires, je dis cent trente mille lires. Voilà la richesse mobilière. Quant aux biens immeubles, ils se rédüisarent à son appartement qui était payable à tempérament, dans une maïson
en co-propriété. Il est humiliant d’être obligé de donner
ces détails, mais en septembre-octobre 1930, Arnaldo subit cette offense qui s’ajouta à sa douleur encore cuisante et toute récente ; c'était l’ingrat destin, allié à Ia malveillance des hommes, qui s’acharnait contre lui.
Les rumeurs perfides peu à peu s’éteignirent. Le 15 novembre, Arnaldo retournait à Milan. II y reçut un très bel accueil. J’en fus content. J’espérai que l’affreuse blessure se fermerait. Le lendemaïn, 14 novembre, Arnaldo m’envoya ce télégramme :
« Surmontée l'émotion intense du premier contact avec la maison déserte et la vie milanaïse, Je me souviens de tot qui, pour Sandrino, montrais une affection paternelle, de toi qui peux comprendre la gravité de mon malheur et l'émotion de mon retour. Je Fembrasse. »