‹ Édition définitive des œuvres et discours de Benito Mussolini. II, Vie de mon frère Arnaldo. Précédée du Livre de Sandro Mussolini (mon neveu)Chapitre 4 sur 86 · DERNIERS SOURIRES A LA VIE · texte numérisé non relu

DERNIERS SOURIRES A LA VIE

Après les terribles ténèbres, un faible rayon de lumière parut sourire à mon espoir. L'arrêt des études, les soins des médecins, la vié active en montagne, tous les efforts que nous faisions pour te sauver produisirent un effet heureux. Toi-:même, t’en souviens-tu ? semblais sourire à la vie ; tout te plaisait, tes lectures et tes promenñades, ta musique êt tes amis. L'efficacité de la première application des rayons fut évidente ; le repos t’avait fait du bien ; la pratique du ski te donnait uñe apparence de vigueur.

Le 1* janvier 1929, le professeur Cesa-Bianchi, luimême, me dit que, pour ce nouvel an, il pouvait me donner la bonne nouvelle d’une décisive et sérieuse armélioration de ton état. Comment oublier mon émotion ce jour-là ? O Seigneur qui es aux cieux, et qui Enveloppes dans Ta Splendeur l’âme adorée de Sandrino, je te remercie encore pour cet heureux jour. Qu'importe si la désillusion, ensuite, fut plus amère : nous vivions au jour le jour, et nous édifions pierre par pierre notre

—- e sa = A A RE 2 0 0 EP 9" —

destin. Le bonheur d’un moment peut effacer de longs mois de larmes. |

Dans notre maison était revenue la joie. Tout de suite Jj'étudiai, suivant ton désir, le programme d’une croisière. Maman, si ennemie de la vie bruyante des excursions touristiques, consentit volontiers à t’accompagner en Egypte. Elle semblait, elle aussi, en convalescence d’une longue maladie. Et pourtant elle ne connaissait qu'en partie la gravité de ton mal et elle ignorait le fatal diagnostic. |

Tu as vu Bengasi, le Caire, le cours du Nil, le soleil d'Afrique, toute une série inépuisable de panoramas nouveaux, pleins de couleur et de vie évoquant d’autres siècles, d'autres civilisations. Ton impression fut srande et profonde. À ton retour, tu n’en parlais pas beaucoup ; tu restais réservé, comme toujours, dans tes jugements et dans tes souvenirs. Pourtant dans tes rares paroles, je devinais l’enthousiasme de ton jeune cœur. Plus tard, tu allas à Barcelone ; ton frère Vito t’accompagnaïit (Vito qui maintenant est seul et qui semble avoir perdu quelque chose de lui-même..). Puis tu partis pour la Romagne, c'était au printemps de 1929. Tu faisais alterner la lecture et les distractions.… (J’ai retrouvé un des petits agendas où tu notais, jour par Jour, les livres que tu lisais, les sites que tu visitais et les spectacles auxquels tu assistais : tu notais un nom, un mot ; rien de plus, mais c’est assez pour que, maintenant, Je puisse te suivre dans ton existence d'alors...) Cependant une ombre gâtait pour moi cette sérénité. Tu ne parlais pas, mais rien ne m'échappait : je sentais que ta vie, sans les études classiques, t’ennuyait. Et je

Sang" :

m'apercevais que c'était seulement dans les divines harmonies de la musique que tu trouvais un soulagement de tes souffrances morales et physiques.

Malheureusement l’amélioration de ton état de santé fut passagère. Au bout de quelques mois, un autre traitement devint nécessaire ; on obtint encore un léger mieux. C’est alors que l’été et la mer Adriatique parurent te rendre la santé. Nous allâmes ensemble — t’en souviens-tu, Sandrino ? — à Fiume, à Postumia, à Bolzano, à Trente. La santé revenait encore une fois et les espoirs refleurissaient. Je pensais déjà au miracle, a la grâce demandée... Et en octobre, sur ta demande catégorique, je me décidai à te laisser suivre les cours de troisième du lycée. Même au médecin qui te soignait la chose ne parut pas impossible.

Mais tu ne sais, tu ne savais pas ce que me coûtèrent les discussions de ces jours-là. Tu me disais :

«Quoi donc, un jeune homme, un Mussolini, n’obtiendrait pas son diplôme de bachelier ? Comment SUpporter, Sans en rougir, la honte d’être le dernier ? Je me porte bien ; au fond, de quelle maladie suis-je atteint ? Que signifient ces symptômes mystérieux ? Est-il possible qu’un mal puisse se soigner seulement par le repos ? >

Voilà les questions que tu me posais et je ne pouvais pas y répondre. J’ai dû céder ; je me figurai que tout pourrait redevenir comme auparavant.

Tu es rentré dans ta classe, en ce lycée Beccaria, que

tu aimais tant. Professeurs et camarades t’étaient si chers : après notre maison, l’école était le centre de ta vie. Tu parlais avec orgueil de ton lycée. Tu solilicitais avec anxiété quelque menue faveur pour ton institut. Tu voulais recevoir tes camarades et qui aurait pu te surpasser dans la merveilleuse hospitalité que tu leur offrais ? Qui aurait pu t’être supérieur dans ton orgueil de n’accepter aucun mot de recommandation pour tes professeurs ? Et pourtant, les derniers mois te furent pénibles. Je cherchaïs à te faciliter la tâche en te faisant donner des répétitions par des professeurs d’indéniable valeur. J'étais préoccupé de te voir trop appliqué à l'étude. Je te disais que, même si, sur quelques matières, tu restais en retard, tu pourrais passer tes examens en octobre.

Mais tu étais sûr de ta préparation. Tu avais abandonné toute occupation étrangère à l’école. Tu aimais les vols en avion et les courses en auto, le tennis te passionnait, maïs ces amusements ne te distrayaient pas de ton travail. La musique restait toujours ta grande consolatrice. Tu voyais grandir en toi le sens mystique de la vie, dans tout son essor d’affections sacrées et de stricts devoirs. Tu suivais au lycée, avec un vif intérêt, les cours d'instruction religieuse ; une foi sereine, ferme et intense s’était développée en toi. Les livres de philosophie et d'histoire suscitaient en ton âme une claire conception de la vie, une conception digne d’un homme mûr, au jugement bien équilibré. Sous tous ses aspects, la vie de l’esprit t’ouvrait ses portes et tu pénétrais dans ses champs infinis avec une ardente joie. Tu paraissais pressentir ton destin ; tu étais impatient de compléter

ns ru et "

er

tes connaissances, comme quelqu'un qui sait que, bientôt, le temps lui manquera...

Un matin, dans les premiers jours de juillet, je t’accompagnai moi-même aux examens. Et, te souviens-tu ? tu sortis de ta réserve habituelle envers moi, pour me dire : «Je te conjure de ne pas dire un mot aux professeurs en ma faveur. Chacun doit valoir ici ce qu’il vaut réellement. Ce serait pour moi la plus grande des humiliations d’être classé dans les recommandés. »

Certain que je ne commettrais jamais un geste qui nous eût humiliés tous les deux, tu affrontas avec calme les examens et tu sortis vainqueur de l'épreuve. Ta joie rayonnait dans tes yeux. La première partie de ta vie était terminée. Tu étais solidement dressé vers l’avenir. Une fois surmontée la fatigue de ces jours, tu voyais déjà s’ouvrir devant toi l'Université et la seconde phase d’une existence brillante.

Tes examens passés, tu étais fatigué, mais heureux. Tu mis en ordre toutes tes affaires et tu pris tes dispositions pour des vacances, qui devaient être pleines de joie. Pendant que tu t’apprêtais à te mettre au volant de ta voiture pour aller en Romagne, tu me dis : «Je pars content. J’ai gagné la plus belle des batailles. Je pourrai m'amuser. J'irai à l’Université, à Rome. Viens vite nous voir. >»

J'étais ému. Entre autres choses, je te dis : «Je pense que vous partez sans un sou. > « C’est vrai >», me répondis-tu, Sandrino. Et quand, voulant faire le généreux et récompenser un peu ton effort et celui de Vito, je te donnai mille lires, j’entendis tes protestations : « C’est trop, c’est trop ; l’argent est-il donc nécessaire ? »

C’est vrai, il n’était pas nécessaire. À peine un mois après, en mettant en ordre tes papiers innocents, Je retrouvai, plié, le même billet de mille lires, comme tu Pawais plié le soir de ton départ de Milan.

Ce petit trésor, avec d’autres petites choses qui t’'avaient appartenu, a été distribué aux pauvres. Aïnsi, après ta mort, ta bonté se prolongeait en actions charitables.

oo

LR

Page 1