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Arnaldo a été pendant douze ans mon plus précieux collaborateur. D’abord comme administrateur, puis comme directeur du journal. Collaborateur dans le sens le plus large du mot, assidu, intelligent, réservé. Collaborateur dans les grands et dans les petits problèmes. Il apportait chaque jour sa pierre à mon édifice. Nous nous rencontrions souvent à Rome, à Milan, en Romagne. Chaque fois, c'était un examen de la situation dans son aspect général et dans tous ses détails. Il m’apportait des nouvelles, me rendait compte des conversations, me remettait des monceaux de lettres, de suppliques, de mémoires, et me signalait les volte-face de l’opinion, accomplies ou sur le point de l’être. Nos appréciations quelquefois — très rarement, d’ailleurs — ne coïncidaient pas complètement, mais, presque toujours, par la suite, j'étais obligé de constater qu'il avait eu raison. Une ïinfinité de personnes s’adressaient à lui. Souvent, il me libérait du fardeau de démarches qu’il pouvait faire tout seul. Il avait un respect extraordinaire pour mon travail et cherchait à m'éviter tout ennui et toute contrariété.
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frère et comme subordonné, ne suffit pas : je veux en donner la preuve, montrer quel rôle actif il a joué, dans la mise au point de la politique du Régime. Je pourrais le faire en extrayant des centaines de lettres que nous avons échangées depuis 1922 jusqu'en 1951, les passages les plus significatifs et les plus intéressants. Dans les «chemises » ternes et tristes, — mot bureaucratique ! — je n’ai pu trouver aucun document sur l’année 1922 -— c’était les derniers mois de l’année après la Marche sur Rome — ni sur 1923. Par une vraie fatalité, beaucoup de papiers ont été perdus ou détruits, même dans les bureaux où règne l’ordre le plus rigoureux.
À la fin de l’année 1923, l’année des pleins pouvoirs, on décida les élections d’avril 1924 À la date du 3 février 1924, Arnaldo m'écrivait :
«Je désire te donner mon avis sur les élections prochaines : 1° J'espère qu'avec ton jugement si droit tu sacrifieras, tu élimineras de la grande liste tous ceux qui n'ont pas les qualités nécessaires pour devenir des représentants de la Nation ; 2° Il faut faire surveiller, surtout en Emilie, le mouvement des dissidents qui, grâce à l'appui des agriculteurs et à la stupidité de certains chefs, pourraient nous ménager quelques surprises ; 3° Il ne faut pas oublier que dans le midi à partir de Rome, les partis ne comptent plus, mais seulement les personnalités, et pour que la majorité soit plus forte et offre un caractère de consentement universel, il est nécessaire de mettre aussi dans la grande liste quelques cariatides du vieux monde ; 4 Ne pas
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oublier de faire surveiller les francs-maçons de toutes nuances ; ils sont en train d'exploiter le malaise causé par la question des layers et des contributions et, si cela ne suffisait pas, celui qui provient de l’'augmentation des tarifs et des droits d’octroi, voir Milan. »
Dans le second semestre de 1924, éclata ce qu’on a appelé la question morale : Arnaldo demeura vaillamment sur la brèche. Le 24 juin — quatre jours après l'assassinat de Matteotti — je lui envoyai un article qui devait paraître dans une édition spéciale du Popolo d'Italia, sous le titre : « Halte-là, Messieurs !» Ce n’est pas sans émotion que ces jours-ci, j’en ai retrouvé le manuscrit qu'il avait soigneusement conservé.
Ayant donné le mot d'ordre, Arnaldo lutta, jour par jour, courageusement jusqu’au 3 janvier 1925, jour où je démolis «lAventin >». Récemment je l'avais prié de réunir en volume les articles écrits pendant la période de la «question morale ». Il Pavait fait, maïs ensuite nous décidèmes qu'il était inutile de se faire un mérite d’avoir simplement rempli notre devoir de fascistes, et qu’il n’était pas non plus mécessaire de revenir sur une difficulté vaincue par nous et déjà oubliée. Je lui rendis la collection des articles, dont j'avais promis d’abord d'écrire la préface et je m’aperçus qu’il n’y tenait pas beaucoup. Certains passages de ces articles, je les ai rapportés dans ce livre. Tout le premier semestre de 1925 marque la reprise totale du mouvement fasciste, tandis que les débris de <FAventin > sont définitivement dispersés. Pendant ces premières années difficiles — Car c'était notre début — et tourmentées, car les
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vieux partis n'étaient pas encore dispersés Arnaldo s'était toujours plus affiné, dans sa clairvoyance politique. Le 18 août 1926, je prononçai le fameux discours de Pesaro. Le 23, Arnaldo m'écrivait :
«A Milan aucune nouvelle intéressante. Je sens toute la passion que tu mets dans la bataille en cours et je m'attriste de ne pas avoir plus de puissance pour Faider. Il serait utile, je crois, de procéder à la manière fasciste contre le pamphlet et de faire saisir «La politique financière du gouvernement fasciste» édité par le Parti Socialiste unitaire. Si tu es de mon avis nous pouvons commencer l'attaque dans le journal. Je 1e crois nécessaire de sortir de notre réserve et de récla- AE mer à cor et à cri des sanctions exemplaires.
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Le lendemain du troisième attentat — 11 septembre 1996 -- Arnaldo me télégraphiait : « Dieu te protège, les Italiens te vénèrent : ces deux forces rendent impuissante la fureur criminelle de tes adversaires. Trou- LA blé, ému, Arnaldo t'embrasse.» Peu de jours aprés — MA : le 15 septembre — je recevais de lui cette lettre qui LH mérite d’être connue :
M « J'ai recu ta lettre et tes papiers. Je te remercie. Je au | suis encore sous l'impression de ce complot et je ne te
ii | cache pas que si j'ai pu me dominer le premier Jour, sh | aujourd’hui, en pensant à la tragédie que tu as et que ‘1H nous avons frôlée, mon âme se remplit d'horreur et de
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