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Edition des oeuvres de Blaise Pascal

Je reviens à Pascal, qui fut une des premières admirations de ma jeunesse. Mon dessein ri est pas de refaire son éloge : il a été recommencé bien des fois, et moi aussi, il y a bien des années, j'osai après tant d'autres lui rendre, dans un concours ouvert par l'Académie française, un hommage qui ne fut pas jugé indigne de sa grande mémoire.

Je reprends la double tâche que je m'étais depuis longtemps proposée : l'une de donner une édition aussi complète et aussi exacte que possible de ses OEuvres ; l'autre de retracer en détail et avec plus de précision que peut-être on n'a pu le faire jusqu'à présent, l'histoire de la vie et des travaux d'un homme qui offre un des plus rares exemplaires de la nature humaine. Multiple génie, dont les facultés, s' étendant aux sphères les plus diverses de l'esprit et de l'âme, embrassèrent la raison et la foi; la géométrie et le sentiment; l'exquise simplicité, l'énergie, la finesse, les beautés d'un style achevé; les expériences d'une observation infaillible dans le domaine de la philosophie naturelle, et les calculs les plus abstraits des mathématiques : en telle sorte que son nom

est devenu comme le symbole de la pensée, c'est-àdire de la faculté en laquelle réside la distinction suprême et comme l'essence même de l'humanité civilisée.

Je me suis abstenu de joindre une préface générale à l'ensemble des OEuvres de Pascal. J'ai pensé quelle était superflue, et serait remplacée avec plus d'utilité par des introductions placées en tête des diverses parties qui composent cette nouvelle édition : les Provinciales, les Pensées et les divers écrits qui s'y rattachent; les ouvrages de physique ; les ouvrages de mathématiques. Je me bornerai donc à faire connaître sommairement dans ce court préambule les deux publications qui ont précédé la nôtre.

La première est intitulée : OEuvres de Blaise Pascal. A La Haye. Chez Detune, libraire. M.DCC.LXXIX. 5 volumes in-S°. En réalité elle avait été imprimée en France et publiée chez Ntjon, libraire à Paris. L'autorité à laquelle était commise la surveillance des nombreuses et souvent trop licencieuses publications qui paraissaient à cette époque, conservait, pour s'en servir au besoin, les lois répressives de la liberté d'écrire, mais elle en usait avec une grande tolérance, moyennant la formalité d'un pseudonyme qui couvrait l'auteur et l'imprimeur. Toutefois on a peine à comprendre que l'édite aides OEuvres de Pascal ait eu à subir cette condition, uniquement parce quelles contenaient les Provinciales, publiées depuis cent vingt-deux ans.

Cette édition, qui ne porte pas le nom de l'éditeur, avait été composée par l'abbé Bossut1, connu surtout par ses travaux mathématiques et qui devint plus tard membre de l'Académie des Sciences. Le motif principal qui l'y avait engagé était d'assurer la conservation des Ecrits mathématiques de Pascal, qui, publiés à un petit nombre d'exemplaires ou ayant été imprimés mais non publiés, étaient menacés d'une inévitable disparition. En joignant à cette réimpression celle des autres ouvrages de Pascal, Bossut rendit un grand service à l'histoire de la littérature française comme à celle des sciences, et mérita la reconnaissance de ceux qui s'intéressent aux choses de l'esprit en tous les pays. On doit cependant regretter que l'abbé Bossut se soit contenté d'ajouter aux Pensées publiées avant lui quelques fragments imprimés cà et là en dehors de l' édition primitive, ou empruntés par lui à des manuscrits qui lui furent communiqués, ainsi que j'aurai occasion de le dire en parlant de la communication qui m'en a été faite à moi-même, et dont il aurait pu faire usage avec plus d'intérêt pour le lecteur. Mais ce qui peut surprendre de la part du savant éditeur, c'est qu'il ait négligé de recourir au manuscrit autographe des Pensées ; il ne pouvait en ignorer l'existence, car c'est lui qui nous apprend que ce manuscrit était conservé dans

1. Charles Bossut, né à Tartas dans les Landes, le 1 1 août 1730, mourut à Paris le 14 janvier 1814.

la Bibliothèque des Bénédictins de Saint-Germaindes-Prés à Paria, où il avait été déposé par le chanoine Perier, neveu de Pascal. L'abbé Bossut a placé en tête de son édition un Discours sur la me et les ouvrages de Pascal, où le sentiment religieux s'unit à une sincère impartialité, d'autant plus remarquable qu'elle contraste avec l'esprit contraire que venaient de montrer Condorcet et Voltaire dans l'édition, d'ailleurs fort incomplète, des Pensées, donnée par eux peu d'années auparavant.

Une deuxième édition des OEuvres de Pascal a été publiée à Paris, en 1819, à la librairie Lefebvre, également en 5 volumes in-S°. En tête du premier tome figure le Discours préliminaire de l'abbé Bossut; puis vient /'Essai de François de Neufchateau sur les meilleurs ouvrages écrits en prose dans la langue française, et particulièrement sur les Provinciales. Nous ne nous arrêterons pas sur cette édition, parce qu'elle n'est, à peu de chose près, que la reproduction de celle de Bossut, et ne s'en distingue par aucune amélioration réelle sous aucun rapport'.

i " septembre 1885. ,

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