‹ Edition des œuvres de Blaise PascalChapitre 7 sur 34 · Les première et deuxième · texte numérisé non relu

Les première et deuxième

INTRODUCTION. xiu

formes quoique fort pesantes dans son tablier, passa en bas parmi les commissaire et gardes, et les porta chez un ami là auprès, où dès la nuit on tira 300 de la deuxième, et le lendemain 1200; ce qui irrite toujours de plus en plus les ennemis de la vérité, et surtout M. le Chancelier, qui jette feu et flamme contre M. Arnauld et ses amis, qu'il croit auteur de ces lettres qui ruinent en effet la Censure.

« Pour chez Desprez, l'on en a emporté quelques lettres imprimées de M. Arnauld, comme de chez Savreux; ce qui est pourtant une grande violence.

« Samedi 5 février 1656. — Aujourd'hui le sieur Savreux a été transféré avec ses deux garçons des prisons de l'Ofticialité au Chàtelet. On ne sauroit croire la haine que lui portent les ennemis de M. Arnauld et de Port-Royal, par la seule raison qu'il est fort affectionné a la vérité et à vendre les livres qui la défendent. Mais on auroit aussi peine à croire combien de personnes, et de condition, s'emploient pour sa délivrance. MM. de Bagnols, de Beaumont, Le Nain et de Bernières sont de ce nombre principalement, sans parler de M. Singlin, de M. Arnauld et de tous ceux de Port-Royal ».

« J'ai su que MM. Cornet et Morel, docteurs grands Molinistes, s'étoient fait commettre par justice pour visiter lous les papiers qu'on a pris à ce libraire.

« Ce même jour a commencé à paroitre la deuxième Lettre à un Provincial, touchant les dernières assemblées en Sorbonnc contre M. Arnauld, et touchant la

1. Savreux et ses deux garçons furent rais en liberté le 16 février, après quinze jours de détention.

xiv LES PROVINCIALES.

censure de sa lettre. Cette pièce est encore plus estimée que la première, et fait voir avec un agrément merveilleux l'injustice de cette Censure, laquelle elle rend entièrement ridicule. »

Il est à croire qu'après la perquisition opérée chez lui Le Petit ne continua pas d'imprimer les Provinciales. D'après ce que rapporte également Baudry de Saint-Gilles, la Ve Lettre avait été imprimée chez Langlois, et il est probable qu'il en fut de même de la IIIe et de la IVe1. Les difficultés suscitées par la surveillance de la police devenaient de plus en plus grandes ; mais les amis de Port-Royal redoublaient d'efforts pour en triompher. Voici comment s'exprime Saint-Gilles à propos de la IIIe Provinciale.

« Samedi 12 février 1656. — La troisième Lettre à un Provincial touchant les matières de la grâce, et particulièrement sur la censure de la lettre de M. Arnauld par les Molinistes, a commencé aujourd'hui à paroître avec un éclat et un applaudissement encore plus grands que les deux précédentes. On en a donné par Paris et envoyé dans les provinces par douzaines, et le succès qu'on en apprend partout est incroyable. On éprouve que ces petites pièces font beaucoup plus d'effet que les autres plus longues et plus considérables; car en peu de temps on y est agréablement

1. On trouvera plus loin une lettre d' Arnauld d'Andilly qui semble confirmer cette conjecture.

INTRODUCTION. xv

instruit de la vérité. Cela choque toujours de plus en plus les adversaires qui pour cela font mettre en campagne les moucharts à toutes les imprimeries, en sorte que la difficulté et les frais de l'impression en sont extraordinaires. Cela n'empêche pas que Port- Royal et les amis de ce lieu n'en fassent toutes les dépenses nécessaires.

On voit par ces notes, écrites au jour le jour par un contemporain des mieux informés, que si les deux premières Lettres de Pascal produisirent dans le public un mouvement d'opinion et comme une puissante diversion en faveur de Port-Royal, elles eurent en même temps pour résultat d'accroître les inimitiés dans le camp opposé et de provoquer contre Arnauldet son parti un surcroît de rigueurs. Mais ce double effet dut se faire sentir bien davantage quand la IVe Lettre eut paru : ce n'étaient plus la Faculté de Théologie, les Religieux mendiants et les docteurs Molinistes que Pascal mettait en cause : il s'en prenait directement aux Jésuites, et les périls de la lutte s'en accroissaient d'autant plus pour lui et pour ses amis. Les démarches de la puissante Société, qui avait à son service l'influence dissimulée mais très active du P. Annat, confesseur du Roi, ne pouvaient manquer de stimuler le zèle des magistrats. Ne sachant où trouver ce redoutable adversaire dont le nom restait inconnu,

xvi LES PROVINCIALES.

on se flattait du moins de découvrir les imprimeries d'où s'échappaient par milliers les feuilles qui, répandues « par une main invisible1 », pénétraient avec un égal succès dans les salons du grand monde et dans les boutiques des marchands.

A la fin de mars 1656, deux perquisitions furent faites, l'une chez l'imprimeur Langlois, l'autre à Port-Royal des Champs. Le lieutenant civil Daubrai2 se rendit à l'abbaye, afin de s'assurer que ceux des solitaires à qui avait été donné l'ordre d'en sortir, s'en étaient en effet retirés; il avait également pour mission de rechercher une imprimerie que Ion supposait établie dans l'abbaye ou ses dépendances, et qui aurait servi à reproduire non seulement les écrits de controverse, mais encore, chose bien autrement grave aux yeux du cardinal Mazarin, les pamphlets du cardinal de Retz. Le lieutenant civil ne trouva point la mystérieuse imprimerie. Les recherches faites à Paris chez l'imprimeur Langlois eurent plus de succès : on constata qu'il venait d'imprimer la cinquième Provinciale et qu'il s'occupait de réimprimer les précé-

Page 1