‹ Edition des œuvres de Blaise PascalChapitre 6 sur 34 · C'était une juridiction essentiellement ecclésiastique · texte numérisé non relu

C'était une juridiction essentiellement ecclésiastique

x LES PROVINCIALES.

cien et général de la haine qu'ont pour lui les Molinistes et surtout les Jésuites est l'affection, l'adresse et le secret avec lesquels cet homme sert la vérité en tout ce que sa profession lui peut permettre; et les sujets nouveaux et particuliers sont : 1° L'acte de protestation de nullité de M. Arnauld contre la Censure; 2° La Lettre à un Provincial, qui est si bien faite et qui fait voir avec tant d'adresse l'injustice des auteurs de la même censure; lesquelles pièces choquent puissamment les adversaires, et surtout M. le Chancelier, qu'on me mande en avoir été saigné sept fois depuis cinq ou six jours. Or, parce que depuis sept ou huit ans les défenseurs de la vérité, qu'on nomme Jansénistes, ne peuvent avoir permission de rien imprimer, leurs deux plus grands ennemis ayant été le garde des sceaux mort depuis peu ' et le Chancelier, ils sont réduits à faire tout imprimer en cachette et à prix d'argent, et on a aisément cru que le Sieur Savreux étoit celui dont ils s'étoient servis à ces deux dernières pièces, ce qui n'est pourtant pas.

« Jeudi 3 février 1656. — L'on sait de ce matin que le Sieur Savreux et sa femme ont été interrogés par le lieutenant criminel Tardieu, selon l'ordre qu'il en avoit reçu de la Reine et du Chancelier ; qu'il n'y a eu rien à redire à leur réponse; que la femme, qui est fort bonne, simple et craignant Dieu, a été mise en liberté; et qu'on n'a rien trouvé parmi ses papiers que quel-

dortt les membres représentaient l'autorité épiscopale au nom de laquelle ils agissaient.

1. M. Mole était mort le 3 janvier précédent. Les Sceaux furent alors rendus au Chancelier, ainsi qu'il en était autrefois.

INTRODUCTION. xi

ques lettres imprimées de M. Arnauld et autres pièces à divers particuliers, entre autres à M. l'abbé de Pont- Cliasteau1, qu'il avoit pour relier, et parmi lesquelles il est fâcheux qu'il se soit trouvé une lettre du cardinal de Retz.

« On n'a pas oublié les deux autres libraires affectionnés à Port-Royal, savoir les Sieurs Petit2 et Desprez. Un commissaire est allé à midi chez eux en la rue Saint-Jacques. Mais comme ils se doutoient, ils se sont trouvés absents. Le commissaire laissant deux gardes

1. Le baron de Pont-Chasteau, un des solitaires de Port-Royal des Champs, distingué à la fois par sa piété et son humilité extraordinaires, et par sa naissance. Son père, Charles du Cambout marquis de Goislin, était cousin germain du cardinal de Richelieu. — Saint-Simon lui a consacré une page pleine d'intérêt dans ses Notes sur les duchés et comtés-pairies. Titre de Coislin (Écrits inédits, tome VI, p. 220).

2. Il s'agit de « Pierre Le Petit, Imprimeur et Libraire ordinaire du Roy, rue Saint-Jacques, à la Croix d'or ». — C'est ainsi qu'il est nommé et qualifié sur les livres publiés chez lui, notamment la Traduction de Flavius Joseph par Arnauld d'Andilly.

Il figure à ce titre sur un État manuscrit des officiers de la maison du Roi dressé en 1656, et qui se trouve dans les archives des Affaires étrangères. On voit par cet état qu'il y avait un Imprimeur ordinaire et Garde des poinçons, matrices, moules, layettes, caractères et fontes, qui était alors Sébastien Cramoisy, assisté de Sébastien Mabre, son petit-fils; il recevait un traitement fixe de 600 livres. ; — Il y avait de plus trois imprimeurs ordinaires, qui recevaient chacun un traitement de 100 livres. Le Petit était un de ceux-là.

xn LES PHOVINCIALES.

a scellé l'imprimerie du Sieur Petit, qui s'est plaint au Parlement de ce qu'on l'empêchoit dans sa vacation, etc. Par le moyen de M. le premier Président qui s'en est meslé, on a levé les sceaux dès le lendemain, et il ne s'est trouvé ni lettres ni actes cy-dessus; et M. le premier Président a rendu ce bon office parce que le Sieur Margottin, qui loge pensionnaire chez Petit l, est allé le trouver, ayant en main la première Lettre à un Provincial avec une deuxième toute fraîche 2 et non encore vue, bien plus forte que la première, et lui a dit que pour preuve que ce n'étoit pas M. Petit qui les avoit imprimées, il lui apportoit la deuxième, l'imprimerie étant encore scellée, et cette deuxième étant de mesmes caractères, forme et papier que la première; ce qui a convaincu M. le premier Président, d'ailleurs bien intentionné.

« Remarquez que voici la vérité de l'histoire : C'est le Sieur Petit qui a imprimé les deux Lettres à un Provincial3, qui par leur agrément et la pure vérité qu'elles contiennent ont excité cette violence contre ces trois imprimeurs. Le commissaire étant venu à sa boutique avec plusieurs gardes, et lui ne s'y étant pas trouvé, sa femme monta à l'imprimerie, mit les

1. Le sieur Margottin est inexactement mentionné par Sainte-Beuve (Port-Royal, édit. de 1867, tome III, p. 57) comme étant un des garçons de l'imprimerie. Il était, comme on voit, chez Le Petit à titre de pensionnaire et devait avoir certaines relations de société qui expliquent sa démarche auprès du premier Président.

2. Elle porte la date du 29 janvier et avait suivi la première de très près.

Page 1