‹ Edme BouchardonChapitre 13 sur 80 · HO U CH À B BON A ROME · texte numérisé non relu

HO U CH À B BON A ROME

leurs partisans. Il fut oblige de quitter Rome en 1731, menacé de mort par les jacobites (partisans de Jacques d’ Angleterre), et transféra sa résidence à Florence, où il mourut en 17^7*

je ne sais si le buste de ce personnage existe encore, mais le souvenir

nous en est conservé en une gravure de G* M.

Preisler{pL,p, 19), qui nous en révèle la grande allure et le parti pris très antique de la nudité de la poitrine et des épaules, parti pris que nous retrouverons tout à l’heure dans un buste, du même artiste, qui nous a été conservé.

La date de 1727, indiquée pour L'exécution, est confirmée par une lettre de Vleughels,du 26 novembre de la même année.

Le succès de cette sculpture ne tarda pas à. ménager au jeune artiste français une nouvelle commande, mais cette fois dans la colo-

nie anglaise et parmi

" Saint André, d apres Fr, Du^uesnoy. (Mui& du Couvre,)

les ennemis du baron

de Stosch; dès l’année suivante (1727), Bouchardon écrivait à son père1: * J’ai entreprit le portrait en buste de M, de Gordon , gentilhomme du fils du roy d’Engletaire; le marché est fait à deux cent écus romain (sic). J’en ai fait le modelle, que l’on trouve ressemblant; j'ai déjà le bloc de marbre : ji doit faire travailler au premier jour, et quand il sera

1 , Édité par Carnandeï, p.

éboché» je le terminerai le mieux qu’il me sera possible, » On ignore jusqu à présent ce qu'a pu devenir ce * portrait », Le - roi d’Angleterre * dont parle Bouchardon était le Prétendant, alors réfugié à Rome.

Le projet du Tombeau du pape Clément XI avait donné lieu, en 172Ü. à un concours important par le nombre des concurrents» tant italiens qu'étrangers. Le cardinal camerlingue Albani, neveu de Clément XI et chargé des fonds destinés à l’exécution de son tombeau, connaissait déjà les œuvres de Bouchardon et en était grand admirateur : son choix s’arrêta sur le modèle du jeune sculpteur français, mais des intrigues finirent par faire donner la commande à un Italien» malgré T appui du peintre Ghezzi, grand ami de Bouchardon et favori de la famille Albani.

Le duc d'Antin attachait une grande importance à. ce que ce monument fût exécuté par un sculpteur français et par un élève de l’Académie de France \ c’est seulement quand tout espoir fut perdu de ce côté qu il mit lin à la pension de Bouchardon ; il écrivait à Vleughels le i5 juillet ty3o ; * L’été est trop avancé pour refuser à ces deux sculpteurs le reste de la saison pour travailler à Rome, après quoi ils se rendront ici... i, mais Bouchardon n’était pas encore décidé à revenir, parce qu’il avait déjà reçu d'autres commandes.

Sur le buste qu’il lit d'une certaine LjJv Lechmere nous n'avons que ce passage d'une lettre de Bouchardon à son père, du ro janvier 1731 : * je vient de finir le portrait de miledie Lecchemere1, que j’en voire bientost à Londre. * Le sort de cette sculpture m'est inconnu.

Bouchardon avait à peine terminé le buste de cette Anglaise qu'il était aussitôt chargé de faire ceux des cardinaux de Rohan et de FoUgnae. Ces deux cardinaux et le cardinal de Bissy étaient alors les trois représentants de la France au conclave réuni pour l’élection du successeur de Benoit XIII.

1. Peot-éirc Lady Elisabeth Howard, alors veuve de Lord Lechmere d'Evesham, mort en 1727.

bquchàrdgn a rqmh

Leduc (TA n tin, qui voyait avec peine le séjour de Rouchardon à Rome se prolonger indéfiniment s’empressa à écrire à Vleughels: * Rouchardon fera le portrait de M . le cardinal de Rohan plus à l'aise à Paris qu'à Rome; d'autant plus qu’il me tarde fort que cette Eminence en soit revenue*,» Le cardinal resta , d'ailleurs, peu de temps à Rome, après sa sortie du conclave, mais Vleughels trouva le moyen de ménager à Bouchai don deux séances qui suffirent pour rétablissement de son modèle.

L’œuvre définitive qui était en marbre et plus grande que nature, fut placée d'abord au château de Saverne, résidence des évêques de Strasbourg, puis transportée à Strasbourg même ou elle a péri pendant la guerre de 1870 avec tant d’autres oeuvres d’art conservées au M usée*.

Il en avait été fait, aussitôt après l'exécution, un moulage pour h Académie de b rance*, qui pourrait se retrouver.

Ce buste, commencé en 1730, ne fut terminé qu’au mois de septembre 1731 : Rouchardon avait dû en suspendre rachèvemeiit pour commencer celui du cardinal Melchior de Polignac. Ce cardinal

Étude pour ta statue du prince de Waldeck, (Muait du Louvre,)

1. Le teste Jirès mauvaise copie) porte : * est fort revenue * lArch* Nat., O içHj*, p. 3n- 3ïi).

i. Communication de M. Audiguier, conservateur du Musée de Saverne (1891).

3, Archives nationales, Qi tg38.

BOUCHA R DON

habitait Rome d une manière à peu près constante, depuis 1724, en qualité de chargé d'affaires pour la France, mais on peut supposer qu'il prévoyait alors la fin prochaine de sa mission et que cette considération le décida à faire entreprendre son buste sans plus tarder: il avait alors soixante-dix ans et fut remplacé par le duc de Saint- Aignan, en 1731. L'opération semble avoir été menée sans désemparer : elle était terminée bien avant le 3 septembre iy3i L

Ce buste,, qui porte comme inscription : melchior card. de polignac. æta. lxx+ bouchai* don. rqm/e mdccxxxi\ a la grande allure des bustes de prélats, inspirés de ceux du Rcrnin, qu'exécutaient peu auparavant les sculpteurs contemporainsde Coysevox, ou encore Jean-Louis Lcmoyne un peu plus tard. La tète est expressive sans avoir cependant la pénétration et l'accent de réalité qu’offriront les bustes de l’école française postérieure, au temps de J. -B. Lemoyne ou de Pigalle [PI. V).

En même temps qu'il travaillait aux bustes des deux cardinaux, Bouehardon avait fait les études préliminaires d'une statue du prince de Waldeck ; Vleughcls écrivait, le 24 août ijSo : « Bouehardon a fini la terre du portrait du prince de Waldeck, dont il est très content; il doit le faire en marbre, nu et grand comme nature : ce sera une très bonne étude *, j>

Le cardinal camerlingue Âlbani, qui s’était laissé influencer d une manière défavorable à Bouehardon, pour l'exécution du tombeau de Clément XI, n'en conservait pas moins à l’égard de ce sculpteur des dispositions bienveillantes; peut-être même avait-il à cœur de réparer, au moins dans une certaine mesure, ce qu’il y avait eu de singulier dans sa conduite, et il sem ble qu'il en ait trouvé l'occasion à propos des travaux entrepris pour la statue du prince de Waldeck ; quoi qu’il en soit, Bouchardon écrivait à son père, le 10 janvier \j3i : * Le cardinal camerlingue, pour travailler cette statue, m'a donné un atelier à S" pierre, avec un très beau logement, je ne suis plus pensionnaire depuis trois mois: je

i* Le buste du cardinal de Polignac a figuré au Salon de 17^7, à l'Exposition des portraits nationaux faite au palais du Trocadéro en ifrjSet à l'Exposition universelle de 1900 (Petit Palais] ; il était alors conservé à l’évêché de Meaux et on l'a transféré tout récemment au Musée municipal; il provient de Camille- Louis- Apollinaire de Polignac, évêque de Meaux de 1779 à 1790, et mesure 0^90 de haut ; la croix pectorale est mutilée.

2. Henri J ou in, A'atice... de. t portraits nationaux... t 1879, p. ®o, 379.

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