‹ Edme BouchardonChapitre 2 sur 80 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Cette activité ne s'est pas dépensée en un nombre d’œuvres considérable. Hile s'est concentrée pour ainsi dire dans quelques travaux d’importance, pour lesquels la renommée et l'autorité précoces de Bouchardon !e firent designer; il apporta à ces travaux la conscience la plus méticuleuse et l'étude la plus réfléchie, tant pour leur préparation que pour leur exécution. Bouchardon en effet fut par-dessus tout un grand laborieux : respectueux admirateur des modèles que lui offraient les antiques et les grands italiens de la Renaissance, ceux même du xvu* siècle, observateur scrupuleux de la nature, il forma son génie par une préparation patiente et une étude acharnée. Chacune des œuvres qu’il a entreprises, même dans un âge avancé, a été l’objet de mûres réflexions et d’études préliminaires en nombre infini. Nul n’a été moins improvisateur. Nul n’a moins laissé au hasard dans la composition ou dans la facture. Issu d’un milieu provincial et patriarcal, formé de bonne heure aux probes disciplines du métier de sculpteur, Edme Bouchardon semble avoir joui d’un tempérament robuste, un peu lourd, qui le prédisposait à ce labeur acharne dont tout concourt du reste à nous donner la preuve indiscutable: les témoignages des contemporains, que nous avons pu recueillir en abondance, les propres confidences de l’artiste, que sa correspondance nous révèle, ses œuvres même, qui sentent le travail jusqu’à en être parfois un peu refroidies, enfin la masse énorme de ses études dessinées, dont un grand nombre se trouvent dans les collections du Louvre, héritières de presque tousses ^cartons&* Non seulement en effet Bouchardon, ce qui est assez tare chez les sculpteurs, fut un dessinateur habile et exerça son crayon dans des genres très divers: non seulement il a donné mainte composition originale pour fil lustration, reliefs, statues, fontaines, et notamment pour le frontispice de certains livres; non

BOUCHA R DON

seulement il a livré aux graveurs mainte invention décorative qu il aurait pu réaliser plastiquement; mais, avant de dresser une figure en sculpteur, il se plaçait en face du modèle, et au lieu d’en prendre de simples croquis d’étude ou de mise en place il le reproduisait successivement sous tous ses aspects, en des dessins serrés et consciencieux comme des académies, d’un trait appuyé et robuste qui n’a rien de commun avec la facture légère, spirituelle et superficielle de tant de dessinateurs de son temps.

Cette conscience d'artiste, cette solidité de génie fait de travail et d observation n est pas du reste simplement remarquable en elle-même, et ce n’est pas uniquement comme un cas curieux et exceptionnel qu il importe de l’analyser : elle explique le rôle historique de Bouchardon. Celui-ci arrivait à un moment où l’on commençait à se fatiguer des improvisateurs et des décorateurs, de la grâce superficielle et du maniérisme brillant. En sculpture, les Adam et les Slodtz, J. -B, Lemoyne lui-même allaient être fortement battus en brèche par les amateurs et les critiques de la nouvelle génération, les Caylus, les Cochin, les Mariette. Bouchardon au contraire allait être l’homme de la réaction antique et naturaliste, La solidité de ses études académiques, la simplicité de son goût, la sûreté de sa vision réaliste le désignaient naturellement pour ce rôle, mais il ne se borna pas à suivre le courant général des idées qui entraînait le goût français dans ce sens, vers le milieu du xvnr siècle: sa forte personnalité et ses tendances si nettement affirmées, tout en le mettant lui-même en relief et en facilitant sa fortune, contribuèrent sans nul doute à diriger plus rapidement et plus sûrement 1 évolution du goût contemporain vers la vérité et la nature en même temps que vers la pureté antique.

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