‹ Edme BouchardonChapitre 20 sur 80 · V. Modèle d'un Bacchus pour M. oe Livkv · texte numérisé non relu

V. Modèle d'un Bacchus pour M. oe Livkv

Bouehardon partit de Rome le 4 septembre 1 782 , après y avoir passé neuf années, et non pas dix comme on l'a généralement imprimé; il devait s’arrêter au retour dans plusieurs villes d'Italie, t dont, hors Rome, il n’a rien vn », écrivait Vleughels, qui dit ailleurs : « II verra de l'Italie ce qu’il n’a point vu, comme Bologne, Florence, Venise,,, . Sur sa route, il y a de belles choses à voir, et un coup d'œil, à ceux qui voyent bien , est très profitable 1 . » Il s'arrêta certainement à Florence; vers le milieu du mois d'octobre, il était au pied du mont Cenis; enfin, nous savons qu'il vint à Chaumont avant de se rendre à Paris : il y arriva vers les derniers jours d’octobre ou les premiers jours de novembre. Le duc d’Ântin écrivait plaisamment à Vleughels, le 28 novembre : « Bouchardon n'est pas encore arrivé de ses terres1. » Lejeune sculpteur, très attentif à ses intérêts, attendait certainement, pour se rendre à Paris, que le surintendant des Bâtiments lui eut assuré un logement dans les bâtiments du Louvre. Le brevet lui en fut délivré le 1 janvier iy33; cette faveur, si promptement accordée, et que beaucoup d'artistes durent attendre pendant plusieurs années, était le résultat d’un engagement formel pris envers lui pour vaincre ses dernières résis-

1. Arch. Nat.t O1 1961, p. 107, 114,117; originaire, O1 iy36. a. Arch. Nat., O1 1961, p. 141, et original, O1 ig38.

EOl, CHARDON

tances à quitter l'Italie1. Cet appartement qui avait été occupé précédemment par le sculpteur Van Clèvet se composait de quatre pièces, désignées sous les noms de « logement, cabinet d’étude, grand atelier, cuisine, » C oc h 111 nous a laissé le récit dîme anecdote qui se rapporte à ce premier logement de Bouchardon, à Paris. Le ducd’Àntin vint se rendre compte de l’installation de son protégé. * Il s’attendoit peut-être à de grands remercie mens, mais M. Bouchardon, quoique avec un air tout rond, tout sans façon, étoit haut et pensoitqu on ne pouvoit rien faire de trop pour lui, M. d'Antïn lui dit : Te voilà bien logé, (Il avoit la mauvaise habitude de tutoyer.) — Bouchard on lui répondit : Monsieur , si nîaviés vu à Rome , vous ne penser iès pas ainsi ; fy avais un pala is. » Cochin y joint les réflexions suivantes : <1 Cette réponse a été admirée des adorateurs de M. Bouchardon; pour moy, je ne puis m’empêcher d'y trouver une dureté déplacée vis-à-vis d’un bienfaiteur qui a fait ce qui étoit en son pouvoir pour nous obliger; sans compter le défaut de justesse de comparaison d'une ville habitée, comme Paris, avec une ville dévastée comme celle de Rome. Le Roi a tant de monde à loger dans peu d’espace ! Au lieu qu'à Rome on trouve, en effet, à louer pour peu d’argent des espèces de palais, composés de grandes pièces, mais sans commodités.

« D'un autre côté, l’on peut dire, pour sa justification, qu’il pouvoit être instruit de la hauteur avec laquelle M. le duc d’Antin traittoit les artistes, même les plus célèbres, et qu’il voulut, dès le commencement, lui faire sentir qu’il n’entendoit pas être traité ainsi ; auquel cas ce seroit une réponse courageuse et prudente3. >

Marietteditque Bouchardon, après son installation à Paris, fut quelque temps sans recevoir de commande pour le Roi3; en tout cas, il est certain que, dès la première année, le duc d’Antin lui commanda une statue de Louis XIV, en marbre, pour remplacer celle du chœur de Notre-Dame, œuvre de Coyzevox,qui ne plaisait plus, Bouchardon n en fit que le modèle, d’abord en terre, puis en plâtre : cc sujet l'effrayait, et il n'y travailla qu'à regret4, mettant une grande lenteur à son exécution; c’était d’ailleurs son habitude de laisser indéfiniment en suspens les ouvrages qui ne lui

I, Cet engagement est rappelé dans un* Extrait du travail de Roi avec Nïr de Marigny», du mois de septembre 17?? i.C 1064; registre non folioté).

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