‹ Edme BouchardonChapitre 22 sur 80 · Original, che* les héritiers de Bouchardon · texte numérisé non relu

Original, che* les héritiers de Bouchardon

Saint Jean l’Évangéliste.

(Pierre. — Église SMDt-Sulpice, Paris,)

PREMIERS TR A VA IX A PARIS ET A VERSAILLES

marc hé» qui est écrit en entier, comme le premier, de la main de Rouchardon, indique bien vingt -quatre statues, mais les noms ne furent inscrits qu'au moment de la signature, et il n'y en a que vingt-deux, savoir : le Sauveur, la Vierge, les douze apôtres, saint Paul, saint Barnabe, saint M a rc é v angéli ste , saint Luc évangéliste, saint Sulpice, saint Martin, saint Charles B o rro niée et sa i n 1 1 H’ ra n çoi s de Sales. En réalité, Bouchardon n’en a fait que dix : le Christ, la Vierge et huit apôtres.

Suivant C aylus, la modicité du prix aurait fait rompre le marché, mais c’est inexact.

1 1 est vrai qu'en s 740 le sculpteur n était pas d’accord, avec Langue! vie G erg y, pour le règlement des comptes. Sou ami Mariette rédigea un mémoire établissant que huit statues avaient déjà été livrées- qu'il avait été pavé huit mille huit cents livres, a raison de onze cents livres par figure, et qu'aucun à compte n'avait été versé pour les huit (sic) statues qui restaient à faire. Le curé pro- ^!lin( rauj

duisit, de son côté, un relevé saim-suipitc, p*h»o

de ses paiements, établi d'après les quittances même de Bouchardon, qui s'échelonnaient du 2 4 août 17.S4 au 20 septembre 1740, et il en résultait que le sculpteur avait reçu au total dix mille livres. Languet de G erg v en tirait cette conclusion : que Bouchardon devait avoir entre les mains douze cents livres d’avance * pour les pierres 1 Le nombre des

1, Deux originaux : Tun de ]w main, de Bouchardon, I "autre de la main du curé. |,(Ihejt les héritiers de Bouchardon, |

BOUCHA RDON

statues avait donc encore été réduit, de vingt-deiux à seize, et le prix de chaque statue de douze cents livres à onze cents, mais ils semble que le curé avait pris à sa charge la dépense de la pierre.

Le marché ne fut pas rompu : on est seulement londé à croire que Boucliardon mit une lenteur voulue et progressive ù l'exécution de ses engagements, et que, s’il finit par y renoncer, ce ne fut pas du vivant de Langue t de Gergy. En effet, par une quittance du iç février 1760, il reconnaît avoir reçu « de Monsieur l'ancien curé de Saint-Sulpice * six cents livres à compte sur le prix des deux figures de saint Mathieu et de saint Barthélemy, < auquel t dît-il, je travaille pour la décoration de sont (sus) église ». Languet de Gergy n’était plus curé de Saint-Sulpice depuis L'année 1748; il mourut le 1 1 octobre 175b. D'autre part, cette quittance est bien la dernière que Bon chardon ait donnée poulies statues de Saint-Sulpice : elle porte la mention du contrôle, sous la date du 2 septembre 1762, et Boucha rdon était mort le 27 juillet précédent. Ce contrôle, servait d 'arreté de compte pour le règlement définitif à intervenir entre les héritiers du curé et ceux du sculpteur, et le règlement est constaté par cette mention mise au bas de

Saint Mathieu. J r

(Pierre. - Hgüse Saini-Suipk*, ivriflj la même quittance : « Paie par accomodement 288 lîv* ».

Le nombre de dix statues, dont huit d'apôtres, est donc bien celui auquel il faut s'arrêter, mais il est assez difficile de mettre des noms exacts sur les statues des apôtres, telles qu elles sont disposées aujourd'hui : il est certain, en effet, que ces statues, entrées au Musée des Petits- A ugustins en l'an II, ne furent pas replacées à Saint-Sulpice dans l’ordre quelles y occupaient anciennement. D’autre part, les énumérations données par Lenoir, dans son Journal , et dans sa correspondance avec le Ministère

PREMIERS TRAVAUX A PARIS ET A VERSAILLES

r. Brice* Description, etc*, III- [>■ 447. — On sait que les trois premiers volumesdéccï ouvrage étaient déjà imprimés vers 1740, et qu'ils furent datés de [y5î, au moment de Pim prés si on du tome IV et dernier. 3. Pour !a seconde édition de

Saint Philippe.

(Pierre. — Eglise SainL-Suk|]icct hiris.)

de r Intérieur, d’après V Inventaire des richesses d'art de ta France et d'autres publications plus récentes , présentent des divergences.

Pour la liste des noms, il faut s en tenir aux anciennes énumérations : Brice en 1740% B ai 11 et de Saint- Julien et DezalKer d'Àrgenville en 1 749* sont d’accord po u r dés igner sou s 1 es m émes noms et dans le même ordre les six statues d’apôtres qui étaient déjà mises en place, savoir : saint Pierre t saint Paul, saint André, saint Jacques te Majeur, saint Jean l'Evangéliste et saint Jacques te Mineur. II faut y ajouter les statues de saint Mathieu et de saint Barthèlem i , ainsi désignées par Bou chardon un 1760, c poq ue o il c 1 les ét aien t e n core dans son atelier, et qui furent posées dès Tannée suivante, si l'on s'en rapporte à la seconde édition du Voyage pittoresque de Dezallier d’Argenville, où il est question de # huit apôtres 1 & .

BÛ U CHARDON

Les attributs Je chacune des figures, malheureusement beaucoup moins précis que dans les séries analogues du moyen âge, et dont quelques-uns sortent des habitudes iconographiques traditionnelles, nous aident à reconnaître : au côté de L'Evangile, saint Pierre avec le coq, saint Jean Y Evangéliste avec l'aigle, saint Jacques le Majeur avec le bâton de pèlerin et le bourdon, et saint Barthclémi avec le couteau; au côté de FÉpitre, saint Paul avec l’épée et le brasier, saint Jacques le Mineur avec la massue et saint André avec la croix en forme d'X. De ce côté, une statue qui porte simplement un bâton assez vague ne saurait être, par élimination, que saint Mathieu,

Le Christ tenant sa- croix est directement inspiré de la sculpture de Michel-Ange qui se voit à Rome en l'Eglise de Sainte-Marie de lu Minerve. La figure de ce Christ est lourde et sans expression. On s'accorde, du reste, aujourd'hui pour reconnaître la froideur et l’ insignifiance du modèle choisi par Boucbardon, et celui-ci naguère tiré un meilleur parti de celte figure académique oîi il semble bien cependant avoir voulu, au contraire de son modèle, exprimer les souffrances de la Passion i Voir p,8q ).

Quant aux apôtres, ils peuvent se classer en deux catégories : les uns, drapés par grandes masses savantes, sont de bons morceaux d'école, de type classique; les autres, aux draperies chiffonnées et agitées, aux altitudes théâtrales, sont dans la manière berninesque : tous ont ce caractère commun d’être étrangers à Fart vraiment religieux.

Les différences très sensibles et l’inégalité de valeur entre ces diverses statues donnent l'idée que Bouchardon n’a pas dü y travailler seul ; les draperies de plusieurs apôtres, notamment, témoignent d'un maniérisme â l'italienne qu’on ne rencontre pas dans les autres œuvres de ce sculpteur* Cette opinion avait déjà cours de son vivant; Bachaumont écrivait en 1750 : « Ses principaux ouvrages à Paris sont à Saint-Sulpice, exécutés par ses élèves, d’après ses modèles * Thiéry et Dulaure écrivaient, encore en 1787, qu’il les avait sculptés * en partie 2

La plus intéressante deces sculptures, à mon avis, est la Vierge de douteur, Il y a peut-être un peu d'affectation dans l’expression du sentiment, mais cette expression paraît sincère : c’est celle d'une actrice de très

Dezallier d'Argenville, certains exemplaires sûût datés de 1721 etd^uires de 1751.

Page 1