‹ Edme BouchardonChapitre 30 sur 80 · FONTAINE PE LA RUE DE GRENELLE · texte numérisé non relu

FONTAINE PE LA RUE DE GRENELLE

Lo devis ajouta des moulures pour le piédestal de marbie de la statue de la Ville de Paris et stipula que les quatre statues des génies et les basreliefs correspondants seraient en pierre de Tonnerre, Par un marelle particulier, du i3 mars 1 74 * ,

Boucha rdo n se nga gea e n ve rs C a y eux, sc ulpteur d'ornements* à lui faire exécuter en pierre le cartouche aux armes du Roi (qui était au milieu du fronton ) et les d e u x ca rto u ches aux armes de la Ville, moyennant 1.200 livres h Les quatre chapiteaux-colonnes et les quatre chapiteaux - pilastres furent exécutés, en pierre de Confia ns» par un autre sculpteur qui signe : de Bruyer(?g

Deux inscriptions furent gra vée s po u r co mm ém oie r réfection de ce monument, l une en latin* composée par le cardinal de F leury, placée à la partie supérieure, sur une plaque de marbre noir, dans I entiecolonnement : elle est tout entière consacrée à la Fomtin* de la rue de Grenelle,

. . Statue: Je rÉtd* (Pierre.)

gloire du Roi i 1 autre* qui

n'existe plus, était en français, sur marbre blanc, placée sur le soubas-

[, Ce sculpteur ne figure pas dans les Dictionnaires de Jal et de Bcllierde la Chavignerîe; M, Victor Ad vielle, qui a écrit une notice sur lui en [8<|5 {Réunion des S*k\ des Beaux-Arts des départements), ignore qti il ait travaillé pour Bouchkrdon et sculpté la pierre.

BO U CHARDON

sement : elle donnait lesnomsdu prévôt des marchands, des échevins, des procureur et avocat du Roi et de la Ville, du greffier eu chef, du receveur, enfin du sculpteur. Toutes deux portaient la date de \j3g> qui est celle du commencement des travaux ; l'œuvre ne fut terminée qu‘en 1740.

Rou chardon avait exposé, au Salon de 1740, les modèles en plâtre des trois statues de la Ville de Paris, de la Seine et de la Marne, et au Salon de 1741 ceux des quatre bas-reliefs qui figurent les Saisons. A ma connaissance, on n'en fit alors mention dans aucun compterendu: c'est seulement après Y achèvement du monument que plusieurs critiques donnèrent leurs appréciations détaillées sur l'ensemble.

Mariette, l'ami intime du sculpteur, fit paraître le premier une description très élogieuse de la fontaine, en une brochure imprimée en 1746, sans nom d'auteur , sous le titre de: Lettre Je M. M ** à un ami de province au sujet de la nouvelle fontaine de la rite de Grenelle, au fauxbourg S1 Germain des Près. In-q*, sans lieu ni date.

Au point de vue de l'architecture et de la disposition générale, Mariette félicite l'artiste, gène par l'étroitesse du terrain et par celle de la rue, d1 avoir su, au moyen d'un retrait en forme de demi-cercle, donner à 1 ensemble du monument un recul suffisant pour permettre de l'embrasser d'un seul coup d'oeil, et d'avoir mis en môme temps la partie centrale en relief. Il faut avouer que, malgré cette ingénieuse combinaison, le monument est assez difficile à apercevoir et à juger d'ensemble : les dessins et gravures rendent bien mieux compte de ses lignes générales que toute photographie de face ; mais on ne peut rendre l'artiste responsable d’un inconvénient qu'il semble avoir diminué dans la mesure du possible,

Mariette essaie ensuite de justifier les raisons qui ont fait traiter la partie supérieure des deux ailes en un style bien différent de celui de l'avantcorps. 1/ explication qu’il en donne est importante à noter : la grande intimité qui existait entre lui et Bouchardon, le Tait que dans les circonstances les plus importantes de la vie de son ami, c’est généralement lui qui se chargea de rédiger les lettres et mémoires nécessaires a la défense de ses intérêts et de sa réputation , enfin la tou mure même de la phrase, autorisent

h’dme Ëouchardon

FO NTA l N R DU LA R U E D Ë CREN H LLE

fontaine de la rue de grenelle

à penser que l’artiste lui-même avait inspiré ces lignes : < Quoique la décoration des deux ailes prenne plus de richesse dans la partie supérieure, il n'y règne point cependant d'ordre ionique comme dans le corps du milieu .

Fontaine de la rue de Grenelle.

Étude pouf le lu^relief de l'Hiver, (Mms& du Louvre.)

Monsieur Bouchardon a cru qu’il valoit mieux lier toutes les parties qui entrent dans cette décoration au moyen de simples avancés, ou, si Ton veut, de pilastres dénués de bases et de chapiteaux, ce qu’il a fait sans doute pour mettre plus de repos et d'harmonie dans son ordonnance et pour le tendre

bouchardon +*

=>8 BOUCHA R DON

davantage. Et, en effet, si ces pilastres eussent été chargés d'un trop grand nombre de petites moulures, les parties auraient paru trop coupées, et certainement il en serait résulté trop de sécheresse. »

Quant aux sculptures, Mariette vante dans la statue de la villede Paris la majesté de son attitude et a la simplicité noble et mâle de l’Antique * qui la caractérise, * ainsi que le jet de sa draperie». La figure du Fleuve {La Seine) lui parait dessinée avec science et fermeté ; celle de la Nymphe {la Marne j lui plaît par «la souplesse et le beau coulant de ses con-

Kontamc de la tue île Grenelle. — lins-Tdicf (3u Printemps iPierrS.)

tours ■: il trouve enfin que toutes deux conservent, * sous la dureté du marbre, la délicatesse et la sensibilité de la chair. »

Naturellement, le critique estime ingénieuse, parce qu'elle est inspirée des Anciens et empruntée de leurs médailles, ridée de représenter les Saisons par des génies ailés; c'est à la lettre, ce que Bouchardon avait dit dans son devis.

Enfin, les bas-reliefs lui paraissent dignes d'admiration, par < la richesse des compositions » ; le travail en est, a ses yeux, - aussi recherché et aussi spirituel que la matière pou voit le comporter »,

U n seul regret jette une ombre, d'ail leu rs fugitive» sur ce brillant tableau : c'est que ces has-reliefs et toutes les autres sculptures des ailes ne soient

FONTAINE PH LA RUE DH GRENELLE y)

qu'en pierre de Tonnerre, * qui a le grain asseæ fin et qui est fort blanche, mais qui Ta pas, à beaucoup près, la fierté du marbre ».

Pour se résumer, Mariette admire la forme pyramidale, recommandée par Michel-Ange, et la trouve parfaitement réalisée dans l'ensemble de l'œuvre; l'extrême simplicité, qui fait la grande richesse de 1 édifice, et, comme le mot de la fin, * ce goût pur de l'Antique, ce goût solide et sage que donne, seule, l'étude de la belle nature ».

L'année suivante (1747), La Font de Saint-Yenne en faisait égale-

Fontaine de la nie de Grenelle. — de l'Été (Pierre.)

ment l'éloge dans les Réflexions sur quelques causes de Niai présent de la peinture en France.*.^ mais d'une manière banale; Baillet de Saint- Julien lui en fit un vif reproche dans sa Lettre sur la peinture^ la sculpture et l'architecture, publiée en 1740* et, quant à lui, on ne peut le taxer d une pareille insuffisance. Sa critique s’attache même à des questions bien minimes, mais elle vaut la peine d être lue : ce n est plus l'opinion d’un Mariette, peut-être aveugle par I amitié, c est le jugement d*un indépendant, enhardi sous le voile de 1 anonyme et qui en prend tout à son aise.

L'architecture lui parait belle, mais la présence de denticules dans un fronton d'ordre ionique est, suivant lui, une véritable faute de style.

BOUCHA R DON

Les deux ailes, avec leurs pilastres sans chapiteaux, lui font l'effet a d'un morceau de menuiserie »; le couronnement de l’attique est trop nu. et ferait meilleure figure avec * un balustre à jour et de beaux vases antiques, posés dans des distances convenables s. Rouchardon avait prévu la critique, et la réponse qu’il y a faite, par la plume de Mariette, me paraît excellente.

Baillet dit aussi que les rapports de l'architecture avec la sculpture manquent d'une juste proportion ; il enferme l’artiste dans ce dilemme : * Ou l’ architecture est trop petite pour ces figures, ou bien elles sont

Fontaine de la rue de Grenelle. — Étude pour le bas-relief de l'Été. ( Musée du Louvre.)

gigantesques relativement à cette même architecture. > [1 semble, cependant, que l’impression est tout autre si l'on prend la peine de se placer à la distance voulue pour embrasser le monument d un coup d’œil et saisir son ensemble * plein de convenance et d'harmonie1 <*

La critique de [îaillet s’applique même aux moindres sculptures, mais tout d'abord, le groupe central lui paraît bien composé, quoique les deux statues couchées ne semblent pas d'aplomb. La figure de la Ville de Paris est d'un grand style et la tête a beaucoup de noblesse; les draperies sont bien jetées, mais, si la forme des plis est excellente, les détails des plans particuliers sont négligés. Au contraire, pources trois statues, les saillies des muscles et des os sont suffisamment indiquées et sans dureté, grâce

I. R ci SCI, Notice desdessinst tftriow, pastels, etc., du Louvre, 2* partie; École française i&js p. 170 (Appendice).

Fontaine de la rue de Grenelle.

K tilde d’ Enfant, pour lé bas-relief dé T Eté. iin Louvre. )

fontaine de la rte de grenelle

aux méplats de la peau qui les recouvre, et présentent à l'œil des mollesses d'un aspect très gracieux.

1 es quatre Génies et les bas-reliefs correspondants font I objet de remarques identiques. L'impitoyable critique ne nous fait grâce d'aucun détail. 1 1 observe qu'en général, dans toutes ces statues, le pouce du second orteil fait saillie sur le jura pré m i er ; ce tte * a ffectation * est tout à fait opposée aux ■ belles proportions dé l’A n tique * , et le sculpteur qui s’est permis une pareil le fantaisie se voit infliger u e blâme énergique : * Il est toujours dangereux de voir ceux qui ont poussé l’Art aussi loin donnerdansdes manières trivialles. » Le cygne placé derrière la Seine lui parait une véritable «charge» .tandis

que le canard placé à l'opposé semble bien s’élancer hors des roseaux qui l’entourent.

On constate * avec peine » que le bélier placé à côté du Génie du Printemps l'emporte beaucoup sur la statue elle-même ; que le Génie de l'Été a les genoux trop en dedans, et que cette manière de poser n' est guère usitée que dans les modèles de lemnies ■ ; mais tout est beau dans la statue de Mirer, . jusqu'à l'animal qu’elle a à ses pieds! .

On trouvera plus justes les observations suivantes, le lleuve de la Seine n’a peut-être pas l'air assez âgé, et son attitude est un peu commune, tandis que la Marne a une pose gracieuse. L Été est dans une attitude indécise : on ne sait pas ce qu’il veut taire desa javelle: son mouvement est

Fontaine de la rue de Grenelle.

Étude pour Le tsas-rtSief de l'Hiver. (Mus& du Louvre.)

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