‹ Edme BouchardonChapitre 55 sur 80 · SA CONCEPTION DK L*ÀRT, SA MANIÈRE DE TRAVAILLER · texte numérisé non relu

SA CONCEPTION DK L*ÀRT, SA MANIÈRE DE TRAVAILLER

Boucha rdon avait une haute opinion de sa propre valeur; ce sentiment, justifié d'ailleurs, était malheureusement assez exclusif et l'empêchait généralement de reconnaître les qualités réelles de ses rivaux. On va en juger par plusieurs exemples.

Cette sévérité et parfois cette injustice s'étendait jusqu’à Guillaume Coustou^ son maître, qui devait, sur la [in de sa carrière (1733 à 174^)* retrouver, à Paris, devenu son émule. Bou chardon n’aimant pas Coustou, ce sentiment était partagé par Caylus, son aveugle partisan. On rapporte qne Caylus, lors d'une visite aux deux groupes de chevaux que Coustou terminait pour Marly, aurait manqué de convenance au point de lui dire : * M on sic u 1 C ou sto u, il fa u t a vo uer q ue Bouc ha rd on est u n gra nd h 0 m me ; * à quoi Coustou aurait répondu: « Cela est vray, Monsieur, mais je suis plus grand que lui de toute la teste, » Cette anecdote est rapportée par Cochin, qui l'accompagne de ces réflexions: « Il n’étoit pas exactement vray que M. Coustou fût beaucoup plusgrand, même alors, que M* Bonchardon, qui peut-être n’étoit pas encore an degré où il est parvenu ; mais elle étoit excusable dans un homme en possession, depuis bien des années, de la première réputation, et à qui Ton faisait sentir d'une manière insultante qu'on lui préféroit un jeune homme qui a voit été son élève *♦ *

Le dédain de Bouchardon pour les oeuvres de son ancien maître devait persister jusqu'à la On de sa vie. 11 reprochait aussi à Coustou d’avoir déplacé son buste du cardinal de Rohan, au château de Saverne, pour le remplacer par celui qu’il avait lui-même exécuté; pendant sa dernière

1, Mémoires inédits, etc., pp. ^<>-40 ei tiS-69.

KüüCHARDON

maladie, il déclarait à Cochin, qui était allé le voir, que son buste * étoit beau, que c étoit un ouvrage fini, et que celui de M. Coustou étoit mauvais, que c’étoit une borne b c.

Suivant Cochin, qui s’est efforcé de deviner la cause de cette animosité, I ïo uc El a rd o n n'ai ma U que le tin i , pe u t -être a u de là des 1 i ni i tes ra i so n na b I es, et ne comprenait pas l'une des principales beautés des che\ aux de Marly : l'art d amener une sculpture tout juste au point qu'il faut pour lui permettre de produire r effet voulu*.

Q u a n t à C mil a u me II C o usl tnt, le fi I s d u précédé ni. plu s [e un e que Bouchardon de vingt ans environ q c'était un talent secondaire qui ne devait pas lui causer d'ombrage; il lui décerna même quelques éloges pour ses frontons de Bel le vue,

Adam rainé (mort eu lySqj avait été le condisciple de Bouchardon à l'Académie de Rome et il en a déjà été question plusieurs fois dans le cours de ce récit : on a vu notamment qu'il avait obtenu la commande du groupe principal du bassin de Neptune, au château de Versailles, tandis que les groupes secondaires avaient été donnés à Bouchardon et à Jean-Baptiste Lemovne, Adam était pourtant bien inférieur à Bouchardon, sous le rapport du goût, de la science et de l'habileté dans l’exécution. Il était fauteur des sculptures de la cascade de Saint-Cloud, et I on sait quel mépris Bouchardon professait pour ccttc œuvre4. Cochin, juge entre ces deux rivaux, s’est montré sévère, à l'égal de Caylus et de Diderot, pour le chef de i école décorative et tourmentée : * La postérité ne comprendra pas, dit-il, comment il a été possible que pendant plusieurs années le public ait comparé Adam l'aîné avec Bouchardon; ce sont de ces erreurs dont on reste étonné lorsque les yeux sont dé si liés5, s

Michel Slodtz n était pas non plus capable de rivaliser avec Bouchardon, et Cochin lui-même, son intime ami, reconnaît que s’il avait * plus de grâce dans sa composition, plus de richesse dans ses ajustemens *, et m ême < d ra poi t aussi bien , et ex éc u toi t be a u co u p p 1 u s dé! icate ment ses d raperies *, cependant, « à beaucoup d'égards, M . Bouchardon lui étoit supérieur, surtout pour la science des formes correctes de la nature; ce dernier

1, Cochin, Mémoires inédits, etc., pp. 91-93.

2, Cochin, ibid., p. g3.

3, Ne en ij>i6 et Boucha rdc jo en ifkjS.

4, Voir ci-dessu 5, page 41,

5, Mémoires inédits, etc,, p. 3S.

PI. xxiv

Page 1