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comme on pourrait dire à ces Pacôme, à ces Hilaiion, qui distinguent si bien la paille dans Toeil des autres :
— Prenez garde à votre poutre!.. — Aïeî aïe ! vous me faites mal, sapristi! Mais pardon, cher lecteur; mille pardons, si je me mets à vous crier aux oreilles comme un âne qui brait! Un de mes amis, qui depuis quelques instants s'était approché de moi à pas de loup, m'a saisi et tiré fortement le gras de l'oreille :
— Qaeme veux-tu?., que t'ai-je fait, pour que tu t'amuses à me déchirer la membrane cartilagineuse auriculaire ?
— Fais pas attention ; c'est une petite espièglerie amicale. Mais dis-moi un peu, à ton tour: quelle diantre de charité te pousse donc à embêter, — passe-moi le mot, qui d'ailleurs est reçu; — à embêter, disons-nous, tou prochain, avec ton bavardage rorwawesco? Trouves-tu donc que l'Italie jouisse d'assez de calme, d'assez de bonheur pour la repaître de niaiseries, de balivernes, avec ta Nunziatina, ton Menico et ton Cencio?... Tu nous fatigues et, au bout du compte, cela s'appelle tout bonnement se ficher du monde qui n'est pas déjà si heureux 1 N'avais-tu pas autre chose à nous dire, que ces balourdises insipides et fort peu récréatives?
—Je crois, par ma foi, que vous avez i aison; mais voyons aussi si j'ai si grand tort, cependant : j'en appelle à votre bon sens et à votre jugement éclaiié. En automne 1858, au moment où j'étais prêt à mettre la dernière main à ma Comtesse Mathilde de Canosse, qui est un sujet très-grave et très-sérieux, pour lequel il m'a fallu compulser et étudier attentivement un las de vieilles histoires et de légendes pendant plus d'une année, me sentant la tète fatiguée, il me sembla que j'avais besoin d'un peu de repos. Je me dis alors qu'il faudrait m'occuper de queli:|ue chose de facile et de beaucoup moins sérieux. Que ferai-je? qu'écrirai-je ? Je me battais les lianes pour en faire sortir quelque idée, tout en me promenant vers le pont Saint-
Angp, lorsqu'il me tomba sous les yeux l'étalage d'un marchand d'estampes, où je vis, accrochés à des ficelles, une quantité de dessins, parmi lesquels je remarquai la collection des Coutumes romaines, gravée à l'eau forte par le fameux Pinelli.
— Tiens, tiens, tiens!... m'écriai-je à cette vue, voici un livre tout trouvé : je n'aurai que faire à me creuser la cervelle pour trouver un sujet; ce que Pinelli a tracé avec la pointe de son burin, je le tracerai avec le bec de ma plume. Ça me va! à l'œuvre, donc, et vogue ma nacelle!
L'ami, qui venait de m'arracher presque le gras de l'oreille gauche, me dit alors avec humeur :
— Ce sujet-là n'était pas de saison par le triste temps qui court pour l'Italie et pour l'Eglise du Seigneur.
— Croyez-vous donc, repris-je, que je ne vissepas mieux peut-être que bien d'autres la dilTormité de la chose? Mais j'avais commencé ces chapitres dans ie calme des champs, à tête reposée, à mes heures habituelles de travail, dans un temps de soupçons, il est vrai, mais pas encore de tempête et de furie, comme il advint au mois d'avril suivant et par la suite, lorsqu'éclatèrent la guerre, la terrible révolte et toutes les funestes conséquences qui résultent de ces iléaux. Alors, je continuai ma chanson, comme font les aveugles qui, lorsqu'ils ont commencé à chanter, appuyés au coin d'une borne, la complainte de ïlntemerata^ vont leur train, sans s'inquiéter de la foule, du bruit des voitures, des hurlements des chiens, des batteries et de la psalmodie des funérailles !
— Oh! tu as raison de te comparer aux aveugles qui nasillent dans les carrefours, car ta chanson ressemble vraiment à une cantilène d'aveugle, sans commencement et sans fin, et dans laquelle ils fourrent pêle-mêle Pilate, Malcus, Longin, qui se trouvent plantés là-dedans comme ton Edmond dans les mœurs du peuple romain. Qu'est-ce que c'est, à la fin, que ce beau poisson-là? Est-il anglais?
est-il français? est-il allemuûd? est-il russe? Que
diable...
— Eh! ne vous révolutionnez pas comme cela, mon maître; vous allez vous faire mal. Edmond, c'est tout ce que vous voudrez, ce n'est rien du tout. Je l'ai mis là comme un hors-d'œuvre, un caprice, pour diversifier un peu mon sujet et ne pas endormir mes lecteurs d'emblée avec des descriptions sans fin. Il est là comme locataire, et j'ai pour habitude de ne demander à mes locataires que l'argent du terme, le reste ne me regarde pas. Et comme ce sera lui et pas vous qui paiera son loyer, vous n'avez pas le droit de lui demander quoi que ce soit au monde; entendez-vous, maître curieux que vous êtes? On a pris l'habitude, aujourd'hui, de s'installer sans gêne dans la maison d'autrui sans en payer le loyer : et il s'agit des plus beaux palais de l'Italie, s'il vous plaît ? Ces nouveaux habitants s'y prélassent, se dorlotant clans ces riches couchers; se vautrant, en bras de chemise, sur ces canapés mollets; se promenant majestueusement dans ces enfilades de salles magnifiques, sous ces galeries, dans ces jardins; et tout cela à Vœil, gratis, sans bourse délier, se faisant, au contraire, payer pour vivre au milieu de toutes ces magnificences. Personne, pourtant, ne leur souffle mot; et parce que ce pauvre diable d'Edmond aura voulu jeter un petit coup d'œil en Trastevere, faudra t-il crier haro sur lui, comme s'il avait la peste ou le choléra morbus?
— Allons, c'est bon! Nous voulons croire que tu as une louable intention en choisissant ce sujet des mœurs romaines ; car lu n'es pas homme à n'écrire que pour le plaisir de mettre du noir sur du blanc. Jusqu'ici, tu n'as écrit que pour te rendre utile à tes lecteurs.
— - Et vous avez eu raison de croire cela. D'ailleurs, j'ai plusieurs fois exprimé mon intention dans le courant de ce livre; mais puisque vous me questionnez à ce sujet, je vous dirai que j'ai voulu prendre la défense, une pauvre lietile fois, de ce peuple romain, en présence de l'Itaile,
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qui ne le connaît pas très-bien et qui le voit presque toujours tracé sous de fausses et menteuses couleurs, par certaines plumes qui le haïsseiit mortellement, parce qu'il commet le crime, alïreux a leurs yeux, de rester fermement attaché à sa foi qu'il garde pure et sans tache! Si lesRomains étaient un peuple incrédule, pensez-vous donc que tant de voyageurs qui écrivent pis que pendre de la ville éternelle, reprocheraient à ce peuple son incrédulité, son peu de dévotion, sa déloyauté ; eux qui ne croient ni au Christ, ni à sa Rédemptiou, ni à son Eglise? Eh non, car ils voudraient le voir, ce peuple, tel qu'ils s'efforcent de nous le montrer, furieux qu'ils sont de le voir résister à leurs perfides conseils et à leurs infâmes desseins ! Ces langues dorées, qui débitent les phrases de la plus louangeuse admiration pour l'incomparable Genève, dont ils vantent à toute outrance la foi, les mœurs, la piété, ne trouvent pas d'expressions assez injurieuses pour réprouver convenablement l'abomination de Rome et de son peuple. — Si tout cela n'était écrit que par des protestants, qui méritent souveutbien plus de compassion que de colère, nous en prendrions notre parti ; mais vous trouvez ces hideuses calomnies sous la plume d'hommes assez vils pour la vendre, et qui salissent le papier en outrageant iudiguement toute vérité. Ces hommes-I;j, pourvu tiu'on les paie, rétractent le lendemain leurs assertions de la veille, louant et adorant aujourd'hui ce qu'ils ont conspué et maudit hier. Mais en attendant, les lecteurs qui ne connaissent pas l'àme de ces lâches mercenaires, lisent ces mensouges obscènes contre le peuple romain, et le jugeât d'après cette lecture. J'ai donc pensé [aire une œuvre méritoire et, à la fois, un acte de charité en traçant le portrait des Romains d'après nature et en les faisant connaître spécialement, au point de vue de la foi (l).
(J) Voyez, par exemple, la simple ébauche que M. E. About donne dtt peuple lomain dans son sacriléj^e et abominable pamphlet intitule : La Question romaine, a Si par hasard, dit-il, \ûus allez aui Monti, si vou»
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Pendant que je m'échaiiilais un peu en prononçant ces derniers mots, mon très-cher don Giulio et don Alessandro, le mansionario, nous avaient accosté sans que je m'en fusse aperçu : ils sortaient du palais Caramboni et traversaient la place Rusticucci :
— Tais-toi donc, mon ami, me dit don Giulio en faisant semblant de me fermer la bouche avec la main : ne te vante pas d'avoir peint le peuple romain d'après nature, comme tu viens de le dire : je t'apprendrai qu'on t'accuse de l'avoir caricaturé^ au contraire. 11 y en a qui t'en veulent à la mort, comme à un détracteur de Rome, ayant assimilé les seigneurs et les citadins romains aux goujats de carrefour et aux piliers des tavernes; on ajoute que tu as été remuer, comme un boueur, les ordures des ruelles, des rues défoncées et des petites places du menu peuple, de la plus sale plèbe qui habite les sept collines. Mais apprends aussi, si cela peut te consoler, que j'ai reçu des lettres fulminantes à ton endroit; dans ces lettres on jure que tu as plus vilipendé le peuple romain, avec tes descriptions et avec tes défenses, que ne l'ont fait, dans leur haine contre Rome, la Gazzetta del Popolo^ de Turin, et le Corriere mercantile, de Gènes»
— Grosses comme des montagnes, les bourdes, ou pas du tout; n'est-ce pas, don Giulio? Mais écoutez-moi un peu voir, à mon tour. Lorsque les anciens Romains se
vous trouvez dans ces ruelles étroites et paées d'immondices, vous y rencontrerez un millier de personnes laiées, voleurs, flloux, joueurs de guitaie^ modèles, mendiants, cicérones, vendeurs de leurs femmes et de leurs lilles. Avez-vous afLiire à eux, ils vous appelleront Excellence, ils vous baiseront la main e. ils vous voleront votre nii-uchoir. Je ne crois pas nue dans aucun endioit de TEurope, pas même a Londres vous puissiez liouver une race aussi pRrfide; mais, du reste, ils vont à l'église, sans croire en Dieu toulefois. » Page 50.
A la page lit, il dit en bon français : Le pape a trois miUions de sujets qui ne ressemblem en rien à la canaille romaine. M. Alout a bien de U'. bnnlé! Il dit pourtant que ce peuple pounait se civiliser s'il ne croyait pas à Tenler, s'il se moquait de l'Immaculée Conception et des saints; et, par-dessus tout, s il hiïssail le gomernement ponlitical. (Voyez tout le chapilie de l'Education du peuple, p. 207.)
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défendaient contre les accusateurs, ils se lournaient vers la Curie Hostilia, vers les Rostres, vers la roche Tarpéieune et les app^Maient à témoins de la justice de leur cause : eh bien, moi, j'en appelle à i'obélisîiue de la place Saint-Pierre, à l'ombre duquel je vais plaider la mienne, mordicus !
D'abord, et d'une : je n'ai parlé que du peuple : si j'avais voulu parler du patriciat romain, j'aurais porté aux nues sa noblesse, sa grandeur, sa magnificence, unique en Italie; j'aurais prôné à haute voix sa libéralité envers les pauvres; et plus que tout cela, l'ardente foi catholique qui anime les princes et les matrones de Rome ; et personne n'eût osé me contredire.
Si j'avais entrepris de parler de la classe bourgeoise, j'aurais eu à parcourir un vaste champ, en décrivant son urbanité, sa bienveillance, sa courtoisie, ses bonnes manières, qui sont vraiment remarquables. Si je disais qu'en fait de génie, d^études, de science sacrée et profane, de littérature ancienne et moderne, de connaissance parfaite de toutes les branches des beaux arts, il n'y a pas de ville, non pas seulement en Italie, mais dans l'Europe entière, qui puisse soutenir la comparaison avec Rome ; je ne croirais pas avoir mérité le titre d'adulateur et de flatteur en parlant de la sorte. Dans les premiers chapitres de ce travail j'ai peint avec d'assez vives couleurs la foi vraie et la solide piété qui sont les qualités spéciales de tant d'excellentes familles bourgeoises. Il y a, comme partout ailleurs, dans cette classe, de la corruption : elle a ses incrédules, ses esprits forts, ses rationalistes, ses dogmatisants, apôtres des plus dét- stabh s erreurs : elle a aussi ses dUettanti en conspiratious et en sédition : je ne veux pas le nier : mais la miajeure partie de la citadinance rom-dine, que vous le croyiez ou non, conserve, ferme et inviolable, cette foi que l'apôtre saint Paul a dit être partout reconnue.
Pour ce qui est du peuple romaiu que je me suis borué
à décrire, comment et où trouvez-vous (jue je l'aie ralomnié? D'abord; j'ai exalté avec raison sa Foi et sa Religion : je vous en ai donné les preuves dans deux longs chapitres, dans lesquels j'ai déclaré devant l'Italie tout entière que je ne disais pas la centième partie de ses exemples et de ses pratiques de piété ! Il faut avoir vécu à Rome pendant plus de vingt ans, pour se faire une idée convenable de ce peuple singulier qui, au milieu de ses défauts, est doué d'une noblesse, d'une grandeur, d'une bonté, d'une générosité et d'une intelligence dignes de tout éloge.
— Oui, oui; comme il te plaira, reprit don Giulio : mais tout le monde s'accorde à dire que tu en as fait un peuple orgueilleux, colère, vindicatif, meurtrier, que sais-je encore ? avec cent autres taches qui sentent la barbarie et la sauvagerie à plein nez.... 'Et tiens, voici justement don Alessandro, qu'on accuse de l'avoir donné un fameux coup d'épaule, pour t'aider à déterrer cei tains vieux usages vulgaires qui démontrent la faim insatiable de plaisirs et d'orgies du peuple romain !..
A ces mots, don Alessandro changea de visage : il ramena ses mains qu'il tenait, selon son habitude, croisées derrière son dos, et levant son bras droit, le poing fermé et l'index allongé, à la manière des orateurs, il regarda fixement don Giulio pendant quelques secondes; puis il s'écria, d'une voix puissante et sonore :
— Va dire à ces gens-là en mon nom que, s'ils veulent trouver un peuple sans défauts, ils aillent le chercher en paradis, car ils ne le rencontreront certes pas sur cette terre!... à moins, pourtant, qu'ils ne pensent trouver ce phénix doucement juché dans le poulailler de Genève, dans les vallées des Vaudois, au milieu des frères Moraves ou chez les Quakers, puisque ces fameux peintres des mœurs et de la vertu des peuples ne savent la découvrir qu'au sein des communautés protestantes, et que, pour eux , plus les peuples sont catholiques, plus ils
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les voient coriompiis et capables de commettre les iniquités, les infâinics les plus atroces!
Oui, le peuple romain est d'une nature susceptible et prompte à s'enflammer : je vous raccorde; car le sang latin coule toujours dans ses veines et, avec ce sang, vit aussi en lui cette vigueur d'esprits généreux et hautains qu'il ne sait pas toujours modérer et qui le pousse quelquefois à la vengeance ; mais s'il pèche par excès de fougue, il ne pèche jamais par trahison ou par lâcheté ; il sait réparer grandement sa faute par la facilité et la magn;\nimité du pardon. Aujourd'hui, je l'ai déjà dit plu sie-.irs fois, giàce au travail incessant du clergé romain, le peuple devient toujours plus calme, plus patient, mieux élevé et plus poli que jamais ; si le diable n'y fourrait pas sa patte, au moyen d'autres apôtres, corrupteurs de toute espèce de bien, sous prétexte de civilisation sociale, de progrès continu de la liberté, de l'intelligence et du cœur, qui fascinent l'esprit de la plèbe, ignorante des astuces de ces ennemis de Dieu et de son Eglise , tout irait pour le mieux.
Du reste, le peuple romain aime les spectacles, sans doute, et les plaisirs, comme tous les autres peuples du monde; mais il ne s'y livre pas de façon à oublier, pour eux, la foi qui est enracinée dans son âme, chrétienne par excellence. Voulez-vous voir comment les Romains se réjouissent dans leurs fêtes populaires? Pour ne vous en citer qu'un seul fait général, je me bornerai à vous dire le fait si illustre arrivé cette année, 1859, en présence de tant de milliers d'étrangers cathohqnes, schismatiques et protestants, qui en furent tous étrangement émerveillés.
C'était au dernier jour du carnaval qui, cette année, vu la permission des manques, qui depuis dix ans avait été retirée, a été plus briiiant, plus gai, plus bizarre et plus bruyant que jamais. Les masques, qui étaient excessivement nombreux, avaient revêtu les déguisements les plus
fous et les plus excentriques. Le fameux luminaire des
Moccoletti les rendait plus libres, plus audacieux. Une heure du matin sonne, la lumière disparait; la foule se disperse par torrents dans les rues transversales au Corso, pour se retirer chez elle. Dans une de ces rues, assez large et très-populouse, le saint Viatique, revenant de chez un infirme de la paroisse de Saint-Augustin, vient à passer. Aussitôt la foule immense arrache son faux visage, tombe à genoux et répond aux versets des psaumes. Personne n'était resté debout ; personne ne se relève avant que le Très- Saint-Sacrement n'ait tourné le coin de la rue et n'ait disparu. Beaucoup de dominos, tenant leurs demi-masques à la main, s'étaient joints dévotement a la procession, et, entrés dans Saint-Augustiu, priaient pour le mourant et recevaient la bénédiction du Saint-Ciboire.
— Eh! mes bons amis, dites-moi maintenant, s'il vous plaît : Est-ce de la foi, cela? Est-ce de la bonne piété, oui ou non ?.... On publia ce fait dans les journaux, comme une chose extraordinaire, et tout le monde en fut étonné. Mais pour connaître à fond la trempe de la foi romaine, il faudrait pénétrer dans l'intérieur des familles, s'asseoir familièrement au foyer domestique; voir ces pratiques de piété, si naturelles, de chaque individu, assister les malades, encourager les' mourants ; entendre avec quelle confiance la mère abandonne à la divine Providence les orphelins qu'elle laisse sur la terre. J'étais, il n'y a que quelques jours, au chevet d'u»e jeune épouse malade, au pont des Quattro-Capi ; la maladie était grave; les forces diminuaient : trois petits enfants pleuraient autour de son ht; elle, charmante créature de vingt- cinq ans à peine, les regardait et causait avec eux, les consolant et leur disant de placer tout leur espoir dans la Madone : elle leur montrait la sainte image, suspendue à la muraille, avec une petite lampe allumée à ses pieds ; elle disait à la sainte Vierge :
— Maman, vous ne les abandonnerez point, n'est-ce
pas? Us sont à vous; je vous les ai toujours offerts ; je vous les donne à présent : c'est à vous de les garder et de les nourrir, puisque Dieu veut que je les quitte !
J'y revins le soir. Je trouvai auprès de la mourante une jeune fille qui la coiffait avec soin, lui pommadant les cheveux, qui étaient très- blonds, très-longs et admirables.
— Comment, Angeiina, lui dis-je, tu es si près de la mort et tu t'occupes encore de coquetterie?...
—Eh! mon père, pouvez vous le croire? Que Dieu m'en préserve ! cette bonne amie arrange mes cheveux pour me les couper, avaut que je ne meure ; car je les ai vendus un écu à un coiffeur, alin que mes enfants aient du pain pour quelques jours encore ; après, la Madone y pourvoira.
La jeune fille coupa la chevelure et, avant minuit, assistée par moi, cette sainte mère rendit son âme au Seigneur.
— Va, don Giulio, "Conclut le mansionario, va dire à nos censeurs que, chez un peuple chrétien, mieux vaut un peu de rudesse et beaucoup de foi, que peu de foi et beaucoup de courtoisie. J'ai dit.