‹ EdmondChapitre 13 sur 15 · L'ABJURATION · texte numérisé non relu

L'ABJURATION

Don Alessandro n'était pas homme à laisser échapper l'occasion de faire le hien lorsqu'elle s'utfrait à lui. Ayant reconnu qu'Edmond avait été touché par un rayon de la grâce divine, il jugea qu'il ne fallait pds perdre un seul moment et qu'on ne devait point permettra que son esprit fût distrait de sa pensée salutaire. Le digne prêtre avait depuis peu fait la connaissance d'une dame, compatriote d'Edmond, qui s'était convertie depuis quelques années et qui, en femme de lête, d'esprit et de cœur, aimait grandement les beaux arts : savante en controverse protestante, elle était noble, généreuse et riche; ses manières étaient douces et charmantes, son ton exquis et éminemment distingué. Don Alessandro pensa que cette remarquable personne serait une admirable auxiliaire contre Edmond, doué, nous l'avons vu, d'excellentes qualités; mais homme d'un caractère assez roide et passablement difficile à manier. 11 alla donc faire une visite à la dame ; lui parla de notre héros ; exposa les faits et ses propres idées, et n'eut pas de peine à la disposer très-favorablement à entrer dans ses vues.

Le jour suivant, don Alessandro se rendit chez notre ami et le trouva au moment de sortir.

—Soyez mille fois le bienvenu, lui dit E^lmond : vous ne m'avez jamais honoré d'aussi bon matin : votre visite

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me charme : elle est pour moi le présage d'une lieureuse

journée.

— Bon! vous voilà, vous aussi, au nombre des superstitieux qui tirei t des augures de la moindre chose et qui remarquent si, en sortant de chez eux, ils n'ont pas mis le pied gauche avant le droit, ou si la première créature qu'ils rencontrent daus la rue est un chien ou un chat. Les voilà aux cent coups, les braves gens; s'ils ont le malheur de donner du nez, tout dabord, dans une femme ou dans un prêtre, — surtout, s'ils sont sortis à jeun, — ma heur à eux! La journée sera néfaste !— Gare à vous, pauvre Edmond; car je suis un prêtre; et vous n'avez peut-être vu, ce matin, personne avant moi?

— Au diantre les pronostics et lnjettatura (le mauvais œil) des Napolitains! —Nous allons déjeuner ensemble; Doralice, mu femme de ménage, a toujours, à celte heure, de l'eau bouillante : je vais entamer une boîte de thé; c'est du Tchou-lang^ première qualité et sans mélanges, dont un amiral anglais, arrivant de Hong-Kong en droite ligne, m'a fait présent ; vous m'en direz des nouvelles; ce n'est parbleu pas du ressûcé!

Doralice, sonnée, apporta l'eau bouillante, le beurre, les rôties, deux superbes spume (écumes ou babas) et un petit pot de crème. Pendant qu'ils étendaient le beurre sur le pain, en y répandant du sel fin, don Alessandro commença :

— Mou ami, je veux vous mener, vers midi, admirer un Léonard de Vinci, le plus beau que vous ayez vu de votre vie.

— Un Léonard? Eh! don Alessandro, il y a peu de Léonard par le monde; ces marchands de tableaux vous en ont bientôt baptisé des douzames!

— Mon Léonard est authentique ; toute l'Académie de Saint-Luc l'a reconnu et proclamé. Les connaisseurs du faire énergique et fin du grand peintre vous diront tous à première vue : C'est un Léonard légitime. Une dame de

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votre nation, en passant par une ruelle, aperçut, au milieu deschitTons et de la vieille ferraille, dans la boutique d'un fripier, une toile enchà?st'e dans un abominable cadre dédoré, écorniflé et disloqué, une toile tellement enfumée et poudreuse, qu'à peine si ou voyait quelques traces d'une saiute Famille ou de quelque chose d'approchant. La grande dame, qui a l'œil très-fin et le goût trèssùr, y trouva un je ne sais quoi qui lui donna Tenvie d'en taire l'acquisition. Le fripier lui donna le tableau pour presque rien.

Elle lit appeler un des plus habiles peintres restaurateurs, qui lava la toile; à la première apparition de la tête de la Vierge, le fin connaisseur se sentit pris par un frisfion subit, et le cœur lui battit d'anxiété. 11 croyait faire un rêve, il s'éloignait, il se rapprochait de la toile, il la plaçait sous un jour, puis sous un autre; son agitation augmentait à chaque nouveau coup-d'œil Portant alors son éponge sur la tête de l'enfant Jésus, il se met à laver avec une fiévreuse frénésie.

— Ou Léonard, ou Titien! il n'y a pas de miheu! Quand le maitre eut fini son lavage et dès qu'il eut

achevé de faire ses imbues avec ses vernis et ses essences, il convoqua les premiers peintres de notre école romaine, qui, tous, s'écrièrent en entrant dans l'atelier :

— Oh ! le beau Léonard !

La noble dame chercha à savoir où le fripier avait eu ce tableau et finit par apprendre que l'héritier d'une ancienne famille, éteinte depuis quelques années, voulant remoderner le palais dont il venait de devenir le propriétaire, vendit, pour se débarrasser, un ramassis de vieilleries qui encombraient les greniers de sa demeure, parmi lesquelles, dans un lot que le fripier avait acheté, se trouvait le sale tableau en question, qui décore aujourd'hui, très-richement encadré, le salon de réception de votre compatriote. Vous êtes bon appriciateur et vous ne serez peut-être pas fâché de voir ctlte toile d'éhte.

— Certes, non, que je n'en serai pas fànhél Pensez donc : c'est une bonne fortune inappréciable! Il me larde d'en jouir.

Après avoir bu le thé, on se mit en route et l'on arriva chez la dame, qui accueillit nos deux visiteurs de la façon la plus aimable, et les conduisit devant le tableau, qui était réellement admirable et tout à fait dign& de ce grand maître de la célèbre école lombarde.

Assis devant la magnifique peinture, on commença à disserter sur les aventures diverses, en fait de vieilles toiles, et, en particulier, sur les deux portraits de Raphaël, trouvés, il y a quelques années seulement, dans un grenier, à Florence, et sur le fameux portrait du pape Jules, de la galerie Durazzo, qui, après lavage, fut reconnu pour un chef-d'œuvre de Raphaël ou de Sébastien del Piombo. Mais don Alessandro, qui avait à cœur la conversion d'Edmond, changeant tout bellement de sujet, demanda à la noble étrangère commuent elle en était venue à se faire catholique, La dame, qui n'attendait que l'occasion pour entrer en matière, commença à glorifier les miséricordes divines et à peindre, avec des couleurs ri vives et si émouvantes, le contentement de son âme, qu'Edmond l'écoutait, en la regardant, Iq] mobile et charmé.

— Remarquez bien, ajouta-t-elle, en s'adressant à don Alessandro, que la première impulsion qui me poussa vers le catholicisme, fut justement l'écueil qui arrête et effraie les protestants : la Confession. J'avais, dans Rome, plusieurs amies catholiques, au nombre desquelles i)1us d'une, quoique jeune, belle et riche, était accablée de longs et cruels tourments, ainsi qu'il advient à tout être qui vit dans ce vilain monde pervers. Je comprenais que toute consolation amicale était impui^saute là où existe une peine secrète, une de ces i>eines que le cœur ne confie pas, même à l'amitié la plus intime, ou, s'il la confie, il ne retire de sa confiance qu'un stérile je vous plains.

l'adjuration. • JG9

Je remarquais pourtant que le jour où elles avaient été à confesse, elles étaient plus calmes, plus résignée?, presque joyeuses. Cette sérénité, cette paix, cette résignation me faisaient envie. J'en conclus que la Confession des catholiques, bien loin d'être la corvée que les protestants repoussent avec tant d'aversion, devait être un baume inconnu qui adoucit et guérit les blessures du cœur.

» De là, j'en vins à considérer la chose en elle-même, et je me fis ce raisonnement : La confession des péchés secrets ne peut avoir été inspirée aux hommes que par unDiei!. Quel savant humain l'eût jamais imaginée, ou, s'il l'eût imaginée, comment aurait-il eu le pouvoir de l'imposer? L'homme qui, renfermé dans son cœur, est impénétrable, n'aurait jamais consenti à ouvrir ce cœur à un autre homme, pour en être jugé et absous par quelques mots que cet autre homme prononce, non comme homme, mais comme Dieu. L'idée de communiquer à sou semblable un pareil pouvoir ne pouvait venir dans la cervelle d'aucun homme au monde sans le faire passer pour fou, impie, sacrilège, imposteur et digne d'être brûlé vif. Eh bien! bon nombre de nations ont accueilU la confession, et ce n'est pas seulement le menu peuple ignorant qui se confesse : ce sont les plus savants et les plus puissants parmi les hommes, les empereurs, les rois, les législateurs, les guerriers! Le pape lui-même, cette image vivante du Dieu vivant, ce détenteur des clefs du paradis, s'agenouille humblement aux pieds d'un pauvre prêtre et lui dévoi.'e ingénument les plus profondes, les plus secrètes pensées de son âme!

»Je pensai aussi que la miséricorde d'un Dieu pouvait seule avoir trouvé un moyen si facile d'etfacer les péchés qui offensent la justice divine et avoir voulu que la blessure de l'oigueil tût guérie par le baume de Thumilité. On Ta vu, l'humble confession d'une mortelle offense a souvent calmé la terrible colère de l'homme généreux qui l'avait reçue : comment douter aiois que Dieu, qui

est Tessence môme de la générosité, ne pardonne et n'oublie les crimes même les plus affreux, lorsqu'ils sont humblement confessés?... Mais ce qui, après la ronviction (le mon esprit, acheva de convaincre et de gagner mon cœur, ce fut de connaître et de comprendre que la confession, par elle-même, est un véritable et impérieux besoin de ce pauvre cœur ! La nature a voulu que chaque peine soit pour lui un poils énorme : plus la peine est secrète et cachée, plus elle est écrasante : si on ne la déverse pas dans un autre cœur, on ne saurait y survivre. Le remords de la conscience est le ver solitaire qui ronge l'estomac : s'il n'est pas rejeté tout entier, il vous tue ! Je me souvenais qu'étant petite fille, lors ju'il m"arrivait une de ces peines d'enfant qui sont si cuisantes, parce qu'elles sont les premières qu'on éprouve, après l'avoir couvée quelque temps en silence, il me fallait, toute suggestion d'orgueil cessante, la confier à ma femme de chambre, pour soulager mon petit cœur oppressé. Dieu Créateur a pourvu à ce tyrannique besoin de notre nature; et Jésus-Christ, élevant ce besoin jusqu'à la source de sa grâce divine, en a fait l'instrument le plus actif, le plus efficace de notre salut.

» Ces considérations m'ont amenée à comprendre, Dieu aidant, que la confession ne devait pas m'empècher de suivre l'impulsion qui me poussait à me faire catholique: au contraire, en pensant que les pauvres protestants n'ont pas cet immense soulagement des cœurs accablés par le remords incommunicable d'une conscience bourrelée, je m'y sentais portée par toutes les forces de mon âme et je tremblais d'épouvante à la seule pensée que je pouvais mourir protestante et ne pas entendre, à mon heure dernière, cette ineffable parole, prononcée au nom du Seigneur : #

— Je te pardonne ! î ! >

A la chaude expression de ces pieux sentiments , Edmond pâlissait et rougissait tour à tour , se re-

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muait sur sa chaise et ne pouvait cacher son émotion.

— Vous avez dû, madame la baronne, interrompit-il, éprouver une bien singulière impression, lorsque vous vous êtes approchée pour la première fois de la grille d'un Goafessionnal ?

— Je vous dirai, monsieur le chevalier, que la première fois je ressentis en elTet un certain mouvement d'hf^sitation ; mais le premier aveu une fois prononcé, ma première confidence faite au ministre de Dieu, je sentis ma poitrine allégée; je respirai plus librement; je crus renaître et je finis par verser les plus douces larmes qui soient sorties de mes yeux. Je ne saurai jamais vous exprimer combien j'étais heureuse! 11 faut l'éprouver; on ne peut pas le dire ! Oh! qu'elle est vraie, la parole divine, lorsqu'elle dit : « Goûtez et voyez combien est doux le Seigneur! »

— Madame la baronne, dit en riant don Alessandro : vous êtes, ma foi, une vaillante et habile chasseresse! Vous ne vous contentez pas de tirer votre poudre aux moineaux et aux lapins : vous visez tout uniment au front des lions indomptables et superbes! C'est affaire à vous!.,.

— Mille pardons, don Alessandro; mais je ne comprends pas vos métaphores. Je dis tout ce que jai éprouvé, et je voudrais pouvoir l'exprimer convenablement, pour donner une idée du contentement que je ressentis lorsque, avant d'abjurer, je me confessai au bon prêtre qui me reçut et m'entendit avec tant de patience et tant de charit'é.

— Mais vous ne savez pas, madame la baronne, que le chevalier ici présent est encore protestant et qu'il lutte obstinément contre lui-même?

A ces mots, la noble dame se recueillit pendant quelques instants, puis elle entama une suite de raisonnements qui apportèrent dans l'esprit d'Edmond une j-'i-ande lumière et une vive jouissance. 11 pria la baronne de

vouloir bien lui accorder la permission de revenir pour s'éclairer auprès d'elle et il prolita plusieurs fois de cette permission gracieusement accordée. Elle lui prodigua les conseils et les encouragements les plus eflicaces, en lui prêtant les livres les plus aptes à le convaincre et à le guider dans la voie du salut. Tout doute finit par disparaître de l'esprit d'Edmond et la conviction se fit bientôt pleine et entière.

Dès que don Alessandro le vit parfaitement décidé à rentrer dans le sein de la véritable Eglise de Jésus-Christ, il lui donna l'excellent conseil de se retirer, pendant quelques jours, avec le pieux ecclésiastique que la baronne lui avait indiqué, pour que celui-ci pût, loin des préoccupations et des distractions du monde, lui enseigner les points de doctrine nécessaires à connaître pour vivre dans le véritable esprit de l'Eglise catholique. Et pour que cette solitude momentanée ne lui fût pas à charge et ne lui devint préjudiciable, il lui indiqua le couvent des pères capucins d'Albane.

La maison des capucins est élevée au sommet de la pente de la montagne qui domine, au levant, le lac d'Alba et la vaste plaine du Latium jusqu'à la mer, au couchant. Derrière le couvent s'étend une esplanade, au bout de laquelle une terrasse saillante s'avance vers le lac, que la vue embrasse tout entier, avec ses rives profondes, revêtues de vignes d'un côté, et de l'autre, d'une épaisse forêt de platanes séculaires. Au bout de ce cratère de verdure, Caslel-Gandoifo se mire dans les eaux azurées; et sur la haute rive, on voit blanchir Palazzuola, bâtie où fut jadis la cité d'Ascanius, celte mère antique de Rome; les hautes cimes de la montagne de Jupiter Latin planent au-dessus de Palazzuola. C'était là-haut que les Romains vainqueurs allaient otlrir au roi des Dieux, en passant par la voie triomphale, les dépouilles opimesdes nations vaincues.

Un bois luull'u de mélèzes s'étend sur les lianes du cou-

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ventj et ombrage jusqu'au sommet la pente du mont. Sous les abns solit-iires de ces branches épaisses, qui forment un rideau impénétrable aux rayons du soleil, tout est plongé dans un silence tranquille que les doux chants du rossignol et le roucoulement plaintif de la tourterelle interrompent seuls quelquefois. De longs sentiers sillonnent la sombre forêt et, grimpant doucement sur le dos de la montagne, conduisent à de petits temples rustiques où l'on voit la statue qui représente saint François recevant les saints Stigmates au milieu des écueils de l'Alvernie, prêchant les oiseaux qui l'entourent pour l'écouter, traitant avec le loup d'Agubio, pour qu'il ait à ne pas faire de mal aux habitants, et s'eudormant enlin dans le Seigneur, comme un vrai séraphin d'amour, dans l'église de la Portioncule.

Il fut donc convenu que notre E^mond s'enfermerait pendant quelque temps dans cette sainte retraite, pour s'y livrer, loin des amis du monde, à l'oraison, et se bien disposer au grandacte d'où dépendaitson bonheur éternel. La veille de son départ de chez lui, il s'en revenait seu I , vei s le soir, et préoccupé des pensées qu'avait éveillées dans sou âme un long entretien qu'il venait d'avoir avec le prêtre qui l'instruisait sur les Sacrements ; lorsqu'arrivé à l'Oratoire nocturne du Caravita^ il en entendit sortir un chant lugubre. Ne sachant pas, à cette heure avancée, ce que cela pouvait être, il y entra par curiosité, et se trouva au milieu d'un grand âtre, mal éclairé par une petite lampe aux verres troubles, qui permettait à peine de soupçonner l'existence d'êtres vivants. Contre les murailles, il distingua pourtant une rangée de confessionnaux, entourée de beaucoup de monde, attendant son tour de se confesser. 11 crut distinguer, dans cette espèce de crépuscule, de gros hommes barbus, de jeunes petits-maîtres parfumés, de pauvres ouvriers qui, après les fatigues ou les plaisirs de la journée, venaient chercher le repos de 'esprit dans la confession.

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11 passa outre, et pénétra dans l'oratoire qui était trè^grand, mais aussi faiblement éclaire que l'entrée ; il y vit, de place en place, des liummes agenouillés par terre et chantant le Miserere. Cette lumière incertaine, ces voix lentes et caverneuses, ces hommes prosternés, inspirèrent au cœur d'Edmond un mélange de sainte horreur et de douceur ineffable qu'il n'avait jamais éprouvé. Au bout de quelques instants, il vit s'avancer vers l'autrl, placé au fond de l'oratoire, un prêtre qui marchait lentement, enveloppé dans un long manteau noir. Arrivé au pied des marches, le prêtre, se retournant vers l'assistance, prononça ces quelques mots:

« Mes frères, Notre Seigneur Jésus-Christ a dit : Faites pénitence, ouvouspérirezl Nous avons péché, il est donc juste que nous donnions satisfaction au Seigneur dans cette vie, afin de ne pas être obligés de tout payer durant toute l'éternité 1 »

Pendant que le prêtre prononçait ces mots, Edmond vit venir plusieurs frères portant de longs rabats blancs sur la poitrine, et distribuer quelque chose aux hommes agenouillés. Le prêtre se tut, la faible clarté s'éteignit ; lobscurité et le silence devinrent mortels. Tout à coup, son oreille est frappée par un son mat et régulier qui indiquait une flagellation appliquée sur des chairs dénudées. Un frisson de terreur envahit ses membres; il cessa presque de respirer. Ce bruit ne dura que quelques minutes; la lumière réapparut. Edmond quitta ce lieu, tuut ému, et passa une nuit bien longue et bien troublée.

Le lendemain, de très-grand matin, notre héros monta en voiture, et, arrivé a Albane, il poursuivit son chemin par la galerie du lac, sous les grandes ombres de ces arbres séculaires, et parvint au pied du couvent. Les pères capucins, qui sont les hôtes les plus hospitaliers et les plus courtois du monde, l'accueillirent avec leur amabilité hajjituelle, et le conduisirent à son petit quartier, qui don rjuii sur ia poicpectivedu lac. Ednioud ne pouvait se ras-

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sasier de cette vue admirable, et respirait largemetit cet air pur et léger qui ravivait et doublait ses forces vitales. Tout dans ces lieux le charmait : la limpidité des eaux, la sérénité du ciel, la verdure des champs, la beauté des jardins, les majestueuses ruines de la villa de Domilien, et, plus bas, les restes de celle de Pompée.

Après s'être abreuvé de toutes ces pures jouissances, Edmond rentra dans sa cellule, et reprit la lecture des doctes controverses de Milner. En vertu de la grande mobilité de la pensée humaine, son âme tomba aussitôt dans une mélancolie si profonde, que son cœur se remplit des plus sombres, des plus tristes pensées. La flagellation de l'oratoire du Caravita, qui l'avait si fort impressionné la veille au soir, vint saisir son imaginalionavec tant de vivacité, qu'il lui sembla entendre retentir de nouveau à son oreille le chant rauque et lent du Miserere : ses yeux revirent l'obscurilé subite, et les silllementssinistresde la discipline tombant avec violence sur les chairs nues l'enveloppèrent de toutes parts; il se sentit devenir presque fou de terreur; il éprouva la vive douleur de la flagellation sur ses propres épaules! Alors il crut que le culte catholique était un composé de mystères ténébreux, de cruelles pratiques et de rites païens. Les idées prolestantes sur l'idolâtrie catholique des images sacrées, sur la superstition du jtùne et sur toutes les autres erreurs qu'ilô nous imputent, se renouvelèrent dans son esprit, et il sentit renaître dans son cœur toutes les antipathies contre l'Eglise romaine qu'on lui avait inspirées dès son enfance.

Préoccupé de ces noires pensées, il se leva de dessus sa chaise, jeta le livre qu'il tenait à la main sur son lit, et descendit au jardin pour prendre l'air, car il étoutfait. La vue des Heurs dissipa un peu les vapeurs sombres qui pesaient sur sa tête; il entra sous l'ombre des platanes, et il se prit à considérer la hauteur de ces arbres, la grosseur de leurs troncs noueux, la longueur démesurée de

leurs rameaux, et l'immense espace qu'ils recouvrent tout alentour: s'égarant à plaisir dans les sentiers tortueux de Ja forêt, il se trouva au milieu d'une petite éclaircie pavée d'herbe fine et épaisse, au bout de laquelle s'élevait une niche contenant la statue de saint François, ravi en extase. Assis sur un chapiteau corinthien, débris de la villa Dumilienne, que le hasard avait placé contre un arbre en face de la statue, Edmond aperçut un vieux capucin en prière; le capuce, relevé sur sa tête, ne laissait voir que la barbe très-blanche du religieux appuyé sur la crosse de son bâton.

En relevant la tête, ce vieillard montra au nouvel arrivant un visage bienveillant où brillaient des yeux vifs et gais, et quoique sa peau fût plissée par des rides minces et très-rapprochées, son front calme et serein reflétait admirablement une âme pure et tranquille, toute remplie de l'esprit de Dieu. Edmond s'arrêta devant ce vieillard dont la vue ramenait la paix au fend de son cœur, et le saluant avec un sentiment de profond respect, il entendit une voix fraîche et bien timbrée lui répondre:

— Q,ie Dieu vous bénisse, mon enfant.

Ces mots furent un baume pour Edmond qui, s'a seyant auprès du moine, sur un tronc d'arbre, commença à le questionner sur les diverses pratiques de l'Eglise, et eu obtint des réponses claires, nettes et complètement satisfaisantes.

Mais pourtant il sentait toujours dans son cœur l'épine du Caravila, et il demanda au vieux religieux que signifiait celte stupide coutume de se flageller les épaules.

— Ne dites pas cela, mon fils! Slupides sont ceux qui se croient savants par la science mondaine, laquelle est contraire en tout aux desseins de la divinité. L'homme de chair n'aime pas à souffrir, parce qu'il a placé tout son bonheur dans les joies de ci* monde : s'il n'y avait pas lUK' autre vie, une vie élenulle, au delà de la tombe, l'homme de chair aurait bien raison de s'amuser tout

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son comptant ici-bas; et s'il aimait à soutîrir, il serait fou à lier! Mais cette vie présente, mon enfant, n'est qu'un bien court passage qui conduit à la vie éternelle : et le Fils de Dieu nous a montré, par son exemple, qu'on ne peut arriver à Timmortelle félicité que par làpre chemin de la pénitence.

— Mais, mon révérend père, il est prouvé aujourd'hui que la civilisation sait atteindre à la plus haute perfection par des chemins plus agréables et qu'elle n'a plus besoin de parcourir les rudes et raboteux sentiers des to rments de la chair que suivaient ces ours mal-léchés de saints du moyen âge.

— Laissez, à votre tour, dire de pareilles niaiseries à Vincent Gioberti, mon cher fils; à ce digne homme qui déplore l'ignorance de saint Louis de Gouzague, qui se flagellait avec les laisses de ses chiens et se labourait les flancs avec les molettes des éperons de ses cavaliers : Gioberti lui eût appris à monter au ciel en faisant des dîners fins, en dormant sur le duvet de Sibérie, en s'habillant comme lord Dorset; en menant, enfin, une vie de Sardanapale ! Il a été voir par lui-même, le brave abbé, si c'est là le vrai chemin du paradis! Quant à moi, mon cher enfant, je m'en tiens à la vie que le Sauveur luimême m'a indiquée, lorsqu'il a dit : « Celui qui ne se combat pas soi-même, et qui ne porte pas sa croix sur ses é[)aules, n'est pas digne de moi. » Pour suivre ce bon conseil de Jésus-Christ, j'ai quitté, tout jeune encore, les aises de la maison paternelle, qui est trèsnoble et très-riche, et j'ai endossé cette tunique grossière, je me suis entouré de cette corde : je marche nu-pieds, je dors sur une planche, je me lève à minuit; je mauge des fèves et de la morue, je bois de l'eau. Ceia ne me paraissant pas encore suffisant, je demandai et j'obtins la mission du Congo. J'ai passé vingt ans sous l'ardent soleil d'Afrique, évaugéiisant ces pauvres nègres. En traversant ces déserts arides et embrasés, j'ai souffert

la faim, la soif, raccablement du sommeil, les fatigues de toute sorte : sans cesse exposé à devenir la proie des lions, des tigres ou des serpents boas, qui sifflaient horriblement toutes les nuits autour de ma hutte. Mais qu'étais-je, hélas, en comparaison des ai ô'res et des martyrs du Seigneur ?... Si la civilisation moderne avait un Christ qui lui promît la vie éternelle en retour des plaisirs d'icibas; à la bonne heure : elle pourrait s'en donner! Mais Christus heri et hodie, mon enfant : et le Christ n'ira pas changer son Evangile pour le bon plaisir des savants de ce monde!

— Donc, répliqua Edmond avec vivacité, il faudra absolument se mettre les épaules en sang pour sauver son âme ? Je suis un protestant tout disposé à me faire catholique; je vous avoue pourtant que cette histoire de flagellation me fait grand peur!....

— Ne vous effrayez pas; ne vous tourmentez point : vous pourrez vous sauver sans vous faire une seule t^gratignure; mais vous n'en aurez pas moins à souffrir. Il y a des disciplines de bien des sortes, mon cher petit; et de plus cruelles, ma foi, que les coups de lanière et les piqûres d'épmgles! Le tout, c'est d'offrir à Dieu nos peines, les tourments de tout genre qui assiègent notre âme et notre corps : les offenses de nos adversaires; les persécutions, les haines, les calomnies, les colères, les envies, les jalousies des méchants; les faux jugements, les erreurs, lee injustices des hommes; les maladies, les privations, l'humiliation, la misère; tous les inconvénients plus ou moins graves de notre pauvre condition humaine. Baisez toujours avec reconnaissance la divine main paternelle qui nous frappe : bénissez et glorifiez en toute chose sa très-sainte volonté. Vous qui êtes riche, mon (ils , vous avez aussi un autre moyen de vous sauver, biCn plus efiicace parfois, que quatre coups de verges sur votre dos : c'est l'aumône, qui rachète les péchés, lorsqu'elle est faite dans le véritable esprit de Dieu et

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uniquement pour l'amour de lui, qui en ressent le bienfait dans ^es pauvres que vous avez soulagés en son nom.

Edmond fut tellement consolé par les paroles de ce saint vieillard, qu'il vint plus d'une fois le revoir dans la forêt, ayant avec lui de très-longs entretiens d'où il sortait toujours plus fort, plus instruit, plus heureux. Le piètre qui lui avait donné les premières instructions, le trouva si admirablement disposé, quïl jugea convenable de ne pas retarder plus longtemps son admission dans le sein de l'Eglise catholique. Le souverain Pontife se trouvait précisément alors à sa villégiature de Gastel Gandolfo. Le bon ecclésiastique pria l'un des prélats du pape, compatriote d'Edmond, de recevoir son abjuration. On en fixa le jour, qu'il annonça à don Alessandro, à Carluccio et à Alfred, pour qu'ils vinssent partaj^er la joie et le bonheur de leur ami.

Dans ces entrefaites, un jour, que la Cec< herella de Trastevere traversait \e ponte Sisto^ tenant à la main un paquet de petits écheveaux de laine ourdie, elle rencontra, juste au coin de la rue Giulia, iNina, de la place d'Espagne. Tous mes lecteurs connaissent la Ceccherella, cette petite mauviette à la langue déliée, qui avait si bien bavardé jadis. En apercevant son ancienne camarade de classe, elle rejeta en arrière deux petites boucles de cheveux qui lui tombaient sur le visage, et courant à sa rencontre, lui cria d'une vuix glapissante qu'on doit avoir entendue depuis le palais Farnese:

— Oh, oh! Nina ma belle; tu ne sais pas? Kunziatina se marie! Eh! il faut naître sou> la sœur de son étoile pour avoir du bonheur!... J'en suis bien aise, vois-tu? ce

n'est pas pour dire,... mais On voit de ces choses,

aujourd'aujourd'hui!.... Des noces d'Impératrice, quoi!... Vois-tu, ma Nina, la Longaretta n'en voit pas souvent de pareilles, des noces.... mais non, mais non, qiie je disl.. Pas même l'épicière ; pa? même la mercière ! Et il y en a pourtant, du de quoi^ dans ces maisons-là i mais bathl

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c'est de la goognotte!.. Si tu voyais quel lit, avec des pommes dorées, ma chère! .. une glace à cadre à feuillages; p'us que ça d'chic?... Puis des chaises, des tiroirs qui brillent; des moulures, dà? et du linge fin; et des franges; et des garnitures; et des dentelles, donc! Oui, mam'selle; des dentelles; des falbalas! Uq trousseau de comtesse ! ! La robe de soie vert pomme changeant, avec des volants d'un pied de haut; je ne te dis que ça! Je ne parle pas des pendants d'oreilles, des bagues, des colliers... et, dis Jonc? Un bracelet d'or, avec un camée; oui donc, oui donc!.... avec un camée!

Tra, la, la, la,

Tra , déri , déra

Tia, la, la, la,

Tra, la, la,

La, la!!!

La Nina, attrapant la chansonnette à mi-vol, l'interrompit en disant :

— Ceccherella, tu me contes-là des merveilles qui m'enchantent : car, enlin, je l'aime, moi, cette chère Nunziatina, qui est si gentille, et la meilleure enfant du monde, encore! Mais comment a-t-elle trouvé, ainsi, tout d'un coup, de quoi se faire un si riche trousseau?.. A-t-ellc gagné un terne à la loterie?

— Quelle loterie?.... C'est pourtant bien un gros lot qui lui est tombé sur les genoux, sans qu'elle ait eu besoin de consulter la cabale; sans avoir rêvé un terne sec, sans avoir fait des croix avec sa langue sur les marches de la Scala Santa; sans avoir jeûné pendant les treize mardis de saint Autoine. Un gros lot de deux cents bons et beaux écus sonnants et trébuchants, ma Nina; et, par-dessus le marché, une rente de cinquante écus par an s»ir la caisse d'épargne, in sœcuJa sœculomm; amen!.. Quen dis-tu?.... Et moi, pauvie fille; toujours daus mes loques et Dieu sait combien de temps mon pauvre

l'/\i;jlha!10N. 381

Toto aura à attendre encore, avant de m'épouser? Si j'avais un fichu grabat tant seulement, je me croirais déjà mariée : le restant vient tant bien que mal; mais ua lit?... Oh! que c'est donc dur à arracher!...

— Mais, dis-moi donc un peu , interrompit Nina : maître Simon est donc devenu bien argenté en un lour de main? Tu m'as pourtant dit que ce n'était pas un Crésu, que maître Simon? Et qu'il ne savait où donner de la lête pour ramasser les quatre sols qu'il fallait pour établir Nunziata.

— Je te l'ai dit et je puis te le répéter : mais que veuxtu?.. Voilà qu'un beau jour, un mansionario de Saint- Pierre se présente "chez maître Simon, le lire à part, lui crache deux cents écus en belles grégorines d'or flambantes, et lui dit qu'une personne pieuse, qui connaissait Nunziatina pour être une fille sage et m^^Jeste, lui envoyait cettebagatelle pour aider à lui faire un trousseau, et y joignait, à titre de dot, le revenu d'un petit capital placé à la caisse d'épargne, qui monterait à une cinquantaine d'écus par an; mais on désirait que le mariage se fit le plutôt possible.

— Et comment as-tu appris tout cela? Ou conte souvent des bourdes, qui s'évaporent avec le vent.

— Je le sais, parce que la mère de NuLziatina l'a dit à ma mère en secret. J'en ai parlé moi-même à la jeune fille, qui me l'a confirmé, en ajoutant qu'elle pense que ce doit être l'œuvre de quelque généreuse grande dame, de celles qui visitent l'hospice San Giovanni.

— Eh, pauvre innocente qu'elle est! Ce ne sont pas là des affaires de femme ! Te souviens-tu, Geccherella, de ce goûter que nous li nos dans le verger de Piscinula, et de ce monsieur qui accompagnait mon oncle, et dont tu to moquas si sottement, parce que tu lui trouvais de la ressemblance avec je ne sais plus quel ranocchiaro?...

— Mais je nai ri que derrière son dos, sans qu'il ait pu s'en douter ..

— Eh bien! sache que ce monsieur est inrimens(^mei)t riche et qu'il a très-bon cœur : il a été enchanté de la modestie et de l'esprit de Nunziatina. Je sais ce que je dis; mais... chut, ma Ceccherella!... Je mettrais ma main au feu que le bienfaiteur secret n'est autre que ce monsieur; d'autant plus, qu'il est un très-grand ami de don Alessandro, mansionario de Saint-Pierre, et qu'ils sont, comme on dit, deux têtes dans un bonnet.

Après avoir fait ce petit commérage, les deux jeunes filles se séparèrent, et Ceccherella, à peine rentrée à la maison, ne prit que le temps d'y déposer les écheveanx et s'empressa de courir chez Nunziatina pour lui répéter tout ce que Nina venait de lui dire, la complimentant, dansant autour d'elle, faisant claquer ses doigts et lui criant à tue-tête aux oreilles :

— Eh oui! eh oui! c'est ce paino du verger qui t'a fait du bien. Je veux lui demander, moi aussi, un petit lit, même sans pommes dorées. Bête que je suis! J'aurai dû le dire à Nina; je n'y ai pas du tout pensé : mais va, à notre première rencontre... De ces messieurs si bons, il en passe bien peu, malheureusement, sur les pavés de Trastevere.

Nunziatina avait vu don Alessandro venir chez son père; mais elle n'avait fait que Tintroduire auprès de lui, sans s'en préoccuper autrement. Néanmoins, les paroles de Ceccherella réveillèrent quelques-uns de ses souvenirs : elle se rappela que dans le verger, lorsqu'elles couraient pour inviter ce monsieur à venir prendre sa part du goûter, Nina lui avait dit qu'il était humain et généreux envers les pauvres et qu'il venait volontiers à leur aide : mais elle se demandait en même temps :

— Comment aurais-je pu mériter les bienfaits de ce monsieur, qui ne me connaît pas; que je n'avais jamais vu avant, que je n ai plus revu depuis cette époque? A moins que la bonne sainte Vierge n'ait touché son cœur... et alors, ma chère Madone, je vous en rends grâces et je

l'abjuration. 383

vous supplie (le répandre toutes vos bénédictions sur mon bienfaiteur!

Les publications de mariage avaient été faites dans la paroisse de la Luce par le Père-Curé, et Niinziatina recevait les congratulations de tout le voisinage : Cencio avait préparé le petit ménage qu'il montrait à ses amis, lesquels s'extasiaient sur la beauté et la richesse du superbe mobilier. Il avait arrangé quatre chambres : une petite cuisine, un petit salon, la chambre nuptiale, assez grande, et une quatrième pièce où était 1- métier de Nunziatina et qui était éclairée par deux grandes croisées exposées au levant et donnant sur le jardin des voisins.

Le jour des noces, maître Simon observa scrupuleusement tous les rites du Trastevere pour la marche des époux, tant à l'allée qu'au retour de Téglise. Le sacristain, qui avait reçu un bon pour-boire, sonnait les cloches avec un entram qui mettait en grand émoi les libres sensibles de toutes les filles à marier de la Longaretta, du Dragon et de la Bonosa. On invita au dîner le curé, le recteur de la confrérie, les parents, les demoiselles d'honneur de la mariée iparanvifé) : au dessert, arrivèrent la llùte et le petit rebec qui, la nuit venue, exécutèrent la sérénade aux époux. Pendant la première semaine, la mariée, — selon l'usage du peuple romain, — ne quitte pas la maison et reçoit en robe de noces les visites des parents et des amies, auxquels elle montre tous les présents qu'elle a reçus ; et elle les traite de son mieux. Le dimanche d'après, le marié mène sa femme en voiture à Frascati ou à Albane, où ils passent la journée dans un délicieux tête-à-tête à la campagne.

Dans la petite église des capucins d'Albane, on célébrait, ce jour-là, une autre l'été bien joyeuse pour i'Eglise militunte et d'une jubilation sublime pour TEglise triomphante dans les cieux. £<imond, qui avait, le matin même et en parlicuUer, reçu le baptême sub conditione, venait faire, au mallre-autel, sjii abjuration entre les mains du

384 E.iMONl).

prélat. Au moment où, agenouillé, il se disposait à lire la formule de la profession de foi, Cencio et Nunziatina, avant d'aller voir le lac, entraient dans l'église pour y adorer le très-saint Sacrement de l'autel. Nunziatina, au milieu d'un groupe de messieurs qui l'entouraient, reconnut Edmond, qui lisait dévotement et avec feu son acte de foi. En voyant le prélat tourné vers les assistants, elle pensa qu'E imond se faisait moine et qu'il était en train de prononcer ses vœux ; mais lorsqu'elle aperçut don Alessandro pleurant de bonheur, et toute l'a-sistance profondément émue, Nunziatina, à son tour, ne put retenir ses larmes.

— Qu'as-tu?... lui demanda Cencio tout surpris :

— Ne vois-tu pas, mon Cencio, que ce monsieur ei:t notre bienfaiteur? Voilà leMansionario qui est venu chez mon père, lui porter ces grégorines qui ont hâté notre mariage. Restons ici, Cencio, jusqu'à ce que cette cérémonie soit achevée.

Après l'abjuration, le prélat commença la sainte messe où Edmond fit sa première communion, pour recevoir ensuite le sacrement de Confirmation des mains d'un évêque.

Se tournant par hasard vers l'église, don Alessandro ^et reconnut Nunziatina parmi le petit nombre de fidè-

€îqui n'avaient pas encore quitté le temple. Celte vue

e troubla et le contraria fort; car il pensait que le moment était bien inopportun pour olTrir aux regards du néophyte un objet qui eût pu lui causer une dangereuse distraction. Aussi, après être entré au chœur, sortant par là sur la petite place, il se hà'.a de rentrer à l'église et alla prier les deux époux de l'accompagner dehors. Dés qu'ils furent sortis ensemble, il les complimenta sur leur mariage et leur demanda où ils comptaient aller dîner ce jour-là? Cencio lui répondit qu'ils iraient à l'hôtel de Russie. Nunziatina lui demanda alors si ce monsieur se faisait moine et les larmes lui revinrent aux yeux.

l'aiiiuiiauo.m. 385

— Non, répondit don Alessandro : ce nionsiiur, qui étail protestant, revient aujourd'hui dans le giron de la samte Eglise catholuiue, aposiolique et romaine : priez pour ce bon monsieur !...

— Si je prierai? oh oui, certes! Plusieurs indices me font croire que c'est là mon tiienfaiteur et je le recommande tous les jours à la Madorie. Mais dites-moi, bon père, est-il réellement mon bienfaiteur?

— Vos bienfaiteurs, ma tille, répondit don Alessandro, sont votre modestie et votre piété : conservez-les jalousement. Adieu, mes enfants : allez-vous-en voir le lac. J'irai vous faire une petite visite chez vous...

En disant ces mots, il les reconduisit un bon bout de chemin, de crainte qu'ils ne rentrassent à l'église : puis, il envoya secrètement avertir à l'hôlel de Russie, pour qu'on eût à servir, pour son compte, un excellent dîner aux deux époux. Après une longue promenade sur le lac et sous les galeries, nos jeunes gens rentrèrent affamés et, se mettant à table, firent grand honneur au diner fin et aux vins exquis que l'on plaça devant eux. En voyant toute cette profusion, Gencio s'attendait à payer un certain nombre d'écus ; mais , lorsque avec un peu de crainte, il demanda la carte :

— Tout est payé! lui répondit le garçon.

dg

280 KDMOM».

Nous avons passé le mois de juillet dernier sur la colline de San Francesco, qui domine la ville et le port de Pozzuoli. C'est de cette marine, la plus belle de l'Italie et peut-être du monde, que parle Horace dans la première cpître du livre premier lorsqu'il dit :

Nidlus in orbe sinus Batjs piœlucet amœnis.

Tous les jours, au lever du soleil, notre plus grand plaisir était celui de nous rendre sur une petite terrasse qui, de notre chambre, avançait sur le golfe, et d'où notre regard parcourait avec délices le grand cercle qui part des piles que l'on dit être celles du pont de Galigula et se termine au cap Misène. Nous voyons à notre droite les ruines de la ville de Cicérou, de cet admirable lieu qu'il appelait l'Académie, silué près du temple des Nymphes : à notre gauche, se dressent les restes majestueux du temple de Neptune, ut, pius nas, la côte est encombrée d'arcades, de pans de murailles, d'aqueducs, de corlidors souterrains et de voûtes de thermes antiques, descendant par le vallon, jusqu'au temple de Jupiter Sérapyde, qui s'élève superbe sur ses colonnes de marbre africain et dont les bains minéraux réparent les forces et rendent la sauté aux nombreux malades qui vien-

coynLusT(3N. 887

DGDt se plonger dans ses eaux fumantes et salutaires.

Toutes les pentes de ces petites collines verdoient sous le feuillage des cèdres, des citionniers, des amandiers, et des pins à ombrelle, entrecoupé de jardins, de vignes et de parterres lleuris, qui se mirent dans la mer, toujours calme, claire et unie comme du cristal, sur ce rivage, et sur laquelle voguent sans cesse des centaines de petites barques à voiles, allant ou revenant de la pêciie, et nagent gaiement de bruyantes troupes de jeunes enfants.

Les champs de Phlègre montent en pente très-douce le long des côtes de ces monticules qui baignent leurs pieds, d'un côté, dans le lac Lucrino, et de l'autre dans le lac d'Averne, chantés par Homère et par Virgile, et où la sibylle de Cumes rendait ses oracles, à l'entrée de l'effrayante caverne que l'on voit encore aujourd'hui.

Sp Itoica alla fuit yVas'oque immanis hiatu, Scrupea, luta lacu niyro nemoriimqiie tenebris. (jEnJû). VI.)

Là près sont les lacs de Cocite et de Phlégéton; le marais du Styx et de l'Achérusie, toutes eaux bouillantes, qui formèrent plus tard les étuves de Néron, et qui sont si chaudes toujours, qu'on ne peut approcher ses doigts de ces rochers sans se brûler.

Tous ces terribles aspects nous sont cachés par le Monte Nuovo, surgi tout à coup en l'année 1338; mais, à leur place, de notre terrasse de Pozzuoli, nous voyons s'étendre sur ces rives les Champs-Eiysécns et se réiléter dans l'onde tremblotante de la mer, les

Locos !œtos, et amœna vireta

Fortunatorum ntmorum, sedeaqve beotas.

Largior hic campos œtker et liimine vvstit Purpweo. .. . . ilbid )

principalement lorsque V astre de pourpre dore les ter lies

de Baïa et les collines pomifères de Cumes. Baïa avec ses petits archipels, ses réduits, ses anses ombreuses occupe le centre de l'hémicycle du golfe et domine, du haut de son rocher, les vastes ruines de ces merveilleuses villas romaines qui furent les palais d'hiver des empereurs et des consuls, lesquels, non contents de monter avec leurs galeries, leurs arcades et leurs terrasses, sur les lianes et au bord de la montagne, en plantèrent les fondations jusques dans la mer; afin que,

Contracta pisces œquora sentiunt

Jactis in altum molibus.

{Horat., lib. III, od. i.)

Nous voyons à Baïa les nobles restes des temples de Diane, de Vénus et de Mercure; remplacement et les grands vestiges des immenses villas de César, de Lucullus, de Gaïus-Marius, de Pompée, de Pison, de Crassus, d'Hortensius, de Néron, de Domitien, d'Adrien, et d'Alexandre Sévère (1). De Baïa, l'œil embrasse tout cet énorme amas de rameaux si verts qui s'étend jusqu'à Baculi, où se trouve la Piscina mirabile qui conservait les eaux potables dont on alimentait les navires de guorre qui venaient hiverner daus le port si large et si sûr de Miseno. Nous apercevons la mer de Cumes et le port du trompette d'Eiiée,

Qui nunc Misemtm ab illo

Dicitur, œlernumque tenet per sœcula nomen.

et nous y découvrons encore les arcades et les murailles croulantes des arsenaux romains.

Et Tenchantement de ces perspectives ne s'arrête pas là!... Nous voyons poindre, derrière le cap de Miseno, lîle de Procida avec son château, ses tours, les coupoles

(4) Voir Pline, Varron, Tacite, Plutarque, Séuèciue, etc., qui parlent de toales ces Nillas.

de ses temples qui brillent d'une blanche lumière au milieu (le la riante verdure de ses jardins d'orangers, de citronniers et de cédrats; et l'ile dlschia, large et sublime encadrement de Procida, avec les pointes abruptes de ses montagnes qui se confondent avec l'azur infini des deux.

De notre terrasse, nous voyons aussi, au lovant, les rochers de l'île deCaprée, qui renferme les prestiges de la Grotte d^azur, et les restes orgueilleux des somptueux palais de Tibère; elle nous laisse deviner, étendue comme un amas de nids d'hirondelles, sur ses âpres flancs, la cité déserte d'Anacapri, qui domine, de ses hauteurs aériennes, toute la mer, jusqu'au cap Circée.

Notre cher lecteur, voilà que vous vous prenez à envier notre bonheur de pouvoir habiter ce délicieux séjour, et qu'il vous semble que les antiques Pélasges ont eu parfaitement raison de placer les Champs-Elysées au milieu de ce sourire éternel du ciel, de la terre et de la mer; les voluptueux Romains, pensez-vous encore, n'ont pas manqué d'y édifier leurs maisons de plaisance. Mais, lecteur hien-aimé, permettez nous de vous apprendre que, non loin de notre petite terrasse et sur la même colline, se dresse une prison solitaire et sévère où sont renfermés plusieurs centaines de condamnés qui, à travers les gros barreaux de fer dont toutes les fenêtres sont armées, regardent la même marine, les mêmes collines, le même beau ciel. — Croyez-vous donc. . — Mais non, vous ne le croyez pas, — que ces malheureux contemplent avec le sentiment que nous éprouvons, toutes ces merveilles?... Pour nous, qui les examinons d'un œil calme et avec une âme tranquille, tous ces objets semblent ce qu'ils sont en effet, bien admirables ; mais le prisonnier les regarde avec courroux, avec un désir et une rage impuissants, l'âme bouleversée et l'orage dans le cœur. Il nous semble, à nous, que nous serions le plus heureux homme de la terre, de pouvoir passer tous les jours qui nous restent

à ^ivre, dans ce séjour enchanté dont les habitants nous semblent de furlunés mortels; mais le prisonnier, s'il le pouvait, s'enfuirait d'ici à Tinstant, maudissant ces lieux sinistres, dont le souvenir serait pour lui toujours funeste et fatal.

Venons-en maintenant à notre cZado favori, la comparaison. Laissez-nous trouver un rapport exact entre Tappréciation de ces lieux et celle des mœurs du peuple romain, entre notre chapitre d'iNTRODCCTioN el ce chapitre de Conclusion. Ceux qui observeront ces mœurs avec le calme et la logique d'une âme tranquille et sincère, voilà votre serviteur sur sa petite terrasse; ceux qui les jugent avec colère et prévention , voilà les prisonniers derrière leurs barreaux. Lisez les relations de plusieurs voyageurs protestants et, pire que cela, quelques détestables journaux italiens, vous ne verrez dans le peuple de Rome qu'une plèbe corrompue et opprimée par le gouvernement des prêtres. Ecoutez les hommes sensés, et, mieux que cela, les hommes honnêtes ; vous les entendrez envier l'heureux sort de ce peuple, qui grandit et qui vit à l'ombre du Vatican et sous la loi paternelle du vicaire de Jésus-Christ, tandis que ces êtres pétris "de liel l'appellent hypocritement peuple pauvre et infortuné, ou bien le traitent de paresseux, de lâche et, — que Dieu nous vienne en aide — d'impie, sans foi ni loi! Et sur quoi, s'il vous plaît, appuie-t-on cette vilaine et noire calomnie? Sur le mélange que fait le peuple romain quelquefois, de la dévotion de certains jours consacrés à Dieu, avec des amusements et des plaisirs qui semblent à ces gens prévenus sentir encore le paganisme! —Sontils donc devenus scrupuleux, pieux et consciencieux, ces braves gens-la?... — Toujours est-il que ces archispirituaîistes, ou superspirites si vous l'aimez mieux, ne réfléchissent pas que l'homme n'est point une pure intelligence comme les anges, mais bien un composé d'âme et de corps, de sens et d'esprit, de pensées et de pas-

siens, qui ne peut pas sortir de Tordre de su nature ;

Naturam expellas fvrc<i lamen usque recunet.

Traduction libre :

Chassez le naturel, il icNieiit au galop.

Et cela est si vrai que, revenue à peine de la désolation des barbares, l'Italie, dans ces siècles de foi, ne célébrait aucune fête patronale de ses cathédrales sans ajouter à la fête de l'Eglise celle de la Foire, avec ses chanteurs, ses jongleurs, ses saltimbanques, pour amuser la multitude. Lorsque, en l'an 1000, on créa les communes, on célébra le nom des saints prolecteurs par des fêtes populaires. A la Saint-Jean, Florence avait ses courses de chars; pour la Saint-Pierre, la course des Barberi ; pour la Nativité de la sainte Vierge, les illuminations de la Rificolona. Pise avait le jeu du pont, pour la Saint-Rainier; Sienne, celui des bannières ; Vérone, les courses du pallium ; Venise, le bucentaure, la régate des gondoles et les pyramides sur la petite place de Saint-Pierre. Naples a ses fêtes dans le pèlerinage du Montevergine et à la Madone de l'Arc, où le retour des pèlerins est la plus bizarre des réjouissances. Amalfi eut et a encore ses fêtes, comme Salerne, comme Bari, comme Manfredonia, comme Brindes, comme Lecce : et dans toutes ces fêtes, les peuples, après les actes de piété, s'amusent gaillardement; mais les Reggiani de l'extrême Calabre en particulier, qui, à la Nativité de la Vierge, montent en procession à son sanctuaire, sur la montagne qui domine Garybde et Scylla; en sortant de l'église, ils se répandent sur le pré qui l'entoure et, au son des instruments, ils forment des danses, des rondes et des farandoles tellement échevelées, que la plupart des danseurs, hommes et femmes, tombent sur Tlierbe, à la renverse, exténués de fatigue et à demi morts.

Mais que dirons-nous des grandes et populeuses cités.

lorsque nous voyons les plus petits villages célébrer leurs Fêtes assez dévotement et les terminer par des jeux, des repas et des réjouissances prolongées pendant toute la nuit? — Cela nous prouve que l'esprit humain, lorsqu'il se trouve enveloppé de matière, veut lui accorder courtoisement sa part de jouissance, et que la matière n'aimant que les choses qui tombent sous les sens, prend ce qui lui convient dans lesjouissancesde l'esprit. Après cela, qui est clair comme deux et deux /bn^gwatre, vous voudriez que les Romains fussent les seuls à ne pas être de la pâte d'Adam?... Allons donc, ce serait aussi par trop fort!...

Certes, eux également, ils ont, pour la Sainte- Croix, les montées de la Scala Santa, suivies d'une bonne collation de choux traînés (strascinati), dans les auberges du Latran : ils ont les visites des sept églises où, à moitié route, ceux qui ont le gousset garni font de bons petits dîners aux guinguettes qu'ils rencontrent en chemin. Au mois de juin, la veille de la Saint-Jean et la nuit de la fête, on les passe sur l'esplanade , mangeant des callemards et des poulpes frits, en attendant le jour, pour acheter aux marchandes de fleurs qui arrivent avec l'aube, un beau bouquet à offrir au Précurseur de Jésus. A la seconde fête de la Pentecôte il faut faire la sainte course en voiture, qui conduit sous Albane, à la Madone du divin amour ^ et, après y avoir entendu la messe et fait ses dévotions, chaque personne achète la Piose hénie, la met sur sa tête et, remontant en voiture, grimpe à Albane, à Aricie, à Genzano et passe cette belle journée du mois de mai, dînant sous l'ombrage des vieux chênes, sur l'herbe fraîche des prairies et sur les bords fleuris des fontaines qui arrosent les jardins des somptueuses villas du patriciat romain.

— Eh bien, que trouvez-vous de mal là-dedans? Si vous regardez tout ceci sans prévention , sans parti-pris, sans arrière-pensée, vous n'y verrez que d'amu?aiits passe-temps de citoyens paisibles, à l'occasion drs fêtes du Seigneur et dos saints; doux liens de la charité don'.es-

tique et fraternelle : car les bonnes familles romaines vont là avec tous leurs membres directs, consanguins et collatéraux, pour louer Dieu ensemble d'abord, puis pour prendre un peu de bon temps et se reposer des fatigues d'un rude travail quotidien. — Et, croyez-le bien , ils ont besoin de ce repos, beaucoup plus que leurs fainéants de détracteurs, qui nagent dans la mollesse et dans l'abondance, uniquement occupés de la poursuite d'un plaisir nouveau, qui ne se borne pas, assurément, à un pauvre petit souper à la gargote, un petit bal au son des cymbales, et quelque course en carriole dans les environs de Rome et sur les collines du Latium!

— Tout cela est bel et bon: on va me répondre : Mais presque toujours la dévotion finit par se noyer dans les verres; et vos dévots rentrent chez eux, — quand ils rentrent, — gris, pompettes, casquettes, pochards, ivresmorts!...

— Ah, bien!... Nous y voilà!... — Les exagérations de M, About, qui dit avec une amabilité et une grâce infinies, que : « le peuple romain va bien à l'église, mais sans croire en Dieu! » — Oui, les Romains peuvent commettre quelques excès : qui le nie? Mais l'homme n'est donc un homme qu'à Rome? Partout ailleurs n'y a-t-il que des séraphins?... — On le sait bien; lorsquel'artisan voit briller dans son verre de l'or liquide ou des rubis fondus, il prend ce verre, le met devant son œil, admire ces belles couleurs; puis, la main fatiguée descend jusqu'à sa bouche où elle cherche un point d'appui; les lèvres goûtent, c'est ma foi bon 1 la langue claque, la liqueur coule et descend douce et savonneuse dans ce pauvre gosier qui, pendant toute une semaine, n'a goûté que de l'eau. Si ce jour-là, jour de réjouissance générale, la main du brave homme fait un peu trop souvent des voyages vers sa bouche, faudra-t-il dire pour cela qu'il n'a pas de religion, que c'est un hypocrite, undétracteur des saint5?que Rome est sans foi? que Rome par-ci? que Rome par-là?.. Oh'

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