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LE MOUVEMENT INTELLECTUEL

L'admirable conférence de Henri d'Arles sur "Edmond de Nevers,le penseur et l'artiste," rend justice à la mémoire du grand écrivain canadien, disparu prématurément de la scène du monde.

Le texte de cette conférence, paru dans notre numéro d'avanthier, a été très apprécié, et nous avons reçu des félicitations et des remerciements pour l'avoir mis sous les yeux de nos lecteurs.

Edmond de Nevers, soit dit en passant, a laissé des œuvres qui survivront à la plupart des ouvrages historiques et littéraires publiés au Canada depuis un siècle.

Dans sa conférence de dirnauche dernier, Henri d'Arles s'est montré aussi fin critique littéraire qu'il est styliste impeccable, et son travail fera la délectation des lettrés et des intellectuels.

C'est avec des essais comme celui-là qu'on affine l'esprit du public et qu'on inspire le goût du beau dans les lettres et les arts.

De "l'Indépendant" du 30 octobre 1908.

ECHO DE IvA CONFERENCE

D'HENRI D'APXES .

Je ne m'attends pas que le bonheur me tombe jamais tout à coup comme une grosse pierre météorologique ; je ne crois pas en ces gros bonheurs tout d'une pièce, et s'ils existent, je n'en veux pas, ils n'auraient qu'à m'écraser de leur poids trop lourd.

Je suis de ceux qui croient que le bonheur se compose d'une infinité de joies petites et grandes, de plaisirs variés et simples. De plus, il m'a toujours paru, depuis ma plus tendre enfance, que parmi ces joies, les plus vives me viennent par la malle. Ce matin, j'ai eu une nouvelle preuve de la justesse de cette croyance en lisant la superbe conférence d'Henri d'Arles.

Quelle belle page ! Et combien je suis reconnaissante à "l'Indépendant" de l'avoir publiée en entier. Un pareil régal littéraire ne nous est pas souvent servi, et j'envie les gens de Woonsocket qui se sont assis à ce banquet intellectuel.

Combien elle nous repose, cette fière page, de toutes les invectives de la campagne politique ! Combien elle nous élève audessus de toutes les mesquineries du jour !

Elle chante une de nos gloires littéraires les plus belles en un style châtié et impeccable, elle nous prêche le patriotisme, l'amour des nôtres et l'encouragement que nous leur devons. Elle ouvre à nos intelligences éblouies les portes de ce royaume incomparable de la Pensée.

Je n'ai jamais tant regretté que ma plume soit si peu exercée, si ignorante qu'en ce moment où j'aurais voulu lui faire écrire toutes les délices que j'ai éprouvées pendant la lecture de cette conférence.

Fall River n'avait toujours été pour moi, jusqu'à ce matin, qu'une ville de manufactures et de cheminées ; il me semblait qu'il

ue pouvait en sortir autre cliose que des balles de cotons ou de la fumée. Je ne penserai plus ainsi à l'avenir. Je sais maintenant que les plus belles fleurs littéraires y germent, y poussent, y éclosent, et sont réunies en gerbes magnifiques. Je sais que l'Art y est cultivé, qu'il y a des apôtres.

Merci, monsieur d'Arles, pour la joie très vive que vous m'avez donnée ; merci pour les leçons que j'ai puisées dans votre bel ouvrage, merci !

Que ne venez-vous répéter à Providence cette belle conférence ! Les Canadiens vivent ici dans une Béotie affreuse d'où nul ne semble soucieux de nous tirer. Qui sait que les accents de votre voix ne nous réveilleraient pas de la léthargie mentale dans laquelle nous sommes plongés ?

J'espère

B1.ANCHK-YVONNE

ilardi, le 27 octobre 1908.

Providence, R.-I.

Extrait d'une lettre du R. P. Lamarche, O. P. - D. D.

.... "Vous avez semé votre conférence de pensées fortes où votre talent mûri se déploie en vigueur, comme vous dites parfois : "Votre opinion sur de Nevers est venue confirmer et compléter la mienne. C'est la première étude sérieuse parue en Amérique sur le grand compatriote"....

fr. M. -A. IvA?,iARCHK, O. P.

Extrait d'une lettre de

Monseigneur O. E. Mathieu, P. A.— C. M. G.— Ex-Recteur de l'Université Laval de Québec:

Mon cher ami,

. . . .J'ai reçu le journal que vous avez eu la bonté de m'euvoyer. J'ai lu, avec le plus grand plaisir, la jolie conférence que vous avez donnée. M. de Nevers ne pouvait avoir d'admirateur plus habile. Vous parlez d'un artiste en artiste ; et comme celui-ci est doublé d'un prêtre, la charité met en tout cela une couleur de bon aloi.

Je vous avoue que je suis loin de désirer que sa prophétie se réalise, et j'espère bien mourir avant de voir notre cher Canada annexé aux Etats-Unis. Je suis un optimiste et je trouve idéal notre état social. Tout changement, d'après moi, serait un désastre pour nous, Canadiens-Français. Dans cet immense tout de l'Amérique du Nord, nous serions enfouis, engloutis, anéantis. Maintenant, au contraire, nous jouons un rôle au Canada, on est obligé de nous regarder comme un facteur important, nous jouissons d'une liberté parfaite, et notre plus grand défaut, c'est de ne pas suffisamment comprendre notre bonheur.

Voilà ma manière de voir, mais, comprenant que je n'ai pas le monopole du jugement, je laisse facilement aux autres la liberté de penser différemment. . . .

Bonjour, mon cher ami, comptez toujours sur mon inaltérable attachement.

O. E. Mathieu, Ptre.

Québec, 1er novembre 1908.

Lettre de M. l'abbé Camille Roy (Licencié ès-Lettres, Paris) — Titulaire de la Chaire de Littérature française à l'Université Laval de Québec— Membre de la Société Royale du Canada :

Bien cher ami.

Cordial merci pour l'envoi de ta conférence sur ce pauvre de Nevers. Tu l'as bien fait revivre devant ton auditoire de Woonsocket, et je suis sûr qu'il est content — car il t'a entendu — de cette belle page que tu lui as consacrée.

J'ignorais ces stances en prose "Sur le Chemin de la ISIorV^ que tu rappelles et que tu cites si à propos. C'est joli, et presque pieux, et cela est bien de notre ami, dont l'âme fut tour à tour si artiste, si mystique et. . . .si bizarre.

Avec mon meilleur souvenir

CAMII.I.E Roy, Ptre.

Extrait d'une lettre de M. J. E. Prince, Docteur en Droit, Professeur d'Economie Politique à l'Université Laval de Québec.

Québec, 30 octobre 1908.

Cher ami,

Je viens de lire et de savourer votre admirable conférence sur Edmond de Nevers. C'est tout à fait cela. . . .Votre conférence est

une de ces choses qu'on n'entend jamais ou presque jamais, pour la raison que, pour en faire de telles, il faut trop de compas dans l'œil et trop de couleurs au pinceau ! — Elle est délicieusement intéressante à tous égards. C'est un petit chef d'oeuvre que la littérature canadienne ferait bien de conserver. Je n'en connais pas iine dans le genre qui l'approche.

Et comme cet In via inortis est émouvant ! L'avez-vous tout reproduit ? Cette manière, évidemment, n'est pas du pays. Je ne sais rien qui y ressemble comme ton.

Je vous remercie donc de tout coeur de l'amabilité que vous avez eue de m'envoyer cette causerie si admirablement belle. ...

J. E. Prince

I^ettre de M. l'abbé Emile B. Gauvreau : Mon cher ami,

J'étais anxieux de vous entendre traiter un siijet aussi délicat que celui de Edmond de Nevers : vous l'avez fait de main de maître, et je tiens à vous en féliciter bien chaudement.

I,es lauriers vous attendent à Ottawa, si vous êtes aussi heureux dans votre conférence sur Fréchette. Là vous pourrez faire vibrer la corde poétique et patriotique — sans que personne 7ie mette de dièses à la clef. —

Seulement, d'aucuns n'ont pas aimé vos remarques sur l'annexion ; et moi, qui honore Lincoln, à l'égal d'un demi-dieu, je n'ai pu accepter ce que vous dites de ses intentions politiques au sujet de l'esclavage. Lisez donc la vie de Lincoln par Miss Tarbell, vous le verrez sous un tout autre angle. — Mais, je ne vous conseillerais pas d'aller redire ceci aux gens de l'ouest : il y aurait émeute ce soir-là !

Vous me pardonnerez bien ma franchise quand vous savez qu'elle vient de l'amitié et de l'admiration que je porte à Henri d'Arles.

Dans un bouquet de tant de belles roses (american beauties), il peut se faire qu'une on deux épines aient été oubliées qui blessent un peu la main.

Je demeure votre tout dévoué ami,

Em. B. Gauvreau,

94 Carrington Ave., Woonsocket, R. I.

29 octobre 1908.

J'ai répondu comme suit à mon aimable correspondant : "Je vous remercie de votre billet, vraiment trop flatteur.... Quant aux réserves de détail, que vous voulez bien faire, je désire seulement faire remarquer que, soit à propos de l'annexion, soit au sujet de Lincoln, je crois m'être gardé suffisamment de dire mon sentiment personnel. J'ai tâché de traduire la pensée de de Nevers sur tous ces points, sans prendre ouvertement parti pour ou contre. Dans tous les cas, votre appréciation de mon travail est très, trop

élogieuse, et non moins sincère, sans aucun doute"

— J'ajouterai, puisque l'occasion s'en présente, que, pour ce qui est de la guerre de sécession et de sa cause essentielle, je suis intimement persuadé que c'est de Nevers qui a raison, quand il affirme et prouve que cette guerre fut avant tout politique. Et toutes les Misses Tarbell du monde ne peuvent rien contre la vérité historique.

Extrait d'une lettre de Madame Marie B. de Nevers (mère d'Edmond de Nevers.)

Central Falls, 2 novembre 1908.

. . . .C'est, pour nous tous, une bien grande joie de voir revivre (quand tous semblaient l'avoir oublié,) le souvenir de ce cher enfant, évoqué avec tant d'éloquence et de sympathie ! Si nous sommes heureux de votre grand succès, ce n'est pas seulement pour nous et le cher disparu, mais encore pour celui dont le magnifique travail, inspiré par une noble tâche à accomplir, méritait bien cette récompense.

Moi, c'est avec mon coeur de mère que je vous ai apprécié, goûté, et que je vous remercie ! Et, permettez-moi de vous dire que depuis que j'ai l'honneur de vous connaître, surtout depuis cette belle conférence, je ne puis évoquer le souvenir de ce cher Edmond sans y associer le vôtre . . .

MARIE B. De nevers.

Extrait d'une lettre de Madame Rita Bernard :

. . . .J'ai été très honorée de l'envoi de la belle conférence sur Edmond de Nevers, et je suis heureuse d'avoir l'occasion d'offrir au

brillant conférencier, avec mes remerciments et mes félicitations, l'expression de la grande admiration que je lui ai vouée, il y a déjà longtemps, . . .

RITA BERNARD Montréal, ce 5 Nov. 1908.

24 rue Cushing, Providence, Rhode Island. A Monsieur Henri d'Arles,

Fall River, Mass.

Monsieur,

J'ai fait une bonne action ce matin, et je suis contente de moi. Mais comme le mérite de cette bonne action vous revient en majeure partie, il est juste que vous partagiez ma satisfaction intime.

Je me suis rendue à la bibliothèque publique pour voir si le livre de de Nevers y était, et m'étant assurée qu'il ne figurait pas au catalogue, j'allai prier le bibliothécaire de vouloir bien en enrichir l'institution. Je lui ai raconté la belle conférence que vous aviez faite sur l'écrivain de Central Falls ; j'ai essayé de lui en peindre tout le charme, et je suis partie avec l'assurance que le livre de de Nevers ornerait sous peu un des rayons de la section française.

Vous voyez. Monsieur, que votre conférence a porté des fruits, puisque j'ai voulu, suivant en cela votre exemple, aider moi aussi à faire connaître au pays un de ses plus brillants enfants.

B. Y. I.EROUX.

Lettre de Sir François Langelier, J. C. S. Cour Supérieure de la Province de Québec.

Québec, 9 novembre 1908, INIon Révérend Père,

Il y a quelques jours je recevais un numéro de L'' Indépendant de Fall River, et en l'ouvrant, je vis qu'on avait marqué, pour y attirer mon attention, une conférence de vous. J'ai commencé de la lire, et je l'ai parcourue sans m'arrêter, tant je l'ai trouvée intéressante. Je vois que vous avez bien connu ce pauvre de Nevers, dont j'estimais tant le talent et le caractère. Sa mort prématurée a été une bien grande perte pour les lettres canadiennes. Lorsqu'il s'est vu condamné à mourir, il aurait pu dire, comme André Chénier, en montrant son front : il y a pourtant là quelque chose dont mon pays pourrait trouver son profit.

Bien que je n'aie pas l'honneur d'être connu de vous, permettez-moi de vous féliciter d'avoir fait cette conférence, qui constitue un morceau de littérature d'une grande valeur. Si, comme je le souhaite, vous venez à Québec, veuillez me le laisser savoir, et je m'empresserai d'aller vous serrer la main. Je suis presque voisin des R. P. Dominicains, et l'un de leurs amis.

J'ai l'honneur d'être, mon Révérend Père, votre très-obéissaut serviteur,

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