J. E. PRINCE
Lettre de M. l’abbé Emile B. Gauvreau :
Mon cher ami,
J'étais anxieux de vous entendre traiter un sujet aussi délicat que celui de Edmond de Nevers: vous l'avez fait de main de maître, et je tiens À vous en féliciter bien chaudement.
Les lauriers vous attendent à Ottawa, si vous êtes aussi heureux dans votre conférence sur Fréchette. Là vous pourrez faire vibrer la corde poétique et patriotique—sans que personne ne mette de dièses à la clef.—
Seulement, d’aucuns n'ont pas aimé vos remarques sur l’annexion; et moi, qui honore Lincoln, à l'égal d’un demi-dieu, je n’ai pu accepter ce que vous dites de ses intentions politiques au sujet de l’esclavage. Lisez donc la vie de Lincoln par #iss Tarbell, vous le verrez sous un tout autre angle.—Mais, je ne vous conseillerais pas d'aller redire ceci aux gens de l’ouest : il y aurait émeute cesoir-là!
Vous me pardonnerez bien ma franchise quand vous savez qu'elle vient de l’amitié et de l'admiration que je porte à Henri d'Arles.
Dans un bouquet de tant de belles roses (american beauties), il peut se faire qu'une ou deux épines aient été oubliées qui blessent un peu la main.
Je demeure votre tout dévoué ami, EM. B. GAUVREAU,
94 Carrington Ave., Woonsocket, R. I.
29 octobre 1908.
J'ai répondu comme suit à mon aimable correspondant :
‘Je vous remercie de votre billet, vraiment trop flatteur.... Quant aux réserves de détai!, que vous voulez bien faire, je désire seulement faire remarquer que, soit à propos de l'annexion, soit au sujet de Lincoln, je crois m'être gardé suffisamment de dire mon sentiment personnel. J'ai tâché de traduire la pensée de de Nevers sur tous ces points, sans prendre ouvertement parti pour ou contre. Dans tous les cas, votre appréciation de mon travail est très, trop élogieuse, et non moins sincère, sans aucun doute’ ....
— J'ajouterai, puisque l’occasion s’en présente, que, pour ce qui est de la guerre de sécession et de sa cause essentielle, je suis intimement persuadé que c'est de Nevers qui a raison, quand il affirme et prouve que cette guerre fut avant tout po/ifique. Et toutes les Misses Tarbell du monde ne peuvent rien contre la vérité is/orique.
Extrait d’une lettre de Madame Marie B. de Nevers (mère d’'Edmond de Nevers.)
Central Falls, 2 novembre 1908.
....C’est, pour nous tous, une bien grande joie de voir revivre (quand tous semblaient l’avoir oublié,) le souvenir de ce cher enfant, évoqué avec tant d’él. juence et de sympathie! Si nous sotrmes heureux de votre grand succès, ce n’est pas seulement pour nous et le cher disparu, mais encore pour celui dont le magnifiqne travail, inspiré par une noble tâche à accomplir, méritait bien cette récompense.
Moi, c'est avec mon coeur de mère que je vous ai apprécié, gouté, et que je vous remercie! Et, permettez-moi de vous dire que depuis que j'ai l'honneur de vous connaître, surtout depuis cette belle conférence, je ne puis évoquer le souvenir de ce cher Edmond sans y associer le vôtre ...