‹ Edmond de Nevers, le penseur et l'artiste [microforme]Chapitre 4 sur 9 · livre, si puissaminent coneu · texte numérisé non relu

livre, si puissaminent coneu

C'est une idée, spéciale à de Nevers, que, si les français fussent resièés maîtres qu continent, {es peu-

plades indiennes n'eussent ps disparu, mais se fussent civil! des. Cette vue, do'i' personne, je pense, ue contestera l'originalité, il l'avait déjà émise dans PeAvenir du Peuple Canadien-s'rancç:

us”. Dans PA ae Américaine”, 1 a reprend, et jui donne plus d'am pleur et de relief. Je dirai qu’, dans son premier ouvrage, elle se présente à l'étit d'intuition pure, et aussi généreuse. Ici, elle nous apparaît, contrôlée par l'étude, la réfiexion, et s'érige presque en axiôme scientifique. Les différences d'attitue, entre les français et les puritains, à l'égard des indigènes, sont parfaitement décrites. L'auteur en tire des déductions que d'aucuns trouveront peut-être assez probiématiques. Mais, sa théorie, pour discutable qu'elle soit, à du moins le mérite d'être neuve ei d'avoir un aspect brillant.

Ce qui, par contre, n: souffre aucun doute, et ce qu'il montre finement, c'est que la guerre de lindépendance américaine a eu un motif surtout matériel ; son origine est d'un ordre tout pratique. Les

habitants de la Nouvelle-Angleterre ont commencé à se soulever contre leur Mère-Patrie, parce que le pouvoir royal voulait trop uniquement faire bénéficier le commerce anglais des richesses des colonies.

Et aussi, comme, à propos des puritains, l'auteur remarque finement, en s'autorisant de l'histoire du peuple juif, que l'esprit religieux peut très bien s'allier avec le désir des richesses.

Et donc ce nouveau peuple, une fois appelé à la vie, commence son évolution. Et c'est charmant de suivre de Nevers, dans sa notation des phases diverses par ksquelles passe l'âme américaine, pour se composer une physionomie distincte.

L'élément celtique joue un très grand rôle dans les t ‘ansformations qui s'opèrent, et refoule de plus en plus au fond des campagnes, ce quipeut rester du primitif noyau puritain. En raison de leur nombre et de leur esprit envahisseur, les Celtes modèlent en partie à leur image l'âme qui s'élabore ici, la baignent de leur couleur. Vous doutiez-vous, par exemple, que ‘l'origine de la réclame cffrénêe que les Etats- Unis ont mise à la mode à partir de 1820, était irlandise ? Que les Irlandais avaient inventé ces tendances à l'exagération, ces procédés outranciers, qui sont devenus Fun &es traits caractéristiques du peuple américain?" LE avec quelle ironie l’auteur nous montre-t-il ces mêmes celtes se faire les plus ardents champions de l'assimilation anglo-saxonne, chercher à imposer à tous la lans;ue de leurs persécuteurs ! Un phénomène, peut-être unique dans l'histoire, n’est-ce pas celui de cette race, qui a été battue, asservie, ruinée par anglo-saxon, et qui pourtant, dans ce milieu

nouveau, s'acharne, par tous les moyens possibles, à

convertir tout le monde au parler de ses tyrans sécu laires ? Or, ce phénomène, vraiment extraordinaire, renversant, l'auteur le serute, et nous en signale le danger.

De Nevers constate cependant —et cela est essentiel à sa thèse—que ‘“Tunification anormale du dernier siècle se heurte maintenant à la réaction des groupes homogènes”. Comme ses observations sur la vie américaine ont un tour moins naïf que celles de tant de carnets de voyage. Chaque année, en effet. — c'est la mode, —des touristes européens, plus ou moins teintés de littérature, viennent ‘découvrir l'Amérique, et ne tardent pas à communiquer au pablic leurs impressions. Et il est ordinairement assez amusant, pour quelqu'un qui est du pays, de voir comme ils ont wobé les choses les plus banales, noté les faits les plus insignifiants. On dirait qu'ils ont cru rencontrer 1ci une humanité d'espèce différente, tant les moindres paroles et gestes des Américains semblent les avoir étonnés. Or, de Nevers, lui, ne tombe pas dans ce ridicule. Iln'a pas ces ébahissements de touriste, tout frais émoulu de sa province, devant des traits de mœurs aucunement expressifs d'une civilisation à part. Entre tant de faits et de manifestations, il sait choisir. Ce qu'il remarque en vaut la peine. Ce qu'il consigne à une valeur représentative.

Quelles considérations magjistrales sur la guerre de sécession, ses causes, son objet ! Ah ! voici que cet humanitarisme, que les âmes tendres pré ent si volontiers à Lincoln, est relégué aux calendes, s’en va rejoindre les vieilles lunes ! La cause de cette guerre civile a été beaucoup plus politique que sentimentale. Et l'abolition de l'esclavage ne venait qu'à l'arrière-

plan, dans les préoccupations de l'homme d'Etat qui présidait alors aux destintes de l'Union. Ce que Lincoln a voulu tout d'abord prévenir et empêcher, c'est la scission, le démembrement de la confédération américaine. Cela est irréfutablement établi.

Quels éclairs sillonnent, tout à coup, tel ou tel chapître, illuminent, d'un jour nouveau, les questions les plus débattues ! Par exemple : “depuis la guerre de sécession, il y à prédominance de la libre pensée chez les protestants américains”. Cela est d'une absolue vérité. Et voici une autre sentence, qui n'a dû plaire qu'à demi à Brunetière, mais qui, en revanche, devait faire les délices de Tardivel : ‘En résumé, aux Etats- Unis, quoi qu'en disent les optimistes, (et Brunetière n'était-il pas du nombre ?) les religions sont en décadence”. C'était bien la pensée de Tardivel, mieux renseigné là-dessus que l'illustre critique.

Il faudrait un long temps pour bien exposer les mérites divers de “l'Ame Américaine”. Comme documentation seulement, cela est d'une valeur peu commune., De Nevers n'a reculé devant aucune tâche, si ingrate qu'elle fût, pour donner à son livre ces inébranlables assises que constituent les faits et les chiffres. On est, à la fois, surpris et édifié de voir un esprit comme le sien, d'un tour si littéraire et si romantique, aligner des statistiques, non moins arides que précises, entasser des chiffres, dresser des bilans. Le souci de l'exactitude dans l'information n’a jamais été poussé plus loin. Bien des chapitres sont dignes d'un élève de l'Ecole des Chartes par la conscience et la sûreté de leur érudition. Et quelle acuitê aussi dans l'observation! J'apprécie particulièrement ses remarques sur le journalisme américain, les univer-

sités américaines, ete. Ce que “TAme mé jcaine suppose de labeur effrayant, on le devine, auteur lui-même s'en est expliqué à un ami: ‘Pour arriver à publier 700 pages, j'ai dû en écrire plus 4: 6000,— J'ai consulté plus de deux mille ouvres. J'ai dépensé ce qui me restait de forces. Car ma santé est maintenant compromise à tout jamais. Je suis dans la dernière période du mal qui doit nremporer. Mois je ne regrette rien 5 La conclusion de cet ouvrage, pout se résumer ainsi: “Deux langues, en dehors de l'anglais, survil'allemand

vront en Amérique, le francais et Tai L vingtième siècle va trouver, principalement din l'Est et dans l'Ouest, des groupes homogènes fiers di leur passé, désireux de ne rien abandonner de leur héritage ancestral, décidés à cultiver lurs aptitudes héréditaires et les langues qui en sont les canaux de transmission. Un jour viendra où la frontière qui sépare le Canada des Etats-Unis aura disparu, où l'Amérique du Nord ne formera qu'une seule #t vaste république ; et nous avons Yambition de constituer dans l'Est un foyer de civilisation française qui fournira son apport au progrès intellectuel, à la moralité et à la variété de l'Union”.—

Voilà l'idée qui se dégage de ce livre que Brunetière appelait “l'un des plus intéressants qu'on ait publiés depuis longtemps sur l'Amérique”. J'allais dire voilà le rêve de de Nevers. Il a consideré attentivement tous les éléments qui bouillonnent au sein de cette “fournaise ardente” qu'est la nation américaine. Des groupements primitifs, Les uns sont en train dé b disparaître ; d’autres ont subi une élaboration qui leur a donné comme un caractère nouveau. Les Cel-

tes sont les plus forts pour pousser à la fusion les contingents étrangers. Parmi ces derniers, il y en a qui courent au devant de l'assimilation, qui l'appellent de tous leurs vœux ; d'autres, au contraire, y résistent, sont assez solidement bâtis pour ne jamais se perdre dans le grand tout. L'auteur entend, par là, les Allemands et les Canadiens-français. Les Germains et nous préparons donc l'avènement de ces “frontières morales qu'établira la diversité des idiômes au sein de la grande République”. Nul ne peut affirmer que ce soit là une utopie ni que nos arrièresneveux n’en verront la réalisation. Car tout va vite, surtout de nos jours. Et les événements peuvent tout à coup se précipiter, et prendre la tournure que notre auteur considérait comme inévitable, et aussi comme bienfaisante pour notre nationalité. Il avait sans cesse devant les yeux l'exemple de la Suisse, où trois races, politiquement unies, vivent en l'harmonie la plus parfaite, tout en parlant chacune leur langue et en gardant leurs traditions respectives. Et il prévoyait, pour notre avenir, un état de croses similaire. Est-ce qu’aussi, dans bien des Provinces de France, reliées à un pouvoir central, ne se parlaient pas des langues particulières, sans que cela nuisît, le moins du monde, à l'unification sur les questions d'ordre général ou affectât ie vrai patriotisme ?

Quoiqu'il en soit, mesdames et messieurs, nous avons assez vécu dans la compagnie d'Edmond de Nevers, assez fréquenté ses œuvres principales, pour savoir à quoi nous en tenir sur la nature de son intelligence, et dans quelle ‘‘famille d’esprits” le classer.

[Létait éminemment intuitif, il appartenait à la grande lignée des voyants, des penseurs. Il a enrichi ce domaine de l'ethnologie, qu'il à cultivé surtout, de contributions précieuses et qui resteront. Ses ouvrages ne se recommandent pas seulement par leur érudition solide, mais encore par les apeteus philosophiques qui, à chaque instant, sortent de l'exposé des faits et des situations, en expliquent la portée lointaine.

L'historien se contente de raconter. Mais un ethnologue, comme de Nevers, fait bien davantage. Sous les mouvements qui agitent plus ou moins confusément les peuples, il découvre des lois éternelles, étudie le jeu d'infiuences spirituelles, qui opèrent à l'insu des masses, —forces mystérieuses et inéluctables,que les anciens nommaient le mens agitat molem, et que nous appelons Providence. Il prédit le terme final auquel une évointion, à peine sensible à un œil ordinaire, doit abouti. Il devance les temps. Il ne sait pas seulement synthétiser, en phrase lapidaire, toute une série de phénomènes, comme lorsqu'il dit que, tandis qu'en Europe ‘la tolérance a frayé la voie au scepticisme moderne”, en Amérique, sJ'intolérance religieuse a êté une force créatrice.” Mais, pénétrant profondément dans l'essence du présent, il ÿ saisit le germe d'évéements futurs, il annonce ce qui sera, il a quelque chose du prophète.

Des esprits de cette trempe rencontrent rarement un succès immédiat. Ils précèdent trop leurs contemporains pour que ceux-ci les apprécient à leur juste valeur. Ce sont des éclaireurs, des voyants. Ils vont là où les portent les quatre vents de l'esprit. D'être incompris, de leur vivrnt, ne trouble pas leur

belle sérénité. Ils comptent sur l'avenir, la gloire future leur envoie déjà ses reflets. Ils se consolent d'être inconnus ou méconnus aujourd'hui, dans la certitude absolue des revendications du lendemain.

Oui, de Nevers fut un penseur. Et il me paraît que, dans la famille des grands esprits, il a des affinités toutes particulières avec un Montesquieu, un Tocqueville, un Fustel de Coulanges.

L'ARTISTE Mesdames et Messieurs

Penser est un don. Ecrire est un art. C'est même un art transcendant à tous les autres. Ecrire, c'est-à-dire refléter son être intérieur en des vocables, —faire ce que fait Dieu, —engendrer son verbe, donner l'âme, son âme à soi, à des mots, et, —cette matière qui est à l'usage de tous, la ciseler pourtant en finesse et en beauté, quoi de plus grand, quoi de plus difficile aussi !

Qu'est-ce que l'art? La transposition, en splendeur, d’une idée. Le beau est la splendeur du vrai. c’est le vrai revêtu de ses harmonies, de ses rayonnements essentiels. Ecrire est un art, parce qu'il prend l’idée dans son abstraction immatérielle, et qu'il la dégage de sa subtile enveloppe, et la concrétise en une forme vivante et lustrée, souple et diaphane, et la rend en quelque sorte tangible.

Oh! que Lamennais a eu raison, dans son merveilleux ouvrage sur ‘l'Art et le Beau,” de donner au style la prééminence sur tons les arts! On ne pourra jamais, non plus. trouver trop ridicule l'entre-

prise de ce monsieur qui prétendait ‘‘enscigner l'art d'écrire en vingt leçons.”

Un très haut penseur peut rester toujours médioere écrivain. Et, par contre, une forme de style, chatoyante et constellée, peut ne voiler que des pensées banales. Pourtant, ilest assez rare de rencontrer un très bon écrivain, chez qui le don de penser ne soit à la hauteur des facultés artistes. On dirait que ce que l'on appelle la forme est inséparable du fond, qu'elle le présuppose. C'est bien, d'ailleurs, ce que semble affirmer Aristote, dans sa Rhétorique. L'inverse n'est pas nécessairement juste. Car, une pensée originale et forte ne s'exprime souvent, chez bien des personnes, qu'en vocables imparfaits.

Ceci posé—comment de Nevers at-il entendu et pratiqué ‘art d'écrire” ?—

J1 faut admirer d'abord la pureté bien française de sa langue. Et ce mérite, chez lui, est d'autant plus grand qu'il écrivait aux plus beaux jours de l'école décadente, alors que bien des “jeunes” se faisaient gloire d'inventer des vocables, et, sous couleur d'élaryir les vieux cadres, les brisaient absolument, sabraient toute syntaxe. Notre auteur, lui, s'est toujours gardé de ces excès, qui n'ont eu d'ailleurs d'autre résultat que de faire éclore des œuvres inintelligibles, jurant, par leur obseurité, avec la qualité maîtresse de notre langue, qui est d'être limpide. Ou encore, ces excès mêmes, peut-être, par la lassitude qu'ils engendraient, ont amené un retour du goût public vers la simple et claire littérature.

Quand je loue de Nevers d'être resté dans la saine tradition française, je n'entends pas insinuer qu'il en soit resté au XVIIe. Oh! que non pas: S'il yaune

idée fausse, dans l'instruction littéraire qui nous est donnée au Canada, c'est bien celle qui prétend que notre langue s'est cristallisée sous Louis XIV, avec tous nos grands génies, et que l'élaboration que son essence à subie, depuis, est à méconnaître, à rejeter. Mais quoi! La langue française n'est-elle pas une langue de vie? Vivante, n'évolue-t-elle pas avec le peuple qui la parle? Et, de même que nos façons de penser et de sentir ont revêtu des modalités nouvelles, ainsi a varié leur mode d'expression.

Or, de Nevers est bien moderne, très au courant des dernières acquisitions de la langue, des plus récentes inventions verbales,

Si c'est déjà berucoup d'écrire une langue avec correction, avec pureté, cela ne suffit pourtant pas pour constituer, à proprement parler, l'écrivain.

Tout homme qui sait sa grammaire peut écrire avec pureté, et pourtant les grammairiens ne furent jamais ce qui s'appelle des écrivains. On peut connaître par cœur toutes les règles de la Rhétorique, sans être, pour cela, un orateur. Et de même, on peut posséder sa grammaire sur le bout de ses doigts, et ne produire jamais que de pauvres essais incolores. L'art d'écrire, comme l'art oratoire, suppose ce ‘‘je ne sais quoi” qui ne se définit pas, et qui est pourtant très réel.

“Barnave, tu n'as pas de divinité en toi,” disait Mirabeau, à son collègue, qui était un merveilleux rhéteur, mais seulement cela.

Or, l’orateur ou l’écrivain-né est, au contraire, celui qui a une ‘‘divinité en lui”, le mens divinior, puissance mystérieuse, dont les opérations sont tout à fait incompréhensibles.

Comment se fait-il qu'avec les mêmes mots précisément, l'un produise de la beauté, et l'autre rien ?— Et comment expliquer également qu'avec les mêmes pinceaux et les mêmes couleurs, l'un réalise des œurvres divines et l'autre des barbouillages ?-

Qui nous dévoilera ces mystères, que l'on pres sent et que l'on constate, mais qui nous confondent? Qui nous dira ce qu'est, essentiellement, l'art d'écrire, en particulier ?—

Or, ce ‘je ne sais quoi” d'indéfinissable qui constitue l'écrivain, qui lui fait trouver des ‘mots d'éternité” comme dit si bien M. Emile Faguet à propos de

>”ascal, le rend apte à frapper des sentences en une

forme personnelle et définitive, —ce quelque chose qui ne s'explique pas, que le ciel donne en naissant, —et qui n'est pas le même chez tous, —de Nevers le possédait.

Et voici quelques unes de ses caractéristiques : d'abord, l'abondance.—Cela coule de source. Joubert, analysant, par le menu, ses facultés intellectuelles, dit avec une certaine mélancolie, quelque chose comme ceci: ‘J'ai beaucoup d'idées, mais trop peu de formes de phrases.” Certes, de Nevers n'a sans doute jamais pensé à exhaler pareille plainte ; ch lui, les phrases se succèdent nombreuses.

Dans ses premiers écrits, elles naissent même avec une facilité que l'on peut qualifier d'excessive. Et le ton général de sa première manière rappelle un peu l'amphase déclamatoire de Jean-Jacques Rousseau.

Le souftle en est puissant, mais libre, désordonné ; la couleur trop vive. Il y a À une force iusuffisamment contenue, et qui perd de sa valeur en se disper-

sant et en se répandant trop volontiers. C'est la poussée violente en plein sol vierge.

Plus tard, cette générosité native se soumettra à un frein qui en régularisera le mouvement d'expansion et en centuplera aussi la portée, Le goût s'aftinera dans l'étude et la fréquentation des modèles. Le mot serrera de plus près la penste, De Nevers en arrivera à cette forme superbe, qui fait de la lecture de son ‘*Ame Américaine” un délice.”

Comme ce style a de fermeté nourrie et de belle sobriété! —Ce n'est pas la sécheresse, mais la concision. On sent de la vraie richesse sous ces airs de simplicité. L'ardeur juvénile s'est concentrée et donne à la phrase une allure de vie intense et contenue.

De Nevers a été un grand musicien.—Et je rappelle que Jean-Jacques Rousseau, Lamennais, Sully- Prudhomme par exemple, furent aussi, à tout le moins, des passionnés de musique. Et qui sait si tout écrivain n'est pas nécessairement mélomane ? N'ya-t-il pas d'intimes affinités entre la musique et le style ?—De Nevers était donc musicien. Il adorait Chopin, en particulier. Et c'était ravissant de l'entendre exécuter l'un ou l’autre de ses préludes. Il entrait alors en une sorte d'extase.—Or, «on sens de l'harmonie se révèle dans le bel équilibre de sa phrase et le choix du vocable. Je cueille, au hasard, quelques-unes de ses expressions. Par exemple, il parle de ‘cet éternel rêve, fait de mélancolie et de regret, qui flotte au fond des âmes pour toutes les choses disparues ?” Et encore : ‘Le Canada-français perd de cette attraction unique qu'exercent les patries bien définies et fermées”. Qu'admirer le plus dans cette

sentence, de sa justesse où du tour que l'écrivain lui a donné ?

Et encore : ‘Ce qui nous charme Île plus dans les vers, ce ne sont pas toujours, ce ne sont pas Se: lement les penstes qu'ils nous communiquent ou les rêves qu'ils nous confient ; ce n'est pas tant le sens des paroles que le murmure qu'elles roulent : c'est ce chant obscur, cette incantation mystérieuse qui semble venir de derrière les mots, qui évoque de vieux souvenirs, fait vibrer en nous des fibres secrètes, et nous berce délicieusement,comme es ace ds mineurs d'une musique entendue dans le lointain”.

Douter du sens harmonique de celui qui a modulé une si musicale période, serait folie.

Entendez-le encore nous dire : ‘Quand je songe au passé de notre peuple, il me semble que j'entends frémir, au fond de j'âme canadienne, toute une germination mystérieuse, et je me dis qu'un monde latent de poésie, d'art, de grandeur intellectuelle, de noblesse morale, est là qui demande à prendre un libre essor, qui aspire au soleil et à la vie”.—N'est-ce pas qu'on est comme emporté par le large souftle d'inspiration qui anime cette prose d'un lyrisme si intense ? J'ai dit, tantôt, que de Nevers se serait gardé de renier l'apport des tout derniers siècles au renouvellement continu de la langue. Trop intelligent pour voir dans la langue française un fossile, et trop de son temps pour n'en pas adopter les plus récents vocables, pourvu que l'autorité a “adémique les eût sanctionnés, il s'est encore montré moderne en ceci, même, que son style, très personnel, porte le cachet de notre époque, ne retarde aucunement.

Il me serait facile d'extraire de son œuvre des

citations assez longues, lesquelles, mieux sans doute que tous mes développements, vous prouveraient son mérite comme écrivain. Mais je vous ai retenus longtemps déjà, et je craindrais, en insistant davantage, d'abuser de votre attention. Toutefois, qu'il me soit permis, avant de clore notre étude, de vous mettre sous les y ux ün où deux exemplaires de la maîtrise de de Nevrs en fait de style.

I annonça d'ordi une piécilection très marquée pour la couleur. ii son ‘Avenir du Peuple canadien-français”” est même en teintes un peu chargées.

La culture qu'il se donna eut le bon effet d’atténuer sa palette, et de renforcer unc qualité essentielle chez tout artiste, —le dessin.

Comme, dans ‘‘l’Ame Américaine” le contour est plus net, la ligne mieux arrêtée ! Et tout s’'enlève en demi-tons discrets, qui séduisent le regard, sans le fatiguer ni l'éblouir. Le plus souvent même, ici, dans la première partie surtout, l’auteur échange volontiers le pinceau pour le burin. Il ne peint plus, il cisèle le bronze, il l’assouplit et le fouille. Il y a là, en effet, toute une galerie de bas-reliefs, dans lesquels ressortent, en vigueur, toutes les portions d'humanité qui travaillèrent, plus où moins consciemment, à la genèse de ce monde nouveau.

Entre ces petites merveilles d’art, j’en veux choisir une, où la physionomie si particulière du puritain est comme médaillée :

“On peut, en quelques traits, résumer le caractère puritain, car chez eux ni les élans de l'esprit, ni les impulsions du cœur n'avaient libre jeu ; tout dans leur vie était soumis à une discipline inexorable ; chacune de leurs paroles, chacun de leurs actes, chacun

de leurs gestes était régle et réglementé ; ls étaient ce que les avaient faits la doctrine de Calvin et leur hérédité anglo-saxonne, sobres, austères, pieux, éneruiques, patients, intéressés, apres au gain, fanatiques. Les quelques rares penchants, auxquels ils livraient

leurs âmes, étaient violents en raison de leur concentration même. Is possédaient surtout cette force, qui

plus que toute autre, assure aux peuples la prééminence et aux individus le succès, la force de la volonté. Hs avaient apporté d'Angleterre les institutions du gouvernement local, et emprunté à la bible des formes théocratiques de vie en commun ; des traditions anglaises et des préceptes jsraciites, is tenaient l'amour et ie respect de la fortune. Ils ne demundaient à la vie ni ses jouissances ni ses sourires, Car ils étaient convaincus que cett: terre est une vallée de larmes : aussi leur histoire est-elle généralement sombre. et n'offre-t-clle rien de ee caractère idyllique, qu'on aurait pu s'attendre à trouver dans des établissements agricoles où régnait une grande pureté de mœurs”.

Mesdames et messieurs, —ctte chose, qui à le charme et la beauté d'une médaille antique, je voudrais la voir inscrire, en lettres d’airain, sur le socle du monument fameux où Saint-Gaudens a synthétisé le puritain. Elle complèterait, il me semble, l'œuvre du sculpteur, ou plutôt en dégagerait la profondeur psychologique.

Et ce profil de Washington, que je désire du moins vous laisser entrevoir: ‘On a dit du fondateur de la République américaine qu'il n'avait pas montré de qualités extraordinaires comime général, qu'il n'avait remporté aucune de ces victoires qui font

époque dans la vie d'un peuple. Mais l'armée qu'il commandait n'était ni agucerrie, ni dévouée, ni soumise ; ilen a tiré tout le parti qu'il était humainement possile d'en tirer. Il a su temporiser, lasser l'ennemi et attendre son heure. C'est vis-à-vis de ses compatriotes surtout que sa stratégie s’est exercée. C’est contre l'égoïsme, l'apathie, l'esprit d’indiscipline et l'instinct particulariste des Américains, qu'il a eu principalement à lutter. Une grande part des succès obtenus par Washington a été due sans doute à ce qu'il n'a pas cru au désintéressement des masses. J'ajouterai, bien qu'il m'en coûte, que Washington a peut-être également assuré la durée de son œuvr: et les destinées de sa patrie en ne croyant pas à l'ennégation des peuples ou des gouvernements... Cette santé morale parfaite, cet équilibre mental supérieur. que rien ne pouvait ébranler, dont Washington donna des preuves toute sa vie.”

Quelle finesse et quelle fermeté de touche ! Le héros gagne à être débarrassé de la légende qui le magnifie, le situe presque hors nature, et ramené aux proportions de la vie réelle et de la vérité historique Combien d'autres preuves pourrais-je vous apporter de la virtuosité d'Edmond de Nevers, de la belle fac ture dont il sait revêtir sa pensée !

CONCLUSION Monsieur le Président Mesdames et Messieurs

Voici que j'achève cette conférence, dont l'unique objet était de définir le ‘‘genre d'esprit” d'Edmond

de Nevers et de vous donner quelque idée de sa ‘‘manière” comme écrivain, Je vous ai seulement parlé de ses œuvres principales. Et vous en avez admiré, je pense, l'unité patriotique, l'acuité d'observation, la richesse suggestive, la bonne tenue littéraire. I a laissé d'autres ouvrages, par exemple, une traduction des ‘Etudes sur les Etats-Unis,” de Matthew Arnold, assez élégamment faite pour que l'on croie lire, plutôt une œuvre originale que là transposition en notre langue d'une pensée étrangère ;—aussi un roman inédit: “LL. B. Z. Chamard, l'illustre tribun canadien ;” —où le psychologue exerce à nouveau ses rares qualités de perception au mouverent de notre Vie natiovale et à là notucion de nos mœuïs judiciaires et politiques.—L'analyse de ces dernières œuvres nous entraînerait trop loin, et ne ferait d'ailleurs que nous confirmer dans la haute idée que nous avons dû nous faire de ce penseur et de cet «riiste.

Dans ün petis poeme itahiun, que ue Nevers à luimême traduit, et inséré, d'une main tremblante, en son carnet intime, se trouve un vers bien mélancolique, et où notre ami devait voir un reflet de son propre état d'âme :

Quand je serai mort et que tu viendras Chercher ma croix au cimetière,

Dans un coin ignoré tu la trouveras peut-être, Et mille fleurs seront nées autour d'’elle.

Cueille alors pour tes blonds cheveux

Les fleurs nées dans mon cœur, Ce sont les poésies inspirées que je n’ai pas écrites.

—‘* Les poésies inspirées que je n'ai pas écrites”.—

A1! que d'œuvres encore il avait conçues, il avait pensées, qu'il savait qu'il ne pourrait jamais écrire ! Que de rêves intellectuels il caressait, sans espoir de les réaliser jamais ! Il était à cet âge où l’on peut se promettre un long avenir de labeur et de joies fécondes, et déjà il se sentait irrésistiblement emporté vers les régions d'où l'on ne revient pas. Les anciens disaient : “Ceux qui meurent jeunes sont aimés des . dieux.” Peut-être est-ce, en effet, un privilège € s'en aller, quand on a l'âme encore pleine d’espoirs et de rêves, quand l'esprit entrevoit de riches moissons, avant le déclin des facultés, la déchéance de l'être— toutes choses qui sont comme le triste prélude de la désagrégation finale.

Mais ceux qui restent doivent verser des soupirs et des regrets en voyant partir prématurément ce rrères, tout brillants de promesses, et de qui l'on pouvait tant attendre. Et ce n'est pas sans un attendrissement mélancolique que j'ai essayé d'évoquer devant vous ce soir, meslames et messieurs, la douce figure de cet Edmond de Nevers, trop tôt ravi aux lettres canadiennes-françaises.

Des regrets ! Des soupirs! Ah! il en montait aussi de son âme, à lui, lorsqu'il entendait retentir, toujours plus près, non pas, cette fois, “les accords mineurs d’une musique perçue dans le lointain," mais son propre glas funèbre. Et sa tristesse s'est épanchée en ce chef-d'œuvre qu'il a intitulé :

—Jn via mortis— — Sur le chemii de la mort—

“O vous, foules nombreuses des morts qui dormez sous le vert manteau de la terre, je viens à vous avec un corps plein de cheleur et de vie, avec des yeux qui rient et qui pleurent, un cœur fait pour

l'amour, un cerveau sans cesse traversé de pensées dont le ravonnement rapide fait pour moi le jour.

Le ilot de ma vie s'en va vers vous, mon Dieu ;— Lientôt je voyagerai entre les rives sans fini de l'immense éternité.-

‘Morts, qui dormez sous mes pieds, avant longtemps, sans doute, j'arriverai au milieu de vous, nu, dépouillé de toutes les vanités de la vie, de sa lumière, de sa puissance, de ses désirs terrestres, de ses haines mesquines, dépouillé des trésors et de l'or que j'ai réunis pendant une heure, dépouillé mème de cette demeure de chair.

Ames immortelles, dont les corps fragiles reposent sous ce gazon, bientôt je vous suivrai’”....

Comment ne pas admirer la sincérité d’accent et le rhythme de ce chant d'adieu? C’est une gemme sombre,—une fine et précieuse améthyste de deuil, —à sertir avec le ‘Souvenez-vous des morts” où ‘‘L'hynne des morts” de Lamennais.

En vous le citant, les deux vers, si magnifiquement frappés, d'Alfred de Musset, me reviennent :

Les chants désespérés sont les chants les plus beaux Et j'en sais d'immortels qui sont de purs sanglots

Cet ‘in via mortis” est un “pur sanglot”—sanglot atténuê, attendri par les surnaturelles intuitions, par tout ce que la croyance antique met dans l'âme de douce certitude, —et, à cause de cela précisément, d'autant plus ‘‘beau‘', d'autant plus immortel.”

La profondeur de ses regrets n'empêcha pas, en effet, de Nevers d'accepter son destin avec une résignation toute chrétienne. Et, c'est les traits empreints de cette sérénité majestueuse, que donne la soumission à la Providence divine, qu'il s’est acheminé à travers l'allée des tombeaux. La Providence, il en avait toujours reconnu l’action dans l'histoire, dans l'évolution des peuples, dont il avait fait l'objet de ses

méditations de penseur. Il n'eut aucune peine à subir celui de ses décrets qui vint l'atteindre personnellement, et l'arrêter tout net, et pour jamais, dans sa carrière d'écrivain. Aussi a-t-il mérité de voir ses dernières heures bercées au murmure de ces ‘‘novissima verba”, si poétiques, si suaves, et qui portent si facilement l'âme vers l'éternité.

Mesdames et messieurs, la figure d'Edmond de Nevers ne n'apparaît jamais seule. Sor souvenir ne revit pour moi que mêlé à celui de sa sœur, de sa douce Evangéline, qui le comprenait si bien, qui devinait ses pensées, partageait ses rêves idéals.

Elle était artiste aussi, musicienne de génie. Quand la maladie eut terrassé son frère, elle s’en fit, plus que jamais, la compagne, la consolatrice. Elle veilla sur ses jours, tout comme un ange. Et lorsqu'il s'en fut allé, elle le suivit de bien près. On eût dit que l'âme du frère, en s’envolant, avait déraciné l'âme de la sœur. Ces deux esprits affinés n’ont pas tardé à se rejoindre par delà la vie.

Et désormais, —pour finir par un souvenir classique, bien permis en un sujet où nous avons traité littérature—désormais, tous deux inséparablement unis, se promènent et vont par les Champs Elysées, attentifs aux harmonies éternelles dont ils ne percevaient ici-bas que l’écho affaibli —le regard ouvert sur la Beauté essentielle et sur le Princine Infini de tous les arts.

Notules

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Notules

De la ‘‘Tribune'' de Voonsocket,—luudi 26 octobre 1908,

La conférence donnée hier soir au Cercle National Dramatique avait attiré une bonne partie de l'élite de notre population. On remarquait aussi la présence de M. ét Mme Abraham de Nevers de Central Falls, de Mile de Nevers, de MM. Ernest, Edouard, Wilfrid, Arsène, et Lorenzo de Nevers, de Madame Guillaume Boivin, de Montréal, et de sa jeune fille ;—de Madame C. J. Malloy et de Mademoiselle de Sales Laterrière, de Fall River:—M. le Dr. et Mme À, Fortier, de Pawtucket, le Dr. H. C. Boucher de Central Falls et Madame Boucher. MM. les abbés J.S. Fortin et H. DeFoy de Ste. Famille et H. J- Mailloux de Mapleville,—M. l'abbé Renaudet, Aumônier des Franciscaines Missionnaires de Marie, et M. l'abbé Emile Gauvreau, de Washington, D. C. rehaussaient aussi par leur présence l'éclat de cette soirée.

L'hon. Aram J. Pothier, candidat au poste de gouverneur de l'État, présidait la soirée : Madame Pothier-née Françoise de Charmigny, assistait, Un joli Programme musical fut exécuté.

Mile Christiana Caya exécuta au piano l’‘‘Alouette'’ de Balakirew et ‘’Humoresque’’ de Baker Grondahl.

M. Lorenzo de Nevers, de sa voix sympathique, chanta ‘‘Marine’’ de Edouard Lalo, et en rappel: ‘Vous aurez beau faire ct beau dire”.

Mlle Nativa Mandeville, la jeune virtuose de Central Falls, Chanta de façon ravissante “‘Sévillana’” de Massenet et fut vivement rappelée ; Mme H. C. Boucher, de Central Falls, accompagnait au piano. Mlle Christiana Caya, accompagnée par Mme Boucher, rendit avec expression ‘‘’Herodiade’'—air de Salomé—de Massenet, et fut fort applaudie.

Un délicieux morceau de violon, la ‘‘légende de Vienawski'', fut donné avec beaucoup d’art par Mlle Dora Boucher, avec accom- Pagnement de piano par Mme H. C. Boucher.

M. Lorenzo de Nevers se fit encore entendre dans ‘‘Herodiade'’—vision fugitive—de Massenet, et, pour terminer, Mille Mandeville dit, avec ce charme qui lui est particulier, ‘Je veux vivre dans uu rêve"’—Roméo et Juliette—de Gounod.

Henri d'Arles a parlé de l'écrivain canadien, Edmond de Nevers. Il a fait surtout ressortir ses qualités de penseur et d'artiste. Nous sommes Leureux de publier ce précieux travail.

De ‘‘l'Indépendant'', de Fall River, —29 octobre 1908. UNE BELLE CONFERENCE SUR FEU EDM. DE NEVERS

Woonsocket, R.-I., 28.— Hier soir, dans les salles du Cercle National Dramatique, on a #ssisté À une conférence de Henri d'Ar les, de Fall River, sur ‘‘Edmond de Nevers—Le penseur et l’artiste”"

Dans l'assistance, qui était nombreuse et distinguée, on remarquait des personnes venues de Providence, Central-Falls, Fall River. etc.

Le savant conférencier fut présenté à l'auditoire par l'honorable M. Aram J. Pothier, président de la soirée, dont le bijou de discours fut très applaudi.

La conférence de Henri d'Arles a été d'un puissant intérêt du commencement À la fin, et l'auditoire a appris À connaître Edmond de Nevers comme penseur et artiste, ce qu'il était À un haut degré.

Les metubres de la famille de Nevers, de Ceutral-Falls et de Woonsocket, assistaient à cette apothéose d'un des leurs que certaines médiocrités envieuses ont poursuivi de leur haine impuissante jusque dans la tombe.

La partie musicale du programme a été aussi des plus appréciées.

Bref, on a rarement passé à Woousockei une aussi agréable soirée.

—Note.— On trouvera daus une autre page de notre numére de ce jour, la e, le texte de l'admirable conférence de Henri d'Arles.

De ‘‘l’'Indépendant’’ du 28 octobre 1908 LE MOUVEMENT INTELLECTUEL

L'admirable conférence de Henri d'Arles sur ‘‘Edmond de Nevers,le nenseur et l’artiste,'’ rend justice à la mémoire du grand écrivain canadien, disparu prématurément de la scène du monde.

Le texte de cette conférence, paru dans notre numéro d'avanthier, a été très apprécié, et nous avons reçu des félicitations et des remerciements po':r l'avoir mis sous les yeux de nos lecteurs.

Edmond de Nevers, soit dit en passant, a laissé des œuvres qui survivront à la plupart des ouvrages historiques et littéraires publiés au Canada depuis un siècle.

LA

Dans sa conférence de diinanche dernier, Henri d'Arles s'est montré aussi fin critique littéraire qu'il est styliste imp sable, et son travail fera la délectation des lettrés et des intellectur!s.

C'est avec des essais comme celui-là qu'on affine l'esprit du public et qu'on inspire le goût du beau davs les lettres et les arts.

De ‘‘l'Indépeadant'' du 40 octobre 1908, ECHO DE LA CONFERENCE D'HENRI D'ARLES

Je ne m'attends pas que le bonheur me tombe jamais tout À coup comme une grosse pierre météorologique ; je ne crois pas en ces gros bonheurs tout d'une pièce, et s'ils existent, je n'en veux pas, ils n'auraient qu'À m'écraser de leur poids trop lourd.

Je suis de ceux qui croient que le bonheur se compose d'une infinité de joies petites et grandes, de plaisirs variés et simples. De plus, il m'a toujours paru, depuis ma plus tendre enfance, que parmi ces joies, les plus vives me viennent par la malle. Ce matin, j'ai eu une nouvelle preuve de la justesse de cette croyance en lisant la superbe conférence d'Henri d'Arles.

Quelle belle page! Et combien je suis reconnaissante à ‘l'Indépendant'' de l'avoir publiée en entier. Un pareil régal littéraire ne nous est pas souvent servi, et j’envie les gens de Woonsocket qui se sont assis À ce banquet intellectuel.

Combien elle nous repose, cette fière page, de toutes les invectives de la campagne politique ! Combien elle nous élève audessus de toutes les mesquineries du jour !

Elle chante une de nos gloires littéraires les plus belles en un style châtié et impeccable, elle nous prêche le patriotisme, l’amour des nôtres et l’'encouragement que nous leur devons. Elle ouvre À nos intelligences éblouies les portes de ce royaume incomparable de la Pensée.

Je n'ai jamais tant regretté que ma plume soit si peu exercée, si ignorante qu'en ce moment où j'aurais voulu lui faire écrire toutes les délices que j'ai éprouvées pendant la lecture de cette conférence.

Faïl River n'avait toujours été pour moi, jusqu'à ce matin, qu'une ville de manufactures et de cheminées ; il me semblait qu'il

ue pouvait eu sortir autre chose que des balles de cotons ou de la fumée. Je ne penserai plus ainsi à l'avenir, Je sais maintenant que les plus belles fleurs littéraires y germent, v poussent, y éclosent, et sont réunies en gerbes magnifiques. Je sais que l'Art y est cultivé, qu'il y a des apôtres.

Merci, monsieur d'Arles, pour la joie très vive que vous in'avez donnée ; merci pour les leçons que j'ai puisées dans votre bel ouvrage, merci !

Que ne venez-vous répéter à Providence cette belle conférence ! Les Canadiens vivent ici dans une Béotie affreuse d'où nul ne semble soucieux de nous tirer. Qui sait que les accents de votre voix ne nous réveilleraient pas de la léthargie mentale dans laquelle nous sommes plongés ?

Jhespère.:....

BLANCHE-VVONNE

Mardi, ie 27 octobre 1408.

Providence, R.-I.

Extrait d’une lettre du R. P. Lamarche, O. P. - D. D.

...."Vons avez semé votre conférence de pensées fortes où votre talent mûri se déploie en vigueur, comme vous dites parfois : ‘Votre opinion sur de Nevers est venue confirmer et co:npléter la mienne. C’est la première Étude sérieuse parue en Amérique sur le grand compatriote’...

fr. M.-A. LAMARCHE, O. P.

Extrait d'une lettre de

Monseigneur O. E. Mathieu, P. A.—C. M. G.—Ex-Recteur de l'Université Laval de Québec:

Mon cher ami,

....J'ai reçu le journal que vous avez eu la bonté de m'envoyer. J'ai lu, avec le plus grand plaisir, la jolie conférence que vous avez donnée. M. de Nev-rs ne pouvait avoir d'admirateur plus habile. Vous parlez d'un artiste en artiste ;, et comme celui-ci est doublé d'un prêtre, la charité met en tout cela une couleur de bou aloi.

Je vous avoue que je suis loin de désirer que sa prophétie se réalise, et j'espère bien mourir avant de voir notre cher Canada annexé aux Etats-Unis. Je suis un optimiste et je trouve idéal notre état social. Tout changement, d'après moi, serait un désastre pour nous, Canadieus-Français. Dans cet iinmense tout de l'Amérique du Nord, nous serious enfouis, engloutis, anéantis. Maintenant, au contraire, nous jouons un rôle au Canada, on est obligé de nous regarder comme un facteur important, nous jouissons d'une liberté parfaite, et notre plus grand défaut, c’est de ne pas sufi- Satmment comprendre notre bonheur.

Voilà ma manière de voir, mais, comprenant que je n'ai pas le monopole du jugement, je laisse facilement aux autres la liberté de penser difiéremment..….

Bonjour, mon cher ami, comptez toujours sur mon inaltérable attachement.

O. E. MATHIEU, Ptre.

Québec, ler novembre 1908.

Lettre de M. l'abbé Camille Roy (Licencié ès-Lettres, Paris)— Titulaire de la Chaire de Littérature française à l'Université Laval de Québec—Membre de la Société Royale du Canada :

Bien cher ami,

Cordial merci pour l'envoi de ta conférence sur ce pauvre de Nevers. Tu l'as bien fait revivre devant ton auditoire de Woonsocket, et je suis sûr qu’il est content—car il t'a entendu—de cette belle page que tu lui £s consacrée.

J'iguorais ces stances en prose “Sur le Chemin de la Mort”! que tu rappelles et que tu cites si à propos. C'est joli, et presque pieux, et cela est Lien de notre ami, dont l'âme fut tour à tour si artiste, si mystiqne et....si bizarre.

Avec mon meilleur souvenir CAMILLE Roy, Ptre.

Extrait d'une lettre de M. J.E. Prince, Docteur en Droit, Professeur d'Economie Politique à l’Université Laval de Québec.

Québec, 30 octobre 1908.

Cher ami,

Je viens de lire et de savourer votre admirable conférence sur Fdmord de Nevers. C'est tout à fait cela....Votre conférence est

une de ces choses qu'on n'entend jamais ou presque jamais, pour la raison que, pour en faire de telles, il faut trop de compas dans l'œil et trop de couleurs au pinceau !— Elle est délicieusement intéressante à tous égards. C'est un petit chef d'oeuvre que la littérature canadienne ferait bien de conserver. Je n'en connais pas une dans le genre qui l’approche.

Et comme cet /n si mortisest émouvant! L'’avez-vous tout reproduit? Cette manière, évidemment, n’est pas du pays. Je ne sais rien qui y ressemble comme ton.

Je vous remercie donc de tout coeur de l’amabilité que vous avez eue de m'envoyer cette causerie si adinirablement belle....

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