A MONSIEUR
Cher Maître et Ami,
’EST à vous-même que je dédie cette étude sur vos œuvres, étude dont vous n'êtes autrement responsable que par l’admiration que vous m’inspirez.
Puissiez-vous avoir à la lire, le plaisir que j’ai eu à l’écrire.
Les convenances usuelles eussent peut-être voulu qu’elle ne fut publiée qu'après votre mort ou la mienne. Mais vous savez combien je me soucie peu des convenances usuelles. Et puis alors, pour la portée que cet opuscule acquierrait par l’une ou l’autre de nos disparitions, il* ferait plus de chagrin que de plaisir à celui de nous deux qui survivrait à l’autre, et ce serait payer trop cher une autorité extérieure qu'il nous est à tous deux fort indifférent qu’il comporte, l’unique but que j’ai poursuivi en l’écrivant ayant été notre plaisir à vous et à moi autant qu’une justice à rendre.
Néanmoins je dois ajouter que je n’aurais pas eu la bonne fortune de vous rencontrer dans la vie, — - rencontre nécessitée peut-être héréditairement déjà par l’immense vénération qu’a toujours portée mon cher père au votre, lequel fut Tune des plus nobles, des plus hères, des plus rigides et des plus méritoires figures du vieux Neuchâtel, — que pas une page de cette brochure n’eut été omise et que l'enthousiasme à moi inspiré par vos œuvres n’eut pas dévié d’une ligne.
La meilleure preuve, hélas! vous en sera désagréable; c’est l’épine de la couronne de roses que je cherche à vous tresser. Car, même pour vous plaire je n’ai pas retranché de mon travail, — (oh un travail très doux) — certaines appréciations sur un certain public; ce dont vous me blâmerez sûrement. Aussi ai-je bien soin de mettre à couvert ici votre responsabilité sur toutes mes opinions et intempérances de langage.
Et pour mieux vous garantir, j’ai tenu à publier ces pages ardentes et à vous les dédier sans même vous en demander la permission. Après cela ne vous étonnez point si je vous affirme que, personnellement inconnu de moi, vous eussiez toujours été par vos œuvres, à mes yeux, le Maître dont je suis si her de me proclamer :
le zélateur passionné,
William Ritter