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Edmonton et l'Alberta française: impressions et statistiques

E ne suis point un flatteur, ne l’ai jamais été et espère ne l'être jamais. Toute vérité, je le sais, n'est pas bonne à dire; il est souvent de

bonne politique de se taire alors même qu'on éprouve comme une-démangeaison de parler; mais j'estime qu'il est parfois comme nécessaire de donner libre cours à certaines vérités désagréables à entendre, et qu'un homme qui a le courage de ses convictions, dussent ses déclar#z tions lui attirer un tolle universel, ou simplemen même froisser quelques susceptibilités personnelles, peut être un bienfaiteur public.

Je n'ai point la prétention de poser en juge infaillible de ce que j'ai vu et entendu lors du dernier Congrès du Parler Français à Edmonton.

Pourtant je m’imagine ne pas nuire: -äJa cause publique en consignant ici quelques impressions sur cette importante assemblée, et surtout en:

donnant aux lecteurs de ce jourtial — et par lui au public de l'Est — quelques détails inédits sur la population actuelle de langue française établie dans l'Alberta centrale.

Longtemps avant de m'établir sur les plaines de #'Ouest canadien, je m'étais laissé dire que Îe pays immédiatement, au nord et au nord-est d'Ed monton devenait rapidement français, Jeme rappelle même Ja déclaration d'un brave Irlandais . qui me soutenait qu’on ne pouvait guère y voyager sans savoir dla langue de Bossuët. C’est peutêtre exagéré; je viens pourtant de constater que mon interlocuteur d'il y a sept où huïit ans parlait certainement en connaissance de cause. On a fait dans cette région un excellent travail de coloni. sation qui, s’il est continué avec persévérance, ne peut que porter les plus heureux fruits.

Edmonton lui-même a, dans presque toutes ses parties componentes, comme un coloris francais: On y entend parler francais presque parfout, set l'on m’assure qu'environ 5.000 de ses 72,000 Ha hitante se réclament de la patrie canadienne-

tt

française, D'un autre côté, cet te petite popula-

tion ne me semblé‘ pas disposée à abdiquer ses droits sans imontrér ce qu'elle peut faire. ŒÆlle possède aujourd'hui sept ou huit écoles séparées, où sa langue est enseignée d’une manière .peutêtre pas absolument adéquate, mais qui ren dénote pas moins une certaine mesure de bonne volunté en haut dieu." Elle espère avoir mieux avant longtemps. Espérons avec elle:

Les-intellectuels qu'elle contient dans son sein

avaient eu l'amabilité de m'inviter, par l'intermé diaire de M. Ernest Bilodeau, à assister aux séances du Troisième Congrès du Parler Français,

. qui devait se tenir du 8 au 10 juin inclusivement.

Que devais-je faire? En principe, je fai jamais cru à l'efficacité de pareils rassemblements et n'ai jusqu'ici fait aucun cas des invitations qui n'ont été adressées soit de Régina, soit de Prinee-Albert, où même d'Edmonton. Un feu de paille, me disais-je, ct rien de plus. Un tas de discours plus où moins ampoulés, par lesquels chacun

s'efforce de capter les faveurs de l'auditoire plu. -

(Ôt que de promouvoir la cause française dane l'Ouest, Peut-être même une éloquence de cabaret, dont !es flots débordent sur des têtes in-

rapables d'apprécier une parole sérieuse et des”

plans qui pourraient faire avancer la cause de notre belle langue dans ces immenses régions.

Pourtant certaines raisons d'ordre plutôt per sonnel me portent à accepter l'invitation qui nr'est faite, et me voici pour la première fois de Ma vie à la capitale de l'Alberta.

Qu'en penser?

C'est une ville évidemment bien jeune encore. ainsi que le prouve l'état de la plupart des rues et l’espace généreux qui avoisine un bon nombre le ses résidences ou maisons de commerce. Mais ele est immense en avenir, comme du reste, en

-périmètre. Ses limites se prolongent déjà loin.

bien loin de son centre, le palais législatif de la province, superbe édifice sur la rive septentrionale de’ Ta Saskatchewan, et l’on ne peut s "empécher de conjurer dans son imagination des cenfaines et des centaines de mille habitants lorsque l'espace encore inoccupé sera couvert de maisons.

Edmonton sera certaineinent alors une super be métropole. Le site sur lequel il étale ses larges rües est tout simplement idéal. Vous avez là. ajoutés aux avantages de la plaine, les agréments

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