‹ Edmonton et l'Alberta française: impressions et statistiquesChapitre 2 sur 11 · LES · texte numérisé non relu

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des plus pittoresques coteaux. Les rives de 1a' Saskatchewan sont assez peu élevées, et s’éten dent d'abord en bas-fonds plantureux, pour 8e, relever bientôt et foriner de chaque côté comme: un rempart plus ou ‘moins abrupte. Ce bas-fonds -est maintenant disposé par endroits en parcs do. tés de toutes les commodités modernes, tandis que sur la crête de la colline se dressent de splendides bâtisses, telles que celles du palais législa tif, moins long mais plus cumpact que celui de __Régina, l' hôtel du Grand Troné Pacifique, vérita-

ble palais perché sur l’arête du côteau qui rappelle les châteaux de la vallée du Rhin, et une foule . d'autres édifices qui feraient honneur à n'importe quelle ville.

Mais ce qui fait la gloire d'Edmonton c’ ét sm. grand pont qui relie, non pas les bords de Ja Sas x Kkatchewan, mais les sommets des deux terrasses Fi sur lesquelles s'étalent les belles pièces d'archi-® “* tecture que je viens de mentionner. J'en avais: ‘souvent entendu parler, et ne pouvais comprendre l'enthousiasme, pour ne pas dire l’engoue. ment, que son érection avait soulevé. Je n'en suis plus là.

Je me hâte pourtant d'ajouter que, si je ne puis m'empêcher d'admirer la hardiesse de ses proportions, je n'aime point à la constater sur place. En toute franchise, c'est trop haut pour moi. Même d'une voiture de tramway sa hauteur, . jointe à sa longueur respectable, met ma pauvre tête .mal à l'aise et me donne comme un commen cement de vertige.

C’est une structure en acier d'un demi mille de long sur cent cinquante pieds d'élévation audessus du niveau de la rivière en hiver, La voie dont elle est dotée est -double: en haut- -et sans l'addition d'aucun garde-fou, pour rassurer les têtes peu solides, se troûve un premier pont muni d'une double voie ferrée pour les tramways et d'une troisième pour les trains de chemin de fer, tandis qu'à peut-être quarante pieds plus bas un second est destiné aux voitures et aux piétons.

Le coût de cette colossale entreprise a été, parait-il, d'un million et demi de dolars, et personne Be peut s'en étonner.

Bref, lorsqu'Edmonton aura remplacé par des habitations les espaces -encore recouverts de la forêt primitive, lorsque toutes ses rues auront. été payées, ce sera une métropole dont les agré-

ments naturels seront bien des fois supérieurs à ceux de Winnipeg, et dont les parties constituantes pourront probablement souffrir la comparai. sun avec n'importe quelle ville.

Grâce à l'intelligente initiative de leur archevêque, les Fatholïques y ont déjà huit paroisses, dont les égses “ont proprettes et convenables sans. avoif fes proportions de monuments. Une

grande cathédrale. de style mauresque y est

projetée. Il est à esférer que les mahométans qui pourront y passer ne la prendront point pour une mosquée. ’ -

préciations un peu de tous les côtés!

Mais il me tarde d'en venir à l'objet de ma vi-

site: le troisième Congrès du Parier Français.

dans l'Alberta. Ses assises sont depuis quelque

temps chose du passé, et, indépendammerit de:

mes propres impressions, j'en ai entendu des ap-

Qu'en faut-il penser? Fi

I y a eu du bon, du médiocre et du mauvais:

mais, somme toute, je dois avouer que l'idée en est excellente, que pareils concours de gens de même langue ne peuvent que faire du bien, réveiller les sentiments patriotiques plus ou moins

.undormis par le contact journalier d'un grand

nombre avec une population hétérogène, et faire apprécier de plus en plus la langue léguée par les aïeux.

Tout bien considéré, inalgré des lacunes et des malentendus dont se sont aperçus tous ceux dont l'opinion vaut quelque chose, je ne puis me per. suader que ce congrès n'ait pas fait du bien, et même un très grand bien à nos compatriotes de l'Extrême-Ouest. Le seul fait de se sentir les coudes, de se compter et de se savoir en si gr and

nombre ne peut qu'affermir des faibles, donner du :

courage à ceux qui tremblent et mettre de l’espérance au coeur de ceux qui doutent de l'avenir de notre race dans l'Ouest.

Le dernier congrès d'Edmonton ne saurait être

‘regardé comme ayant représenté la population

française de l'Alberta. Une température qu'on dit jusqu'alors inconnue dans la ‘province enso leillée”, des pluies continuelles qui avaient dé foncé les chemins, avaient retenu à la maison la

plupart des délégués officiels qui y eussent autre

ment représenté leurs concitoyens.

M. LUCIEN DUBUC, avocat d'Edmonton; Président de la Société du Parler Francais d'Alberta.

Est-ce à dire que les différents orateurs aient été en drôit de se plaindre des proportions de leur : auditoire?

Bien s'en faut. La salle des séances était com ble chaque soir, et un nouvel arrivé un tant soit peu en retard avait peine à y trouver un siège. Je dois donc dire que c'était un spectacle vraiment réconfortant pour le patriote de contempler tant de figures marquées au coin des mêmes caract“ristiques et de sentir da -poussée 4e tant de coeurs battant à l'unisson.

Je ne prétends pas donner ici un compte rendu

plus ou uinôins sentimental des séances de Ceconz grès. Les journaux de l'Ouest l'ont déjà fait en

. des termes parfois assez véridiques. Je voudrais seulement, en ma qualité de tirailleur et d’étranger, présenter.au public quelques petites criliques qui aidassent.à faire encore mieux l’annér prochaine.

J'ai dit que je ne flaticrais personne. C’est là, je crois, une louable détermination dont je suis bien décidé de ne point me départir. Le program. me était excellent et pour le moins assez chargé. Malheureusement des circonstances plus ou moins incontrñlables — probablement le désir de plaire à certaines personnalités — mpêchèrent de le suivre à Ja lettre.

C’est là ma grande critique, et celle de toutrs lee personnes en autorité que j'en ai depuis entendu parier.

.. Prenons par exemple, la séance du second soir, alors que la salle était plus que comble, puisque même des abords de la porte regorgeaient de monde. Les personnes suivantes étaient inserites comme devant parler: l’hon. M. Gariépy, el les RR. PP. Morice, Simard, Hudon et Duchaus< sois. Or quel fut l’ordre suivi? Trois étrangers, sur lesquels personne ne comptait, prirent la pa role, et l’un d’eux pérora pendant au mins deux fois autant de temps que n'importe quel orateur inscrit au programme. Le résultat en fut que. à cause de l'heure avancée, le P. Simard fut par : deux fois averti d'avoir à terminer au plus vite, älors qu'il ne faisait guère que commencer et mal gré l'excellence d'un discours qu'il avait éviderm ment préparé, ‘tandfstque le P. Duchaussois, l’élo quent orateur dont l' éloge n'est plus à faire, cul juste quatre minutes pour traiter de l'éducation des filles!

il ne parail guere juste de demander des discours qu'on ne permet pas ensuite de donner après qu'ils ont été péniblement préparés, el cela parce que des gens non inscrits ont-pris-le-temps " Rs de la séance à débiter des périodes plus ou moins sonvres et à repaitre l'auditoire de jeux de mots et de.saillies assez peu édiliantes.

L'injustice du traitement dont les PP. Simard et Duchèussois furent gratiliés est d'autant plus apparente que, le lendemain, on laissa pérorer à Son uise et débiler des inepties un pauvre homine

qui availrévidemment-sacrifié-à-Bacchus.- Mais.

assez li-dessus. Il y à tout lieu de croire que pa- . reille anomalie ne se reproduira point.

Certains discours ou travaux furent excellents. Je cicrai en particulier de discours de M. l'abbé D'Amours, de’ Québec, qui eût pourtant gagné à êlre plus court, mais dont la fomme et le fond étaient irréprochables; le téavail lu par l'abbé D. Lamy, représentant de Mg Langevin, qui n'était ni Lrop long ni trop court, mais fut peu entendu; eelui du R. P. T. Hudon, recteur du nouveau cojl-

‘Jége d'Edmonton, et celui du R. P. Gaborit, curé ne Saint-Edmond, qui ne fut guère écouté à cause

: l'heure av ancee.

L'honorable M. Alkphonse Turgeon, procureur énéral de da Saskatchewan, fit aussi un discours qui, mains laborieusement préparé, n'en fut' pas moins tout pétri d'esprit eb débordans- -de sens pratique. °

Ce qui, personnellement, me ‘toucha lé plus fut ja courte allocution d'un Agadien élevé dans un milieu anglais, et qui s ‘exprimait dans un franca relativement assez correct, mais prononcé‘ d'une manière qui trahissait l'éducation première de Yurateur. Les déclarations de celui-ci: et son amour évident de Ya langue qu'il regrettait de n'avoir commencé à étudier qu'à l'âge île vingtdeux ans, furent salués par des salves “'applaudisgements que peréonne ne mérita plus que lui.

A part les grandes séances du soir, Fe congrès eut, pendant les ‘journées du 9 et du 16 j juin, des travaux {touchant la marche et l'orgatisation de la Société du’Parker français dont je ne parlerai point faute.fle n'avoir pu y assister. Une réunion . que je ne,puis passer sous silence fut°une séance récréative et instructive, qui fut donnée dans : l'après-midi du 10 par des élèves dé l'Ecole Séparée de la Troisième ruë. Après£ avoir visité. cuve,

‘ | 14 os

plusieurs écoles en Saskatchewan et en AlberLa, ,

je crois pouvoir dire que la part faite au français

dans la première province est un peu plus grande

que celle qu’on lui accorde dans la seconde. Il | ro ne-m'en-est-donc-quée plus agréable de déclarer

que les enfants qui nous donnèrent ladite séance

accusèrent dans Aeurs chants. déclamalions et

surtout dans leur concours orthographique uue à maitrise du francais à laquelle je ne m'attendais point, ‘

La dernière joùte fut tou! particulièrement intéressante ct significative, Une maitresse d'école -donnait-à épeler certains mots à une lasse de garcons et de filles, dont chacun et chacunr étaient mis de côté au fur et à mesure qu'une, faute leur échappait. Le fait que cet exercice dura longtemps et que plusieurs des mots épelés étaient-fort difficiles, suffit à démontrer les progrès accomplis par les élèves de nos écoles séparées d'Alberta. J'avoue que ce fut pour moi Île trait le plus consolant de tout le congrès.

Peu après, j'eus' comme une (démonstration pratique du bien attribuable à cette réunion, une preuve irrécusäble du patriotisme qu'elle-avait Fe, soulevé dans la masse du peuple. C'était au re-

tour d'une séance où les étudiants du ñouveau collège des Jésuites avaient joué ia fameuse pièce de Molière, “Le Bourgeois Gentilhomme”. La.

voiture du tramway qui ramenait à la ville une ” partie des assistants était naturellement bondée, et le conducteur faisait des efforts désespérés pour porter ses clients à se masser en avant, loin de la porte d'entrée. ° —Parle français, mon vieux; personne ne tes o comprend, lui eria un loustic dans le cneur duquel “* Je patriotisme avait apparemment plus de place” r, que d'amour de la pure vérité.

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