‹ Edouard le confesseur, roi d'Angleterre [microforme]Chapitre 10 sur 38 · SCÈNE IL LÉoFRic, SiwAUD p:t Britmowald · texte numérisé non relu

SCÈNE IL LÉoFRic, SiwAUD p:t Britmowald

LÉoFiiic. — Nous présentons nos saluts, nos homni:ii;(3S et nos meilleurs souhaits à notre vénérable père et seigneur, l'évéque Brithowald.

Rrithowald. — Que vos bons souhaits retombent sur la tête de vos seigneuries, en rosée d'abondantes bénédictions... Mais j'arrive ]>eut-étre à contretemps ; vous me paraissez engagés en une sérieuse conversation.

LÉOFRIC. — ^îon père, vous êtes le bienvenu. Nous étions à parler de nos princes bretons, Edou ird et Alfred.

Brîtiiowald. — Oh ! le sujet de votre entretien est pour moi du plus vif intérêt.

LÉOFRÎC. —Mon père, nous avons entendu dire, aujourd-liui même, qu'ils sont sur le point d'arriver à Winchester. Cette rameur serait-elle parvenue juscpi'à vos oreilles ?

Brithowald. — Oui, mais en vérité je ne sais trop ce qu'il faut en penser. Si on en juge d'a[)rès les ji[)parences, la nouvelle n'est pas même vraise;nblable.

LÉoFRrc— C'est ce que nou- «lisions ; la rumeur mnnque de vraisemblance.

:., .Vf.

SiWARD. — Mon père, vous êtes arrivé à temps pour résoudre un doute qui m'a souvent obsédé, doute que le cours de cette conversation vient de rappeler à mon esprit. Y a-t-il du mal à soupirer après l'avènement de ses rois légitimes, à préparer les voies à leur retour, à leur tendre une main secourable, à les rétablir dans la jouissance de leurs droits imprescriptibles ?

Brithowald — Noble comte, je vous comprends... Vous savez que, depuis le triomphe de l'invasion, j'ai pris pour principe de rester neutre en tout ce qui regarde les questions de race, de parti, de nationalité ; mon sacerdoce m'élève au-dessus des intérêts de la terre, et me fait vivre dans des sphères plus larges et plus pures J'ai accepté le gouvernement de fait que Dieu nous a imposé dans ses insondables desseins. J'ai prêté, et je continuerai de prêter les services de mon ministère divin aux princes de la dynastie régnante ; l'honneur et mon caractère épiscopal me défendent de trahir la confiance que l'on repose dans ma fidélité.

LÉOFRic. — Mon pèie, cette conduite est digne de vous et de Celui que vous représentez.

Brithowald. — Mais, comte de Northumberland, s'il me fallait vous découvrir mes convictions intimes et le fond le plus caché de mon âme, vous verriez comme je suis persuadé que nos princes reviendront. Oui, la Providence elle-même, dans son temps, le chargera de nous les rendre. Je vis en i)aix dans cette douce espérance.

LÉOFRIC.-— 0 jour mille fois béni que celui-là !

SiWARD. — Mais, mon père, qui peut nourrir en vous un tel espoir, lorsque le vaisseau a sombré, et que ie naufrage paraît irréparable ?

Brithowald. — Dois-je vous révéler le secret de Dîeu ? ne ferais-je pas mieux de le taire?

LÉOFRic. — Parlez, mon père, parlez.

SiWAHD.— Oh ! de grâce, mon vénérable père, nou^ sommes bien assez malheureux, dites-nous au moins ce que vous savez.

Brithowald. — Oui, je parlerai ; mais Dieu m'est témoin que ce n'est ni par orgueil ni par ostentation, mais bien seulement pour soutenir vos courages abattus... J'ai eu sur l'avenir de la dynastie saxonne un songe mystérieux, que je ne puis m'empecher de regarder comme une faveur du ciel, comme une révélation d'en haut.

LÉOFRIC ET SiwARD. — Mon père, nous vous écoutons.

Brithowald. — C'était au temps que le glaive ennemi ravageait l'Angleterre. Partout on ne voyait que meurtres et que rapines j partout régnaient le deuil, les gémissements et la dévastation. Les églises étaient incendiées, les monastères détruits. Les ))rêtres étaient obligés de prendre la fuite et de se cacher au fond des retraites les plus obscures... Pour ma part, je me retirai dans l'abbaye de Gladstone; et là ^e [)assai8 mes jours dans la tristesse, la lectu* »s livres saints et le chant des psaumes. Un y ,, :^ue je ré{)andais devant le Seigneur des larmes abondantes et de gémissantes prières pour la délivrance du royaume, je m'écriai : *' Jusques à quand, Seigneur, jusques à quand détournerez-vous de nous votre visage ? Oubliez-vous notre détresse et nos tribulations ? Voici que Ton massacre vos saints, et que Pen renverse vos autels ; et il n'est personne qui nous apporte le salut. Je sais, Seigneur, je sais que tous les maux qui noua

arrivent, vous les avez ordonnés dans la justice de voH conseils; mais le Dieu bon rejette-t-il le coupable pour toujours ? n'y a-t-il plus d'e^^pérance pour le repentir ? h^tûgneur mon Dieu, ne mettrezvous aucun terme à tous ces maux ? Votre glaive sera-t-il sans fi 'i tiré contre nous ? et nous frapperez-vous jusqu'à ce que nous soyons tous disparus de la surface de la terre? Epuisé de fatigues et de larmes, je m'endors d'un profond sommeil. Tout à coupje vois en songe saint Pierre, assis sur un trône resplendissant. Debout, à ses ineds, remarquable par la beauté de sa figure et la dignité de sou maintien, revêtu de pourpre et d'babits royaux, j'aperçois notre Edouard. L'apôtre, de ses propres mains, le bénit et le sacre roi.

SiWARD.— 0 mon père tremblant, stupéfait, vous deviez, à ce spectacle, rester muet de respect, de crainte et d'effroi ?

Brithowald.— Non. ..Mais étonné de la nouvenuté de ce prodige . je demandai au saint apôtre de vouloir bien m'expliquer les secrets de cette vision ; je lui deuiand:d de plus quel seniit le sort de ce royaume, et quand enfin viendrait le terme de la calamité présente. L'apôtre, laissant tomber sur moi un regard doux et bienveillant, me répondit : " 0 prélat, la puissance est au Seigneur, c'e4 lui qui règne sur les enfants des hommes. Il tninsporte, comme il le veut, les royaumes et les royautés ; il change les empires ; et*^pour punir les péchés des peuples, il les soum-t au pouvoir des m^'ch:int<. Ton peuple, ajouta l'apôtre, a pèche contre le Seigneur, c'est pourquoi il a été l'vré entre les mains des nations, et il est en la puissance de ceux qui le haïssent. Mais le Seigneur est le Dieu de clémence, et,^ dans sa colère, il n'oublie pas les droits de sa miséricorde. Le Seigneur visitera son f)euple, il le rachètera de la servitude. Il se choisira un roi

Où

seluh :^.on riTuv, nn roi f|\ii ^evA touto- -es volontés. Ce prince, me dit^uit toujours l'apôire, avec mon secour.-, recouvrera le royainne de ^C;^ pères, et mottiîi tin à la tyrannie des étrangers. Il {?era a<jreal)le à Dieu, aimé des honinies, terrible à ses ennemis, cher à ses sujets, utile à l'Eglise; et il couronnera une vie sainte |)ar la mort douce et sninte des prédestinés." Et. en prononçant ces pfnoles, il me montrait du legard le roi E(iouard, qui ~e tenait toujours debor.t devant lui, l'hermine sur l<'s éj>aules. le sceptre à la nuûn et la couronne sur Kl têie... Sur (îe, je m'éveillai.

LÉoFîiio. — 0 souii-e vraiment nierveilleux !

Brithowalt).— Ce rrest qu'un songe, je le sais bien Me> aspirations, mes désirs ardents, le cours hnl)ituel de mes pensées t>ourraient expliquer naturelleinent ces créations fantastiques du ce; veau au mili'"u des vapeurs du sonmieil. Cependant, je vous Tavoue, ce songe a toujours eu pour moi comme un parfum de surnaturel. Il a été pour mon âme désolée, au milieu des angoisses de nos nombreuses tribulations, une source de résignation, de j-atience, de force et de courage.

LÉoFF^c. — Mon père, il est évident qu'il renferme une voix et un avertissement du ciel.

Stward. — Oui, oui, pour moi c'est une révélation consoianle qui me rend à l'espérance et à la vie.

Lkofpic. — Je ne doute plus qu'Edouard ne nous revienne. Seulement puissè-je prolonger ma vieillesse assez longtem])s ()our entievoir cette aurore de notre bonheur et de nos libertés ! Alors, avec joie, comme le vieillard Siméon, je pourrai entonner mon Nunc dimittis,

SiwARD. — Courons aux armes, levons des troupes, déployons dans les airs l'étendard de la patrie.

Courage, en avant, compatriotes. Qu'avons-nous ï redouter? le ciel combat pour nous.

Brithowald — Brave couite de Nortiiumberlnnd souffrez que Ton modère votre ardeur belliqueuse N'allons pas cornj)roniettre les intérêts df notre cause j)ar une trop grande précipitation, j^,e Sachons attendre les monieiits de Dieu. Prion> Q^i dans le silence et la ferveur de nos cœurs ; et, ])Oui vous, guerriers intrépides, tenez-vous ])rêts à être, à son heure, des instruments courageux, forts et dociles entre les mains de la divine Providence.

LÉoFiuc. — Chut ! voici Sweyn qui revient.

(Swi'yn entre.)

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