‹ Edouard le confesseur, roi d'Angleterre [microforme]Chapitre 9 sur 38 · ACTE DEUXIEME · texte numérisé non relu

ACTE DEUXIEME

SCKNE L

LÉoFUlC, SlWAHP.

SîWAKi). — N«>ns ne manqueron.- \^ii< «iotre entr^'e chez le roi ; nous arrivons au moins une demiheure avant le temps fixé.

Lkofkic. — Je soulniiterais que, en attendant, l'évêciue J]rithowal(l vînt nous rejoindre. J'ai bien hâte de le revoir.

SnvARD. — Il est pour nous un ami d'enfance.

LÉoFKic. — Nous avons étudié ensemble dans notre jeunesse : puis ensemble, en des jours meilleurs, nous avons vécu à la cour d'Ethelred.

SiWARD.- On le dit un grand serviteur de Dieu.

LÉOFRic. — C'est un saint, î^^iward, un véritable saint, un hommr^ de retraite, de silence, de morti^CMtion, de jeûnes, de prières, d'extases et de ravissements. Ses vertus lui ont gagné la confiance de la cour danoise ; pourtant on ne l'a jamais vu, par des complaisances coupables, flatter la ])uishance de nos nouveaux maîtres ; il est resté iVanchement et sincèrement Breton. C'est lui (je m'eji souviens, et quel beau jour de fête c'était que celui-là !), c'est lui qui fit couler les eaux du bai)tênie sur le front de notre Eldouard.

SiWAiîD. — A propos d'Edouard, avez-vons eu connaissar«ee de la rumeur allant à dire que les priiices saxons Edouard et Alfred doivent, sous pcU; faiic une vi.-ileà Winchester ?

LÉOFRic— Oui, et bien plus, on m'a assuré, mais tout bas, mnis à l'oreille, que déjà ils étaient débarqués à Douvre-.

SiWARD. — Que signifie ce secret ? que penser d'une pareille nouvelle ? Certainenn.ent, dans le château, nous ne voyons aucuns préparatifs d réception.

LÉoFRic. — La maladie du roi et le deuil des courtisans expliqueraient peut-ê cet air d'indifférence et d'apathie.

SiwARD. — Oui, mais la reine est encore à sa villa de campagne, prenant les bains sur les bords de la mer. Si la nouvelle était vraie, il me semble que sa place serait d'être ici pour recevoir ses enfants à leur arrivée. Cependant, d'un autre côté, chose plus singulière encore ! la reine ne se trouve pas au chevet de son fils mourant, pour recueillir ses dernières paroles et son dernier soupir. Qu'en dites-vous, comte de Leicester ?

LÉOFRIC. — En vérité, il y a là-dessous du mystère.

SiWARD. — Godwin est capable de tout.

LÉOFRIC-— Peut-être, Siward, la Providence nous a-t-elle envoyés ici, à point nommé, pour être de quelque secours à ceux que nous aimons.

SiWARD.— Dieu le veuille ! Dans tous les cas, vous ne sauriez croire comme je serais heureux, pendant mon séjour à Winchester, de rencontier nos princes. Jamais je n'ai eu le bonheur de les voir. J'étais trop jeune pour fré<|ucnter les hommes et la cour, quand l'invasion e-^t venue le-" jeter sur une terre étrangère. Pour vous, vénérable père, vous les connai-sez, ce> fils do nos rois ?

LÉoFRic. — Oui, assurément, je les connais. Je les ai tenus sur les fonds du baptême ; j'ai bercé leur enfance ; j'ai protégé leur fuite en un jour de tempête ; et, il n'y a pas encore deux ans, le souvenir que j'avais conservé d'eux, se ravivant en moi avec une nouvelle ardeur, m'a fait mépriser les lenteurs de la vieillesse, les fatigues du voyage, et les onde.': inclémentes du détroit ; je suis allé à Rouen même, chez leur oncle Richard de Normandie, les voir encore une fois avant que de mourir, et les presser contre mon cœur.

SiwARD. — Et vous les avcL I^rouvés

LÉOFRIC. — Parfaits gentilshommes, beaux de corps, grands d intelligence, et nobles de cœur. Edouard, surtout, se distingue par une apparence de douce majesté et un air d'imposante distinction : c'est un roi.

SiWARD.— Oui, oui, il est le roi des fidèles Bretons, il est roi des Saxons, il est notre roi... Ce dut être pour vous, vénérable père, un grand bonheur, que de revoir ces chers enfants.

LÉOFRIC. — Une véritable jouissance, comte de Northuinberland ; une goutte, sur cette terre, de céleste félicité. Je ne les avais pas vus depuis ce jour malheureux où, âgés seulement de deux et trois ans, ils furent emportés dans les bras de leur mère, fuyant l'invasion des hordes danoi>^es. Bientôt, vous le save^, mourut leur père ; leur frère aîné, Edmand Côte-de- Fer, dans la vigueur de son âge, tomba sous le poignard d'un assassin ; et leur mère Emma crut devoir accepter les offres at la main du roi Canut. Ces pauvres enfants, loin des soins maternels, délaissés dès leurs plus tendres années, se trouvaient véritablement orphelins, dans un pays étranger, sur une terre d'exil,.. Je les

revoyais grandis, pleins de santé, de lorce et d'avenir. Pour un instant, je crus voir revivre, comme dans un mirage fidèle, les beaux jours du passé. Je calme de ma jeunesse, les souvenirs de mon âge mûr, les années fortunées d'Ethelred.

SiwAKD. — 0 mon père, vos paroles font vibrer au fond de mon cœur comme un écho affaibli des sentiments de joie et de bonheur qui, en ce moîuent heureux, ont dû remplir les profondeurs de votre âme !.... Richard de Normandie, sans doute, a fait donner à ses neveux une éducation digne de leur naissance.

LÉOFRTc. — Une éducation princière, royale et, ce qui mieux e^t, tout à fait chrétienne, P uidant les trois mois que j'ai passés à la cour de Rouen, j'ai appris à aimer et à admirer l'esprit ehevalere-^que et la piété angélique de nos jeunes ))rinces saxons. Edouard surtout m'a frap[)é \)i\Y Péminence de sa vertu. Il a su pré^^erver son enfance des vices trop ordinaires dans la société du grand monde. La pureté brille sur son front et dans ses regards. Il nime à fréquenter les églises, il y passe avec délices des heures entières ; il visite souvent les monastères, et il a contracté amitié avec ce qu'on y trouve de plus savant et de })lus religieux.

SiWARD. — Quel goût sérieux dans un jeune homme de dix-huit ans !

LÉOFRic. — En effet, il est d'une sagesse et d'une gravité au-dessus de son Age. Il se distingue par une douceur admirable, par une profonde humilité, par une charité qui embrasse tous les hommes. Il a horreur de l'ambition, il hait la flatterie.

SiWARD.— Mais c'est un David, c'est un Salomon, que Dieu tient en réserve pour faire fleurir sa loi sainte en nos âges tourmentés.

®^ LÉOFRîc. — 0 trop heureuse l'Angleterre, si elle

'^^^' revoyait un tel i>rince remonter i^ur le irônp de ^es

^y^ anr''ire.^, et pré.-^ider à ses destinées ! {^BiiUtotvald

^^ enlit.)

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