SCÈNE VI
GormiN, HwEYN.
GoDwiN. — Eh bien ! Sweyn ?
SwEYN. — Seigneur, soyez tranquille, le prince est en lieu sûr.
GoDwiN. — C'est bien. Il n'en sera plus question. Rtellernent, Sweyn, cVs. heureux que cet Edouard n'ait pas succédé à Hardicanut ; quel caractère ingouvernable, as-tu remarqué?
Sweyn. — Il est vrai qu'il m'a paru avoir beaucoup de feiiueté et d'énergie.
GoDWiN. — Je n'a]>pelle plus cela de l'én.ergie ; c'est un entêtement indomptable. Avec un tel prince la position n'aurait plus été lenable au gouvernail des affaires. Aucune considération au londe n'aurait pu influencer cet es])rit inflexible. Et ce qui est pis, il se serait trouve, et en grand nombre, des imbéciles, comme LéotVic et Siward par exemple, pour admirer et encourager ce qu'ils îturaient ap[)elé béatement la piété du monarque, sa justice, sa noblesse, sa grandeur d anie. Réellement, c'est heureux que j'aie }>révenu ce malheur... Mais. Sweyn, tu me parais triste et rêveur, qu'as-tu donc ?
Sweyn. — J'étais à songer, seigneur, que le pouvoir coûte bien des peines, des calculs et des soucis.
GoDWiN. — C'est vrai, mon ami, c'est très vrai ; mais aussi le poiivoir ap})orte avec lui de bien nombreuses jouissances. N'es*-ce pas une satisfaction délectable, je te le demande, que le plaisir de déjouer les plans de ses ennemis, de les faire tomber dans le piège que vous avaient tendu leur
haine et leur malice ; d'exciter, par l'ostentation de votre triomphe et Téclat de vos succès, leur bile secrète, leur noire jalousie, et leur envie impuissante?... Siward, Léofric, courbez vos fronts orgueilleux ; ployez humblement le genou; Godwin l'emporte ; Godwin est votre maître. Godwin est 1^ véritable roi de l'Angleterre. (Redvyild evtre.)