‹ Edouard le confesseur, roi d'Angleterre [microforme]Chapitre 8 sur 38 · SCENE VI · texte numérisé non relu

SCENE VI

SwEYN (seul). — Allez, nobles seigneurs, allez en paix. Seulement à vous voir, seulement à vous entendre, on découvre que vous êtes les earldormens les plus honnr-tes et les plus probes du royaume. Le calme et la dio^nité de vos âmes se peignent sur vos figures, se reflètent dans vos regards. Heureux doivent être vos serviteurs I Leurs mains, leurs cœurs ne connaissent pas les œuvres d'iniquité... 0 Godwin, puissant Godwin, que tu me parais petit à côté de ces hommes de cœur et d'honneur ! Ah! maudit soit le jour où je m'attachai à ta fortune ! De ce moment le repos a quitté ma demeure, le sommeil a fui ma paupière, la paix a abandonné mon âme souffraiite et tourmentée... Oh ! pourquoi ne pas retourner à mes habitudes d'autrefois, à ma paisible retraite dans une campagne solitaire, à mes travaux heureux et sans soucis, aux douces soirées du foyer, à la tranquillité ds ma conscience !,.. Hélas 1 impossible, c'est impossible, trop tard !... Godwin, tu m'as enlacé dans tes filets comme l'oiseleur cruel le fait à l'imprudent moineau...Pour le retour, à chaque issue je vois se dresser devant moi, la prison, le poi^^on, la mort... Allons, courage, le vin est tiré, il faut le boire. {Céoîifulfet SynéwulJ entrent.^

^ 18 — SCËNE VII.

SWKYN, CÉOWl'LF, SyNK\VI:lF.

SwEYN.— Qui êtes- VOUS ?

CÉowuLF. — Des malfaiteurs.

Synéwulf. — Des meurtriers.

SwEYN. — D'où veuez-vous ?

CÉOWULF. — D'une grotte oh.scure dans le C.inc de la montagne.

Synéwulf. — Des gueules de l'enfer.

SwEYN. — Qui vous envoie ici?

CÉOWULF. — Un plus méchant que vous.

Synéwulf. — Une âme damnée que vous connai sez mieux que nous.

SwEYN. — Etes- vous capables d'exécuter un hardi coup de main?

CÉOWULF. — Oui, si vous nous payez.

Synéwulf. — Si la récompense en vaut la peine.

SwEYN. — Je vous donnerai à chacun une livre pesant d'or.

CÉOWULF. — C'est bien. Que faut-il faire?

SwEYN. — Tuer deux hommes.

Synéwulf. — Une bagatelle. Où les trouverons nous?

PwEYN.-— Vous serez ici, à minuit. Vous vous pr^'senterez à la petite porte de derrière, au fond du jardin ; je vous conduirai . Remarquez bien, à minuit.

Ckowilf. — Ensuite?

SuKYN. — Vous entrerez tout doucpinent, sur la pointe des pieds, dans une chambre qui ouvie au bout de ce corridor, ^^ous trouverez couchés dans le njême lit deux jeunes hommes. De vos poignards, frap})ez-ies au cœur, frappez fort, frajjjiez juste; surtout qu'on n'entende pas un cri, pas une plainte, pas un genjissement.

Céowulf. — Et les corps, qu'en ferons-nou?. ?

SwKYN. — Vous les descendrez, par cet e-calier à gauche, dans les souterrains du château. Une fosse y aura été creusée ; vous enterrerez les cadavres sous trois pieds de terre. ..Du reste, je serai là, avtc vous.

CÉowuLF. — Et la récompense ?

SwEYN. — Je vous la donnerai quand vous l'aurez gagnée.

Synéwulf. — Bien dit... c'est juste....

SwEYN. — Allez maintenant, revenez à minuit... Si vous agissez avec vitesse, avec prestesse, je doublerai le prix.

CÉOWULF. — Le diable n'est pas plus généreux que vous.

Synéwulf. — Satan n'est pas plus grand seigneur. (Ceoivulf et Synéwulf sortent.)

SCkXK VI IT.

?^WKYN ( ('?(0. — F^o diable !... Satan !... vouhni(*îihes, vous êtes deux (K'nions incanu'S . . A-t-oii jamais vu dos hommes })arler du meurtre avec autant d'indifTiMeiii-e, se montrer si calmes dans le> projets du ciime ? IjO mal send:)le être leur atmosphère liai)iluelie. Ils sont (h>nc parvenus, eux, à étouffer les cris et les remords de leur conscience? .. Mais, après tout, qui est lo plus mérhant, ou celui qui prépare le (îrinic, ou celui (^ui le commet ? Quelle est 'a i)lus coui>ahle, ou la main qui frappe, ou la tête qui ordonne ?.. Godwin, Godwin, tu es plus scéléiat que ces gueux ; Sweyn, ton ame est plus noire que Tâme des meurtriers !... O mon esprit. dét(^u]nc- toi de ces hideuse- [)ensées. je mo fais horreur à moi-même !

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