PAR
F PRINCE, AB. LLD.
Avocat C. © ‘ 1" d'Economie Sociale et Politique, à l'Un - . Président de la Société d'Economie 2 4 Politique de Quebec, etc.
(Extrait de la Revue FRANCO-AMERICAINE, Juiller 1909)
RATE QUEBEC mp. de la REVUE FRANCO-AMERICAINE HIVES a
Affectueusement dédiée à M. J.- AUGUSTE RICHARD de Montréal
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Edouard Richard et son œuvre, “Acadia” (Travai! lu à l'Université Laval, à Québec, le 1er avril 1909)
Monseigneur, (1) Mesdames, Messieurs,
EpouarD RicHaRD,--voici un écrivain d’un rare mérite LAÏS un écrivain dont l’œuvre est en réalité peu connue parmi nous et le motif en est facile à comprendre : l'unique ouvrage pour bien dire qu'il ait laissé, “ Acadia,”” est écrit en anglais. Richard avait d’abord composé son livre en français, mais en reprenant la question acadienne comme il le faisait, il crut qu’il importait surtout d'atteindre le public anglais. I] fit donc préparer sans délai la version anglaise, seul travail livré à la publicité jusqu'ici. Des voyages puis un événement toujours inattendu, la mort, empêchèrent l’auteur de mettre au jour le manuscrit original. Fn attendant que quelque ami de l’histoire, exécute ce dessein pieux, nous n’avous malheureusement pour juger qu’une traduction devant nous. Le mérite attribuable à l’auteur en cst donc un plutôt de fond que de forme, plutôt d’idée que de littérature. C’est peut-être assez pour parler de l'historien, ce ne l’est guère pour parler de l’écrivain. Sans doute pour quiconque connait la manière de penser d’'Edouard Richard, la tournure originale de son esprit, ses Opinions intimes sur divers sujets, l’on sent bien que l’anglais n'est pas étranger à la composition française ; mais enfin le livre est écrit en anglais. Au reste, les critiques l’ont loué unanimement et le style et la langue y seraient tels qu’il est impossible de ne pas lui reconnaître la valeur d’un original. C’est un éloge que l’on aime à donner en passant au traducteur, le rév. P. Drummond, de la Compagnie de Jésus, déjà apprécié dans les Lettres et qui a —avec quelle réserve discrète, on le sait—si généreusement mis son talent au service d’une cause chère au patriotisme français, Si l'ouvrage a obtenu de la réputation, l’on ne saurait douter qu’une bonne part d’honneur en revienne à celui qui lui a su prêter une forme de langage aussi parfaite.
() Mgr J. C. K.-Laflamme, recteur.
l LA REVUE FRANCO-AMÉRICAINE
Edouard Richard est descendant d'Acadien dans les deux lignes paternelle et maternelle, H] naquit à Princeville, le 14 mars INF, du mariage de Louis Richard et d'Hermine Prince, lesquels avaient de bonne heure quitté St-Grégoire, dans le district des Trois-Rivières, pour aller ‘établir dans les Cantons de l'Est. Son père, négociant important et qui fut plus tard membre du Conseil Législatif. appartenait à l'une des plus anciennes et des plus nombreuses familles originaires de l'Acadie. Sa mère, une de ces femmes dont on vénère à Jamais la mémoie pieuse et sainte, était la sœur de feu l'abbé Joël Prince, professeur au séminaire de St-Hyacinthe, et, par conséquent, nièce de Mgr Prince, ler évêque, aussi, de St-Hvacinthe,
Les ancêtres de notre écrivain ont donc été, la plupart, victimes de la fameuse dispersion acadienne de 1733.
La carrière d'Edouard Richard n'offre rien de bien particulier. Ses études terminées à Nicolet, il va quelques temps à l'Ecole d'agriculture de Ste-Anne, passe les années 65-66, 66-67, à Laval où il étudie le droit pour aller terminer à McGill, après quoi il est reçu avocat, Peu de temps après, l'on retrouve Richard à Paris, où il est censé suivre des cours de droit ou étudier en compagnie de son ami Gérin-Lajoie, futur fondateur du journal Le Constitutionnel, aux Trois-Rivières. De retour d'Europe, il forme une société, à Arthabaskaville, qui dure quelques années—7 ans je crois la société légale de Laurier & Richard, mais on ne voit guère ce dernier plaider ; il laisse ce soin à M. Laurier qui, plein d'ardeur, possède déjà le don d’émerveiller par ses discours, préparant ainsi, à l'exemple de Cicéron, chez les Romains, et de Berryer, chez les Français, ses futurs succès de tribune parlementaire.
De 1872 à 1878, Edouard Richard représente le comté de Mégantie aux Communes du ('anada, mais la politique—la politique active j'entends—ne va guère à son tempéramment, Vers IS78, il part pour Winnipeg d'où il exerce la charge de shérif des territoires jusqu'à 1883. La fortune psc l'ayant de nouveau tenté, il se présente, en 1887, dans le comté de Provancher où il est défait par l'honorable Larivière. Enfin nommé par le gouvernement f édéral pour aller recueillir des documents devant servir à l’histoire, il passera huit ans à Paris d'où il reviendra dans l'Ouest finir ses jours, en 1904, Mais c’est avant son départ, pendant les loisirs que n’ont pas voulu,
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heureusement, lui ôter les électeurs de Provancher et que lui proeura toujours du reste une belle aisance qu'il conçoit le projet d'écrire sur la question acadienne.
Sobre, rangé, méditatif, Edouard Richard ne jouit cependant jamais d'une santé parfaite. Il alla toujours traînant plus où Moins sa vie, incapable pendant longtemps de se hvrer à aucun genre d'étude, Mais il en était arrivé là précisément par l'abus du travail, aussitôt après sa sortie de l'Uni\ vrsité. L'ambition de s'instruire s'était en, aré de lui, il se plongeait dans la lecture contre toutes le: règles, affectant de ne faire différence du jour ou de la nuit. Un moment vint qui ne pouvait tarder où il devait payer cher de tels écarts. Il en était IA vers IN70-71 et les années suivantes quand je le connus, Mais si Edouard Richard n'étudiait ;lus où même lisait à peine son journal, il avait bonne mémoire et cette vertu du méditatif qui allait s bien à son esprit ne pouvait manquer de grandir avec le temps. Curieux par état —les oisifs le sont tous—avide de savoir, possédant un esprit compréhensif et une manière Jibre d'envisager tous les sujets, adonné aux spéculations de tout genre, sans préjugés, la causerie, surtout la causerie politique, était son éternelle délassement. Que de problèmes il aimait à creuser ! Il pouvait deviser sans fin sur les questions d'histoire, de religion, de progrès, de liberté, ete. Les choses de l'art lui étaient peu familières, les penchants naturels de son esprit donnant peu de prise aux fantaisies légères de l'imagination. Il était pourtant curieux de musique à ses heures, mais la musique même pour jui était plutôt intéressante comme phénomène révélateur du caractère et ce l'âme que comme délassement d'artiste. Le littér ur, Si pe. qu'il ait produit, en anglais ou en francais, marq lu goût. Sa manière a de l'élégance ; elle atteste particulièrement un caractère noble et un esprit ouvert. I y aurait plaisir à esquisser pleinement cette figure oririnale du penseur, très doux, quelque peu adonné au songe, En 1872, Richard ne sachant qu'inventer pour échapper à l'ennui, parvenait à organiser une grande assemblée à laquelle des théoriciens, de beaux parleurs, devaient prendre part. La réunion avait lieu à Princeville. L'on trouverait probablement dans les journaux du temps des détails piquants sur cette réunion extraordinaire. Parmi les assistants figuraient Lucien Turcotte, Gérin-Lajoie, Arthur Buies. Des discours éloquents étaient prononcés par Gérin- Lajoie et d’autres par Richard lui-même. Lucien Turcotte déclina l’honneur de parler, au grand désappointement de
tous, mais Buies était IA. Ilne se fit pas prier. Il prononça, ce jour-là, une harangue que tout le monde ne dut pas comprendre, mais une harangue à laquelle on applaudit beaucoup. La péroraison, surtout, fut vibrante. Le bras tendu, Buies terminait par ces paroles prophétiques : “ Un jour viendra Où la liberté luira comme une vaste aurore au-dessus des peuples...” Quand on est jeune on retient ces mouvements qui font frémir. Il serait difficile de dire quel fut le résultat du grand conventum politique. Je ne crois pas que l’on comprit grand’ehose au discours de Richard.
Ces dispositions d'esprit, chez lui, cette tendance accusée vers l'examen des divers problêmes sociaux, pour ne pas toujours revêtir une forme très pratique, n’en attestait pas moins l'activité de Ja pensée. Après avoir habité quelques temps l'Ouest, pays neuf, aux grand, horizons, où le climat, le mouvement «les affaires auquel il se méêlait, devaient heureusement influer sur sa santé, Richard put reprendre des études longtemps interrompues, ce dont il avait, du reste, grand besoin.
Ayant vécu son enfance au milieu de descendants d’Acadiens, notre ami avait souvent entendu parler du pays ancestral, de l’année du “grand dérangement.”” Un de ses vieux parents, Raphaël Richard, tenait de la bouche même de l’une des déportées, quoique très jeune, l’histoire si lugubre du départ de Grand-Pré. L'écrivain nous dit dans son livre les impressions profondes que son jeune esprit en avait gardé. Ces traditions mélancoliques que le récit du foyer avait lentement déposées dans son âme, ne devaient pas se perdre. Un jour, à la faveur de certaine culture, quand viendrait la maturité, cette semence en apparence éteinte porterait des fruits. L'âme des ancêtres ne meurt jamais ; elle passe avec le dépôt sacré des traditions dans l'âme des descendants comme un écho qui relie les générations les unes aux autres ct qui fait de tout un peuple une seule voix, une seule vie. Richard lit l'histoire ; il lit Rameau, ce savant ct illustre interprète des choses de l’Acadie ; il Hit Casgrain, cet autre écrivain sympathique qui a si bien parlé de la race Opprimée. En 1893, un Journal de Toronto, le Week, ayant attaqué les Acadiens, Richard prépare toute une série d'articles en réponse à l’auteur ; mais ce dernier—Pierce—Hamilton, s'étant tout-à-coup donné la mort dans un moment d'hallucination, les articles ne sont pas publiés, mais ces premières pages seront le premier pas vers l'œuvre très prochaine que médite Richard.
Chose bizarre et qui peint bien le caractère de l’auteur, il
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entreprendra ce grand procès non pas tant pour revendiquer les droits des Acadiens, si cruellement éprouvés, que. pour découvrir les motifs cachés qui doivent avoir justifié, au moins dans une certaine mesure, la persécution. “Il me semble, dit-il, que si je pouvais trouver quelque justification, je saurais mieux me résigner,” et sans doute ce sentiment est bien dans la nature. Il craint que Rameau soit partial. Il dit, tant son désir d’impartialité est grand : “ Quand j'aurais pu mettre en question, parfois, la sincérité de quelques historiens, j'ai plutôt usé d’indulgence et me suis rangé de leur côté.” L'on pourrait chicaner un tel parti pris devant les sévérités de l’histoire, mais, chez Richard, c’est l'instinct du juste porté jusqu’au scrupule et c’est au moins une garantie donnée à l'adversaire qu'il va combattre, mais c'en est une autre encore pour le lecteur qui pourrait redouter les emportements de la passion chez l’écrivain. La justice n’est peut-être juste qu’en raison de certaine indulgence. “ En cherchant le juste, dit la Sagesse, craignez de tomber dans l’injuste ! ”
L'ouvrage, ‘“ Acadia,” n’est pas précisément une histoire de l’Acadie à la façon de plusieurs autres qui l’ont précédé. Il ne rappelle guère la r .éthode de Rameau qui embrasse tout. Il ne ressemble pas même à celui de Casgrain ‘ Un pèlerinage au pays d'Evangeline,” l’un des derniers qui aient paru en français sur les Acadiens et qui est moins une histoire qu’une causerie sur l’histoire. Richard n’a entrepris de parler que d’une époque particulière de l’histoire acadienne, celle qui commence en 1710, un siècle et plus après la fondation de Port-Royal pour se terminer vers l’année 1755 qui marque le principal acte du drame de la déportation. Son but est alors rempli. Ce n’en est pas moins un travail de deux volumes in-8 de quatre cents pages chacun, aussi considérable pour le moins que celui d’“ Une colonie féodale en Amérique ” de Rameau, c’est le double du “ Pèlerinage au pays d'Evangeline.”?
Les événements qui précèdent la prise de Port-Royal, en 1710, occupent sa pensée mais seulement dans la mesure ou il est utile pour mieux mettre le sujet en lumière, Il en est de même de ceux qui suivent cette grande phase historique. C'est ie procès de la dispersion des Acadiens que Richard entend refaire et c’est donc surtout un travail d'analyse et de
discussion. C’est un débat auquel des pièces nombreuses souvent neuves, quélquefois imprévues, sont apportées, où de nombreux témoins sont discutés, mais où la dialectiqu et l’aprêté de l'enquête n’ôtent rien à la conscience de l’en quêteur ou à la solidité de ses jugements,
Suivre son récit pour en marquer les points saillants, te est le but que nous nous proposons dans cette étude.
M. deMonts fonde Port-Royal en 1605 et Marc Lescarbot écrit ces paroles si françaises : “ Le Sieur de Pontrincourt ayant trouvé le lieu à son gré, il le demanda avec les terres y continentes au sieur deMonts ; ce qui lui fut octroyé et, dépuis, en a pris lettres de confirmation de Sa Majesté, en intention de se retirer avec sa famille pour y établir le nom chrétien et français tant que son pouvoir s'étendra… ru
L'expédition, partie le 7 mars 1604, avait à bord cent vingt engagés et ouvriers divers. (C’est Ja première tentative de colonisation faite en Amérique, il me semble, quoique la nation acadienne ne remonte pas plus haut qu'à l'expédition de 1632. Port-Royal devait jouer en Acadie un rôle analogue à celui dé Québec dans la Nouvelle-France. “ C'est à Port-Royal, dit Richard, que les aventuriers devaient organiser des expéditions contre la Nouvelle-Angleterre, c’est sur Port-Royal également que devaient être dirigées les attaques des Anglais contre les Français. C'était un champ favorable à l'attaque et à la défense. Que les deux nations, l'Angleterre et la France, soient en fuerre Où en paix, nulle différence. Un grief quelconque, un simple prétexte suffit pour allumer les hostilités. Les Bostonnais et les Acadiens luttent pour leur propre compte ajoutant ainsi la guerre intérieure à la guerre extérieure. Le siècle qui précède la chute finale de Port-Royal, en 1710, et celle de toute l'Acadie, trois ans plus tard, est remplie d’événements tragiques tels qu'on les dirait tirés de l'épopée ou de la légende ; mais ces gestes sont peu faits pour avancer l'œuvre de la colonisation. Fait important et touchant à la fois, dès les débuts de ce pays, l'on voit se former une alliance entre Français et Indiens qui fait le plus grand honneur à l'humanité des premiers colons de France, nos encôtres. “ L'histoire des Acadiens a cela de particulier, dit Rameau, que jamais la bonne harmonie ne fut troublée entre eux et les Micmaes. Pendant cent cinquante ans, il est sans exemple qu'un seul coup de fusil, une seule discussion ait troublé l'alliance des Acadiens et de leurs sauvages amis.”
En 1613, Port-Royal, qui n'a encore que huit ans d'existence,
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est assiégé et pris par les Anglais mais pour revenir à ses premiers maîtres, en 1632, par le traité de St-Germain-en-Laye, Richelieu donne alors une vive impulsion à la colonie : les missionnaires évangélisent les sauvages et instruisent les premiers habitants du pays.
L’Acadie est à la France depuis 1632 ; mais voici qu'en 1654, alors que les deux Couronnes sont en paix, Cromwell donne ordre d'attaquer Port-Royal et s'en empare ; treize ans plus tard, en 1667, le Traité de Bréda rend l'Acadie aux Français. C’est ainsi que dans cette période et dans celles qui suivent, les nouvelles colonies sont le jouet ou la proie de leurs propres querelles d’abord puis de celles qui troublent les principales nations de l’autre côté de la mer,
Par malheur, dans les conditions où elle se trouve réduite, la France ne peut guère envoyer de nouveaux colons, les ressources sont insuffisantes et les établissements sont laissés à eux-mêmes pour se délendre, Par contre, la Nouvelle- Angleterre ne cesse de s'accroître. En 1710, le fort de Port- Royal n'a pas 500 habitants, tout l’'Acadie en possède à peine 2,000 tandis que 1 colonie voisine en a déjà 150,000.
Malgré cette négalité, de 1667 à 1710, espace de 40 ans, Port-Royal n'essuiera pas moins de cinq sièges avant de tomber au pouvoir des Anglais. Les Français se battent vingt contre un. D'où leur vient cette vaillance extraordinaire ? L'on peut répondre sans peine : de leurs vertus privées,
Les historiens sont unanimes à exalter les mœurs des anciens Acadiens. Le courage de ces premiers habitants de notre Amérique, leur amour du travail, leur persévérance, leur simplicité, leur foi inébranlable ont été le sujet de panégyriques que l'intérêt seul ne suffirait pas à expliquer. Malgré les troubles que l'ambition de certains chefs suscite et dont la population est plutôt victime, les Acadiens réalisent entre eux cet idéal que tant de théoriciens jusques-là auront vainement esquissé dans leurs cervaux : celui d’une communauté fraternelle se gouvernant elle-même librement dans le respect du droit. Longfellow la chanté immortellement dans son Evangéline :
Thus dell together in love these simple Acadian farmers,
Drelt in the lore of God and of man. Alike were they Free from Fear that reigns with the tyrant, and envy the vice of republics.”
Au moment où les Acadiens passent sous la domination anglaise, ces habitants tiennent déjà profondément au sol où
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ils se sont implantés. Ils possèdent une physionomie d tincte. “ Pendant un siècle, dit Richard, ils ont vécu étra gers à la France et au Canada ; ils ont contracté des habitude ils possèdent des traditions, toutes choses qui caractérise un peuple. L'immigration n'a rien ajouté à leur nombre ils se sont multipliés par eux-mêmes,” ce qui explique enco: leur union, leur harmonie, leur homogénéité. Quel malhet que la France n'ait pu secourir d'avantage cette petite natio des côtes maritimes ! Une défense hardie eût pesé si he reusement sur les destinées du Canada, peut-être de tout l'Amérique du Nord. Abandonnés à eux-mêmes, les Acs diens devaient à la fin succomber. Dans les dernières année du régime français, toutes les calamités, du reste, s’abatten sur les Anglais aussi bien que sur eux. Îl était impossibl que cet état de guerre et de riv:lité incessante d’où tout sécurité était bannie, durât plus longtemps. En vain de efforts se multiplient, en vain des guerriers comme Subercase par exemple, l'un des derniers héros des guerres d’Acadie veulent prolonger la résistance, l’Acadie va succomber. Le drame sj ave qui se déroule sous les murs de Port-Roya rappelle involontairement celui de la campagne aboutissant plus tan à la prise de Québec.
Dans le siège de Port-Royal où l'ennemi possède au-delà de 3,400 combattants contre 2 à 300 défenseurs, les Anglais sont plus d'une fois repoussés, mais trop faible pour s'aventurer hors du fort, manquant de tout, Subercase est forcé de capituler., Cet événement n’est que le prélude de la chute de toute la
colonie en 1712.
L'Acte de capitulation de 1710, après la chute de Port- Royal, garantissait déjà aux Acadiens la liberté civile et religieuse. 11 les exemptait en outre de l'obligation de porter les armes contre les Français et leurs Indiens alliés. La Paix d'Utrecht, signée le 13 avril 1713, cédait toute l’Acadie aux Anglais. Ce traité solennel avec, deux mois plus tard, le 23 juin 1713, une lettre de la reine Anne, réglait définitivement leur sort.
Par l'article XV du Traité, il est expressément convenu que “dans toutes les dites places et colonies... les sujets du dit Roy auront la liberté, pendant un än, de se retirer dans un autre lieu, à leur convenance, en emportant leurs biens meubles :
nomie disécu étranhabitudes, ractérisent nombre ; jue encore Ï malheur ite nation é si heu- de toute les Aca- ‘es années s’'abattent mpossible ‘où toute vain des ubercase, d’Acadie, ber. Le rt-Royal outissant
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mais ceux qui voudront y rester et être sujets du Roy d’Angleterre, jouiront du libre exercice de leur religion, selon l’ :sage de l'Eglise de Rome, aussi loin que les lois de la Grande-Bretagne peuvent le supporter.” (1)
La lettre de la reine Anne au gouverneur Nicholson dit à son tour : ‘* Ayant égard à la bienveillance avec laquelle le Roy très-chrétien a remis leurs peines à plusieurs de ses sujets pour cause de leur attachement à la Réforme ; c’est notre vouloir et bon plaisir que tous ceux qui tiennent des terres sous notre gouvernement en Acadie et Terreneuve, qui sont devenus nos sujets par le dernier traité le paix et qui ont voulu rester sous notre autorité, aient le droit de garder leurs dites terres et héritages, et d'en jouir san: aucun trouble, aussi pleinement et aussi librement que nos autres sujets peuvent posséder les leurs, et ainsi qu'ils puissent les vendre de même, s'ils viennent à préférer aller s'établir ailleurs.” (2)
Les établissements situés sur la rive droite de la Baïc-de- Fundy, ceux de la vallée de la rivière St-Jean—environ 500 habitants—ne sont pas cependant considérés appartenir au territoire cédé. Ce dernier se compose surtout de Port-Royal, des Mines, de Beaubassin et de Chipody qui ont une population d'à peu près 2,000 âmes.
Le Traité d'Utrecht accorde donc aux habitants l’aternative suivante :
Ou partir dans l’année pour aller résider “en tout autre lieu, à leur convenance,” avec faculté d’emporter avec eux tous leurs biens meubles.
Ou demeurer au pays en devenant sujets anglais et alors, ils jouissent du libre exercice de leur religion.
Par certaines clauses du traité, on voit que les habitant sont cédés au roi d'Angleterre avec tous leurs biens, mais l'expression “tous leurs biens,” ne comporte pas la confiscation. Cela s’entend simplement de la cession générale du territoire. La lettre de la reine Anne, qui équivaut à un décret, fait disparaître tout doute à l'égard des propriétés immobilières.
Or, «lès l’automne de la même année, Richard prouve que le départ des Acadiens est résolu. Mais voici que commence la série interminable des tracasseries auxquelles on va les soumettre. Pendant 17 ans, de 1713 à 1730,—et nous ne somm”s qu'au début—il n'y a pas d'artifices, de subterfuges
(1) Une colonie féodale en Amér'que—Rameau, ler vol., p. 357. (2) Id., p. 358.
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qu’on n’invente pour les empêcher de partir en même tem que pour les forcer à prêter un serment absolu d’allégeanc Jusqu'à Richard, cette partie de l’histoire n'avait Jamais é parfaitement mise en lumière ; le public anglais posséda là-dessus des notions confuses, erronées : mais voici que para un personnage officiel dont les manœuvres vont l'expliquer « grande partie, Akins le compilateur des archives de In Nouvell Ecosse. La découverte des procédés de cet officier infdè par Richard suffirait, à elle seule, pour justifier son ouvrage, En 1857 ou 1859, Thomas B. Akins avait été chargé p: l'Assemblée Législative de la Nouvelle-Ecosse de “ recueil] les anciens mémoires et documents pouvant servir à éclaire l’histoire et les progrès sociaux de la Province." Cette mesur était l’œuvre de l'honorable Joseph Howe, l'un des homme les plus éminents qu'ait produits la province sœur, l'un de se plus nobles esprits, Akins se rend en Angleterre, consult les papiers d'Etat, feuillette à loisir les documents du gouver nement canadien, ceux qu'il est chargé d'interroger et di copier à Québec, puis opère soigneusement le triage les pièces qui doivent entrer dans son volume. Tout ce qui peut favo: riser les Acadiens, dit Richard, est consciencieusement omis tout ce qui peut leur être défavorable est noté. Tout ce qu parait excuser la déportation est recueilli, le reste systématiquement arrangé ou écarté. Le olume des archives néoécossaises est publié en 1869. Chose facile à prévoir, tous les écrivains futurs sur l'Acadie devront aller puiser dans le volume préparé par Akins. Campbell a dû le faire quand il écrivait son histoire de la Nouvelle-Lcosse, en INT3, Moreau, quanil il écrivait la sienne, la même année, Hannay, en 1879, Smith & Parkman en ISS4. En ISSS vient Casgrain ct, l'année suivante, Rameau, nais ces der.sers forment un cas à part et sont d'ailleurs allés eux-mêmes jusqu'aux sources, Rameau a consacré 40 ans à ses travaux historiques sur l'Acadie. Si Maintenant aux écrivains anglais de la Nouvelle-Ecosse, VOUS passez à ceux des Etats-Unis il est Vrai que je ne les connais guère et R. lui-même n'indique que Parkman pour bien dire, si vous descendez aux folieulaires qui les répôtent, VOUS pouvez aisément juger de l'opinion générale, Richard, à force de recherches, parvient à découvrir les documents les
(1} Si l'on veut savoir jusqu'à quel point les archives de la N-E. sont défectueuses, il faut lire Sutre Richard, la requête que les Acadiens des Provinces adressèrent au Lientenant-Gonverneur, le 135 d'août 1968, et que L’Evangeline de Moncton a publiée le 22 août dernier.
ême temps allégeance.
jamais été possédait que paraît pliquer en Nouvelleer infidèle )uUVrage.
hargé par ‘recueillir à éclairer te mesure hommes un de ses consulte 1 gouverer et de les pièces eut favont omis, ut ce qui systéma- Ves néooir, tous dans le quand il Moreau, en 1879, rain et, Un cas sources, "Acadie.
-Ecosse, e ne Îles di pour “pètent, tichard, ents les -E. sont
des Pro- 8, et que
plus ignorés, il rétablit ceux qu’on a falkifié, il apporte des témoignages nouveaux à l'enquête, il les com are, les discute et le cet examen infatigable, de ce travail auquel il met un incomparable talent d'analyse, découler’, les conclusions les plus convaincantes, sinon toujours les plus neuves. Je dis ‘sinon toujours les plus neuves,” car certains parmi les historiens anglais avaient déjà deviné ici ei là la fraude, l'imposture et blâmé la déportation. Bancroft, aux Etats-Unis, l'avait fait. Haliburton, qui écrivit dès 1829, dit : “ Je soupçonne au fond de cette affaire des Acadiens une immense canaillerie.” D'autres avaient exprimé le même sentiment quoique d’une manière voilée. Mais là où les écrivains ne font qu'effleurer le sujet, R. plonge jusqu’au fond un regard impitoyable. I] confirme le soupçon des uns, complète le récit des autres et le rétablissement, l'assainissement de certaines sources constitue, je l'ai dit, l'un des plus grands mérites de son ouvrage.
John B. Akins n’ouvre son volume d'archives qu’en novembre 1714, omettant ainsi du coup l’Acte de capitulation de Port- Royal, en 1710, le Traité d'Utrecht et la lettre de la reine Anne, en 1713, comme si ces trois sources de renseignements étaient sans importance. Or, ‘“ cette omission, dit R., 2 suffi pour induire en erreur la plupart des histoiens de la Nouvelle- Ecosse. Ils commencent, dit-il, où le compilateur commence, ils finissent où il finit.” Que ces écrivains aient été peu curieux ou avertis, la question de légèreté, celle de bonne foi importe peu pour le moment, il suffit qu'ils ne soient pas allés plus loin et aient induit en erreur les écrivains qui les pat voulu consulter,
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Richard établit, documents en mains, que les Acadiens ont décidé de quitter le pays après la Paix d’Utrecht, dès lautomne de 1713, qu'ils ont prévenu le lieutenant-gouverneur Vetch de leur intention, qu’en ce moment ils ont commencé leurs préparatifs, mais que Vetch les empêche de mettre leur projet à exécution sous prétexte que le gouverneur Nicholson est absent ; il établit que ce dernier, sur des représentations de M. de Costabelle, gouverneur de Louisbourg, promet de laisser partir les Acadiens, mais qu'à la fu il les en empêche encore sous prétexte qu’il veut en appeler à la reine, quoiqu'il soit en possession d’un ordre de sa souveraine lui A
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de les laisser partir s'ils le veulent ; il établit qu’immédia ment après Nicholson refuse aux Acadiens de s’embarque: bord de vaisseaux de transport anglais : qu'il leur défe également de prendre passage à bord de vaisseaux françai que la détermination des Acadiens étant telle qu'ayant co: truit eux-mêmes des embarcations, ils essaient en vain de équiper à Louisbourg, la permission leur en étant refusée : q cherchant à obtenir la même chose à Boston, leur demande « encore écartée et qu’enfin les vaisseaux qu'ils ont construits eu mêmes sont saisis. Des correspondances ont été échangé entre Louisbourg et Port-Royal, des réunions tenues, des dé bérations, des requêtes, des ordres ont existé, point de tra aucune dans le volume Akins, quoique tout cela existe
Londres, à Paris ou ailleurs, puisqu'on l’a retrouvé. Qu'’a fa Akins de la lettre du gouverneur Costabelle ? Qu’a-t-il fait « la réponse de Nicholson, des ordres de la reine Anne ? Qu'a-tfait du reste ? Le zélé compilateur des archives va plus loi: :1 manipule les documents de façon à leur faire dire que si k A’ liens n’ont pas quitté c’est leur faute. Richard accab le inisérable faussaire au moyen de pièces qu’il a nécessairemer eues sous les yeux. Haliburton “avec la sagacité du vieu magistrat ” comme parle Rameau, avait déjà suspecté le archives. Richard mit au grand jour la mauvaise foi d’Akin: On ne saurait rien ajouter à la force de la démonstration.
Le Traité de 1713 avait spécifié un délai d’un an pendan lequel les Acadiens auraient la liberté de quitter le pays. Qu le croirait ? Voilà qu’on prétend maintenant que la conditio: est défaillie, que le délai étans écoulé on ne peut plus partir
Deux ans seulement ont passé depuis la cession du pays : l'Angleterre. En 1715, le gouverneur Caulfield a succédé : Vetch. Ordre aussitôt est donné à ses officiers de proclame l'avènement du roi George et de faire prêter serment d’allé geance aux Acadiens dans la forme prescrite. Les habitant: des Mines s’excusent en disant qu’ils veulent laisser le pays et qu’ils se sont engagés à cela envers le gouverneur de Louis: bourg. Leur réponse, motivée, existe à Londres, dans les documents coloniaux de la Nouvelle-Ecosse, non dans le vo lume des archives. L'ordre de faire prêter serment seul s’y trouve et par suite du fait que la réponse n’y paraît pas, les Acadiens des Mines sont censés avoir refusé sans motif la prestation du serment d’allégeance au Souverain. C’est done de prime abord un acte de désobéissance à l'autorité. On ne manquera pas de l’invoquer contre eux.
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En 1717, un nouveau gouverneur, Doucette, à son tour, cherche à imposer le serment. Jusqu'ici, les Acadiens, déterminés à s’en aller, ont refusé d’en prêter un d’aucune sorte. Devant les obstacles qu’on oppose à leur départ.et fatigués déjà des entraves qu’on leur suscite, ils consentent à la prestation d’un serment conditionnel. Ils prêtent serment d’allégeance à l'autorité souveraine, mais à condition que leurs droits civils et religieux soient sauvegardés, à condition qu'ils soient exemptés de porter les armes contre les Français, leurs frères, et les Indiens, leurs a!‘és. Qui pourrait contester la légitimité de ces réserves ? Ne voyons-nous pas, plus tard, en 1775, ainsi que le fait observer Richard, l'Angleterre accorder volontiers pareil: demande aux Loyalistes passés en Acadie ou au Canada ?
Sur cette question du serment qui devait tant agiter les esprits, R. constate l’omission des documents les plus importants tlans les archives de la Nouvelle-Ecosse. Mais on tenait au serment ! Sans le Traité d’Utrecht et les conditions particulières dans lesquelles se trouvait le peuple acadien, nul doute que l'attitude eut été anormale vis-à vis du pouvoir, Le sujet doit obéissance absolue au souverain, L'on prétendait que le refus de prêter serment purement et simplement emportait la confiscation des biens. Mais, alors, pourquoi s'opposer au départ des rebelles ? Oh ! c’est qu'il y avait pour le moment—du moins pour le moment—de sérieux motifs d'empêcher pareil exode. Nous sommes en 1720 et jusqu’en 1740 il n’y aura pas encore une demi douzaine de colons anglais dans la Nouvelle-Ecosse. On ne voit que le personnel de l’administration et de la garde des forts ; qui cultivera ies terres ? Si les Acadiens passent du côté des Français, comment contenir les Sauvages irréconciliables ? Comment défendre la colonie ? Et puis Va-t-on permettre aux Français voisins de se renforcer de la sorte? C’est ce que les lords du commerce, à Londres, comprennent à merveille, C’est pourquoi tout en faisant mine austère de sauver l’honneur du roi qui n’est pas en danger, ils envoient des gouverneurs avec instructions d’insister sur la formalité du serment absolu qui les oblige à porter les armes en faveur des Anglais, tout en se gardant bien de les laisser s'échapper. Tout cela ressort clairement des faits. Les guerres fréquentes du temps, la seule perspective qu’il y en eût devait rendre, à la fin, la position des Acadiens extrêmement difficile, Leur tort irrémédiable est de n'avoir pas quitté le pays, en dépit des obstacles, puisqu'on les traitait en mépris des con-
ventions les plus sacrées. Ils en avaient le droit et ik en avaie le moyen ; mais les Acadiens, cette bonne paysannerie XVIe siècle, avaient un respect si aveugle du pouvoir qu’ se fussent eru en conscience de secouer la tyrannerie qui 1 accablait, Au fait, ce même fétichisme de la légalité exis encore chez le peuple de France, Les Acadiens préférèrer patienter, se soumettre à tout plutôt que de se rebeller,
En 1720, le général Philipps arrive en Acadie, revêtu « toute la pompe vice-royale, L'on sent qu'il a été l'objet d'u choix tout particulier, A peine est-il débarqué à Port-Roy: qu'il intime à tous les Acadiens l'ordre de prêter sermen absolu d’allégeance. La proclamation dit néanmoins qu'il peuvent partir, mais s'ils choisissent cette alternative, déjens leur est faite de vendre ou d'emporter leurs biens. Au gran désappointement de Philipps, ils n'hésitent pas à déclarer qu'il vont partir. Le manipulateur des archives ignore cette pro clamation : il insère au volume les lettres du vice-roi et ome les réponses qui leur sont adressées. Notre historien en compt. au moins six qu’il a sous la main, Pas moins de vingt docu: ments importants manquent jusqu'ici. De 1722 à 1725, le volume n’en contient pas un seul. En 1725, Armstrong, devenu gouverneur, menace le traverser en armes toute la Nouvelle Scosse pour réduire à l’obéissance ces vilains habitants français. Bon nombre se sauvent ; d’autres ayant osé des explications, leurs délégués sont jetés en prison. A la fin, l’envoyé d’Armstrong est contraiat de se contenter du < nent conditionnel. Le Conseil, itrité, déclare ce serment nul mais, en même temps, par exemple, les rebelles sont prociimés sujets du roi. Quand la nouvelle des événements arrive à Londres, les lords du commerce sont furieux et renvoient Philipps en Acadie. Ce dernier, revenu en toute hâte, se met à l’œuvre encore une fois. Le 2 sept abre 1729, il annonce gravement aux autorités qu'il est parvenu à faire prêter le serment tant désiré et que la paix est enfin rétablie. C’est vrai et les Acadiens ont prêté le serment, mais lequel? Teut simplement le serment conditionnel ; seulement la réserve habituelle de neutralité, etc., n'apparaît pas au document écrit. Que s’est-il passé ? Richard discute la chose et croit que le serment a été écrit mais que les Acadiens se soit contentés d'assurances verbales de la part de Philipps. L’historien Hakiburton dit que les conditions ont dû être écrites sur un papier facile à détacher et qu'on a fait disparaître, L'hypothèse de Haliburton nous semble la plus probable. S'ilen était autrement, les Acadiens eusser.t manqué
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