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26 LA REVUR FRANOO-AMÉRICAINE
suffi, l'amiral Boscowen paraît avec ses bateaux à l'Ile du Prince-Edouard où il s'empare de tous les hsbitauts qu'il peut trouver. Pour que les autorités de Londres soient impliquées dans ces actes de piraterie ouverte qui dure si longtemps, vraiment qu’exige-*-on ? Veut-on que le Cabinet de Londres se transporte sur les lieux pour pousser les victimes à la mer ? Sans doute, sa diplomatie hésite, tâtonne, elle fait mine de ne pas saisir toute la portée des rapports qu’on lui soumet ; elle va même, à certains moments, jusqu’à s'opposer aux projets que l’on médite, mais à qui fera-t-on croire aujourd’hui que ces politiciens à l'œil ouvert ignorent ce qui se complote à Halifax ou à Boston ? Un se-rétaire d'Etat, Craggs, a eu l'indiscrétion, depuis longtemps, d'approuver la déportation des Acadiens. Chose étrange, parce que le personnage est suspect, Richard n’y veut voir aucune preuve que Londres est renseigné. Au surpius, l’histoire contient des faits qui ne manquent pas d’importance pour exonérer le Cabinet de tout blâme et l'opinion de l’écrivain est partagée par bon nombre de publicistes parmi lesquels quelques Acadiens et Casgrain lui-même. Elle ne l’est pas par Rameau qui a consacré 40 ans de sa vie à l’étude de l'histoire acadienne et qui, de l'avis de Richard, est le mieux informé et le plus complet des écrivains. Elle ne l’est pas d'avantage des critiques américains, si je m'en rapporte à certaines études de l'ouvrage de Richard. Du reste, il est assez instructif de rechercher, ne fut-ce que très sommairement, le sentiment anglais pour les Acadiens, depuis la dispersion.
Voici que l’Acadie a été transformée en désert. Il reste à peine 2 000 Acadiens dispersés dans les bois ou autres endroits ir -cessibles. Les terres sont libres, appel est fait aux sujets de Sa Majesté dans la Nouvelle-Angleterre ou ailleurs pour venir remplacer les déportés. Oh ! la distribution et le partage sont commencés. Lawrence a choisi des chevaux pour les expédier je ne sais plus à quel marché. Les membres du Conseil se sont attribué chacun 20,000 acres de terre. Je cherche en vain l'émotion. Où sont les doléances du cabinet londonnien ? Où ses protestations ? La France fera un procès à Bigot et à ses complices dont plusieurs seront punis À commencer par l’intendant lui-même, Belcher et Wilmot, deux membres du conseil de Lawrence, au contraire, sont faits successivement gouverneurs généraux du pays. Quant à Armstrong et à Lawrence, on peut assez bien déjà juger quel eut été leur sort s'ils eussent vécu pour récolter le fruit de leurs exploits.
Richard concède qu’en 1766 les lords du commerce sont au
fait de tout. Cela aurait pris 11 ans ? L’historien canadien oublie, évidemment, ce qu'il écrit en suivant les Acadiens exilés. Il oublie, par exemple, qu’une partie assez notable des victimes a traversé l'Angleterre après avoir erré, ici et là, tombant sur les chemins. Je ne veux citer qu’un document :
“ Lettre des Lords du Commerce au gouverneur Lawrence, le 8 juillet 1756 :—Je cite dans la langue où c’est écrit.
‘°Notwithstanding what you say in your letter of the Acadians being received in the several provinces to which they were sent, we must inform you (le Cabinet de Londres qui informe Lawrence!) that several hundred of them have since been sent over here from Virginia, and several from South Carolina, and that His Majesty has given orders to the Lords of Admiralty, to direct the commissioners for sick and hurt seamen to secure and maintain them.” (Can. Archives, Vol. II, 1905, No. 18). Et ce ne serait que 10 ans plus tard, en 1766, que les lords du commerce sont pleinement renseignés. Enfin, supposons qu'ils ne savent bien tout qu’en 1766. Quels regrets, bien plus quelle indignation ils vont éprouver! Nul doute qu’à la première occasion le gouvernement va s’empresser de réparer les désastres commis. Voici la guerre de l’Indépendance américaine. Les Loyalistes passent la frontière. Qu'arrive-t-il ? Un reste d’Acadiens vit retiré sur la Rivière St-Jean. C’est un petit noyau d’habitants qui ont échappé à la dispersion. Le gouvernement leur ôte leurs terres pour les donner aux Loyalistes. Allons les Acadiens reprennent encore une fois les bois. Ce sont eux qui ouvrent la région connue aujourd’hui sous le nom de Madawaska, peuplée aujourd’hui par leurs descendants.
Plus tard, en 1798, il existe quelques cents familles d’autres Acadiens dans les Iles de la Madeleine où l'on n'avait pu qu’imparfaitement pousser la poursuite, trente ans auparavant et où quelques-uns avaient trouvé un refuge. Parait un favori du pouvoir, Isaac Coffin. Il s’agit de récompenser ses services. Le gouvernement accorde à Isaac Coffin les Iles de la Madeleine à tire de fief. Les Acadiens, de propriétaires qu'ils sont, deviennent tout à coup censitaires. Quels regrets ! Quelle réparation ! Continuons.
Les misères de l’exil, le souvenir de la patrie lointaine ayant poussé quelques familles à retourner habiter quelques coins isolés du sol natal, ces familles, avec quelques débris d’autres qui ont pu échapper à la dispersion se sont multipliées au point de reconstituer un peuple que l’on avaït cru à jamais
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