‹ Education et instruction (volume 2)Chapitre 19 sur 98 · CD O G O · texte numérisé non relu

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D'où il ressort, en résumé, que les Facultés de Paris confèrent, à elles seules, près des deux cinquièmes des grades obtenus dans toute la France (exactement 37,12 pour 100), et que cette proportion, qui ne descend pour aucun grade au-dessous du quart (c'est le rapport pour le baccalauréat es lettres et le certificat de capacité en droit), atteint presque le tiers pour le baccalauréat es sciences et la licence es lettres, dépasse la moitié pour la licence es sciences, le baccalauréat, la licence et le doctorat en droit, atteint les trois quarts et au-dessus pour le doctorat en médecine et le doctorat es sciences, touche enfin aux quatre cinquièmes pour le doctorat es lettres.

On s'explique aisément ce qu'exige un tel régime «d'examens. La Faculté de Médecine tient séance presque tous les jours de l'année. La Faculté de Droit siège régulièrement deux jours par semaine et quatre jours à la lin de chaque trimestre, souvent avec huit bureaux à la fois. A la Faculté des Lettres, pendant toute la durée des sessions, c'est-à-dire pendant plus de deux mois, les cours sont suspendus.

Même à ce prix, la sincérité des épreuves, notamment celle des épreuves écrites du baccalauréat es sciences et es lettres, n'est pas assurée. Faute de locaux, on est contraint d'entasser les candidats dans des salles mal disposées pour la surveillance, et il n'est presque pas de jour où nous n'ayons à réprimer la fraude. Nous ne parlons pas des convenances. Les élèves composent sur leurs genoux ; les interrogations se font dans des couloirs. Il est vrai qu'il n'y a guère, pour s'intéresser aux séances du baccalauréat, que les lieu-t reux de la veille ou ceux qui viennent chercher à deviner les questions du lendemain. Mais il est de véri-

fables solennités universitaires qui attirent un auditoire d'élite. Qui ne connaît les soutenances du doctorat es lettres ? Il v a soixante ans, les thèses étaient des dissertations de vingt pages dont la discussion se bornait à l'échange de quelques idées générales; on» recevait deux docteurs en un jour. La thèse est devenue un livre, et la journée suffit à peine à épuiser l'argumentation. Que de trésors de savoir, de dialectique, d'éloquence, d'esprit, prodigués dans cette salle basse, sans jour ni air, où, dès le matin, se pressent, mal à l'aise, une cinquantaine de personnes — tout ce qui peut y tenir — chaque fois qu'une soutenance est annoncée ! Que d'observations profondes, d'aperçus lumineux, d'indications de travaux, de germes d'idées, ont jetés là, sans compter, les maîtres de la critique, de l'érudition, de l'histoire et de la philosophie, Villemain, Guizot, Cousin, Jouffroy, Victor Le Clerc, Damiron, Saint-Marc Girardin, Patin, pour ne parler que de ceux qui ne sont plus! « Avec ce que j'ai entendu aujourd'hui, me disait un professeur étranger sortant d'une de ces séances, il y aurait de quoi alimenter tout un semestre de cours ! Mais quel théâtre pour de telles représentations1 ! »

Les examens, quelle qu'en soit l'importance, ne constituent heureusement qu'une partie accessoire de la vie des Facultés. C'est l'enseignement qui en est le fond, et lorsqu'on embrasse l'histoire de celui de Paris,

1. Des améliorations sensibles ont été apportées à ces installations depuis 1881 : une salle convenable a été aménagée notamment pour la soutenance des épreuves du doctorat es lettres. Mais, pour obtenir toutes les sa tis fa étions désirables, il faut attendre que les bâtiments en construction sur la rue des Écoles nous soient livrés.

on a peine à comprendre comment il a pu se développer dans le cadre où il était enfermé.

Il n'y a pas de plus sûr témoin des progrès d'un service public que le budget.

De 1825 à 1880 nos crédits ordinaires (nous ne parlons ici que des quatre grandes Facultés : Sciences, Lettres, Droit et Médecine) ont été graduellement portés de 709 381 fr. à 2 256 340 fr . , c'est-à-dire qu'ils'ont triplé.

La part afférente à chaque Faculté dans cette augmentation générale est bonne à constater. Elle s'élève :

pour le Droit, de 271 200 à 444 950 ;

pour la Médecine, 292 040 1 031 980 ;

pour les Sciences, 72 041 485 360;

pour les Lettres, 69 100 294 150.

La progression, lente, mais continue, de 1825 à 1848, suspendue de 1848 à 1870 (il y a même diminution pour certains services), s'accélère à partir de 1870. De 1875 à 1880 les crédits de la Faculté de Médecine ont été augmentés de 90,52 pour 100.

Or tous ces crédits s'appliquent aux cours. Sur les 2 256 540 fr. qui constituent le budget de 1880, il n'est prélevé que 59 460 fr., un peu plus de 2 pour 100, pour les dépenses accessoires. Tout le reste est au profit du développement des études.

1. Les crédits accordés en 1885 étaient, d'après le compte, pour :

la Faculté de Théologie. ... de 65 524" 98

— de Droit 500 938 50

— de Médecine 1286 894 28

— de Sciences 678 926 04

— de Lettres 541 575 01

l'École supérieure de Pharmacie . 325 720 26

Total 3 999 055 07

Le nombre des chaires de la Faculté des Sciences, qui était de 12 à la fondation (1810), est actuellement de 19, et, avec les conférences créées depuis 1877, de 27. A la Faculté des Lettres, de 3 au début (1809), on est arrivé à 11 en 1855, à 16 en 1880, et, avec les cours complémentaires et conférences, à 26. L'extension n'est pas moins importante à la Faculté de Droit et à la Faculté de Médecine : pour la première, 5 chaires en 1804, 21 en 1880, plus 5 conférences; pour la seconde : 20 professeurs en l'an IV, aujourd'hui 55 *. Et chacune de ces chaires ou conférences représentant par semaine deux cours au moins, parfois trois, il en résulte que le tableau d'emploi du temps hebdomadaire de notre enseignement supérieur comporte :

à la Faculté des Sciences, 46 leçons,

— des Lettres, 46 —

— de Droit, 99 —

— de Médecine, 116 —

Le développement du matériel d'enseignement a naturellement suivi celui des études.

Lorsqu'on parcourt les premiers budgets de nos Facultés ; la pensée se reporte au temps où « les pauvres

1. En 1886 le nombre total des chaires magistrales ou cours complémentaires était de 175, savoir :

Chaires. Cours complémentaires. Total.

Faculté de Théologie.

— de Droit . . .

— de Médecine .

— de Sciences .

— de Lettres . .

École de Pharmacie. .

écoliers, les pauvres clercs, les pauvres maîtres de la pauvre maison de Sorbonne, congregatio pauperinn magistrorum stndentium, recevaient, par grande faveur du roi saint Louis, un sou ou deux chaque semaine pour vivre et se procurer des instruments de travail1 ». Saiton la somme qui fut allouée à notre enseignement supérieur en 1822 comme fonds de premier établissement? 11 710 fr. 65 cent., réduits ensuite à 8500 fr., savoir : 4000 fr. à la Théologie, 2000 fr. aux Sciences, 2500 aux Lettres2.

Il est vrai que, pour renseignement de la Faculté des Sciences, on comptait sur les collections du Jardin des Plantes, de l'École Polytechnique et du Collège de France5. Nos professeurs vivaient d'emprunts. Mais le bien d'autrui ne convenait pas toujours et il était souvent insuffisant. Certaines délibérations du Conseil académique de 1827 à 1850 présentent sous ce rapport un intérêt mêlé de tristesse : « Le professeur de minéralogie, lisons-nous dans le procès-verbal de la séance du 10 janvier 1825, demande une somme de G000 fr. pour acquérir un cabinet presque complet, le cabinet actuel ne renfermant environ que 50 espèces, tandis que, dans l'état de la science, le nombre des espèces s'élève au moins à 250, qui présentent une multitude de variétés. Le professeur de botanique demande qu'un terrain situé au midi de l'église de la Sorbonne lui soit accordé pour y cultiver 500 à 600 plantes4 :

1. Dulaure, Histoire physique, civile et morale de Paris, 6e édition, Paris, 1837, tome II, période vi, p. 234 et suiv. — Cf. Histoire del'Université de Paris, par E. Dubaiie, nouvelle édition, revue et augmentée, 1841, tome I, chap. m, p. 101.

2. Procès-verbaux du Conseil académique de Paris, séance du 15 novembre 1822.

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