Décret du 27 novembre
2. Jules Simon, La réforme de V enseignement secondaire, p. 78.
5. Voir le discours prononcé à la distribution des prix du Concours gé-
approuve ou qu'on critique l'institution du baccalauréat scindé, il est incontestable qu'elle procède de l'intention de mieux assurer le succès du travail régulier, et d'atténuer, sinon de supprimer, le caractère encyclopédique et aléatoire des épreuves.
La persistance des préoccupations d'examen. — Mais si l'esprit de l'examen a été, dans une certaine mesure, heureusement modifié, l'examen n'est-il pas resté, je ne dis pas le terme désiré — rien n'est plus légitime, — mais le but unique des études et leur raison d'être pour la plupart des candidats? Le diplôme a-t-il cessé de hanter les rêves des familles, moins oc raison de la valeur qu'il exprime ou qu'il est censé exprimer que pour les droits qu'il confère1? On en parle a la tribune parlementaire comme autrefois, et, comme autrefois aussi, ce n'est pas pour demander qu'il soit l'incontestable garantie des solides études, mais pour se plaindre que les difficultés dont on entoure l'examen en
néral, par M. de Cumont, le 5 août 1871. — Cf. le Rapport de Mgr Dupanloup au Censeil supérieur de l'Instruction publique (juillet 1873).
1. Ceux qui défendent le plus énergiquement l'institution du baccalauréat n'en disconviennent pas. « S'il y a encore des élèves dans le-, classes de nos lycées, c'est que le baccalauréat est exigé à l'entrée de toutes les carrières spéciales. » (Enquête, lycée d'Orléans, p. 730.) — « Le baccalauréat cesse trop souvent d'être la consécration des études pour en devenir l'objet exclusif, et il semble ainsi aller contre le but même de son institution. » (Ibid.) — « Malheureusement le baccalauréat n'a réellement de valeur que grâce aux privilèges qui y sont attachés. » (Lycée de Pontivy, p. 833.) — « L'influence pernicieuse du baccalauréat sur les études, dit-on ailleurs, s'explique par l'influence extraordinaire qu'il a prise aux yeux des élèves, des familles et même de la loi par les avantages qu'il rapporte. Il n'est pas ce qu'il devrait être : l'attestation d'études secondaires régulièrement, consciencieusement faites, la sanction naturelle et dernière de l'enseignement donné au lycée et au collège.... C'est un examen solennel et hasardeux qui confère un diplôme d'émancipation scolaire définitive, véritable signe d'émancipation qui donne l'accès de presque toutes les carrières. » (Lycée de Montpellier, p. -488.) — Voir, dans V Instruction publique du 23 mai 1885, les réflexions de M. E.-A. Hild, professeur à la faculté des lettres de Poitiers, sur la Réforme du baccalauréat et le volontariat.
fassent une barrière infranchissable au plus grand nombre. Il y a trois ans, dans une académie où l'adop tion des examens régionaux avait permis de serrer le jugement d'un peu plus près, la proportion des candidats admis ayant baissé de plus d'un quart, ce fut une clameur publique dans tous les départements intéressés. Que deviendraient les jeunes gens à qui l'on fermait ainsi l'accès de tous les emplois et comme l'accès de la vie1?
C'est toujours ce laisser-passer auquel on prétend. Vienne le moment de le prendre, on y sacrifie tout. Je ne parle pas des maisons de refuge ou d'expiation qui — ceux qui les dirigent avec le plus de succès ne nous démentiront pas — sont la justification la plus éclatante de nos observations; j'entends les lycées et les collèges où les cours des deux dernières classes sont convertis en pure préparation2. Ne trouve-t-on pas chez le professeur une assistance suffisamment étroite et aveugle, on se retire. Même à Paris, faut-il le dire? dans nos plus grands, dans nos meilleurs externats, dès le mois de juin les jeunes gens quittent les bancs, quelque raisonnement, tiré de leurs propres intérêts, qu'on leur oppose. Ils rompent avec les études. Leur unique souci est de ramasser en vue des épreuves leur petit bagage et
1. « La presse s'est émue chaque fois qu'elle a connu le nombre des échecs qui se produisent à la suite des examens du baccalauréat es lettres, et vous ne serez pas surpris de cette émotion, quand vous vous rappellerez que ces échecs s'élèvent en moyenne à 70 ou 80 p. 100 — je dis 80 p. 100; je pourrais peut-être dire davantage, si je rappelais que ce chiffre s'applique aux élèves qui se présentent pour la première lois devant les examinateurs. Quoi qu'il en soit, il en résulte évidemment un désappointement considérable dans les familles. Les jeunes gens se découragent; et alors que vont-ils devenir? Ah! c'est ici que la gravité de la question éclate et m'émeut. Oui, je le répète, que voulez-vous qu'ils fassent ? que vont-ils faire? » (Chambre des Députés, 2 décembre 1882, discours de M. Chevandier de Valdrôme.)
2. « Il n'y a peut-être pas vingt établissements en France (lycées ou collèges) où l'on fasse en rhétorique et en philosophie un enseignement de rhétorique et de philosophie. » (Enquête.)
de se faire la main. Pour s'assurer tellement quellement ce qu'on n'apprend que pour l'oublier, comme dit énergiquement Kant1, in futuram oblivionem, — je veux dire avec Kant lui-même, ce qui ne sert qu'à l'examen, — ils sacrifient de gaieté de cœur ce qui est le fruit durable de l'effort scolaire régulièrement poursuivi. Ils se privent du bénéfice de ces vives et chaudes lumières qui, à la fin d'une année de rhétorique ou de philosophie, se dégagent des dernières leçons d'un cours bien fait. Quant aux parents, ils ne se bornent pas à tolérer ces désertions, ils les encouragent ; pour en obtenir la sanction, ils nous payent de motifs que la conscience de leurs propres enfants ne reconnaît pas. Et à côté de ces jeunes gens qui s'absentent de la classe, combien s'absentent dans la classe même! L'habitude de cet effort de la dernière heure en vue du parchemin est si bien entré dans les mœurs, qu'on arrive presque à s'en féliciter2. Nous l'avons relevé : si le plus grand nombre des professeurs et des chefs d'établissement demandent le maintien du baccalauréat scindé pour les lettres, et si quelques-uns sont prêts* à approuver la même mesure pour les sciences, c'est qu'à leurs yeux le travail y gagnerait d'être assuré pour deux ans, le commun des élèves ne commençant à s'y mettre que lorsqu'ils entrevoient l'examen qui est la condition de tout le reste. Et le travail est sérieux en effet ; un de ces nombreux visiteurs étrangers qui aiment à pénétrer dans nos classes, et dont il est toujours bon de recueillir les impressions, m'en faisait récemment la remarque : « Que n'obtiendriez-vous de la masse de vos élèves, di-
1. Pédagogie, A. § 3. — Voir E. Lavisse, Questions d'enseignement national, p. 68-89. — Voir aussi, dans la Revue historique (numéro de maijuin 1885), les observations de M. G. Monod (Bulletin de la France).
2. Voir notamment le rapport du recteur de l'académie d'Aix (Enquête p. 39 j.
sait-il, s'ils consacraient seulement à l'ensemble des études, pendant toute la durée de leurs classes, le quart des forces qu'ils dépensent à s'entraîner pour le baccalauréat! »
Les résultats du baccalauréat. — La valeur des épreuves. — Quels sont donc, en dernière analyse, les résultats de cette contention tardive ?
Nous avons entendu tout à l'heure les facultés, prèsque toutes les facultés, déclarer que le diplôme ne leur présente pas, pour les études supérieures, une garantie suffisante, et leur opinion n'est que trop confirmée par les notes d'examen. C'est assurément un des vices de l'institution du baccalauréat que le diplôme couvre tout, les ignorances comme les supériorités. Dans les pays qui ne connaissent que le certificat de maturité, la pièce délivrée constate la valeur du candidat pour chacune des épreuves qu'il a subies. 11 a été question plus d'une fois d'introduire cet usage en France. Le procédé semblait avec raison plus digne pour le candidat, plus loyal pour la commission d'examen, plus sûr pour la société. Nos habitudes de générosité vraiment bien naïve parfois, peut-être aussi nos préjugés d'égalité, ont fait écarter la proposition. On a préféré laisser au bachelier le bénéfice complet de son succès tant bien que mal acquis; on n'a pas cru qu'il pût être utile de l'éclairer sur ce qu'il avait à perfectionner ou à apprendre, el d'avertir ceux entre les mains ou sous l'autorité desquels il passerait des lacunes qu'il devait combler. Il a paru qu'il suffisait de résumer
dans une note d'ensemble, très bien, bien, assez bien, passablement, la valeur générale de l'épreuve. Encore ce mode d'appréciation a-t-il eu beaucoup de peine à s'établir1. Quoi qu'il en soit, voici ce que donne le total de ces diverses mentions, additionnées, pour chaque groupe d'examens, depuis 1882, dans toute la France2.
Baccalauréat es lettres :
1re partie
2e partie
Baccalauréat es sciences
Complet
Restreint