TOTAL
D'où l'on voit que la proportion des bacheliers qui dépassent plus ou moins le niveau de l'examen est de 51,70 pour 100, tandis que celle des jeunes gens qui l'atteignent tout juste s'élève à 68,30 pour 100. Quant à ceux qui donnent satisfaction complète, — je parle des bien et des très bien, — ils ne représentent pas dans l'ensemble plus de 8,17 pour 100. J'ai hâte, il est vrai, d'ajouter que parmi les passable il est plus d'un candidat dont la valeur est supérieure à la note : l'expérience prouve tous les jours — et c'est un des justes griefs souvent reproduits contre l'institution — qu'en embrassant
1. Cette appréciation a été prescrite pour la première fois par V. Cousin. (Règlement du U juillet 1840, art. 27.)
2. J'ai pris les trois dernières années, parce que c'est surtout depuis 1882 que les facultés, sur l'invitation de l'administration supérieure, ont noté exactement la valeur de chaque examen.
un trop grand nombre de matières et en portant sur trop d'élèves à la fois, l'examen oblige le juge à se tenir dans une sorte de moyenne qui ne mette en défaut ni sa rigueur ni son indulgence1. Ainsi a-t-on pu dire avec raison « que la médiocrité est la loi du baccalauréat » 2.
Le nombre des admissions. — C'est donc par le nombre des admissions qu'il convient plutôt d'en juger les effets.
Chaque année nous aimons à relever le nombre des diplômes obtenus dans nos lycées ou collèges. Ces succès assurément — puisque telle est l'unique sanction des éludes — ne sont ni sans intérêt ni sans honneur ; et les chiffres paraissent satisfaisants, lorsqu'on les groupe.
Depuis vingt ans, les vingt-quatre collèges de l'académie de Paris n'ont pas produit moins de 634 bacheliers es sciences ; depuis dix ans, c'est-à-dire depuis qu'on a établi pour les lettres le baccalauréat scindé, nous comptons 577 diplômes représentant la première partie et 588 la seconde.
Dans les lycées, c'est à 4586 que s'élève, pour le même laps de temps, le nombre des diplômes de sciences complets :
Paris 5305
Départements 1185
1. Voir dans YEnquêle, p. 385, les observations du recteur de l'académie de Grenoble. — Un renseignement plus récent encore confirme ce calcul :« Parmi les candidats admis au baccalauréat, à Paris, pendant l'année 1885-1886, dit le rapport du Conseil général des Facultés d'Université de Paris en 1885-1886), les bonnes notes ont été assez rares : à la Faculté des Sciences, 9 très bien, 159 bien, 323 assez bien, 689 passable sur 1180; à la Faculté des Lettres, 12 très bien, 206 bien, 689 assez bien, 1560 passable, sur 2467. »
2. Enquête, faculté des lettres de Poitiers, p. 787. — Cf. faculté des lettres de Bordeaux, p. 99. — Lycée de Toulouse, p. 877.
Celui des diplômes de lettres atteint, depuis 1874, 5694 pour la première partie :
Paris 2648
Départements 1046
2697 pour la seconde :
Paris 1920
Départements 777
Mais si Ton cherche dans l'ensemble de ces chiffres la proportion exacte des succès annuels, qu'arrive-t-on à constater?
De 1878 à 1884 — pour ne prendre que cette période — en appliquant le calcul à toutes les facultés de France, — on trouve qu'au baccalauréat es lettres le nombre proportionnel des candidats admis varie, pour la première partie, de 36,18 pour 100 à 41,88 pour 100; pour la seconde, de 43,63 pour 100 à 48,19 pour 100; qu'au baccalauréat es sciences complet il oscille entre 34,62 pour 100 et 38,80 pour 100 ; enfin, qu'au baccalauréat restreint il va de 38,85 pour 100 à 45,44 pour 100.
Les facultés de Paris, prises isolément, donnent une proportion maximum un peu plus élevée quant au baccalauréat es lettres : première partie, 52,87 pour 100; seconde partie, 55,15 pour 100. Pour le baccalauréat es sciences, au contraire, la proportion maximum est légèrement inférieure : 36,93 pour 100, baccalauréat complet; 44,62 pour 100, baccalauréat restreint1.
1. On rapprochera utilement ces chiffres de ceux de la première session de 1885 (juillet-août). Si la proportion des succès est un peu plus élevée, c'est qu'elle représente dans l'ensemble du résultat annuel l'élément le plus favorable, les échecs étant toujours sensiblement plus nombreux à la session de novembre qu'à celle de juillet. Voir aux Annexes, n° Xll.
Quelles que soient les différences, ce qui ressort de ces calculs, c'est, dune part, que le nombre des élèves qui obtiennent le diplôme est sensiblement au-dessous de la moitié de ceux qui y prétendent, et ne dépasse guère les 2/5. A la vérité les candidats refusés peuvent indéfiniment recommencer, et d'un premier ou même d'un second et d'un troisième échec on ne peut conclure à un échec définitif. Mais du même coup il faut reconnaître que, dans la proportion des succès établie pour l'ensemble d'une année, il est plus d'un candidat qui affrontait l'épreuve au moins pour la seconde fois, et qu'ainsi le chiffre des élèves qui, à la fin de leurs classes, atteignent régulièrement le but, doit être diminué d'au moins 10 pour 100, ce qui réduit à 1/3 ce qu'on peut appeler les succès de première épreuve1.
Tel est le bilan de cet examen auquel l'opinion a attaché la fortune de notre enseignement et l'avenir de la jeunesse.
Conclusion. — Est-ce là un régime d'études normal ? Que deviennent ceux qui n'ont pas affronté l'épreuve, et de quoi sont-ils capables au terme de leur stage scolaire poursuivi sans plus d'illusion que d'énergie? Parmi ceux-là même qu'après plusieurs tentatives
1. Celte proportion a presque toujours été la même à peu de chose près. En 1812 et en 1843, dit le duc de Broglie dans le rapport présenté à la Chambre des Pairs au nom de la commission chargée de l'examen du projet de loi sur l'instruction secondaire de M. Villemain, elle s'établissait ainsi :
dans les collèges royaux, admission. 53 p. 100. dans les collèges communaux de premier ordre 44 p. 100.
Etudes faites < . ■■•,•»*■ a i •
dans les institutions de plein exercice 43 p. 100.
dans les familles 36 p. 100.
Soit pour la proportion moyenne, laquelle contient à la fois ceux qui se présentent pour la première fois et tous les autres Ai p. 100.
infructueuses, un jour de bonheur sauve ou qu'un effort désespéré finit par jeter au port, combien en est-il dont le savoir, l'intelligence ou même simplement les habitudes de travail représentent ce qu'on serait en droit d'attendre de l'éducation générale qui est le propre des études secondaires?
Serait-ce que le nombre de ceux qui se livrent à ces études est plus considérable que ne le comportent les intérêts des individus et les besoins de la société?
L'enseignement secondaire, public et libre, comptait, à l'ouverture de la dernière année scolaire (1883-1884), 161 727 élèves1. Sur les 4238 929 enfants et jeunes gens de sept à vingt ans dénombrés au recensement de 1881, c'est une proportion de 5,81 pour 100. Si l'on considère en outre que, malgré les progrès accomplis dans l'enseignement supérieur, nos facultés, à la môme date, ne réunissaient pas plus de 16 464 étudiants2, on conviendra sans peine que, bien loin d'excéder la limite raisonnable, le nombre des élèves des lycées et des facultés est loin d'atteindre la proportion nécessaire à la