N°III
EXTRAIT DES PROCÈS -VERBAUX DES DELIBERATIONS DE LA FACULTE DES SCIENCES. — AGRANDISSEMENT DE LA SORBONNE.
(Voir page 18.)
Séance du 15 novembre 1837.
Rapport présenté par M. J.-À. Dumas pour êlre adressé au Ministre de l'Instruction publique au nom de la Faculté des Sciences.
Monsieur le Ministre,
Dans la lettre que vous nous avez fait l'honneur de nous adresser le 19 octobre dernier, vous manifestez le désir que la Faculté des Sciences de Paris vous signale les améliorations qu'elle jugerait nécessaires pour l'enseignement scientifique. Une grave pensée vous préoccupe, c'est la décentralisation des lumières; vous voudriez que les Facultés des départements pussent s'élever à la hauteur de celle de la Capitale. Telles sont presque textuellement les expressions dont vous vous servez. Nous sommes heureux, Monsieur le Ministre, de les pouvoir reproduire ici : elles nous permettent d'espérer ce que nous souhaitons depuis longtemps. Convaincus que votre projet, si favorable à l'avancement des sciences, obtiendra l'assentiment universel parce qu'il est en harmonie avec les plus vives et les plus impérieuses tendances de notre époque, nous nous sommes empressés de rechercher ce qu'il y aurait à faire pour en préparer et en assurer l'exécution. D'importantes questions ont été soumises à un sérieux examen. Toute proposition utile a été accueillie avec faveur. Mais, comme il est dans la nature des choses que les améliorations naissent les unes des autres progressivement, la Faculté a dû faire la part du présent et celle de l'avenir.
Monsieur le Ministre, nous vous parlerons d'abord des Facultés des départements, qui n'attendent que votre appui pour s'avancer d'un pas ferme vers le but que vous avez si nettement marqué. Puis nous appellerons votre attention sur la Faculté de Paris, à laquelle on a confié l'honorable mission de former d'habiles professeurs, sans lui fournir les ressources indispensables pour la bien remplir. C'est un oubli que votre prévoyance se hâtera de réparer.
Sans doute nous souhaiterions avec vous, Monsieur le Ministre, que l'enseignement des Facultés départementales ne fut nulle part au-dessous de celui de la Capitale, et nous avons la confiance que, si ce progrès ne dépendait que des talents et du zèle de MM. les professeurs des départements, nos vœux ne tarderaient pas à s'accomplir. Mais il existe un obstacle dans l'institution même des Facultés départementales. Si l'enseignement y est incomplet, c'est que les chaires et les professeurs y sont en très petit nombre. Considérons que la Faculté de Paris qui, très certainement, n'a pas encore tout le nécessaire en hommes et en choses, compte pourtant quatorze chaires ayant des attributions distinctes et un nombre égal de professeurs; tandis que les Facultés de Montpellier et de Lyon, les plus favorisées de celles des départements, n'en ont que sept ; que celles de Strasbourg et de Toulouse n'en ont que cinq ; que celles de Caen et de Dijon n'en ont que quatre ; que celle de Grenoble n'en a que trois. Comment, avec des moyens si inférieurs, serait-il possible d'obtenir des résultats égaux?
Nonobstant ces observations et quelque désir que nous ayons que les sciences se répandent en France et contribuent à sa gloire et à sa prospérité, nous comprenons que le moment n'est pas venu de mettre les Facultés des départements sur le môme pied que celle de Paris. Mais s'il faut renvoyer à d'autres temps cette immense amélioration, rien n'empêche, du moins, qu'on ne fasse dès à présent un premier pas pour se rapprocher du but. Il suffit pour cela d'établir une parfaite égalité entre les sept Facultés des sciences des départements, en prenant pour type celles de Lyon et de Montpellier.
1° Un professeur de mathématiques pures ; 2° — d'astronomie et de mécanique ration-
nelle;
5° Un professeur de physique;
4° — de chimie ;
5° — de zoologie et de physiologie animale ;
6° — de botanique et de physiologie végétale ;
7° — de minéralogie et de géologie.
Il y aurait donc à créer dès à présent :
1° À Caen . ... 1 chaire d'astronomie;
2 chaires d'histoire naturelle ; 2° A Toulouse . . 2 chaires d'histoire naturelle ; 3° A Strasbourg. . 2 chaires d'histoire naturelle ; 4° A Dijon . ... 1 chaire d'astronomie;
2 chaires d'histoire naturelle; 5° A Grenoble . . 1 chaire d'astronomie ;
1 chaire de chimie ;
2 chaires d'histoire naturelle.
En tout, trois chaires d'astronomie, dix chaires d'histoire naturelle et une de chimie. Bien entendu qu'il serait accordé aux Facultés les aides et conservateurs indispensables.
Il faudrait que le professeur d'astronomie enseignât aussi toute la partie de la mécanique rationnelle nécessaire à l'intelligence et au système du monde ; mais nous insisterions très fortement pour que la chaire ne fût confiée qu'à un astronome connaissant la pratique des instruments, sachant observer et pouvant servir la science dans cette direction. La présence d'un astronome déciderait les villes à fonder des observatoires ou, du moins, à en faciliter l'établissement.
A ceux qui demanderaient comment l'histoire naturelle peut à elle seule exiger la création de dix chaires nouvelles, nous répondrons que cette science est devenue si vaste que l'étude approfondie et complète de l'une de ses trois grandes divisions est beaucoup plus que suffisante pour occuper la vie entière d'un seul homme, quelle que soit d'ailleurs sa capacité.
Cinq des sept Facultés des Sciences fondées dans les départements n'ont chacune jusqu'à ce jour qu'un professeur pour enseigner la minéralogie et la géologie, la botanique et la physiologie végétale, la zoologie et la physiologie animale.
Or ces sciences remplissent six cours de notre Faculté sans que la matière soit épuisée. Comme il n'est donné à personne de l'aire l'impossible, le professeur de Faculté départementale est réduit à la nécessité de mesurer sa lâche sur la durée de son cours, soit qu'il traite à fond d'une seule partie, soit qu'il partage également son cours entre toutes.
L'enseignement est donc incomplet ou superficiel. Dans ce dernier cas, qui est le pire à nos yeux, le professeur passe son temps à préparer des leçons pour discourir sur une multitude de branches de l'histoire naturelle qui ne lui sont pas également familières, et n'a pas le loisir de s'y livrer à des recherches profondes. Ceci est grave. L'honneur des Facultés exigerait que toujours le génie investigateur des maîtres se portât en avant des connaissances acquises. Ces hautes écoles ne seront en possession de donner une forte impulsion à l'enseignement qu'autant qu'elles fixeront l'attention publique par l'excellence des doctrines et l'importance des découvertes. C'est alors en effet que les élèves afflueront de toute part pour suivre des cours illustrés par les travaux des professeurs.
En considérant quelle serait la position de MM. les professeurs d'histoire naturelle des Facultés départementales, il est aisé de prévoir la direction qu'ils donneraient à leurs cours. Chacun, dans sa partie, enseignerait sans doute l'ensemble de la science ; mais en même temps il ferait en sorte que ses élèves acquissent les notions les plus exactes sur les produits naturels de notre sol. Par là tous les professeurs concourraient puissamment à un travail qui ne s'accomplira jamais sans leur assistance : c'est l'histoire naturelle, générale et particulière de la France, sur laquelle nous ne possédons encore que des notions très incomplètes. L'exécution de ce grand travail se recommande à double titre : elle reculerait les limites de la science; elle ouvrirait une large voie aux plus utiles applications.
Nous pensons, Monsieur le Ministre, que, si vous approuviez la proposition de porter au nombre de sept les chaires des Facultés des sciences des départements qui n'en ont que trois, quatre ou cinq, il conviendrait de les créer sans délai; mais en même temps nous serions d'avis qu'on ne se hâtât pas de nommer les professeurs. Quelques explications sont
nécessaires pour justifier ces deux opinions qui, au premier aperçu, o firent une sorte de contradiction.
Quand il s'agit de faire choix des professeurs pour les Facultés des Sciences, il ne suffit pas que de brillants examens et des thèses soutenues avec succès témoignent que les candidats ont conservé un souvenir intelligent des cours qu'ils ont suivis. On attend d'eux des preuves plus irréfragables de leur capacité scientifique. Ce n'est pas trop de vouloir qu'ils se soient déjà fait connaître avantageusement du monde savant par des travaux originaux. Or les sujets en état de produire de pareils titres ne sont pas communs. Cette pénurie provient de deux causes : la rareté des chaires et l'insuffisance des traitements. Des jeunes gens doués d'heureuses dispositions et qui ont le sentiment de leur force, n'ont garde de s'engager dans une carrière s^ns présent et sans avenir. Chez les nations voisines où les élèves payent les professeurs des universités, les sciences mènent souvent à la fortune. Ici l'enseignement universitaire est à la charge de l'État. Nous applaudissons à cette munificence nationale, et certes nous ne demandons point que le trésor public enrichisse les professeurs, mais nous dirons que c'est donner à la jeunesse des départements une bien mince opinion de l'utilité des sciences que de traiter si mesquinement les savants qui les enseignent dans les chaires les plus éminentes. Ajoutons que ce serait œuvre d'équité d'élever Ihs Facultés des Sciences, ne fût-ce que pour affaiblir la disproportion choquante qui existe entre elles et les Facultés de Droit et de Médecine.
Ces réflexions que nous vous soumettons, Monsieur le Ministre, plus encore dans l'intérêt de la société que dans l'intérêt des hommes qui suivent la carrière des sciences, nous déterminent à préciser notre pensée par un chiffre. Nous croyons que 5000 francs est le moindre traitement que l'on puisse offrir aux professeurs des Facultés des Sciences des départements, et nous demandons qu'il soit fixé à ce taux.
Si Paris, qui possède beaucoup plus d'établissements scientifiques et plus de professeurs célèbres qu'aucune autre capitale, ne fournit que très rarement des sujets aux chaires des départements, n'en cherchons pas d'autres causes que celles qui viennent d'être indiquées. Tant que cet état de choses subsistera, le projet généreux, sage et patriotique de
décentraliser les lumières, ne sera qu'une utopie; mais en avoir hautement exprimé la pensée est déjà un présage certain de sa future exécution.
On comprend maintenant que la nécessité de la création immédiate de nouvelles chaires et la convenance de l'ajournement de la nomination des professeurs, sinon dans tous les cas, du moins dans un grand nombre, n'offrent rien de contradictoire et sont indiquées par les circonstances présentes.
Personne plus que nous, Monsieur le Ministre, ne désire l'établissement de Facultés dans beaucoup de villes importantes du royaume qui sont encore privées de ce bienfait ; mais si nous reconnaissons qu'il est très difficile de trouver aujourd'hui un petit nombre de professeurs pour mettre l'enseignement de cinq des Facultés existantes au niveau des Facultés de Lyon et de Montpellier, à plus forte raison sommes-nous convaincus que les sujets manquent pour la formation des Facultés nouvelles. Cette mesure, dont votre zèle éclairé hâtera sans doute l'exécution, est le second pas à faire dans la carrière du perfectionnement.
Ce qui dépend dès aujourd'hui de la volonté du gouvernement est de donner aux Facultés existantes tous les moyens matériels de remplir leur mission, et l'intérêt public exige qu'il commence par la Faculté de Paris, puisqu'elle est chargée plus particulièrement que toute autre de former des professeurs. Nous allons aborder sans détour les questions que sa situation nous paraît de nature à soulever.
Quand on connaît les services que l'enseignement de la Faculté des Sciences de Paris rend chaque année à la jeunesse, à l'État; quand on sait combien ses cours sont suivis, il doit paraître peu probable qu'elle ait quelque chose à réclamer.
Cependant on pourra se convaincre, par les détails dans lesquels nous allons entrer, que la Faculté des Sciences de Paris a besoin que son matériel soit soumis h un remaniement complet, qu'elle ne peut s'accommoder beaucoup plus longtemps de l'étroit espace où elle est logée, et que, sous le rapport du nombre des chaires, elle a aussi quelques demandes à former.
Quel est le rôle de la Faculté de Paris? Il est évident-
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qu'elle a pour objet de préparer la jeunesse aux épreuves de la licence es sciences, de l'agrégation et du doctorat es sciences. De plus, elle répand dans le public la connaissance des sciences exactes par ses cours, auxquels tout le monde peut être admis, sans aucune distinction. C'est sous ce dernier point de vue que la Faculté des Sciences de Paris se présente à qui n'en étudie pas un peu prolondément l'organisation. En effet, ce mélange d'auditeurs appartenant aux classes les plus élevées de la société et de jeunes gens qui ont un but positif, un état à acquérir, cette affluence de jeunes savants étrangers qui viennent terminer leurs études à la Faculté, tout cela forme un ensemble qui donne à l'enseignement de la Faculté un caractère spécial qui a pu faire naître des idées inexactes.
En voyant nos amphithéâtres remplis en grande partie d'auditeurs qui n'auront rien à réclamer de nous, une fois le cours terminé, on s'est accoutumé peut-être à la pensée que les rapports de la Faculté avec ses élèves commençaient et cessaient avec ses cours. Il n'en devrait pourtant pas être ainsi, et il y a longtemps qu'on s'en serait aperçu si les élèves de la Faculté avaient tous été dans le cas d'y prendre un grade quelconque, s'ils arrivaient tous entre ses mains bacheliers es sciences, pour en sortir licenciés ou docteurs. Car, obligés de subir des examens sévères, ils n'eussent pas manqué de réclamer des moyens d'instruction que la Faculté ne leur donne pas. Mais ne devons-nous pas faire, dans un grand but d'utilité publique, ce que nous n'aurions pas refusé à l'intérêt particulier des candidats à la licence ?
Propager la connaissance des sciences, en perpétuer l'enseignement, tel doit être notre but, et pour l'atteindre nous devons nous aider de tous les moyens matériels nécessaires.
Ainsi l'on comprend facilement combien il serait nécessaire que les jeunes gens qui aspirent à la licence, au doctorat, à l'agrégation, et, en général, que tous nos auditeurs pussent compléter dans une bibliothèque spéciale les études qu'ils font dans nos cours. Rien de plus utile qu'une bibliothèque composée par la Faculté des Sciences, placée sous sa direction, lui appartenant, et affectée au service des auditeurs de ces cours. Cette bibliothèque, qu'il faudrait ouvrir non seulement le jour, mais le soir, et qui serait placée au
centre même du quartier des études, rendrait des services essentiels à la jeunesse. Quand on peut éclairer un doute en sortant de l'amphithéâtre et qu'il suffit pour cela d'entrer dans la bibliothèque qui l'avoisine, on le fait. S'il faut attendre au lendemain, aller ailleurs, on l'oublie, et le temps qu'on aurait consacré à de sérieuses études se perd en frivolités. Quand on voit à quelles séductions de toute espèce sont exposés les jeunes gens qui fréquentent les écoles de Paris, on ne peut s'empêcher de regretter de la manière la plus vive qu'on n'ait rien prévu jusqu'à ces derniers temps pour préparer à ces jeunes gens un bon emploi de leurs soirées. Les professeurs de la Faculté demeurent convaincus de l'utilité certaine que présenteraient à ce sujet des bibliothèques spéciales ouvertes le soir. Le succès qu'obtiennent quelques cabinets de lecture le prouve à l'évidence. Et pourtant quel est le cabinet de lecture qui puisse se procurer les grandes collections académiques, véritables trésors de la science auxquels il faut toujours recourir? On ne peut s'empêcher de craindre que, soit à cause de son éloignement, soit par le défaut de spécialité, la bibliothèque Sainte-Geneviève ne remplisse pas tout à fait l'objet qu'on s'est proposé en l'ouvrant le soir et qu'elle ne soit pas fréquentée par les étudiants. Et pourtant ce sont les étudiants surtout qu'il importe d'arracher à l'oisiveté des cafés.
La Faculté s'est prononcée d'une manière unanime sur la convenance ou plutôt la nécessité de créer une bibliothèque spéciale à l'usage des auditeurs qui fréquentent ses cours. Cette opinion dérive de celle qui a présidé à l'ensemble de son travail. Elle croit pouvoir réclamer, en effet, sous tous les rapports, une existence large et distincte ; elle voudrait obtenir un commencement d'exécution, qui permet toujours mieux de marquer clairement le but et de l'atteindre.
Mais si l'on n'admettait pas la convenance que nous croyons voir à ce projet général, ou si des considérations du moment obligeaient à en retarder l'exécution, nous demanderions tout au moins que la bibliothèque de l'Université fût modiiiée de telle sorte qu'une salle spéciale y fut consacrée aux sciences ; que cette salle fût ouverte le soir aux élèves et tous les jours pendant la durée des cours; qu'un fonds annuel fût réservé pour l'acquisition des ouvrages scientil:-
ques; qu'enfin l'emploi de ce fonds, ainsi que la direction de cette portion de la bibliothèque, fussent dès à présent placés entre les mains de la Faculté des Sciences.
La Faculté craindrait d'avoir été imparfaitement comprise, en ce qui concerne la création de cette bibliothèque, si elle n'ajoutait qu'elle n'a pas voulu former une bibliothèque académique ou scientifique à l'usage des professeurs, mais bien un cabinet de lecture scientifique, créé et dirigé par elle à l'usage des étudiants.
Là ils trouveraient les journaux scientifiques les plus importants de l'Europe ou de l'Amérique et les ouvrages nécessaires à leurs études. On aurait de chaque ouvrage autant d'exemplaires qu'il le faudrait pour suffire aux demandes. Sous aucun prétexte, on n'en laisserait emporter aucun par personne, pas même par les professeurs de la Faculté.
La Faculté suppose qu'une telle bibliothèque coûterait environ 50 000 fr. pour le premier fonds. Elle pense qu'il faudrait consacrer en outre 3000 francs à son accroissement annuel en livres, aux abonnements, enfin aux reliures.
Ce que nous disons d'une bibliothèque spéciale pour les sciences, nous devons le répéter au même titre pour les collections diverses qui devraient servir de complément indispensable à un grand nombre de nos cours.
Comment un élève pourra-t-il reconnaître les substances qu'il a vues pendant quelques secondes entre les mains du professeur de chimie? Comment aura-t-il pu démêler la structure d'un appareil de physique un peu compliqué pendant le court espace de temps où le professeur l'a mis sous ses yeux? Où retrouvera-t-il les minéraux, les roches qu'il a entrevus à peine dans nos cours ? Toutes ces questions, il faut les faire également en ce qui concerne les cours de zoologie et de botanique.
Nous n'hésitons point à le dire — et tous les amis des études solides partageront notre opinion, nous en sommes convaincus : — la Faculté des Sciences de Paris devrait avoir non seulement une bibliothèque spéciale, mais de plus des collections de chimie, un cabinet de physique, des collections d'histoire naturelle, véritables bibliothèques de la science où les élèves viendraient se familiariser à loisir avec les objets réels.
ANNEXES. m
Qu'on n'aille pas dire que les élèves pourront étudier ailleurs, au Jardin du Roi par exemple, les objets dont il s'agit; ce serait une erreur. Ce que nous voulons, ce sont des collections pour renseignement, tel qu'il se pratique à la Faculté; un enseignement limité, clair et concis. Il nous faut des collections limitées, nettes et parlant vivement aux yeux. Laissant au Jardin du Roi les raretés, les doubles, les séries complètes, nous voulons réunir les objets les plus vulgaires, les mieux connus, les exemples les plus tranchés, enfin ce qu'il faut et seulement ce qu'il faut à notre enseignement. Le luxe du Jardin du Roi éblouirait nos élèves, qui perdraient plus de temps à y chercher l'échantillon qui les intéresse qu'ils n'en pourraient certainement consacrer à son étude.
Or la Faculté de Paris n'a rien en produits chimiques qu puisse être mis sous les yeux du public. Elle a même à ce sujet, quelle que soit la décision prise sur l'ensemble de ses réclamations, une demande urgente à faire pour remettre sa collection de produits chimiques au niveau des besoins actuels, et cette dépense ne saurait se retarder sans les plus graves inconvénients.
Il n'en est pas de même du cabinet de physique, quoiqu'il soit incomplet à beaucoup d'égards ; il est en état d'être placé sous les yeux des élèves avec utilité. Les collections de minéralogie et de géologie sont à peu près suffisantes, quoique les besoins du cours exigent qu'elles soient complétées. La collection de zoologie laisse beaucoup à désirer, et le peu que la Faculté possède en ce genre se détruit rapidement, la salle de cette collection étant trop humide pour que les préparations puissent s'y conserver. Remarquons enfin que la Faculté ne possède aucun local qui soit disposé de manière à se prêter à une exposition publique. 11 lui faudrait une galerie qui pût recevoir tous les objets dont il s'agit et qui fût arrangée de façon à permettre une surveillance exacte et facile.
La Faculté est même si mal logée, encore bien qu'elle soit établie dans un bâtiment vaste et très convenablement placé, elle est si mal logée que la situation à cet égard mérite une sérieuse attention.
Le laboratoire de chimie est tout à fait insuffisant ; la zoologie n'a pas de laboratoire ; la physique est dans le même
cas ; la salle pour les examens est trop petite ; elle est humide et froide d'une manière vraiment fâcheuse.
Parmi nos amphithéâtres, il en est deux qui donnent sur la rue et où les leçons sont interrompues à chaque instant parles voitures, etc. On a même laissé, par une inadvertance inexplicable, s'établir une ligne d'omnibus dans cette rue ; bien plus, on a permis aux chevaux de relais qui lui sont nécessaires de s'installer sous les fenêtres mêmes de ces amphithéâtres qui sont au rez-de-chaussée. Cet état de choses est vraiment intolérable, et nous osons compter sur l'intervention de M. le Ministre pour le faire cesser, d'autant plus qu'au moment de la sortie des cours il arrivera tôt ou tard de graves accidents par le passage des voitures qui descendent la rue au milieu de la foule des élèves.
On voudrait trouver à la Faculté de Paris, pour l'enseignement des sciences expérimentales, les amphithéâtres disposés avec le soin et la prévoyance qui ont présidé à la construction des amphithéâtres analogues établis récemment dans d'autres pays. A la Faculté, en effet, les expériences se préparent en vue du public, et le professeur ne peut en aucune façon s'assurer que les préparations soient bien exécutées. Dans les établissements étrangers dont nous parlons, toutes les préparations sont faites dans un laboratoire contigu à l'amphithéâtre et communiquant avec lui à volonté. Les appareils arrivent sur des chariots et servent aux démonstrations dès qu'ils sont utiles. Le professeur peut donc, avant la leçon, s'assurer que les dispositions ont été bien prises, et les auditeurs, qui ne sont jamais distraits par aucune circonstance étrangère à la pensée du professeur, lui accordent une attention bien plus soutenue.
L'administration de FÉcole Polytechnique vient de demander, pour l'enseignement de la chimie, un amphithéâtre de ce genre ; et pourtant ces dispositions sont bien plus nécessaires dans un établissement public comme la Sorbonnequ'à l'École Polytechnique.
On voudrait donc à la Faculté des Sciences un amphithéâtre de chimie susceptible d'être mis en communication avec le laboratoire, de telle sorte que toutes les opérations pussent être présentées aux élèves au moment opportun et sur une grande échelle.
L'enseignement de la physique réclame un amphithéâtre
orienté de telle façon que l'on puisse y exécuter convenablement toutes les expériences d'optique. Il faudrait qu'il fût disposé de manière à communiquer librement avec le cabinet et le laboratoire de physique. Dans l'état actuel des choses, à la Faculté, le transport des appareils de cabinet à l'amphithéâtre est une opération périlleuse à la fois pour les appareils et pour ceux qui l'exécutent ; car il faut porter des machines souvent fort pesantes et toujours délicates dans leur construction, à travers des escaliers étroits et pardessus toutes les banquettes de l'amphithéâtre.
La physique et la chimie demandent chacune un amphithéâtre. Il résulte beaucoup d'inconvénients pour l'enseignement de leur réunion dans le même local. Il serait trop long de les énumérer, et du reste ils dérivent tous de l'impossibilité où se trouve chaque professeur de prendre aucune disposition durable dans un amphithéâtre qui, chaque jour, change de destination.
La Faculté est tellement préoccupée de la nécessité d'organiser deux amphithéâtres pour la physique et la chimie avec leurs dépendances, elle attache une si grave importance à la création de ses collections publiques, qu'elle regarde comme un devoir de dire ici toute sa pensée.
Sans doute, s'il s'agissait d'élargir un peu l'espace qu'elle occupe à la Sorbonne, il serait facile, avec de faibles dépenses, de lui donner quelque emplacement de plus. Mais ce n'est pas là ce qu'elle désire, ce qu'elle réclame. Elle voudrait un local où l'enseignement des sciences expérimentales, où l'enseignement des sciences d'observation pussent recevoir tous les secours matériels dont on ne pourrait les priver sans nuire profondément aux progrès des élèves. Or la Faculté ne peut comprendre comment on arriverait, sans défigurer la Sorbonne, à y créer les salles de collections et les amphithéâtres dont elle vient de parler.
La Faculté des Sciences se croit donc fondée à demander qu'il soit construit un bâtiment spécial pour elle, sans pouvoir entrer ici dans aucun détail sur les moyens d'exécution qu'elle aurait à proposer.
En supposant que la Faculté des Sciences possédât des amphithéâtres mieux disposés, des collections propres à être mises sous les yeux du public, une bibliothèque scientifique
spéciale, un jardin botanique approprié à son enseignement, enfin des cabinets convenables pour les recherches des professeurs, il lui manquerait encore un complément très digne de la sollicitude du chef de l'Université.
Tous les ans un concours spécial donne le titre d'agrégé à quelques jeunes gens pleins de zèle et d'ardeur, déjà éprouvés par de sérieuses études et qui font l'espoir de l'enseignement des sciences. C'est parmi eux que sont choisis les professeurs de nos collèges ; c'est parmi eux qu'il faudra choisir un jour, nous l'espérons du moins, la plupart de nos professeurs de Faculté.
Si ces jeunes gens se destinent aux études mathématiques, rien ne leur manque pour compléter leur éducation. Mais s'il s'agit d'en faire des physiciens, des astronomes, des naturalistes, leur instruction, incomplète encore, ne saurait se passer des travaux pratiques qui, seuls, peuvent les initier au maniement des appareils. Sous ce rapport, l'éducation de l'École Normale est et sera toujours insuffisante.
On aura fait faire un grand pas aux sciences le jour où l'on aura pris une résolution très simple et bien peu onéreuse à l'État, la résolution suivante :
Deux agrégés seraient attachés aux cours de chimie de la Faculté ; ils travailleraient dans le laboratoire, soit à la préparation des leçons, soit aux recherches qui seraient dirigées par les professeurs; — deux agrégés seraient attachés de la même manière et au même titre au laboratoire de physique ; — un agrégé serait placé à l'Observatoire de Paris pour en suivre les travaux, si l'on ne préférait fonder un observatoire à la Faculté même. Provisoirement, du moins, on pourrait demander à l'administration du Muséum de vouloir bien ouvrir les laboratoires du Jardin des Plantes à trois agrégés, qui s'y perfectionneraient dans leurs études d'histoire naturelle.
Ces agrégés recevraient un traitement faible, mais suffisant. Ils seraient renouvelés tous les ans par moitié.
Il faudrait les considérer comme des élèves de l'Ecole Polytechnique admis à passer aux écoles spéciales des Mines, des Ponts et Chaussées, de Metz, etc. Il faudrait donc leur accorder le même traitement, c'est-à-dire environ 1200 francs par an, indépendamment de leur traitement d'agrégé.
Cette institution donnerait aux agrégés de l'Université un accès assuré aux chaires de Faculté. En effet , ce concours des études théoriques et des études pratiques en ferait des hommes parfaitement préparés pour rendre de grands services aux sciences. Ils travailleraient à leurs progrès, et ce serait justice que de les récompenser plus tard de leurs efforts.
Dans l'état actuel des choses, rien de cela n'a lieu. Les agrégés manquent de pratique, et les cabinets ou appareils qu'on leur confie demeurent généralement stériles entre leurs mains. Ils n'ont jamais vu comment on en tue parti.
En un mot, il s'agit d'assurer la perpétuité de renseignement des sciences expérimentales, chose nouvelle, mais dont on conçoit la haute importance dans l'état de notre civilisation. Ce rôle appartient de droit à la Faculté de Paris.
Parmi les améliorations que la Faculté croit devoir réclamer, il en est une que son importance aurait dû peut-être faire placer au premier rang ; c'est la création d'un cours de mécanique expérimentale.
Personne n'ignore quel est l'immense développement des arts mécaniques en Angleterre, et tout le monde est disposé à convenir de la supériorité que les Anglais conservent sur nous à cet égard. Mais on sait moins qu'en ce qui concerne les arts chimiques il en est tout autrement, et que, sous ce rapport, nos manufactures jouissent d'une supériorité incontestée.
Cette différence s'explique facilement quand on voit comment les connaissances chimiques, puisées dans les cours publics, pénètrent dans nos ateliers, nos manufactures et en révolutionnent successivement tous les procédés. Notre supériorité incontestée en tout ce qui concerne les arts chimiques s'explique donc par l'éclat que l'enseignement de la chimie en France conserve depuis quarante ans, et en particulier par le succès soutenu des cours de chimie de la Faculté.
La réaction de l'enseignement des sciences sur la pratique des arts industriels est donc à la fois prompte et efficace en France. Abandonner le perfectionnement de nos arts mécaniques à la pratique seule, c'est donc agir contrairement
aux précédents et peut-être même contrairement au tour d'esprit national.
Nous regardons comme éminemment utile un enseignement qui aurait pour but de répandre des idées saines de mécanique dans le public qui fréquente les grandes écoles, et de mettre les résultats applicables de la mécanique rationnelle à la portée des jeunes gens qui ne possèdent que les mathématiques élémentaires. Cet enseignement, nous en avons la conviction, produirait d'immenses résultats.
Parmi les objets que ce cours devrait embrasser, nous citerons les suivants :
L'évaluation du travail des machines; — les lois du frottement; — la description des organes des machines; — la théorie des engrenages ; — les 'phénomènes relatifs à V écoulement des liquides et la description des machines propres à les élever; — les roues hydrauliques; — les courants d'air considérés comme force motrice; — l'étude détaillée des machines à vapeur, etc.
Pour des jeunes gens qui ont reçu déjà une éducation libérale et qui sont destinés à devenir propriétaires, industriels, capitalistes, l'utilité de ces connaissances est évidente, et nous pensons que la Faculté de Paris ne remplira complètement sa mission qu'alors qu'une chaire de mécanique expérimentale sera fondée dans son sein et largement pourvue de tous les movens matériels nécessaires à son enseignement.
La Faculté n'ignore point que toute demande de ce genre soulève des objections, et qu'en proposant la création d'une chaire de mécanique expérimentale dans son sein, elle semble prendre un rôle qui appartient au Conservatoire des Arts et Métiers.
Si cette assimilation était faite, la Faculté déclare qu'elle ne l'admet point, et elle le déclare à l'unanimité. En effet, le Conservatoire s'adresse aux industriels, aux chefs d'atelier et n'exige aucune éducation préalable; il entre dans tous les détails qu'exige la construction ou l'emploi des machines. La Faculté s'adresserait à des jeunes gens déjà pourvus du grade de bachelier es sciences, ou possédant les connaissances que ce grade exige. Elle leur donnerait les grandes notions de la mécanique expérimentale, celles qui doivent entrer dans l'éducation de tout homme bien élevé, au temps où nous
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vivons, sans vouloir entrer dans les détails du métier de constructeur de machines.
Un enseignement analogue à celui que la Faculté réclame existe à l'École Polytechnique, et son utilité n'y est point méconnue.
Relativement aux mathématiques, la Faculté pense qu'il y aurait lieu, dans l'état actuel de la science, à en compléter l'enseignement. Pour appliquer avec succès l'analyse, il faut en avoir étudié les principales branches. Or le cours de calcul différentiel et intégral, qui doit se faire en une seule année à la Faculté, ne peut renfermer que les éléments de l'analyse transcendante. Tout ce qui se rapporte aux intégrales définies, à leur application à l'intégration des équations, aux différentielles partielles ou au calcul des différences finies, en est exclu. Il en est de même de la théorie des transcendantes elliptiques, de la théorie des nombres, et d'autres théories non moins intéressantes. Or, comme ces différentes branches de l'analyse en constituent la partie la plus difficile et qu'elles servent le plus souvent dans les applications, il en résulte que les professeurs de mécanique et de calcul des probabilités sont souvent forcés d'interrompre leurs cours, pour donner à leurs auditeurs un supplément d'instruction analytique.
La durée de leur cours en est donc diminuée sans que renseignement de l'analyse en soit réellement plus complet pour cela.
En conséquence, la Faculté pense que, pour remplir cette lacune, on pourrait charger deux professeurs de l'enseignement du calcul différentiel et intégral. Dans ce cas, le cours se ferait en deux ans, et chaque année l'un d'eux commencerait son cours.
Pour compléter autant que possible l'enseignement des sciences mathématiques, il serait nécessaire de fonder à la Faculté une chaire de physique mathématique. C'est là que seraient exposées et discutées la théorie analytique de la chaleur, celle de l'attraction capillaire, celle des vibrations des surfaces élastiques, et en général tout ce qui concerne le calcul des actions moléculaires, qui depuis quelques années ont fait l'objet de tant de beaux travaux de la part de nos plus illustres géomètres. Ce serait certainement favoriser le développement des questions élevées de la physique, et très
probablement préparer l'époque où la théorie générale de la chimie pourra mettre à prolit les ressources du calcul.
Après la lecture de ce projet de rapport, une discussion s'était engagée dans la Faculté.
Voici l'extrait du procès-verbal qui s'y rapporte.
Dans ce rapport on trouve un passage où l'on demande la création d'une bibliothèque particulière pour la Faculté des Sciences. M. Thenard élève des objections contre cette disposition; il fait remarquer qu'on ne pourrait trouver un local convenable et faire en outre les frais d'un bibliothécaire, d'un aide, du chauffage et de l'éclairage, etc.
M. Dumas répond que tout son rapport est destiné à établir la nécessité de donner à la Faculté un local séparé de celui des Facultés des Lettres et de Théologie, comme le sont celles des Facultés de Droit et de Médecine; que d'ailleurs l'organisation de la bibliothèque est telle actuellement qu'on ne peut considérer cette bibliothèque que comme un établissement propre à la Faculté des Lettres.
M. Mirbel observe que le local actuel est beaucoup trop étroit, mais qu'il lui parait difficile d'obtenir une bibliothèque séparée.
M. Libri expose que, dans l'état actuel des choses, quoique la bibliothèque porte le titre de bibliothèque de l'Université, elle n'est réellement que celle de la Faculté des Lettres, ouvrant et fermant en même temps que les cours de cette Faculté, qui d'ailleurs s'y considère comme seule dominante.
M. Thenard dit qu'il ne faut demander au ministre que ce qu'il peut accorder et qu'on peut espérer en obtenir; qu'en conséquence il faut se borner à désirer seulement que l'on augmente le local ainsi que le nombre des livres de sciences qui s'y trouvent et qui seraient réunis dans une pièce séparée; que surtout il faut demander que des fonds annuels soient destinés à l'achat des livres de sciences, et que la Faculté soit chargée d'indiquer quels sont ces ouvrages.
MM. de Blainville, Libri et Francœur appuient cette proposition et demandent que la bibliothèque soit ouverte le soir, ainsi que cela est exprimé dans le rapport de M. Dumas, afin d'offrir aux élèves un asile et de les enlever aux lieux de réunion qu'ils ne fréquentent que trop. Ils demandent même
que les heures d'ouverture de la bibliothèque soient telles, que les élèves qui cultivent les sciences puissent, à la suite des leçons, aller consulter les livres qui traitent le même sujet, afin de lever leurs difficultés et leurs doutes avant que leur zèle se trouve refroidi ou leur mémoire perdue.
M. Thenard promet d'appuyer de tout son pouvoir les justes demandes de la Faculté. 11 désire d'ailleurs que le bibliothécaire et le sous-bibliolhécaire soient pris, l'un dans les lettres, l'autre dans les sciences.
La Faculté décide que le rapport exprimera le vœu que la bibliothèque ait une enceinte séparée pour les élèves de sciences; que des fonds spéciaux soient accordés chaque année pour en augmenter le nombre; que le choix en soit fait parles professeurs de la Faculté; qu'enfin la bibliothèque de l'Université soit ouverte le soir, et aussi aux heures de la journée qui seront réglées dans l'intervalle des cours.
Un autre passage, relatif à l'utilité des manipulations chimiques et physiques de la part des élèves, est supprimé, d'après l'observation de M. Dulong, à raison des frais que cette mesure exigerait, et surtout des difficultés d'y introduire de l'ordre. Cependant M. Dumas fait observer qu'à l'étranger ces manipulations sont admises, et que l'instruction publique y trouve de grands avantages.
Le rapport demande qu'un cours de mécanique expérimentale soit introduit dans la Faculté, et fait comprendre toute l'utilité de ce cours pour les succès de nos arts industriels et l'enseignement des masses. M. Thenard dit que celte proposition a déjà été faite, mais qu'elle a trouvé des oppositions; il sera très empressé d'appuyer cette demande : mais, pour le mettre en mesure de réussir, il faut qu'on lui donne un programme, qu'il réclame de M. Dulong.
La discussion s'ouvre sur ce sujet; M. Mirbel dit qu'il a sujet de craindre que l'on ne suppose que ce cours serait mieux placé au Conservatoire des Arts et Métiers.
M. Dumas insiste sur la nécessité de créer cette chaire dans la Faculté des Sciences, et prédit le succès qu'obtiendrait cet utile enseignement. Il pense que ce cours, loin d'être remplacé par celui du Conservatoire, qui n'est destiné qu'aux ouvriers et chefs d'atelier, ce cours, fait comme il le conçoit, ne pourrait être compris que par des jeunes gens déjà assez instruits dans les sciences mathématiques; par exemple, il
serait propre aux élèves reçus bacheliers es sciences physiques aux fils des manufacturiers et à ceux qui se proposent d'établir des fabriques industrielles.
M. Libri conçoit ce cours plus élevé que ne le suppose M. Dumas; il pense que l'enseignement donné dans tous les autres cours de la Faculté ne suffit pas pour donner l'instruction aux élèves qui veulent connaître les procédés de la mécanique pratique, et qui n'y trouveraient que des généralités et des notions superficielles. 11 faut exposer les principales applications de la mécanique à l'hydraulique expérimentale, aux cours et écoulements d'eau, à la surface motrice qu'ils produisent, aux moyens de l'employer, et enfin à beaucoup d'autres sujets aussi difficiles qu'importants. M. Libri ajoute que M. Bidone est chargé spécialement, à Turin, de faire un cours d'hydraulique, et que ce cours y a le plus grand succès.
M. Beudant dit qu'à cet égard, dans les pays étrangers, les sciences sont beaucoup plus complètement enseignées qu'en France.
M. Dumas propose que la Faculté décide qu'un cours de mécanique expérimentale, en trente-six leçons, soit demandé pour la Faculté des Sciences.
M. Francœur fait remarquer que, loin de pouvoir considérer le cours élémentaire de mécanique du Conservatoire comme remplissant le but qu'on se propose, il est reconnu que le cours qui est fait à l'École Polytechnique sur ce sujet est insuffisant, et que, dans les écoles d'application du Génie, de l'Artillerie, des Ponts et Chaussées et des Mines, cette science est de nouveau enseignée. Il rappelle à cet égard les beaux travaux de MM. Poncelet, Xavier, etc., et Ton reconnaît, par les ouvrages publiés par ces savants, que ces leçons sont élevées au même degré que celles de la Faculté des Sciences.
M. Thenard insiste pour qu'on lui remette un programme; M. Dulong dit que la phrase qui a été insérée à ce sujet dans le rapport lui paraît suffisante pour faire juger de l'importance de l'enseignement de la mécanique expérimentale dans la Faculté. Il ne consent pas à rédiger d'autre programme, observant d'ailleurs que ce sujet est, par sa nature, si distinct de la physique, que ce ne serait pas à lui qu'il faudrait le demander.
Sur la proposition de M. Libri, au lieu d'insérer dans le rapport de M. Dumas la création d'un cours de mathématiques supplémentaires, on demandera que le cours de calcul différentiel et intégral dure deux ans, soit fait par deux professeurs, et puisse ainsi comprendre diverses théories que maintenant il est impossible d'enseigner, sur les intégrales définies, le calcul des variations, le calcul aux différences finies, etc.
NMV
EXTRAIT DES PROCES- VERBAUX DES DELIBERATIONS DE LA FACULTÉ DES SCIENCES. — AGRANDISSEMENT DE LA SORBONNE.
(Voir page 18.)
Séance du 18 septembre 1846.
Rapport présenté par M. Dumas, conseiller de l'Université, doyen de la Faculté des Sciences de Paris, au nom de la Commission chargée d'examiner la question d'agrandissement des bâtiments de la Sorbonne.
Monsieur le Ministre,
Dans une visite que Votre Excellence a faite à la Sorbonne, dès les premiers moments de sa rentrée au Ministère, elle a pu se convaincre, de nouveau, de l'état fâcheux de l'installation des Facultés qui s'y trouvent logées. L'installation de la Faculté des Sciences, en particulier, déjà si défavorable à la dignité de l'enseignement il y a quelques années, est aujourd'hui tellement en désaccord avec les besoins de la science, avec les exigences d'un auditoire nombreux et choisi, qu'il n'est plus possible d'ajourner la solution des questions qu'elle soulève. Votre Excellence en a été vivement émue, et elle a voulu qu'un rapport circonstancié lui fit connaître les moyens de porter un remède prompt et efficace à un mal qui mine dans sa source la prospérité de l'enseignement scientifique de la ville de Paris, et qui depuis trop longtemps en arrête les progrès.
A l'époque où la Faculté des Sciences fut fondée, on la regardait plutôt comme constituant une commission d'examen pour les grades universitaires qu'elle est chargée de décerner que comme un véritable corps enseignant. Du moins est-on porté à le penser, quand on voit qu'elle fut
fondée, en quelque sorte, à la condition de n'avoir aucune collection, aucun laboratoire, et qu'on admit en principe et en pratique qu'elle vivrait d'emprunts faits au Jardin des plantes, à l'École Polytechnique ou au Collège de France, établissements qui lui avaient fourni tous ses professeurs des sciences naturelles ou expérimentales.
Mais l'expérience ne tarda pas à montrer à quels inconvénients, à quels embarras, à quels désordres ces emprunts exposent les collections publiques. Bientôt la Faculté fut obligée de se créer des ressources propres, et cette nécessité est devenue de plus en plus impérieuse, à mesure que les professeurs nommés à l'origine de la Faculté ont été remplacés, leurs successeurs n'étant pas tous titulaires de quelque autre chaire munie d'une collection propre au grand enseignement dont ils sont chargés.
La Faculté des Sciences a donc essayé de pourvoir à ses besoins par elle-même, et, par conséquent, de créer un cabinet de physique, un laboratoire de chimie et des collections d'histoire naturelle.
Elle n'a pas perdu de vue que ces collections, ce cabinet, ce laboratoire avaient pour but de satisfaire aux besoins d'un enseignement déterminé, conforme aux programmes adoptés par l'Université, limité aux principes généraux de la science du moment, et qu'ils étaient bien distincts conséquemment des cabinets ou collections du Muséum, par exemple, où tous les détails de la science doivent être représentés.
Mais lorsque la Faculté fut logée à la Sorbonne, il avait paru suffisant de lui assigner quelques amphithéâtres et quelques salles d'examen; il ne faut donc pas s'étonner si, malgré toute la réserve qu'elle s'est imposée dans la formation de ses collections, elle n'a jamais pu trouver moyen de les loger. C'est en vain qu'elle a mis à profit tous les événements, toutes les chances qui laissaient libres quelques-uns des emplacements de la Sorbonne; c'est en vain qu'autour d'elle une sollicitude efficace lui a fait trouver des ressources souvent inespérées : les besoins croissants de la science ont toujours dépassé au centuple les faibles accroissements qu'elle pouvait se procurer de la sorte.
Depuis quelques années, un fait grave est venu ajouter à sa détresse, en ajoutant aux exigences de son enseignement. ESS. scp. 17
Aujourd'hui il ne suffît plus de l'enseignement oral, dont on croyait pouvoir se contenter autrefois. L'exemple de l'École Polytechnique a dès longtemps fait voir que, si l'on ajoute à cet enseignement oral un système de leçons pratiques, les élèves font des progrès bien plus sûrs et bien plus rapides. En France, les facultés de médecine, les écoles de pharmacie, les écoles industrielles; à l'étranger, presque toutes les Universités ont adopté ces manipulations qui mettent les élèves dans le cas de vérifier par eux-mêmes tout ce qui leur a été enseigné dans les cours publics ; qui les familiarisent avec le maniement des substances chimiques, avec l'emploi des instruments, avec les méthodes de dissection ; qui les façonnent à i'art difficile d'observer, à l'art d'expérimenter, source vive et inépuisable de toutes les grandes découvertes de la société moderne. Priver plus longtemps la Faculté de Paris de cette arme nouvelle et puissante, ce serait la condamner à un abaissement auquel personne ne voudrait consentir.
Mais on comprend dès lors quel doit être le malaise de la Faculté de Paris, jetée dans un bâtiment où rien n'est fait pour elle et où elle n'a trouvé que des amphithéâtres mal disposés et insuffisants, où elle n'a jamais pu installer ses collections, et où elle ne saurait trouver aucun moyen d'organiser des laboratoires propres à l'instruction pratique de ses élèves.
Elle trahirait tous ses devoirs envers ses élèves, envers la science, si elle ne réclamait pas de la manière la plus pressante le terme d'un état de gêne devant lequel viennent se briser toute l'énergie et tout le zèle de ses professeurs.
Votre Commission a parfaitement apprécié cette situation, et elle va la faire ressortir, en mettant en parallèle l'état présent de la Faculté des Sciences, l'état auquel on pourrait l'amener en utilisant quelques parties de la Sorbonne à son profit, enfin l'état auquel il faudrait la porter pour la mettre au niveau des besoins de la science et pour y créer les méthodes d'enseignement si bien mises à profit dans les autres établissements d'instruction.
Dans son état actuel, la Faculté des Sciences possède trois amphithéâtres ; aucun d'eux n'est ventilé ; deux d'entre eux donnent sur la rue et sont exposés à toutes les interruptions que le bruit des voitures occasionne. Le troisième est si bas
que les auditeurs y éprouvent bientôt un malaise extrême. Tous ces amphithéâtres sont mal éclairés. Ceux qui sont affectés au service de la physique, de la chimie ou de l'histoire naturelle n'ont, avec les collections ou cabinets qui doivent les desservir, que des communications très incommodes.
Ces cabinets eux-mêmes sont d'une déplorable insuffisance. Le cabinet de physique est obligé d'entasser tous ses instruments ; le cabinet d'histoire naturelle perd tous ses échantillons, que l'humidité détruit. Le laboratoire de chimie expose l'établissement aux chances d'incendie les plus graves, obligé qu'il est de profiter d'une foule de recoins obscurs pour loger des produits ou des appareils qui ne peuvent plus se placer dans son étroite collection.
L'enseignement de la mécanique, celui de l'astronomie n'ont jamais pu se développer à la Faculté, faute d'appareils ou d'instruments de démonstration, faute de localités favorablement disposées pour les expériences ou les observations.
Si le service de la Faculté, en ce qui concerne les cours ou les collections, est en souffrance, que dire des salles d'examen et du secrétariat ? A cet égard, la Faculté ne s'est jamais montrée bien exigeante, mais elle est forcée de reconnaître, par une expérience qu'il serait cruel de prolonger, qu'en plaçant la salle de ses examens et son secrétariat dans une localité excessivement humide, on n'a pas assez tenu compte de l'effet très fâcheux qui pouvait en résulter pour la santé des professeurs ou celle des employés.
Ajoutons à ce tableau que ces amphithéâtres, ces salles de collections, ces cabinets ou laboratoires, tous insuffisants, la plupart dans un état d'humidité déplorable, sont disséminés dans toutes les parties de la Sorbonne et ne se prêtent à aucun arrangement convenable pour les besoins du service. La physique, la chimie, l'histoire naturelle ont dû répartir leurs collections de toutes parts, et rendent ainsi toute surveillance du matériel impossible, son bon emploi très difficile.
La Commission était depuis longtemps convaincue qu'il ne fallait pas songer à laisser la Faculté des Sciences dans la situation où elle se trouve; mais l'examen circonstancié des localités qui lui sont affectées, et leur comparaison avec celles que possèdent les autres établissements d'instruction publique
de Paris, ont produit sur elie une impression vive et pénible qu'elle essayerait vainement de vous faire partager, si vous n'aviez pas vu de vos propres yeux tout ce qu'il y a de triste dans cette situation.
Si la Faculté des Sciences devait à tout jamais se borner à un enseignement oral, si ses collections devaient toujours rester fermées au public, si elle entendait persévérer dans son ancien système d'enseignement, elle n'aurait pas d'élèves, mais seulement des auditeurs. En ce cas, il serait possible de l'installer à la Sorbonne, en construisant quelques bâtiments accessoires pour ses laboratoires et ses collections.
Un plan qui sera mis sous les yeux de Votre Excellence prouve qu'avec une dépense de GOOOOO à 800000 francs on pourrait construire une galerie parallèle à l'aile orientale de la Sorbonne, et dont la longueur, d'environ cent mètres, permettrait de loger les collections de chimie, le cabinet de physique, les cabinets d'histoire naturelle et la collection de mécanique.
Les diverses divisions de cette galerie seraient d'ailleurs mises en communication avec les amphithéâtres placés au rez-de-chaussée de l'aile orientale de la Sorbonne.
Quant aux convenances de l'enseignement oral, ce projet serait irréprochable, si la galerie projetée ne se trouvait pas forcée de s'éclairer exclusivement au couchant, si elle n'était pas privée d'air et de lumière par l'église de la Sorbonne et par l'aile orientale de la Sorbonne elle-même.
Mais en supposant même que l'enseignement oral trouvât toute satisfaction dans ce projet, il n'en resterait pas moins impossible de remplir les vœux légitimes de la Faculté, en ce qui concerne les collections destinées aux études des élèves ou les laboratoires affectés à leurs manipulations.
Est-il utile, est-il indispensable que la Faculté passe d'un système sous l'influence duquel elle a rendu aux sciences des services non contestés, à un système nouveau, et rajeunisse ainsi sa constitution intérieure et ses procédés d'enseignement? Pour quiconque a examiné avec quelque soin la marche des sciences, leur application si générale de nos jours, il devient manifeste que la Faculté de Paris ne peut plus demeurer séquestrée dans une abstraction philosophique.
S'agit-il de l'enseignement des sciences pures, elle doit
s'aider de tous les moyens matériels qui ont tant de prise sur l'intelligence et sur la mémoire. Elle doit placer sous les yeux et en quelque sorte sous la main de ses élèves tout ce qui peut leur permettre de préciser leurs études, de les approfondir, et, par conséquent, elle doit former des collections publiques à leur usage ; elle doit créer des laboratoires pour leurs manipulations.
Ces collections publiques, formées, en ce qui concerne la chimie et l'histoire naturelle, d'échantillons de choix, disposés de façon à faire ressortir leurs caractères et limités aux objets dont la connaissance est nécessaire à une éducation scientifique générale, seront du plus grand secours pour les élèves qui revoient la matière du baccalauréat, pour les études de ceux qui se préparent à la licence.
Le cabinet de physique, la collection des instruments d'astronomie, le cabinet des machines mettront de même sous les yeux des élèves, à chaque instant, des appareils qui, montrés aux leçons d'une manière trop rapide, n'ont pu être examinés par eux qu'au détriment de l'attention que les paroles du professeur exigent.
La vue de ces objets, de ces appareils, sans cesse placés sous les yeux des élèves, les classera dans leur esprit, par cette mémoire des choses, si sûre et si distincte de la mémoire des mots, à laquelle ils sont forcés de recourir quand ils se contentent de lire leur description dans des traités élémentaires.
Les laboratoires que la Faculté réclame, elle entend les appliquer, non seulement aux manipulations de la chimie, mais aussi aux manipulations de la physique et de la mécanique, aux études pratiques de la minéralogie et de la géologie, enfin aux dissections de l'histoire naturelle.
Elle veut que les élèves soient exercés à toutes les opérations de la chimie pratique, à l'emploi de tous les instruments de précision : la balance, le goniomètre ; de tous les instruments de recherche : le microscope, etc.
La Faculté se promet, avec le concours de ses agrégés, d'heureux et prompts résultats de ces modifications; les agrégés interviendront auprès des élèves pour diriger et surveiller les travaux pratiques, et compléteront au besoin les lacunes de l'enseignement oral.
C'est ainsi que les choses se passent à l'École Polytech-
nique ; c'est ainsi qu'elles se passent à l'École Normale ; c'est ainsi qu'elles doivent se passer à la Faculté, qui, en somme, est l'école libre des sciences, tandis que dans les deux écoles qu'on vient de citer, il y a monopole au profit de quelques élèves spéciaux.
La justice veut que le bienfait reconnu comme indispensable pour les élèves d'exception soit mis à la portée des élèves libres.
Le principe d'émulation qu'on a voulu introduire dans le concours de l'agrégation perdrait toute sa force, si les moyens d'instruction développés, à si juste titre, à l'École Normale ne l'étaient pas au même degré au profit des élèves libres dans les Facultés.
Et d'ailleurs, qui ne serait touché de la haute utilité de ces laboratoires livrés à toute l'ardeur d'une jeunesse instruite déjà et impatiente de gloire et de succès? Que de découvertes, que de travaux utiles viendront s'accomplir par ces générations qui, se succédant sans cesse, demeurent toujours jeunes, ardentes , prêtes à obéir au moindre signal de leurs professeurs, fières de devancer parfois leurs inspirations !
Ces laboratoires sont à la science ce que les ateliers de peinture sont aux beaux-arts. La Faculté des Sciences deviendra une école et s'entourera d'élèves destinés à prendre rang parmi les maîtres, si elle peut leur ouvrir ses ressources précieuses, ces laboratoires où viendront se reproduire et s'épurer toutes les grandes découvertes du temps, où il viendra s'en préparer et s'en accomplir peut-être quelques-unes.
Ces vœux, que la Faculté renouvelle aujourd'hui, elle les a cent fois mis sous les yeux de vos prédécesseurs. L'impuissance où elle était réduite à cet égard lui a fait tenter toutes les voies sans succès; jusqu'ici les obstacles semblaient grossir, à mesure que les prières devenaient plus pressantes.
L'honneur de la Faculté exige qu'elle rappelle à Votre Excellence que ces laboratoires de manipulations et de recherches qu'elle espère enfin obtenir de sa bienveillance éclairée, il y a dix ans et plus qu'elle les réclame comme l'une des exigences fondamentales de son institution
Si ce vœu n'a pas été satisfait, si la France a été privée de dix générations de jeunes gens façonnés à l'étude pratique
des sciences et à l'art d'en faire sortir d'utiles découvertes, ce n'est pas à la Faculté qu'il faut s'en prendre : elle a compris ses devoirs et n'a rien négligé pour réussir dans les demandes qu'ils lui dictaient.
Au point de vue de la science pure, qui, jusqu'à présent, constitue le caractère essentiel des cours de la Faculté, les additions et développements qu'elle réclame sont devenus nécessaires, si l'on veut maintenir en France l'enseignement des sciences à la hauteur où il est porté dans des pays voisins.
Mais ces mesures deviennent bien autrement indispensables, si la Faculté des Sciences est destinée à réunir, dans un avenir prochain, la science pratique aux études philosophiques, qu'elle a, jusqu'à ce moment, plus particulièrement envisagées.
Beaucoup de bons esprits sont convaincus que le moment est venu de fonder dans l'Université une licence ou un doctorat es sciences pratiques, qui serait en harmonie avec la licence en droit et le doctorat en médecine, et qui prémunirait la société contre ces conseillers qui, se donnant à euxmêmes des brevets de capacité et de science, offrent à l'industrie, sous le titre d'ingénieurs, une coopération qui pourrait être mieux garantie.
Ils ne croient pas qu'avec les développements immenses que prennent aujourd'hui les applications de la mécanique, de la physique, de la chimie, il soit permis à l'Université de se tenir en dehors de ce mouvement qui s'opère autour d'elle ; ils la regardent comme obligée de faire pour les sciences pratiques ce qu'elle a fait pour la médecine ou le droit, ce que l'État a fait pour la marine ou la guerre, pour les ponts et chaussées ou les mines.
Ils supposent que les exigences du service des chemins de fer où la vie de tant de voyageurs est sans cesse menacée, que les besoins de tant d'usines où la vapeur et les autres moteurs mécaniques jouent un si grand rôle, assigneraient une place utile et lucrative à des hommes qui auraient subi un examen authentique et qui seraient porteurs d'un diplôme garant de leurs connaissances mécaniques.
Ils croient que l'art des constructions civiles aurait beaucoup à gagner, si nos architectes faisaient preuve non seulement de ces connaissances artistiques, de ce goût éprouvé
qu'on cherche à leur transmettre, mais aussi de ces notions exactes de physique pratique qui leur sont indispensables pour prévoir et assurer les moyens de chauffage et de ventilation qui manquent dans toutes leurs constructions. Cette mesure produirait, à la fois, économie générale de combustible, assainissement de nos habitations et amélioration certaine de la santé publique.
Ils admettent que des épreuves capables de constater des connaissances étendues en chimie pratique ouvriraient à la jeunesse, dans nos fabriques si variées et si nombreuses, dans nos exploitations agricoles si dignes de la sollicitude de l'État, une vaste carrière. Leur coopération éclairée agrandirait de toutes parts le cercle de la production, tout en abaissant le prix de revient des produits; elle accroîtrait le bien-être des masses tout en assurant mieux encore les bénéfices des propriétaires du sol ou des usines.
En résumé, on croit qu'avec le développement de l'industrie, qu'avec l'influence extraordinaire que les sciences exercent aujourd'hui sur ce développement et par suite sur toutes les branches de la richesse publique, sur la situation de toutes nos fortunes, il est tout aussi nécessaire d'introduire dans la société des hommes d'une science pratique, garantie par la licence ou le doctorat, qu'il l'ait jamais été de lui donner des licenciés ou des docteurs pour la discussion des intérêts des citoyens ou pour le gouvernement de leur santé.
Convaincu que la Faculté des Sciences devra bientôt se mettre en mesure de satisfaire à ces besoins d'une civilisalion nouvelle, on pense donc que l'espace étroit qu'elle occupe aujourd'hui, que l'espace un peu plus large qu'on pourrait lui offrir par la création d'une galerie parallèle à l'aile de la Sorbonne où seraient placés ses amphithéâtres, sont si loin des exigences véritables du rôle qu'elle devrai! remplir, qu'on n'hésite pas à proposer en sa faveur des améliorations calculées sur une base plus large.
En résumé, il s'agit de créer une Faculté des Sciences vraiment digne de ce nom et où les élèves trouvent réunis, comme dans nos Facultés de Médecine, tous les moyens d'instruction, c'est-à-dire des cours publics, des collections d'étude à leur usage, une bibliothèque spéciale, des laboratoires pour leurs études pratiques, et où ils soient soumis à de fré-
quents examens par les agrégés, afin que leurs progrès journaliers soient constatés et garantis.
Pour amener la Faculté des Sciences à cet état nouveau, il faut une étendue de terrain considérable ; en effet, les laboratoires de chimie, d'anatomie exigent des cours spéciales et réservées. Il en est de même des laboratoires qu'on pourrait créer en vue d'y faire exécuter par les élèves certaines expériences de physique mécanique.
En outre, l'administration d'une Faculté ainsi développée, la surveillance de ses collections exige que le doyen, le secrétaire et quelques employés soient logés dans l'établissement.
Enfin des salles d'examen plus nombreuses deviendraient tout à fait indispensables, si l'on développait le système des examens journaliers faits par les agrégés de la Faculté, et où les élèves régulièrement inscrits viendraient puiser des conseils et essayer leurs forces avant de se présenter à l'examen définitif de la Faculté.
En adoptant ces diverses bases, on arrive à établir qu'une surface d'environ 4000 à 5000 mètres carrés est nécessaire pour l'emplacement de la Faculté des Sciences.
On peut la trouver soit en transportant la Faculté hors de la Sorbonne, ou même hors du quartier Latin, soit en agrandissant la Sorbonne du côté de la rue Saint-Jacques ; soit en l'étendant, au contraire, du côté de la rue des Mathurins.
Tous les avis sont d'accord pour repousser la translation delà Faculté des Sciences hors de la Sorbonne, hors du quartier Latin.
L'alliance de la Faculté des Lettres et de la Faculté des Sciences est également utile à l'une et à l'autre ; elle le deviendra de plus en plus à mesure que chacune d'elles aura mieux déterminé son but et les moyens de l'atteindre. Il est bon que les élèves de la Faculté des Sciences se tiennent au courant des procédés de la critique qui s'appliquent à tout, et des secrets de ce style qui persuade et qui éclaire, secrets nécessaires pour toutes choses et pour tous, il convient que les élèves de la Faculté des Lettres soient initiés à ces grandes questions que la science agite de nos jours et qui donnent à la société de nouvelles forces dont l'histoire devra tenir compte, à la poésie de nouvelles images qu'elle saura s'approprier.
Comment séparer de ces deux Facultés la Faculté de Théologie? Faudrait-il que les ministres du culte, que les personnes pieuses qui en suivent les cours, fussent détournés de venir prendre place sur des bancs où ils entendront décrire et expliquer les merveilles de la nature, où ils pourront puiser une connaissance approfondie de l'histoire et de la philosophie? Non, sans doute, l'étude de la terre et des cieux, celle des êtres qui animent notre gloire, l'examen des lois qui président au mouvement des astres, de celles qui règlent la vie de la plante la plus humble ou du moindre oiron, enfin l'étude de l'intelligence humaine elle-même, tout cela rentre trop clairement dans le vaste domaine de la théologie pour qu'il soit bon de séparer des autres Facultés celle qui enseigne la science de Dieu.
On pense donc qu'il faut maintenir cette alliance étroite et salutaire qui fortifie les trois Facultés par leur union et leur rapprochement, par la fusion de leurs auditeurs. L'austérité de la pensée , l'élégance du langage et la sûreté du goût ; l'habitude de l'observation, de la recherche et le génie de l'invention, tout ce qui soutient le cœur de l'homme, tout ce qui élève et ennoblit son intelligence, continuerait à trouver place autour du même foyer, si le vœu de la commission était satisfait.
Il ne reste à résoudre qu'une question de convenance locale. Faut-il transporter les développements de la Sorbonne du côté de la rue Saint-Jacques ? Faut-il, au contraire, les porter du côté de la rue des Mathurins ?
Dans la première hypothèse, on favorise l'alignement de la rue Saint- Jacques ; on se place à proximité du collège de France ; on crée un vaste ensemble d'une régularité qui se prête à des distributions faciles, commodes et dignes d'un grand établissement public. Mais on est forcé d'acquérir des maisons qui ont vue sur la rue Saint-Jacques ou sur la place des Poirées, et l'on est conduit ainsi à des dépenses considérables pour l'acquisition du terrain.
En prolongeant, au contraire, la Sorbonne du côté de la rue des Mathurins, on atteint des maisons mal situées, d'une valeur moindre, et on ouvre une rue qui, partant de la place Cambrai, viendrait aboutir, si elle était prolongée, à l'École de Médecine, et préparerait ainsi une facile communication entre le faubourg Saint-Germain et le pays
Latin, c'est-à-dire entre les principaux quartiers de la rive gauche .
Mais cette rue couperait obliquement le grand axe de la Sorbonne ; elle fournirait donc un terrain mal préparé à l'établissement des bâtiments qu'il s'agit d'y fonder; elle donnerait, il est vrai, à la Sorbonne, une façade, une grande entrée, mais celle-ci serait oblique à l'axe du monument; enfin, toutes les maisons actuelles de la rue Saint-Jacques demeurant à leur place, la Sorbonne, qui a tant besoin de calme et de silence, ne serait pas plus isolée qu'aujourd'hui des bruits qui troublent son enseignement.
Tout en tenant compte de la différence importante qui se remarque dans le prix d'acquisition des divers terrains nécessaires dans les deux systèmes, la Commission s'est prononcée, à l'unanimité, en faveur d'un projet mixte qui étend la Sorbonne jusqu'à la rue Saint-Jacques et à la place des Poirées, et qui l'isole du côté de la rue des Mathurins par une rue qui pourrait, au besoin, demeurer à l'état de projet, mais dont l'utilité est facile à comprendre. Le programme adopté par la Faculté, et joint à ce rapport, est pleinement satisfait par Pavant-projet que M. l'architecte de l'Université a préparé sur ces bases.
Votre Commission est donc d'avis, à l'unanimité, qu'il y aurait lieu de porter ce projet au Conseil des bâtiments civils et de le soumettre ensuite à une discussion contradictoire avec la ville de Paris.
Elle pense, en effet, que la ville de Paris devrait intervenir et se charger de l'achat des terrains ; l'État, de son côté, demeurant obligé à l'égard des constructions nouvelles à y élever, constructions qui, du reste, deviendraient la propriété de la ville et devraient être entretenues par elle en bon état de réparation à l'avenir, selon le contrat général passé entre la vilie et l'Université.
La Faculté des Sciences, mise en possession de son nouveau logement, laisserait vacants divers emplacements disséminés dans les bâtiments de la Sorbonne et occupés par ses collections ou ses amphithéâtres. En les attribuant à la Faculté de Théologie, à la Faculté des Lettres ou à l'Académie de Paris, on compléterait facilement l'installation définitive de ces trois services. La Commission regarde comme inutile de rien prévoir à cet égard en détail ; elle croit que c'est à un examen ultérieur à en décider plus tard.
Elle fait remarquer, toutefois, que la Faculté de Théologie a son amphithéâtre placé au second étage au-dessus de l'entresol, dans un local d'un abord difficile et incommode.
Cet amphithéâtre ne contient que 250 personnes ; or la Faculté aurait besoin d'un amphithéâtre mieux situé et plus spacieux, soit pour quelques-uns de ses cours, soit pour les thèses du doctorat, qui sont toujours soutenues avec solennité et qui attirent un grand concours.
La Faculté de Théologie réclame : 1° un amphithéâtre pour 600 à 700 personnes; 2° un amphithéâtre pour 200 à 250 personnes; 3° une salle pour les examens; 4° un secrétariat.
La Commission croit utile de rappeler, quant à la Faculté des Lettres, qu'elle ne possède qu'un seul amphithéâtre trop étroit pour quelques-uns de ses cours, qui pourtant n'osent pas aborder la vaste enceinte de la salle du Concours général.
Enfin il y a deux points qui se sont présentés incidemment à la discussion, et sur lesquels la Commission n'a pas d'avis formel à exprimer, sans doute, mais sur lesquels elle désirerait fixer l'attention de Votre Excellence.
La Faculté des Sciences a émis souvent le vœu qu'il lut institué, à la Sorbonne même, une bibliothèque spéciale des sciences placée sous sa direction *. Votre commission, ayant à examiner si, dans les nouveaux bâtiments de la Faculté, il y aurait à se préoccuper de l'installation d'une bibliothèque, a cru qu'il était plus convenable de laisser à la bibliothèque de l'Université son unité actuelle, d'en faire la bibliothèque de l'Académie de Paris, et de la diviser en trois départements : celui des lettres, celui des sciences et celui de la théologie, avec un bibliothécaire et trois sous-bibliothécaires ; chacun de ces derniers pourrait être choisi sur la présentation de celle des Facultés, dont le service spécial lui serait confié; le fonds d'accroissement de la bibliothèque pourrait être partagé et mis en partie à la disposition des Facultés.
Le second point qui s'est offert à la délibération de votre Commission a trait à la salle de distribution des prix du Concours général.
1. Divers rapports de la Faculté qui remontent à près de six années demandent, d'ailleurs, que cette bibliothèque spéciale des sciences soit ouverte le soir à la jeunesse des écoles. Ce vœu va enfin obtenir satisfaction,
La salle actuelle est insuffisante, et sa décoration manque de dignité et de convenance ; elle menace ruine.
Trouver un local propre à recevoir 2500 à 5000 personnes est chose difficile et quelquefois nécessaire pourtant à Paris, indépendamment des besoins réguliers et annuels du Concours général.
Votre Commission, frappée de ces considérations, approuve une disposition qui lui a été proposée par M. l'architecte de l'Université et au moyen de laquelle, en prolongeant vers la rue Saint-Jacques le bâtiment de l'église actuelle de la Sorbonne, on obtient une salle propre à former un amphithéâtre pour 2500 personnes, au moins.
Les débouchés faciles de ce vaste local, son heureuse liaison avec les bâtiments des trois Facultés et ceux de l'Académie de Paris, réunissent toutes les convenances que l'Université est en droit d'exiger; son indépendance des autres bâtiments de la Sorbonne est telle d'ailleurs qu'on pourra toujours l'affecter momentanément à d'autres services, sans que ceux auxquels la Sorbonne elle-même est consacrée en éprouvent la moindre gêne.
Conclusion :
La Commission vient donc, d'un avis unanime, prier Votre Excellence de vouloir bien envoyer le programme de la Faculté des Sciences et l'avant-projet préparé par M. l'architecte de l'Université, au Conseil des bâtiments civils. La Commission pourra en discuter avec lui les bases et les détails, pour le préparer à un examen ultérieur qui en serait fait avec MM. les délégués du Conseil municipal de la ville de Paris.
A la suite de ce rapport, le Ministre prit l'arrêté suivant :
Nous, Ministre secrétaire d'État au département de l'Instruction publique, grand-maître de l'Université de France;
Considérant que le service de l'Académie et des Facultés, et particulièrement de la Faculté des Sciences, exige des améliorations et agrandissements dans l'édifice de la Sorbonne ;
Que les dépenses à faire doivent être, en partie, à la charge de la ville de Paris, en partie à la charge de l'Etat ;
Vu la lettre du 29 août dernier, par laquelle M. le Préfet de la Seine désigne les membres du Conseil municipal qu'il propose d'adjoindre aux membres de l'Université qui seront choisis par nous, à l'effet de composer une commission mixte chargée d'examiner le projet de restauration et d'agrandissement qui nous a été présenté ;
Avons arrêté et arrêtons ce qui suit :
Art. 1er.
Il est formé, pour prendre connaissance des plans et rapports relatifs aux travaux projetés à l'édifice de la Sorbonne et émettre, à cet égard, un avis motivé, une commission mixte composée de délégués de l'Université et des membres du Conseil municipal de Paris désignés par le Préfet de la Seine.
Art. 2.
Sont nommés membres de ladite Commission :
MM. le baron Thenard, chancelier de l'Université, pair de France, président ;
L'Inspecteur général vice-recteur de l'Académie de Paris ;
Galis, membre du Conseil municipal ;
Pelassy de l'Ousle, membre du Conseil municipal;
Périer, membre du Conseil municipal ;
Horace Say, membre du Conseil municipal ;
Mortimer-Ternaux, membre du Conseil municipal ;
Dumas, doyen de la Faculté des Sciences ;
Victor Le Clerc, doyen de la Faculté des Lettres ;
L'abbé Glaire, doyen de la Faculté de Théologie;
Pouillet, professeur à la Faculté des Sciences.
M. Durand, architecte de la ville, et M. de Gisors, architecte de l'Université, seront, adjoints à la Commission en qualité d'architectes.
Fait au chef-lieu de l'Université, le 18 septembre 184G.
Signé : Salvandy.
EXTRAITS DES PROCES -VERBAUX DES DELIBERATIONS DE LA FACULTE DES SCIENCES. — AGRANDISSEMENT DE LA SORBONNE.
(Voir page 24.)
Séance du 15 décembre 1874.
Présents : MM. Milne Edwards, Chasles, Jamin, de Lacaze- Duthiers, Duchartre, Deiafosse, Desains, Hébert, Hermite, Puiseux, Briot, Bouquet, Deville, Bert.
M. le doyen rappelle à ses collègues que, sous le ministère de M. Juies Simon, il a été mis en demeure d'exprimer les vœux des membres de la Faculté au sujet des besoins des différentes branches de l'enseignement dont elle est chargée, et que chacun des professeurs lui a remis à cette époque une note de ses desiderata.
Ces notes ayant été communiquées à M. l'architecte, celui ci a bien voulu se rendre à une réunion officieuse des membres de la Faculté. Il a alors déclaré qu'il serait impossible de donner satisfaction à l'aide des terrains destinés à la Faculté des Sciences d'après le projet d'agrandissement de la Sorbonne, dressé vers 1852, mais qu'au moyen de combinaisons administratives on pourrait probablement lui donner tout l'espace qu'elle désirait, à la condition de la transférer dans les annexes du jardin du Luxembourg.
Il avait été d'abord question d'un emplacement bordant le boulevard Saint-Michel; mais ce lot, disponible dans cet emplacement, lui paraissait trop exigu, et il avait proposé un projet de construction sur un terrain contigu au jardin du Luxembourg, à l'allée de l'Observatoire et à la rue d'Assas. « M. l'architecte plaça sous les yeux de la Commission le plan en question. «
M. le doyen fit observer que, vu l'éloignement, la Faculté se trouverait isolée à tel point que les études auraient beaucoup à en souffrir, et il appela son attention sur d'autres
combinaisons. M. le doyen n'ayant pas été autorisé à consulter la Faculté dans ces questions, aucune trace des conversations qu'il vient de rappeler n'existe dans les procèsverbaux, mais la plupart de ses collègues ont dû en garder le souvenir.
Le vote récent du Conseil municipal rend urgent l'examen de la question soulevée. Dans la dernière séance du Conseil des doyens, plusieurs membres ont signalé les inconvénients d'une séparation entre la Faculté des Lettres et la Faculté des Sciences. M. le doyen pense qu'en vue de nous conserver à la Sorbonne, l'Administration centrale serait disposée à nous donner la totalité des terrains bordant la rue Saint-Jacques, de la place Gerson à la rue des Écoles, ainsi que les terrains vagues en retour sur la rue des Écoles et la rue de la Sorbonne; il pense que, dans ces conditions, la Faculté, tout en ayant moins d'espace que dans le projet du Luxembourg, pourrait être installée d'une façon très convenable. M. le doyen informe l'assemblée qu'il a obtenu l'autorisation verbale de consulter officiellement la Faculté à ce sujet.
M. Duchartre trouve qu'il serait désastreux pour l'Université que la Sorbonne cessât d'être le centre de l'enseignement scientifique et littéraire, que, pour sa part, il préférerait être à l'étroit plutôt que de voir la Faculté s'éloigner, non seulement de la Faculté des Lettres, mais du collège de France, de l'École de Médecine, du Muséum, en un mot, de quitter le quartier des Écoles.
M. de Lacaze-Duthiers appuie l'opinion de M. Duchartre. M. Jamin émet le même avis. M. Hébert reconnaît que ce transfert présenterait de grands inconvénients, mais que la Faculté ne peut pas vivre dans les conditions actuelles, et que, si l'on ne donnait pas aux laboratoires un espace très considérable autour de la Sorbonne, il lui paraîtrait indispensable de s'en aller.
M. Bert trouve également que c'est chose grave que le déplacement de la Faculté; que, dans son opinion cependant, il serait préférable d'aller au Luxembourg si l'on offrait des compensations au point de vue de la facilité du travail; que, si l'on reste à la Sorbonne, il est nécessaire d'attribuer au service de la Faculté des Sciences tous les terrains disponibles autour de cet établissement. Encore aurait-on de la peine à trouver là une installation suffisante , sinon pour le
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présent, du moins pour l'avenir; que, pour ce qui est de la question au point de vue parlementaire, tout fait craindre qu'on ne disjoigne l'École de Médecine de la Faculté des Sciences, les plans de la première étant terminés et la question complètement étudiée.
M. le doyen propose de renvoyer l'étude de la question de l'établissement des services de la Faculté sur les terrains avoisinant la Sorbonne à une commission composée des membres de la Faculté qui ont des collections ou des laboratoires. La Faculté appuie cette proposition et décide qu'elle se réunira à très bref délai.
Séance du 18 décembre 1874.
Présents : MM. Milne Edwards, Desains, Duchartre, Jamin, Briot, Bouquet, Chasles, Hébert, Bert, de Lacaze-Duthiers.
Le procès-verbal de la séance du 15 décembre dernier est adopté.
M. le doyen informe l'assemblée que M. Lheureux, architecte du cinquième arrondissement, a été convoqué pour donner des renseignements, qu'il se tient à la disposition de l'assemblée. M. Lheureux est introduit.
M. le doyen demande à M. l'architecte si, comme on l'a dit, la Ville aurait l'intention de prélever une bordure de 55 mètres environ sur le terrain du Luxembourg qui serait concédé à la Faculté des Sciences et limité par l'allée de l'Observatoire, la rue d'Assas et la rue de l'Abbé-de-l'Epée, terrain d'une superficie de 15 000 mètres carrés. M. l'architecte dit qu'aucune réserve n'a été faite et que la totalité du terrain sera abandonnée à la Faculté. 11 met sous les yeux des membres de l'assemblée le plan qu'il a étudié, et il donne à plusieurs membres les explications relatives au mode d'installation des différents services. M. le doyen remercie M. Lheureux, qui se retire.
M. Bert dépose la proposition de loi renvoyée à la commission du budget, ayant entre autres pour objet la construction d'une Faculté des Sciences de Paris.
M. le doyen informe l'assemblée que les professeurs intéressés se sont réunis avant-hier pour voir comment on pourrait s'établir sur les terrains avoisinant la Sorbonne et limiens. sup. 18
tés par la partie nord de la Sorbonne, la rue de la Sorbonne, la rue des Écoles et la rue Saint-Jacques jusqu'à la place Gerson. M. le doyen pense que, dans ces conditions, il pourrait être donné satisfaction à tous les services, et qu'il y aurait lieu de demander que la Faculté restât à la Sorbonne; il dépose un croquis du projet d'installation.
M. Bert pense qu'il ne faut encore rien demander ; qu'on est en présence de deux plans; qu'on pourrait, dans l'indécision, conclure que les études ne sont pas encore achevées, et voir venir.
M. Duchartre n'est pas de l'avis de M. Bert. Il pense que, si la Faculté a un intérêt majeur à rester à la Sorbonne, il faut le faire connaître et arriver avec des études terminées; que c'est dans ces conditions que la Faculté arrivera à la réalisation de ses vues.
M. de Lacaze-Duthiers fait observer que la Faculté s'est déjà prononcée sur son désir de rester à la Sorbonne. M. le doyen répond que, jusqu'à présent, il n'y a eu aucun vote, et qu'avant d'en référer au Ministre il désire soumettre au vote de l'assemblée les décisions à prendre par la Faculté.
M. Bert propose d'ajourner la suite de la discussion au dimanche 20 décembre. L'assemblée, à la majorité des voix, décide que le vote sur la question sera remis au dimanche 20 décembre à 1 heure, et qu'une convocation sera adressée à cet effet à chacun de ses membres.
Séance du 20 décembre 1874.
Présents : MM. Milne Edwards, Chasles , Hermite, Hébert, Puiseux, Delà fosse, Deville, Bouquet, de Lacaze-Duthiers, Briot, Duchartre, Desains, Jamin, Bert.
Le secrétaire donne lecture du procès-verbal du 18 décembre, qui est adopté.
M. le doyen, reprenant l'exposition du croquis qu'il a déposé à la dernière séance, fait remarquer que, s'il y avait insuffisance pour l'installation des services de la Faculté, on pourrait augmenter considérablement la surface en élevant une partie des bâtiments.
M. IL Sainte-Claire Deville voudrait les cours à la Sorbonne,, les travaux pratiques au Luxembourg.
M. Bert convient qu'il y a un inconvénient très grand à quitter la Sorbonne ; mais il y a un terrain de 15 000 mètres carrés qui est offert; en quittant la Sorbonne, on perdra des auditeurs, mais au Luxembourg on aura des élèves; au Luxembourg d'ailleurs, l'isolement ne sera pas aussi complet qu'on peut le craindre, puisque l'École de Pharmacie, l'Hôpital des cliniques doivent y être installés. Au surplus, des modifications dans le régime de l'enseignement supérieur peuvent amener un plus grand nombre d'élèves ; des docteurs peuvent être autorisés à faire un enseignement libre indépendant dans les Facultés ; ils demanderont des moyens d'action, et la Sorbonne ne pourra plus s'étendre, puisqu'il n'y aura plus de terrains libres avoisinants. En résumé, on peut s'installer dans les terrains avoisinant la Sorbonne d'une manière à peu près suffisante pour les besoins actuels, mais il n'y aura rien de réservé pour un avenir qui n'est peutêtre pas trop éloigné.
M. Deville pense que, l'étude des sciences s'étendant dans les lycées, le nombre des élèves des Facultés augmentera, sinon dans les cours, au moins dans les laboratoires ; qu'en ce moment il ne peut recevoir tous les élèves qui se font inscrire pour les laboratoires d'enseignement et que, par conséquent, il faut de la place; aussi votera-t-il comme M. Bert.
M. Duchartre ne croit pas que la Faculté doive s'éloigner de la Sorbonne : l'auditeur d'un cours devient quelquefois un élève ; d'ailleurs le nombre d'élèves n'augmentera que lorsque les grades acquis assureront une situation aux travailleurs. Il considère qu'il faut de moins en moins compter sur un public ayant un goût désintéressé pour la science; d'ailleurs le nombre d'élèves ne diminuera-t-il pas par la création de grands centres universitaires? Il y a des conditions qui font de la Sorbonne le foyer des études : il est prudent d'y rester.
MM. Hermite et de Lacaze-Duthiers, comme M. Duchartre, pensent qu'il ne faut pas s'éloigner des établissements scolaires qui nous entourent.
M. le doyen ne voit pas l'avenir aussi en beau que M. Bert. S'il y a affluence d'élèves, la Faculté obtiendra les laboratoires dont elle pourra avoir besoin ; et si l'espace manquait dans le périmètre de la Sorbonne, il ne voit pas pourquoi on n'é-
tablirait pas des laboratoires annexes sur les terrains du lycée Louis-le-Grand ou de la rue des Cordiers; mais, pour le moment, il y aurait peut-être danger à quitter la Sorbonne. En tout état de cause, il croit devoir soumettre au vote de l'assemblée les propositions suivantes, qu'il transmettra à l'autorité compétente, si elles sont adoptées :
1° La Faculté estime qu'il lui est impossible de s'installer dans les bâtiments qui lui étaient attribués du côté de la rue Saint-Jacques dans le plan pour l'agrandissement de la Sorbonne présenté vers 1852.
Cet article, mis aux voix, est adopté à l'unanimité.
2° Qu'elle pourrait être bien installée dans les bâtiments nouveaux qu'occuperait la totalité des terrains situés au nord et à l'est de la Sorbonne actuelle et limités par la rue des Écoles, la rue Saint-Jacques jusqu'à la place Gerson.
L'article mis aux voix, le résultat du scrutin donne 12 voix pour l'adoption, 2 voix contre.
3° Qu'il y aurait, pour l'enseignement, des inconvénients graves à son éloignement de la Sorbonne; mais que, dans le cas où la totalité des terrains susmentionnés ne pourrait lui être attribuée, il serait préférable de la transporter sur les terrains adjacents au jardin du Luxembourg, dans les bâtiments nouveaux indiqués sur le plan dressé par M. l'architecte et limités par l'allée de l'Observatoire, la rue d'Assas, la rue de l'Abbé- de -l'Épée, d'une contenance d'environ 15 000 mètres carrés.
Le scrutin donne 8 voix pour l'adoption, 3 voix contre,, 1 bulletin blanc : l'article 3 est adopté.
4° Qu'à la condition d'être installée conformément aux indications contenues dans l'article 2, la Faculté demande à rester à la Sorbonne.
L'article 4 est adopté, le scrutin donnant 11 voix pour l'adoption et 1 voix contre.