‹ Education et instruction (volume 3)Chapitre 13 sur 88 · OBJET DES COMMANDEMENTS · texte numérisé non relu

OBJET DES COMMANDEMENTS

Pour faire rendre compte de l'appel.

Pour faire préparer à nettoyer l'ardoise.

Pour faire nettoyer l'ardoise.

Pour faire cesser le nettoiement.

Pour faire distribuer les crayons et les plumes.

Pour faire revenir les moniteurs à leurs places.

Coup de sonnette.

Main droite à la bouche et la gauche à hauteur de ceinture.

Hji In droite agitée horizontalement.

Coup de sonnette.

Moniteurs! et un coup de sonnette.

Coup de sonnette.

La leçon commence

Ils vont à l'estrade avec leurs listes, et disent au maître, qui l'inscrit sur-le-champ dans son registre, le résultat des appels ; telle classe, tant de présents, tant d'absents, total tant; puis ils remettent les listes où ils les ont prises, et reviennent s'asseoir à leurs places.

Les élèves portent la main droite à la bouche, mouillent un peu le bout de leurs doigts, et portent en même temps la main gauche sur l'ardoise.

Les élèves passent leurs doigts sur l'ardoise.

Ils portent leurs mains sur leurs genoux.

Au mot Moniteurs! les moniteurs se lèvent, prennent les crayons ou les plumes, selon la classe, passent dans les rangs devant les élèves, et déposent un crayon ou une plume dans la rainure/ à côté de chaque élève; puis ils s'arrêtent au bout des bancs en se retournant vers les télégraphes.

Les moniteurs reviennent au pas, en formant une ligne.

Arrivés à leurs r laces, ils s'y asseyent (a).

(2) Manuel des école» élémentaire* , p. 54.

son moniteur particulier, il était bien rare qu'un enfant intelligent ne fût pas appelé quelque part à tenir le bâton. Il y avait les moniteurs adjoints ou occasionnels, dont le rôle consistait à remplacer les titulaires empêchés. Il y avait les conducteurs, qui étaient comme les sous-officiers des moniteurs. Il y avait enfin les tuteurs, c'est-à-dire les enfants attachés à tels ou tels de leurs camarades plus jeunes à titre de mentors.

Le plus humble de ces dignitaires était investi de privilèges bien en vue. La place des moniteurs généraux était sur l'estrade, où ils entouraient le maître, comme des satellites leur planète. Les moniteurs particuliers siégeaient au bout des tables, au pupitre d'honneur, d'où ils exerçaient la surveillance et faisaient jouer les télégraphes. Les conducteurs présidaient à la sortie de l'école et pourvoyaient à ce que chacun rentrât tranquillement dans sa demeure ; défense leur était faite de frapper ou même de menacer les indisciplinés, mais ils étaient chargés de noter les incidents et, le lendemain, ils faisaient leur rapport1. Un ordre absolu présidait à l'accomplissement de toutes ces fonctions. Aucun déplacement, aucune marche ne pouvait avoir lieu sans qu'un chef quelconque, moniteur général, moniteur particulier, conducteur ou tuteur, prît la tête de la colonne, la main posée sur le premier du rang et tenant, pour ainsi dire, la chaîne de sa petite escouade.

L'esprit d'ordre plaît en France, surtout lorsqu'il s'accommode à des cadres où les plus humbles trouvent

1. Dans l'esprit primitif de la méthode, l'autorité du moniteur était absolue. « Le jeune maître, dit F. Cuvier qui avait vu fonctionner le système à Londres, est non seulement chargé de diriger les leçons, mais ii est encore chargé d'infliger des punitions à ceux qui ne remplissent pas leurs devoirs. »

EKS. HUM. 4

leur place de commandement. Une institution devient aisément populaire, pour peu qu'elle réponde à ce besoin, mêlé de faiblesse, qui est un des traits de notre génie national. On était naturellement porté à attribuer à l'appareil tout extérieur de l'école mutuelle une efficacité souveraine. Au fond, quelle était l'action de la méthode sur les enfants? Dans quelle mesure contribuait-elle à l'éducation de l'intelligence et du caractère ?

Le grand ressort de l'école mutuelle, c'était le moniteur. Le plus grand nombre des élèves ne connaissaient pas d'autre maître. C'est par lui que l'instituteur voyait, parlait, agissait. La grande affaire était donc d'avoir des moniteurs. L'école ne s'ouvrait à tout le monde qu'à dix heures. De huit à dix heures il y avait classe de moniteurs. Malheureusement la classe des moniteurs était soumise aux mêmes règles que les autres. On ne se préoccupait pas de maintenir chez l'enfant l'équilibre du développement, des facultés; on tirait parti de ses dispositions dominantes : les moniteurs étaient partagés en groupes qui avaient eux-mêmes leur moniteur; tel dirigeait les exercices de grammaire, tel autre les exercices de calcul i : le travail était

1. Voir les règlements du Comité central pour la classe des moniteurs, 29 avril, 29 octobre et 26 novembre 1835. — Plus tard, il est vrai, dans la pratique des bonnes écoles, ces règlements furent modifiés, et chaque moniteur dut suivre les exercices d'un groupe dans toutes les matières de renseignement.

divisé, morcelé, spécialisé; la parole du maître, la seule qui soit vivifiante, touchait chaque élève un instant tour à tour, jamais tous ensemble ou très rarement. Il s'agissait moins d'apprendre à fond et pour soi que d'apprendre vite et pour les autres. Bien plus, une grande partie des deux heures de la classe était consacrée à réciter la théorie des mouvements; il fallait avant tout dresser au métier.

Quels maîtres une telle préparation devait-elle produire? Enseigner, c'est apprendre deux fois, a-t-on dit avec justesse, mais à la condition que celui qui enseigne soit en mesure de raisonner ce qu'il a appris. Pour porter la lumière dans l'intelligence d'autrui, il faut d'abord l'avoir faite en soi-même : ce qui suppose l'action réfléchie et persévérante d'un esprit relativement formé. De la classe où ils venaient de siéger comme élèves, les moniteurs passaient, maîtres improvisés, dans la classe des enfants qu'ils avaient à endoctriner. 11 ne leur était même pas permis de s'aider d'un livre; l'enseignement par les livres était proscrit; à l'origine il n'y en avait qu'un seul pour toute l'école. Que pouvaient-ils faire autre chose que de transmettre fidèlement la lettre de la leçon qu'ils avaient reçue? Aussi ne leur demandait-on que d'appliquer exactement les procédés. Nous ne créons pas le mot. 11 était essentiellement de la langue de l'école mutuelle. Chaque matière avait ses procédés. Les tableaux de grammaire et de calcul qui servaient à l'enseignement du groupe contenaient des séries de questions toutes faites, avec des séries parallèles de réponses1. Le moniteur n'avait qu'à suivre l'ordre. Son mérite se mesurait au plus ou moins de volubilité avec lequel il déroulait son

1. Voir la leçon de grammaire, Manuel des écoles élémentaires déjà cité, p. 33.

52 ENSEIGNEMENT PlUMAiRE.

chapelet. Bien souvent il s'y embrouillait; on ne l'ignorait point. « Pour peu qu'on ait l'habitude des écoles, disait le Manuel, on voit que les moniteurs sont souvent portés à altérer les yrocédés, faute de se rappeler ce qu'ils doivent faire1. » Mais on ne trouvait d'autre remède que de leur faire répéter la manœuvre. Grâce à Dieu, on se fait aujourd'hui de la pédagogie une idée moins rudimentaire. L'enseignement est un art en môme temps qu'une science : un art dont la souplesse doit se prêter aux besoins les plus imprévus et diriger l'élève en le suivant. Il n'y a de résultats réels qu'à ce prix, et il n'y a que le maître qui soit capable de les obtenir.

Si, sauf les exceptions toujours rares des natures précoces et de la vocation, l'on ne pouvait attendre du moniteur qu'un enseignement superficiel et sans portée, à plus forte raison n'était-il guère possible de lui demander cette étude psychologique des caractères, qui seule permet d'exercer sur le développement moral de l'enfant une action féconde.

On admirait beaucoup l'organisation matérielle de l'école mutuelle, ses marches réglées, son animation silencieuse. La première fois que M. de Laborde visita l'établissement de Farnham, qui lui avait été indiqué comme un des établissements modèles de l'Angleterre, il eut une impression de trouble. « Le mouvement général qui avait lieu dans les groupes, le bourdonnement de toutes ces petites voix ressemblait assez au bruit des machines dans une filature de coton1. » L'oreille s'y faisait vite appa-

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