ENS. PRIM
quefois le matin, ont lieu des classes d'enseignement primaire, avec addition des matières spéciales à la profession. Chaque semaine des bulletins parviennent aux parents, qui doivent les renvoyer avec leur signature. Dans le pensionnat de M. Lemaire, par une forme d'émulation ingénieuse, à toutes les fins de mois, l'apprenti est tenu de copier, comme devoir d'écriture, un tableau contenant, en regard du nom de tous ses camarades, des notes détaillées sur leur travail et leur conduite ; et ce tableau général est adressé aux familles. Presque partout, des récompenses, sous forme de gratifications, sont distribuées, trimestriellement ou mensuellement, aux élèves les plus méritants* Pour encourager le zèle de ses externes, M. Ghaix distribue aux plus exacts un jeton de présence d'une valeur de 10 centimes, et portant sur l'une de ses faces cette sentence de Franklin : « Si quelqu'un vous dit que vous pouvez vous enrichir autrement que par le travail et l'économie, ne l'écoutez pas : c'est un imposteur » Des retenues hebdomadaires, variant de 5 à 25 centimes par apprenti, sont versées dans une sorte de tontine dont les fonds permettent d'accorder aux malades une indemnité de 60 centimes à 3 francs par jour d'absence. M. Chaix a également institué une caisse de retraite.
Une autre forme de patronage a été adoptée et particulièrement encouragée, depuis 1867, par la Société de protection des apprentis et des enfants des manufactures1. Elle consiste dans la création d'établissements et de comités se proposant non plus une œuvre spéciale
1. Nous avons déjà invoque plusieurs fois l'autorité de cette Société. Autorisée par ure décision du Ministre de l'Intérieur en date du 6 décembre 1866, et par un arrêté du Préfet de Police du 5 janvier 1867, partagée
â telle ou telle industrie, mais une œuvre applicable à toutes les industries. C'est à cette catégorie que se ratlachent la Maison de famille, de la Société des amis de l'enfance (rue de Crillon) ; la Maison de la Providence Sainte-Marie, des Sœurs de Saint Vincent de Paul, de la rue de Reuilly; les Orphelinats de la Maison Blanche, de la rue de Sèvres et de la rue Vandrezanne ;
Y Orphelinat Eugène-Napoléon, la Pension Saint- Joseph,
Y Institution de Saint-Louis d'Ântin, les Ouvroirs de MM. Langénieux, Chevojon, Rousselle, la Pension d'apprentis, de M. de Triqueti; Y Union Chrétienne, créée par l'Eglise réformée; le Pensionnat protestant de la la rue de Charonne, l'œuvre israélite des Lits d'apprentis, Y Œuvre des secours aux apprentis du 4e arrondissement, Y Association des fabricants et artisans pour le patronage d'orphelins des deux sexes, etc. Quelques-uns de ces établissements, tels que la Maison de la Providence Sainte-Marie, forment et emploient chez eux les enfants qu'ils reçoivent. D'autres les mettent en pension dans des maisons d'éducation professionnelle; c'est ainsi que la Société des Amis de l'Enfance entretient des bourses spéciales à l'école Saint-Nicolas. D'autres enfin, tels que la Tutelle, fondée par M, Piver sur le type du pensionnat de Nancy1, et les Pensionnats protestants et israélites, placent les apprentis, à l'aide des ressources fournies par les membres du patronage, chez des industriels qui leur apprennent leur métier. Le soir, après la journée faite, les enfants rentrent dans un internat qui leur est propre : de là le nom d'Institution de Lits d'apprentis.
en comités ayant chacun leur attribution propre, elle a contribué puissamment, par l'activité et l'intelligence de sa direction, à tous les progrès réalisés depuis quatre ans dans les conditions de l'apprentissage à Paris. 1. Voir les Comptes rendus de la maison des apprentis de la ville de Nancy, 1846, 1868.
Un troisième ordre d'établissements a été fondé, depuis 1862, qui participe des mêmes caractères : ce sont les Écoles professionnelles pour les jeunes filles, dont le type a été réalisé, d'une part, sous la direction de Mme Lemonnier, d'autre part, sous les auspices de Mme Legentil et de M,le Désir. Ouvertes dans un esprit de propagande très différent, ces écoles ont cet objet commun qu'elles unissent l'instruction générale à l'apprentissage d'une profession. Reçues de 8 heures du matin à 6 heures du soir, à partir de 12 ans, les élèves sont, dans la matinée, réparties entre diverses classes où l'enseignement primaire élémentaire et primaire supérieur leur est donné; dans l'après-midi, elles se partagent en ateliers, suivant leur profession future : atelier de robes, de lingerie, de dessin industriel, de gravure sur bois, de peinture sur porcelaine1.
Enfin, pour n'omettre aucun des efforts tentés en vue de l'éducation des apprentis, il convient de rappeler : 1° les Sociétés paternelles ou associations créées, soit par des syndicats, soit par des chefs d'industrie, en faveur : des enfants de la bijouterie et autres industries mettant en œuvre les métaux précieux ; — des enfants employés dans les fabriques de fleurs et de plumes ; — des apprentis de la fabrication du bronze ; — des enfants de Vébénisterie; — des enfants de V imprimerie et des industries s y rattachant, etc., sociétés qui n'ont pas d'établissements spéciaux, mais qui, avec le produit des cotisations que chaque membre s'impose, ont entrepris, chacune dans sa sphère, soit de contribuer par la fondation de certains cours à l'instruction profession-
1. One école nouvelle vient de s'ouvrir par les soins d'une société formée sous le patronage de M. Dubail, maire du 10* arrondissement, rue de Paradis-Poissonnière, 20.
nelle des apprentis, soit d'encourager leur travail par des récompenses; 2° les Patronages, connus aussi sous le nom de Réunions du dimanche, ayant pour but d'établir entre les apprentis des liens de mutualité, en même temps que de les entretenir dans des habitudes d'ordre, de travail et de prévoyance1; 3° les Bibliothèques d'apprentis, particulièrement formées en vue de donner satisfaction aux besoins intellectuels et moraux de la jeunesse ouvrière; 4° les Institutrices de charité, association due à une inspiration aussi utile qu'ingénieuse de Mlle Désir, et comprenant une élite de jeunes maîtresses « qui s'engagent à donner, chaque jour, une partie de leur temps à l'enseignement des enfants pauvres des petits ateliers de V industrie parisienne » ; 5° Y Œuvre des familles, fondation récente de M. Girette, maire du 4e arrondissement, laquelle, embrassant tous les intérêts de l'éducation populaire, étend particulièrement son patronage sur les apprentis2.
Toutes ces institutions n'ont pas une égale valeur, mais, à des degrés divers, toutes ont rendu et rendent des services. Le bien produit par les dévouements obscurs ne peut pas toujours se mesurer, mais il existe : il fait, en tout temps, la force morale d'un pays; aux époques de crise sociale, il peut en être le salut. Signaler de telles entreprises n'est donc pas seulement un acte de justice, c'est le devoir des administrations publiques, dont il serait heureux que le rôle pût se borner à assurer ce qu'il y a d'utile dans leur principe, à