‹ Education et instruction (volume 3)Chapitre 85 sur 88 · PRODUIT · texte numérisé non relu

PRODUIT

3 compte de 1886

n'est pas encore

fait.

Notices nécrologiques.

MM. Henné, Poiseuille, Meyer Inspecteurs de l'enseignement primaire.

L'inspection primaire du département de la Seine vient de faire, dans la personne de M. Meyer, une nouvelle perte. C'est la troisième en moins de deux ans. M. Meyer a suivi, à quelques mois d'intervalle, M. Poiseuille, qui nous avait été luimême enlevé si peu de temps après M. Henné.

Ni M. Henné, ni M. Poiseuille, ni M. Meyer n'appartenaient, par choix de carrière et par vocation proprement dite, à l'enseignement primaire; ils y étaient venus de points très opposés ; mais, à des titres divers, ils y ont tenu un rang distingué. Il nous a été permis de rendre à M. Henné et à M. Poiseuille un dernier hommage sur leur tombe. Nous n'avons pas pu nous acquitter du même devoir envers M. Meyer. Nous voudrions les réunir ici dans un commun souvenir '.

M. Henné (Désiré-Joseph), né le 26 août 1812, à Cambrai, était entré le k novembre 1852 dans l'enseignement public

t. Je reproduis ici ces notices comme un souvenir de gratitude pour les hommes distingués et dévoues avec lesquels pendant près de quinze ans j'ai soutenu le poids de la direction de l'enseignement primaire de Paris : quand j'en ai pris la charge, le corps de l'inspection, qui comprend

par un emploi de maître d'études au collège de Metz. Admis à l'École Normale supérieure en 1834, reçu agrégé de philosophie peu après sa sortie, et successivement professeur aux collèges de Pau, de Montpellier, de Bourges, d'Orléans, il avait, en 1849, quitté l'enseignement pour l'administration. D'abord inspecteur de l'Académie d'Angers, puis recteur départemental dans les Pyrénées-Orientale*, dans les Côtes-du-Nord et dans le Morbihan, de 1849 à 1854, — c'est au moment où l'instruction primaire passait aux mains des préfets qu'il vint, à Paris, prendre place dans les rangs de l'inspection.

Il y apportait les facultés exercées d'un homme qui, comme le plus grand nombre des membres de l'Université, avait dû s'ouvrir les voies par le travail, sans autres ressources qu'une volonté énergique et éclairée. La forte discipline de l'École Normale supérieure et douze ans d'un enseignement élevé avaient achevé de le former. M. Henné était de ceux d'ailleurs qui, jaloux de se trouver toujours au niveau de leurs fonctions, travaillent incessamment à s'y rendre supérieurs ; tout en professant, il poursuivait ses études. Il en a laissé de notables souvenirs dans plusieurs articles du Dictionnaire des sciences philosophiques, rédigé sous la direction de M. Ad. Franck, et surtout dans deux thèses soutenues, en 1845, devant la Faculté de Paris.

La thèse latine avait pour objet César historien; la thèse française était une exposition critique de Y École de Mégare. Ce n'est point un hasard de curiosité qui avait conduit M. Henné à s'occuper de l'histoire de l'École de Mégare. H était, par tempérament, de la secte des éristiques ; il avait, au sens antique du mot, et comme l'entendaient les Mégariques, l'esprit de dispute. L'importance des considérations générales n'échappait pas à son intelligence vraiment philosophique; mais il s'attardait volontiers à la discussion minutieuse des points de fait. C'est ainsi que, dans sa thèse latine,

aujourd'hui vingt-cinq membres, en comptait cinq, dont l'un était exclusivement chargé du service de l'hygiène.

En me rattachant à ceux qui sont morts, j'aime à rappeler aussi les noms de ceux qui ont fourni une brillante carrière : MM. D'Altenheym, Brouard, Cadet, Ebrard, devenus inspecteurs généraux de l'enseignement primaire, Lenient, directeur de l'Ecole normale de Paris, Pinet, Pichard, secrétaires, l'un de la Faculté de Médecine, l'autre de la Faculté de Droit, etc

il passe successivement en revue : 1° les ouvrages faussement attribués à César; 2° les parties des Commentaires où la sincérité ne peut être suspectée; 3° les faits omis à dessein; 4° les faits présentés sous de fausses couleurs; 5° les faits exagérés; 6° les faits mensongèrement affirmés; 7° les erreurs. S'enfermant tour à tour dans chacune de ces catégories , il presse tous les mots du texte de son auteur, en l'ait jaillir la critique, se crée des objections pour y répondre, et prolonge l'argumentation comme à plaisir. C'est ainsi encore que dans sa thèse française, conçue, ainsi que le comportait le sujet, sur un plan plus large, il consacre de prédilection plusieurs chapitres à la description des procédés dialectiques d'Euclide et à la distinction des diverses branches de l'École Mégarique. Cette direction d'esprit avait également, au témoignage de ses élèves, marqué son enseignement. M. Henné savait développer, fortifier, nourrir les facultés des jeunes gens; il aimait particulièrement à les aiguiser.

De telles études, jointes à l'expérience des affaires administratives, avaient préparé de haut M. Henné aux fonctions qu'il était appelé à remplir dans le département de la Seine. Une des meilleures preuves peut-être qu'il ait données de sa valeur, c'est qu'il comprit dès l'abord l'importance de l'éducation populaire et prit sérieusement goût à tous les intérêts qu'elle embrasse. L'inspection de l'enseignement primaire à Paris, en raison du nombre et de la nature des établissements auxquels elle s'applique, exige l'activité de l'esprit et du corps, la rectitude du jugement, la solidité du savoir, le sentiment exact des vrais caractères de l'autorité. M. Henné, qui, jusqu'à la crise qui l'emporta, a conservé la verdeur de la jeunesse, était toujours prêt; dans les affaires qui intéressaient l'ensemble du service, il mettait son honneur à répondre le premier, et ses rapports substantiels, précis, concluants, étaient ceux d'un homme qui s'était rendu compte. Si ses appréciations n'étaient pas exemptes de passion, en général elles portaient sur le fond des questions de vives lumières. D'autre part, nul ne lui refusait la variété des connaissances, la sûreté de la mémoire, l'esprit de méthode. Sa compétence en certaines matières était presque redoutée; il n'était pas sans le savoir et parfois sans en jouir. Il aimait l'autorité; il ne lui déplaisait pas de la faire res-

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pecter; il croyait moins utile de la faire aimer. Mais cette espèce d'attitude de combat, que trahissait l'extérieur même de sa personne, se détendait en présence de toute observation justifiée, sincère, et qui savait se faire accepter. Retenu par une main amie sur la pente où il risquait d'être entraîné, il revenait aisément, dans ses jugements, à cette bienveillance éclairée qui n'est pas moins que la fermeté une partie essentielle de la justice. On ne faisait jamais vainement appel à l'intelligence de M. Henné. Pris de ce côté, le commerce de tous les jours devenait avec lui intéressant, fructueux, facile; il n'avait dans la pensée rien d'effacé; et les sympathies que cette portée d'esprit avait une fois conquises lui demeuraient aisément fidèles.

Ces incontestables mérites avaient valu à M. Henné toutes les récompenses universitaires : le titre de recteur honoraire, qui était la consécration légitime de ses services antérieurs, les palmes d'officier de l'instruction publique, la croix de chevalier de la Légion d'honneur. Une seule distinction lui avait longtemps manqué, et c'était, comme il arrive, celle à laquelle il tenait le plus ; je veux dire l'un des sièges attribués aux inspecteurs primaires dans le Conseil départemental de l'instruction publique. Lorsqu'il l'obtint enfin, il eut comme une explosion d'amour-propre satisfait. « L'honneur est sauvé! » m'écrivait-il en me remerciant de sa nomination. Hélas! il n'en devait pas jouir longtemps. L'année même où il avait pris séance, une maladie de cœur aggravée par des soucis de famille attaqua sourdement sa santé.

Il tint bon tant qu'il put; il n'était pas homme à fléchir. Mais le mal devint rapidement le plus fort. Ses derniers jours furent douloureux. Je le vois encore, je le verrai longtemps s'affaissant chaque jour sous l'étreinte de la mort qui peu à peu l'envahissait, et ne vivant plus que par le regard d'où jaillissait encore par moments l'éclair de sa vive intelligence. Deux pensées cependant le soutinrent jusqu'à la dernière , défaillance, le désir d'aller hâter sa guérison dans une petite maison de campagne aux environs de Barbizon, où il passait d'ordinaire ses vacances, et l'espoir de reprendre avec un redoublement d'énergie ses fonctions, qu'il aimait. Un de ses collègues dans la Commission des examens, devenu l'un de ses amis, M. l'abbé Bourquart, l'entretenait pieusement

dans celte confiance. « Tous mes médecins, médecin de l'âme, médecin du corps, me trouvent mieux, me disait-il la surveille de sa mort; avant peu, je serai plus que jamais à vous, c'est-à-dire à nos écoles. » Courageuse illusion dans laquelle il peignait une dernière lois lui-même cette intelligente préoccupation du devoir, dont il avait, pendant trente-six ans, offert l'exemple !

Le même sentiment du devoir animait M. Poiseuille, et les dix ans qu'il a donnés à l'instruclion primaire peuvent être comptés, à bon droit, parmi les meilleurs souvenirs de sa carrière, remarquable à plus d'un titre.

Né en 1798, M. Poiseuille (Jean-Marie-Léon) touchait à l'âge ordinaire de la retraite lorsque en 1860 il aborda les fonctions publiques par un emploi dans l'inspection des écoles de Paris. Jusqu'à cette époque il s'était presque exclusivement voué à la science. Reçu à l'École Polytechnique après de brillants examens, il faisait partie de cette promotion de 1816 dont le brusque licenciement a été une des fautes de la Restauration. Comme une partie de l'élite de la jeunesse de son temps, il se tourna vers les études médicales, qui assuraient à la vie sa légitime indépendance, à la pensée ses franchises nécessaires.

En 1828 il passait sa thèse de doctorat. Elle lui donnait le droit de s'essayer à la pratique de la médecine; mais il sentit de bonne heure qu'il n'était pas né pour y réussir, et, après un exercice de dix ans à peine, il devait y renoncer. « Une maladie était pour moi un problème, me disait-il un jour avec cette honnête et piquante vivacité de langage qui était un des attraits de son caractère; le cas posé, je n'avais pas de cesse que je n'eusse trouvé la solution; quand la solution réapparaissait mauvaise, il m'était impossible de la cacher, et j'en souffrais. » On ne peut guère faire un métier d'un art où l'on porte à la fois tant de conscience et tant de cœur.

M. Poiseuille était, avant tout, un homme d'étude. Tan-

dis qu'il suivait les cours de la Faculté de Médecine, il n'avait pas abandonné les mathématiques; il s'était fait répétiteur-préparateur à l'École Polytechnique, et les jeunes gens appréciaient hautement la lucidité originale de son esprit.

Sa thèse de doctorat, intitulée Recherches sur la force du cœur aortique, était une œuvre de doctrine scientifique. Discutant les évaluations de Borelli, de Keil, de Haies sur la force du cœur, il était arrivé, à l'aide d'un appareil de son invention, l'hémodynamomètre, à calculer la pression du sang déterminée par l'intensité des contractions du cœur gauche; et, contrairement à l'hypothèse de Bichat, qui voulait que la puissance du cœur diminuât au fur et à mesure qu'on s'éloigne de cet organe et fût nulle au moment où le sang arrive dans les capillaires, il concluait que la moyenne des pressions est la même, toutes choses égales d'ailleurs, dans tous les points du système artériel, quels que soient le diamètre de l'artère et sa distance du centre. Ce travail, plein de faits, ultérieurement enrichi de nouvelles observations par un mémoire sur Yaction des artères dans la circulation artérielle, et présenté à l'Académie des Sciences pour le concours de physiologie expérimentale, avait obtenu en 1829 la médaille d'or de l'Institut. Deux ans après, un nouveau mémoire sur les causes du mouvement du sang dans les veines avait remporté la même récompense, qui devait encore, en 1845, couronner des recherches expérimentales sur V écoulement des liquides considéré dans les capillaires vivants.

Une distinction plus haute avait précédé cetle dernière médaille. En 4835 l'Académie des Sciences avait décerné à M. Poiseuille le prix de physiologie expérimentale, et, dès cette époque, son nom faisait autorité. Collaborateur de Magendie, il avait fourni, tant aux Annales de Chimie et de Phîjsiologie qu'aux Comptes rendus de V Académie des Sciences, d'importantes observations sur les résultats de diverses expériences appliquées à l'économie animale. Élu membre de l'Académie de Médecine, décoré de la croix de chevalier, puis de la croix d'officier de la Légion d'honneur, qu'il avait reçues — il aimait à le rappeler, — la première, des mains de M. Chomel, la seconde, de celles de M. Andral, il avait été enfin deux fois de suite présenté pour l'Institut par la section de Médecine et de Chirurgie.

M. Poiseuille honorait donc le corps de l'inspection pri-

maire de la Seine en y entrant, et il s'est honoré lui-même par les services qu'il j a rendus. C'est des questions d'hygiène qu'il avait été d'abord spécialement chargé. Mais il n'était pas dans sa nature de rien faire à demi, et il ne tarda pas à se donner tout entier à ses écoles.

Ce qu'estimaient particulièrement les juges de ses travaux scientifiques, c'était la justesse du point de vue dans la direction des recherches, l'ingénieuse simplicité des moyens d'observation, l'exactitude de la méthode, la parfaite clarté des conclusions. On reconnaissait aisément ces habitudes d'esprit dans les soins que M. Poiseuille apportait à l'examen des affaires. Très réservé par caractère, timide même, comme il arrive souvent aux vieillards, il se laissait difficilement pénétrer; mais, du jour où l'on était entré en possession de sa confiance, on trouvait vite en lui le fonds solide et pur de l'honnête homme. Tout, dans sa personne, jusqu'à cette vivacité d'humeur qui s'échappait parfois en brusques saillies, tout portait la marque de la droiture de l'esprit et du cœur. M. Poiseuille accomplissait ses devoirs professionnels avec simplicité, probité, scrupule, n'avançant rien qu'il n'eût vérifié, dont il ne fût sûr. Les lenteurs qu'on était tenté de lui reprocher dans les examens tenaient le plus souvent aux exigences d'une conscience rigoureuse : il avait besoin de peser sa note, et il était rare qu'il se trompât.

La vieillesse cependant ne pouvait lui être indéfiniment indulgente, et, dans l'intérêt du service en même temps que pour lui-même, l'autorité supérieure dut un moment se préoccuper de ne pas le laisser aller jusqu'au bout de ses forces. Mais il tenait à honneur de vivre d'une vie utile jusqu'au dernier jour. En présence de cette bienveillante menace de repos, il rassemblait l'énergie de son intelligence et redoublait d'activité; tout récemment il avait remis sur le métier un petit ouvrage de géométrie pratiqifc destiné aux écoles. Suivant son vœu, il est mort debout.

La perte de M. Meyer, qui vient de s'ajouter si prématurément à celle de MM. Henné et Poiseuille, est d'autant plus

douloureuse qu'elle a été imprévue ; ses amis ne savaient même pas qu'il fût malade, quand ils ont appris qu'il était mort.

Né en 1814, à Nancy, M. Maurice Meyer était d'un âge qui ne lui interdisait pas encore le long espoir, et un passé activement rempli semblait autoriser ses vastes pensées : j'aime à répéter ce qu'il disait si volontiers lui-même. Comme M. Henné, il avait commencé par exercer dans l'enseignement secondaire. Professeur de rhétorique à Toui et à Tarbes (1835-1839), ramené en Lorraine comme maître d'humanités, il n'avait quitté la chaire de seconde qu'il occupait à Metz que pour remplir diverses missions littéraires, et diriger un service spécial au Bureau des travaux historiques du Ministère de l'Instruction publique (1841-1845).

Les loisirs relatifs que lui assuraient ces fonctions temporaires lui avaient permis de pousser à leur terme ses thèses de doctorat. Sa thèse latine, qu'il a depuis traduite et imprimée dans un de ses recueils d'articles de Critique ancienne et moderne, avait pour sujet Ovide, ou les Lectures publiques et privées sous Auguste. C'était le moment où M. D. Nisard venait de faire paraître sa piquante histoire de la déclamation à Rome sous l'Empire. La dissertation de M. Meyer en était comme la préface. « J'ai voulu, dit-il, montrer l'origine de cet usage qu'on a dépeint ailleurs vers son milieu et à son déclin. » Sa thèse française, sur les Atellanes, n'était aussi qu'une sorte de canevas des Études sur le théâtre latin, qui devaient être l'origine de sa notoriété littéraire.

L'accès de l'enseignement supérieur lui était ouvert. La chaire de poésie latine du Collège de France s'étant trouvée momentanément vacante, il y fut appelé en qualité de suppléant. En 1848 il dut aller à la Faculté de Poitiers prendre le cours de littérature ancienne, dont il devint titulaire en 1849, et qu'il conserva jusqu'en 1855. Une nouvelle suppléance le remit en possession de la chaire de poésie latine du Collège de France. A l'issue de cette seconde et heureuse épreuve, le titre de Doyen de Faculté lui fut offert en province. C'est alors qu'il choisit les fonctions de l'inspection primaire à Paris qu'on lui avait proposées en même temps.

L'emploi avait surtout, à ses yeux, l'avantage de lui permettre de conserver des relations littéraires qui étaient

devenues une habitude de sa vie. Il espérait aussi se ménager des heures de travail et de liberté. Son premier volume d'Études sur le théâtre latin avait été accueilli avec laveur. Il s'était engagé à donner le second. En attendant, il aimait à se retrouver auprès de la chaire qu'il n'avait pas renoncé à considérer comme sienne, à discuter avec ses anciens collègues les conclusions de leurs leçons, à leur communiquer les matériaux qu'il avait amassés, à s'entretenir des choses du jour. Aux connaissances exactes du philologue M. Meyer joignait le goût exercé de l'humaniste. Sa curiosité toujours en éveil ne lui permettait pas d'approfondir tout ce qu'il touchait, mais il aimait à toucher tout ce qui le tentait.

Je suis chose légère, et vole à tout objet,

disait-il en Rappliquant d'autres vers de La Fontaine; et les recueils de ses articles, qui portent sur les matières les plus diverses, son style alerte, sa conversation aisée, parfois hardie, volontiers malicieuse, confirment son appréciation. Par un contraste qui n'a de singulier que l'apparence, la mobilité de l'intelligence s'alliait, chez M. Meyer, presque dans une égale mesure, au goût de la décision souveraine. Dans toute question il prononçait, moins soucieux, semblait-il, de mettre ses divers jugements d'accord entre eux et avec des principes généraux, que de s'ériger, au fur et à mesure, sur chaque cas, en arbitre suprême. Cette instabilité d'esprit qui, dans l'ordre des choses de l'imagination, peut se jouer impunément avec grâce, cette promptitude délibérée de jugement qui, en matière littéraire, au risque de quelques contradictions inoffensives, donne à la critique l'attrait de l'imprévu, ne sont pas toujours de mise aussi heureusement dans les affaires administratives, auxquelles se rattachent tant d'intérêts graves, compliqués, délicats, qui ne peuvent être équitablement traités qu'à force de tact et de suite. Quelque bon vouloir qu'il en eût, M. Meyer avait peine à se maintenir dans les voies qui lui étaient tracées. Il l'avouait ingénument; et ne serait-ce pas méconnaître sa pensée, presque trahir sa mémoire, que de chercher à attacher son nom, fût-ce par l'éloge, à des fonctions où il n'avait voulu que passer? Il aspirait à rentrer dans l'enseignement du Collège de France. Peut-être allait-il toucher son but. Une

vacance paraissait devoir se produire et, par un privilège de nature, M. Mayer goûtait déjà, comme tant de fois en sa vie, la pleine jouissance de ce qu'il espérait.

Il aura du moins gagné parmi nous la décoration de la Légion d'honneur à laquelle il attachait tant de prix; et dans toutes les parties du service où, par la culture de son esprit, il s'était fait une place à part, il laisse un vide difficile à remplir. Ajouterai-je que la mort lui a épargi é, en le frappant, de patriotiques douleurs? Le 22 janvier 1871, lorsque nous le conduisions à sa dernière demeure, l'esprit tout plein de nos fréquents entretiens sur la littérature latine, le cœur ému à la pensée qu'il était d'origine lorraine, nous ne pouvions secouer le souvenir des pages éloquentes de Cicéron félicitant Crassus, de Tacite félicitant Agricola d'avoir échappé, par une fin prématurée, aux malheurs publics dont le pressentiment avait désolé leurs derniers jours.

(Extraitdu Bulletin de l'Instruction primaire, 1er février 1871.)

M. Marguerin Administrateur général des écoles primaires supérieures.

Emile Marguerin, né le 14 octobre 4820, est mort à Paris le 4 octobre 4784. Ses parents, d'humble origine et sans fortune, ne ménagèrent aucun sacrifice pour lui assurer le bienfait d'une éducation élevée. Il justifia dès le début leurs espérances. Placé dans une pension qui suivait les cours du collège Bourbon (aujourd'hui lycée Condorcet), M. Marguerin, sans être ce qu'on appelle un élève à succès, comptait parmi les meilleurs esprits de sa classe. « Il était de ceux, a dit un des amis de sa jeunesse, M. H. Baudrillart, que les maîtres remarquent et que leurs camarades classent entre eux au premier rang. Indépendamment des avantages de sa personne et d'un air de distinction naturelle, on était frappé par son ouverture d'esprit ; sa passion de lecture s'en prenait aux livres de tout genre : aucun d'entre nous, en rhétorique ou en philosophie, n'était plus au courant de ce monde intel-

lequel qui comprend les poètes, les romanciers, les historiens et les philosophes. » Ses goûts l'attiraient surtout vers l'histoire. C'est à cet ordre d'enseignement qu'il avait l'ambition de se consacrer (1841). dépendant, tout en préparant ses examens, il lui fallait venir en aide à sa famille. Cette préoccupation de la famille — nous empruntons encore cette observation aux souvenirs de M. Baudrillart, — M. Marguerin devait, de tout temps, la porter jusqu'au dévouement : dévouement pour sa mère d'abord, qu'il entoura pendant trente ans des soins les plus tendres, dévouement pour les parents qui tenaient à sa mère par quelque lien. Il partageait son temps entre des leçons particulières, qui étaient sa seule ressource pour lui et les siens, ses études propres et la vie du monde, dont il goûtait les plaisirs délicats. Reçu licencié es lettres en 1843, il fut, l'année suivante, chargé au collège Bourbon des cours spéciaux qui venaient d'être fondés par M. Villemain, et il conserva cet emploi jusqu'en 1852, mûrissant son savoir et perfectionnant son talent. En 1853, les emplois de chargés de cours ayant été supprimés à Paris, M. Marguerin, qui n'avait pu affronter encore le concours de l'agrégation, fut pourvu d'une chaire dans un lycée de province. B ne crut pas devoir l'accepter. Presque au même moment, la direction de l'école municipale Turgot était devenue vacante : obéissant à une sorte de vocation secrète, il sollicita le poste et l'obtint. Il y trouva l'intérêt et l'honneur de sa vie.

« C'est à la tête de l'école Turgot, disais-je en lui rendant sur sa tombe un dernier hommage, que j'ai trouvé M. Marguerin, il y a vingt ans. Les circonstances ne nous avaient pas rapprochés jusque-là. Nous avions l'un et l'autre dépassé l'âge où l'on se lie uniquement par sympathie. Mais, dès nos premiers entretiens, je me trouvai porté vers lui par un sentiment d'estime profonde pour son esprit judicieux et son caractère loyal, pour les habitudes de devoir et de dévouement au bien public dont il était pénétré si sincèrement. J'étais presque surpris de trouver un tel homme dans cet obscur emploi.

(( Je savais qu'il avait eu une jeunesse brillante; qu'appelé à professer l'histoire et la littérature dans les cours ouverts aux jeunes gens qui s'étaient détachés des études classiques, il avait donné à cet enseignement un relief inac-

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coutume; qu'il s'était fait remarquer, en outre, dans des suppléances difficiles; que les élèves de rhétorique recherchaient sa critique solide et fine, tout à la fois bienveillante et sévère, sévère pour les choses, bienveillante pour les enfants, comme elle le fut plus tard pour les hommes. J'avais entendu dire qu'il tenait sa place dans un salon comme dans une classe. M. V. Cousin m'avait raconté lui-même enfin qu'en 1848 il se proposait de lui ouvrir les voies de la diplomatie; et nul doute que les ressources de son intelligence, sa puissance d'observation et de travail, sa rare sagacité, ne s'y fussent déployées avec éclat.

« Il ne me fallut pas longtemps pour voir ce qu'était devenue entre ses mains cette fonction qui n'avait de modeste que l'apparence. L'un des traits les plus marqués de l'esprit de M. Marguerin était de se donner sans réserve à ce qu'il faisait : c'est ainsi qu'il a appartenu pendant près de trente ans aux grandes écoles de la ville de Paris. L'opinion publique n'était pas encore bien fixée sur la valeur de l'enseignement destiné à la petite bourgeoisie et à l'élite des classes ouvrières, dont MM. Guizot, Cousin, Saint-Marc Girardin, de Salvandy venaient de marquer la place entre l'enseignement primaire supérieur et l'enseignement classique. Nul peut-être n'en avait dès l'abord plus justement senti que M. Marguerin le caractère et la portée. 11 a fait mieux que de le comprendre, on peut dire qu'il l'a créé.

« Aujourd'hui que les établissements municipaux sont largement dotés de tous les moyens de travail, on oublie ce qu'il a fallu d'efforts persévérants, d'esprit d'organisation, d'habileté dans le maniement des hommes, pour arriver à fonder dans l'étroite enceinte des classes de la rue du Vert- Bois une école supérieure modèle. Maîtres et méthodes manquaient alors. Les maîtres, M. Marguerin allait les chercher partout; et quand il sentait qu'il avait mis la main sur un de ceux qu'il pouvait utilement associer à son œuvre, il s'en emparait, le pénétrait de son esprit, l'animait de sa flamme, prêchant lui-même d'exemple et payant de sa personne, au préau, dans la classe, à l'étude, tour à tour surveillant et professeur, professeur surtout; car il avait transporté à Turgot ces qualités de bon sens, de mesure et de verve qui avaient si vite consacré son autorité au collège Bourbon . Grâce à cette activité industrieuse et te-

conde, il eut bientôt réuni autour de lui une pléiade d'hommes de valeur habitués à ne compter ni leur temps ni leur peine : Barreswill, Morin, Michel, Porcher, de Montmahou, Félix Hément et bien d'autres. Les maîtres faits, les livres ont suivi : livres où chacun avait à cœur de fixer le meilleur de son savoir et auxquels M. Marguerin mettait le sceau de son expérience pédagogique si lumineuse et si sûre. C'est ainsi que, lorsque en 1865 intervenait la loi sur l'enseignement secondaire spécial, l'école Turgot, qui ne devait rien qu'à elle-même, à son chef, à ses professeurs, était en mesure, avec Chaptal, de fournir à tout le monde les instruments du succès.

« L'action de M. Marguerin ne se bornait pas à l'impulsion générale. L'esprit d'ensemble qu'il portait dans toutes ses vues ne le rendait indifférent à aucun détail; il savait qu'en matière d'éducation, les meilleurs principes ne valent qu'autant qu'on en suit, jour par jour, l'intelligente application. Du premier au dernier, il connaissait à fond ses élèves. Un jour, à l'école J.-B. Say — alors que, les infirmités commençant à le gagner, il aurait pu éprouver un peu de découragement ou de fatigue, — il me disait : (( J'aime l'enfant comme le paysan aime la terre ». L'enfant était sa chose en effet, son bien. 11 n'y avait pas de nature qui le rebutât. Les difficultés l'attiraient presque, ou du moins le succès chèrement acquis ne lui déplaisait point. Je ne crois pas que jamais personne ait su plus habilement traiter une petite conscience malade, y réveiller les bons instincts, en faire jaillir un regret généreux. J'ai assisté quelquefois à ses consultations; il était impossible de s'y montrer, suivant le cas, plus ferme ou plus souple, plus ingénieux ou plus pressant. Les punitions étaient inconnues à Turgot; M. Marguerin personnifiait toute la discipline; ses observations en étaient la sanction unique et admirablement respectée. La gravité froide, parfois même un peu hautaine, que lui avait donnée le long exercice de l'autorité, s'alliait chez lui à toutes les tendresses de l'éducateur. Si les grands établissements d'industrie et de commerce recherchaient les élèves de Turgot, ce n'est pas seulement parce qu'on était assuré qu'ils apporleraient dans la maison une intelligence ouverte et pourvue d'un ensemble de connaissances judicieusement mesuré, c'est aussi parce qu'on les

savait façonnés à cette discipline morale, sensibles à Thon neur, dociles à la raison.

« A travers les enfants M. Marguerin voyait et atteignait les familles. Il ne se contentait pas de les tenir au courant par des bulletins hebdomadaires; il allait à elles, il les faisait venir à lui, il étudiait avec elles les aptitudes de l'élève, préparait son avenir et souvent en décidait. Ses conseils étaient toujours si bien justifiés qu'il eût été difficile de ne pas les suivre. Et de ces entretiens prolongés ou renouvelés autant qu'il était nécessaire, combien les parents ne remportaient-ils pas pour eux-mêmes de suggestions utiles et de sages directions ! Le bien que M. Marguerin a fait autour de lui sous cette forme est incalculable. Ce sont ces petites vertus de tous les jours, propagées et entretenues dans les plus modestes ménages, qui font les sociétés fortes et saines.

« Quelque jaloux qu'il fût de se réserver à son école, M. Marguerin ne s'y enfermait pas étroitement; on n'ignorait pas qu'on pouvait en toute occasion faire appel à son dévouement pour les intérêts généraux de l'instruction populaire, et on ne se faisait pas faute d'en user. Pendant plus de quinze ans, il a été l'un des promoteurs les plus actifs des cours de l'Association polytechnique. L'Association formée pour la protection des jeunes apprentis, la Société Franklin, les nombreuses commissions dont il était membre, lui durent aussi plus d'une mesure sage et utile. C'est à lui, l'un des premiers, qu'on eut recours lorsque furent établis dans le 3e arrondissement les écoles professionnelles pour les femmes; il en discuta les programmes et les plans. Tout récemment encore, les comités du collège Sévigné et de l'école Monceau étaient venus le chercher dans sa retraite, et il s'y montra une fois de plus ce qu'il avait été partout, un appui, un guide, un inspirateur. Son expérience n'avait rien de banal, et l'accent personnel dont ses moindres conseils étaient relevés ajoutait encore à l'autorité de sa haute raison. Il aimait surtout à voir les œuvres sortir de terre et s'épanouir; il en eût volontiers restreint le développement : il redoutait les entraînements du succès. Quand Turgot, qu'il avait reçue des mains de M. Pompée avec trois cents élèves, en compta plus de huit cents, il n'eut pas de cesse qu'il n'obtînt la fondation de quelques colonies.

« Il eut la satisfaction de voir s'élever entre ses mains Col-

bert, Lavoisier, J.-B. Say, Arago. Au titre d'administrateur général des écoles supérieures de la ville de Paris, qui lui avait été conféré, étaient attachées de laborieuses fonctions, qu'il remplissait avec un zèle toujours égal. Un moment vint où la charge fut trouvée insuffisante. On lui demanda d'y ajouter la direction d'un de ces établissements qu'il avait contribué à fonder-, il dut accepter, et fit bientôt de J.-B. Say ce qu'il avait fait de Turgot. Mais, cette tâche accomplie, il se retira.

« En 1881 l'Institut consacra ses éminents services en lui décernant le prix Halphen, prix attribué « à ceux qui, par leur action personnelle et parleurs travaux, ont le mieux servi les progrès de l'instruction primaire ». Au mois de juillet dernier il avait été promu dans Tordre de la Légion d'honneur, promotion tardive à notre gré et qu'il eût dû recevoir sur le champ de bataille où il avait si vaillamment combattu. Cette croix d'officier, si bien méritée, je n'ai même pas eu le bonheur de la lui remettre; elle n'a paré que son cercueil. Mais, aux témoignages qui lui arrivèrent de toutes parts lorsque parut le décret, M. Marguerin put reconnaître qu'il n'était pas oublié et que cette distinction était ratifiée parle sentiment public. C'est du sentiment public aussi que je suis sûr d'être l'interprète en disant que la ville de Paris n'a pas eu de serviteur plus éclairé ni plus dévoué ; son nom est inséparable de celui de l'école Turgot. »

Pour ceux qui l'ont connu de près, le souvenir qu'il laisse est encore supérieur à son œuvre. M. Marguerin possédait au plus haut degré le goût des choses de l'esprit. Toute sa vie, il avait beaucoup lu, et, comme il ne lisait guère que le crayon à la main, réfléchissant et méditant au fur et à mesure sur chaque page, ses lectures laissaient dans son esprit une trace profonde. Sa conversation était substantielle, attachante, suggestive. Doué d'une pénétration historique peu commune, il savait se transporter dans les époques auxquelles il s'attachait. Il n'avait pas seulement le respect du passé, il l'aimait. La vie patriarcale et recueillie du moyen âge avait touché son imagination, presque séduit son bon sens. 11 connaissait mieux encore peut-être le dix-huitième siècle; il en pratiquait presque également les œuvres graves et les œuvres légères : c'était un historien moraliste et un lettré raffiné. 11

aimait à juger, et d'ordinaire il jugeait bien. Lorsque la passion l'entraînait, il n'était pas nécessaire de l'avertir, il en avait lui-même conscience ; mais il y avait plaisir à le contredire, tant on le savait en fonds d'arguments!

Ses premiers essais — les articles qu'il donna au Courrier français de mai à novembre 1844 — contiennent en germe toutes les qualités que la vie, cette maîtresse supérieure, devait développer en lui : le besoin de voir clair, la justesse, la portée, et cette sorte d'originalité qui est le fruit d'un sentiment sincère. H y traite du roman et de la poésie, de la politique et de l'histoire. Si dans sa vieillesse il a eu occasion d'y revenir, il nous semble qu'il dut se retrouver surtout dans ses observations sur les œuvres d'imagination et le goût de l'idéal.

« N'est-il pas vrai, écrivait-il dans une jolie page datée du 19 novembre, n'est-il pas vrai qu'un roman, quand il est bon, est pour l'esprit une récréation charmante! Ne craignons pas de le dire ! Heureux les lecteurs du roman ! ils s'arrachent, pour un temps, aux misères de la réalité, aux lâches accommodements auxquels la raison amène le cœur, aux tristes concessions que la tyrannie des circonstances impose à l'âme qui se soumet en s'indignant, quand elle a la force de s'indigner. Les uns se soumettent sans combattre ; les autres se révoltent et luttent; on dit que les premiers sont les plus sages; pour moi, j'aime mieux les seconds. Mais qu'on se résigne à une existence incomplète et mutilée ou qu'on la subisse, au moins il nous est donné à tous de voir, comme par une échappée, de plus douces perspectives : cette échappée, c'est le rêve, c'est l'idéal, c'est l'infini, c'est le roman ! Pauvre roman ! combien n'a-t-on pas déclamé, ne déclame-t-on pas contre lui! Par quelles calomnies les Basiles bourgeois ne se sont-ils pas acharnés à le noircir ! Quelles persécutions les tyrans domestiques lui ont-ils épargnées ! N'approchez pas de ces sources empoisonnées, on y puise la mort. Ils crient si fort qu'ils effrayent. Et contre toutes les sottises, les médiocrités, les pruderies ameutées, le roman n'a pour lui que quelques natures aimantes et timides ; ce ne sont pas celles qui font le plus de bruit. Autrefois le jour était aux persécuteurs, mais la nuit au roman; aujourd'hui on ne lit plus, on ne rêve plus, on s'endort. A peine trouveriez-vous dans quelque solitude discrète, éclairée d'une lumière douteuse, à

l'heure faite pour le sommeil et le néant, une jeune fille qui demande furtivement au livre persécuté et chéri de douces émotions, de saintes ardeurs, de nobles enthousiasmes. Bois, jeune fille, cette rosée de l'âme, bois l'amour, bois la vie; ton lendemain ne viendra que trop tôt. »

Quiconque n'a pas suivi chez M. Marguerin cette veine de sentiment ne l'a pas connu tout entier. L'article que je viens de citer ne m'a été communiqué qu'après sa mort; mais, en le lisant, il m'a semblé que je l'avais déjà lu. Sous les feux amortis de l'âge mûr, j'avais plus d'une fois senti cette flamme de jeunesse. Elle a échauffé et illuminé jusqu'aux derniers jours de sa vie.

Ses deux ouvrages principaux sont le Rapport sur l'éducation des classes moyennes en Angleterre et les Grandes époques de V histoire de France.

Le Rapport sur V éducation des classes moyennes en Angleterre, qui date de 1864, a ouvert, pour ainsi dire, la série des grandes enquêtes pédagogiques dont notre temps s'honore à juste titre. Le document est riche en faits bien étudiés, en considérations intéressantes. C'est à la demande du Conseil municipal de Paris que M. Marguerin, accompagné d'un jeune professeur distingué, M. Motheré, avait accompli ce voyage scolaire. Tout ce qu'il avait rapporté d'observations utiles n'a pas trouvé place dans son livre, mais il s'en est inspiré dans son administration. Lorsqu'il entreprenait quelque réforme, il aimait à remonter jusqu'à la source où il avait puisé l'idée première. Son esprit didactique se complaisait dans ces exposés abondants qu'il faisait pour lui-même et pour les autres sur toutes les questions qu'il était appelé à examiner. L'étude de l'Angleterre avait produit dans son intelligence comme une évolution, et il y avait plaisir à le voir, dans ses entretiens ou dans ses notes de service, travailler à se ressaisir à ce point de départ.

Les Grandes époques de Vhisioire de France ont été cependant, et de beaucoup, son œuvre de prédilection. C'est avec M. Hubault qu'il l'avait entreprise. M. Marguerin aimait le travail en collaboration. C'était presque un besoin de son esprit. Il excellait à faire un plan, à concevoir le dessein d'un ouvrage, d'un chapitre, d'un arlicle ; le chapitre ou l'article écrit par un autre, il le critiquait supérieurement. Ses amis, les grands amis de sa jeunesse, Thiers, Mignet, Guizot, Cou-

sin, ont plus d'une fois pensé à lui confier la direction d'un journal; il y aurait certainement réussi. Le travail de la rédaction proprement dite le trouvait plus gêné ; il se plaignait d'avoir la main lourde, le tour pénible, l'expression embarrassée et sans éclat. Chez moi, disait-il, la pâte ne monte jamais bien. 11 lui fallait le levain des qualités ou même des défauts d'autrui. L'idée des Grandes époques était particulièrement heureuse. Il s'agissait de retracer la suite des événements mémorables de l'histoire de France en les faisant revivre comme dans une série de médaillons, indépendants les uns des autres, mais enfermés dans un même cadre. On a plus d'une fois essayé d'écrire sur ce plan notre histoire nationale, en élaguant les faits de second ordre qui ne font qu'encombrer la mémoire sans profit pour le jugement ; on n'a pas encore mieux fait que MM. Hubault et Marguerin. En décernant aux Grandes époques un des prix réservés aux ouvrages les plus utiles aux mœurs, l'Académie française, par l'organe de M. Villemain, en louait la composition sobre et bien liée, l'intérêt pittoresque, la haute et patriotique moralité.

Dans les dernières années de sa vie, lorsque la retraite eut accru ses loisirs, M. Marguerin essaya de revenir à ces études historiques que l'observation des révolutions politiques et sociales auxquelles il avait assisté lui rendait, disait-il, plus chères. Il avait commencé un Précis de V histoire d'Orient; mais la lecture des textes lui fatiguait la vue, qu'il avait toujours eue délicate, et il ne se sentait plus les forces nécessaires pour suivre un travail de longue haleine. Ses lectures si riches lui fournissaient des matériaux tout prêts pour un Recueil de morceaux choisis dans le genre de ceux qu'il avait autrefois publiés avec un professeur de l'école Turgot, M. Michel. Il s'était mis à l'œuvre avec entrain, presque avec passion. Les deux volumes qu'il a eu le temps de mettre au jour témoignent de son goût littéraire remarquablement pur et de l'aisance avec laquelle il savait entrer dans tous les besoins intellectuels de la jeunesse. Il s'était ainsi trouvé ramené au sein de l'école où il avait passé les meilleures années de sa vie. Sur notre conseil, il avait consenti à écrire l'histoire de Turgot, sous la forme de notes détachées, comme elles lui viendraient à l'esprit. C'est un de nos plus vifs regrets qu'il n'ait pas eu le temps de

rassembler ses souvenirs. Cette autobiographie, car c'est presque son histoire que M. Marguerin eût racontée, aurait été pour notre littérature pédagogique ce que sont en Suisse et en Allemagne les écrits du P. Girard et de Pestalozzi, à un degré supérieur par la clarté et l'ampleur des vues.

M. Ebrard Inspecteur général honoraire de L'instruction primaire.

Le 5 juin 1885, l'Université perdait un de ses membres les plus honorables et les plus dévoués : M. V. H. Ebrard, inspecteur général honoraire de l'Instruction primaire, chargé de l'Inspection des Maisons de la Légion d'honneur. Une délégation des élèves des établissements de Saint-Denis, d'Écouen et des Loges assistait aux funérailles. M. le Grand- Chancelier s'était fait représenter par M. le général Rousseau, secrétaire général. On remarquait dans le nombreux cortège : M. Le Royer, président du Sénat; M. Jules Simon ; M. Faure, député de la Marne; M. le vice-recteur Gréard ; MM. les directeurs Zevort et Buisson ; M. Himly, doyen de la Faculté des Lettres ; MM. les inspecteurs généraux Berger, Cadet, Brouard, Hément; MM. les inspecteurs primaires de l'enseignement de la Seine, etc.

Au cimetière Montparnasse où le corps a été inhumé, M. le général Rousseau a prononcé le discours suivant :

« Mesdames, Messieurs, je crois répondre à vos sentiments en venant, au nom du Grand-Chancelier et des Maisons d'éducation de la Légion d'honneur, adresser ici quelques paroles d'adieu à l'homme de bien qui vient de s'éteindre après une carrière si laborieuse et si honorablement remplie. Vous savez tous avec quelle ardeur M. Ebrard s'était attaché à l'œuvre de réorganisation de nos Maisons, et quel collaborateur dévoué le Grand-Chancelier avait trouvé en lui. Mais ce que je ne saurais trop vous rappeler, c'est ce zèle qui ne s'est pas démenti un seul instant et cette infatigable activité qui a fini par avoir raison d'une constitution

déjà bien éprouvée par les luttes de la vie. A côté de ces qualités brillantes, M. Ebrard en avait une entre toutes qui lui conciliait tous les cœurs : c'était sa bienveillance inaltérable et un désir d'obliger qui ne le faisait reculer devant aucune difficulté. On aurait pu dire de lui : si c'est possible, c'est fait ; si c'est impossible, cela se fera.

« Qui de nous n'a pas ressenti les effets de cette bienveillance active à laquelle on n'a jamais fait appel en vain ? M. Ebrard a été attaché à l'enseignement des Maisons de la Légion d'honneur dès 1881, et, depuis quatre ans, il avait consacré toute sa torce et toute son intelligence à seconder le Grand-Chancelier dans l'œuvre qu'il avait entreprise. Je suis ici son interprète en proclamant, devant tous, les grands services rendus par M. Ebrard à l'enseignement dans les Maisons d'éducation de la Légion d'honneur. Nous pouvions espérer le conserver longtemps encore comme notre collaborateur. Mais Dieu, qui a marqué les jours de chacun ici-bas, l'a rappelé à lui. Inclinons-nous devant ses arrêts et conservons toujours le souvenir de cet homme honorable et vraiment digne de l'estime, de l'affection et des regrets de tous. Cher monsieur Ebrard, adieu, mon cher collaborateur, adieu ! »

Ce témoignage si justement rendu à la dernière œuvre de M. Ebrard était applicable à l'ensemble de sa carrière. Pendant quarante ans, il s'est donné sans compter.

Ses débuts dans l'enseignement secondaire à Compiègne, à Amiens, au collège Rollin, lui avaient mérité le patronage de Saint-Marc Girardin et de M. Désiré JNisard, qui dès ce moment l'admettaient dans l'intimité de leurs travaux et de leur vie. Nul doute qu'une fois ses grades conquis, il ne se fût élevé promptement dans la hiérarchie de l'enseignement secondaire : aux solides connaissances du grammairien M. Ebrard joignait le tact littéraire de l'humaniste.

La révolution de 1848, qui donnait satisfaction à ses convictions républicaines, semblait devoir lui ouvrir l'essor. Même alors qu'il était le plus absorbé par les emplois qu'il avait à remplir, M. Ebrard ne perdit jamais le souci des grands intérêts du pays. La vie politique l'attirait. Jusqu'à ses derniers jours presque, il entretint l'ambition, justifiée par le plus sincère patriotisme, d'apporter aux affaires ? soit dans les conseils locaux, soit au Parle*

ment, le concours de son expérience et de son zèle du bien public.

La réaction de 1850 le toucha au cœur. A la suite de discours qu'il avait tenus dans un cercle d'amis, il fut révoqué. 11 emporta dans sa retraite prématurée l'estime de tous ceux qui avaient pu apprécier la droiture de son caractère. « Je regrette d'autant plus d'avoir le pénible devoir de vous taire connaître cette décision, lui écrivait le directeur du collège Rollin, que j'étais heureux des progrès que vos élèves faisaient sous votre habile direction et que votre collaboration m'était infiniment précieuse; ce dont je puis répondre, c'est que ce n'est pas dans l'intérieur du collège que vous avez démérité et c'est un témoignage que je m'empresse de vous rendre. »

Éloigné de l'enseignement public, M. Ebrard se voua à l'enseignement libre. Inspecteur des études à l'institution Jauffret de 1851 à 1857, il prit, en 1857,1a direction de l'institution Bellaguet, et il la conserva pendant dix ans. Les relations qu'il noua pendant cette période de sa vie avec les familles qui lui confiaient leurs enfants lui sont restées fidèles. Il exerçait sur les jeunes gens une influence profonde. Sa parole abondante, chaleureuse, originale, les enveloppait, les échauffait, les secouait jusqu'à ce qu'il les eût pénétrés du sentiment de leur faute. Il était tout dans sa maison : professeur, répétiteur, directeur de conscience ; il avait des éclairs de sagacité et des coups d'autorité dont se souviennent ceux qui, pour leur bonheur, en ont été l'objet. Parvenus aux plus hautes charges de l'État, quelques-uns de ses élèves se faisaient un plaisir de reconnaître tout ce qu'ils lui devaient.

En 1870, la République le trouva prêt à le servir. L'enseignement primaire avait de tout temps excité son intérêt. Dans une allocution de distribution de prix au collège Rollin, le 11 août 1848, s'adressant à M. Boulay, de la Meurthe, représentant du peuple, membre du Conseil municipal de Paris, qui présidait la cérémonie, il disait : « Grâce au triomphe des idées généreuses dont plus que personne vous avez hâté l'avènement, tous recevront bientôt le degré d'instruction nécessaire pour connaître leurs droits et leurs devoirs. Cet.'e instruction première et indispensable ira chercher l'enfant du plus pauvre pour moraliser ses sentiments en éclairant

sa raison. Au nom de la loi et du devoir, elle le prendra pour l'instruire de force, s'il le faut; tant sont grands, souverains et sacrés les droits de l'État sous un gouvernement de tous par tous et pour tous ! »

Nommé inspecteur de l'enseignement primaire à Paris, il trouva dans cette fonction nouvelle comme un rajeunissement d'activité. Il eut successivement comme circonscription les 1er, 2e, 36, 12e et 13e arrondissements. Il y a laissé le souvenir d'une ardeur infatigable, d'une préoccupation intelligente des intérêts les plus élevés de l'éducation, d'une vive sollicitude pour le personnel. Il aimait l'action et plus encore la parole. Il se répandait en interrogations, en conseils, en exhortations. L'homélie scolaire, — c'était le mot dont il se servait parfois, — ne lui déplaisait point. Il s'y abandonnait jusqu'à ne pas se réserver le loisir de rédiger les notes ou les rapports nécessaires ; mais, partout où il avait passé, on était sûr qu'il laissait un sillon de lumière et que les cœurs étaient plus haut.

Il se proposait d'écrire un jour ce qu'il avait observé dans les écoles. Le plan du livre était tracé ; l'épigraphe en était trouvé : Dieu, la Patrie, la Famille. Ces trois mots renferment tous les sentiments qui ont animé sa vie.

Le mal auquel il a succombé prit tout de suite un caractère dont la gravité ne lui échappa point. Il en subit les crises douloureuses avec une énergie rare et une résignation presque souriante. « Le nouveau régime qui m'a été prescrit par la consultation nouvelle, écrivait-il à un de s<s meilleurs amis, le 6 mai, produit de bons eftets. Je me sens un peu mieux; je reprends quelques forces; de sorte qu'au lieu de m'en aller au galop, je ne m'en vais plus qu'au trot; mais, d'une façon ou de l'autre, je m'en vais.... »

M. Ebrard était né le 5 décembre 1817. Officier d'Académie du 29 décembre 1860, officier de l'Instruction publique du 31 décembre 1862, il avait été nommé chevalier de la Légion d'honneur le 25 juillet 1876, et promu au grade d'officier le 6 juillet 1882.

(Extrait du Bulletin de l'Instruction publique du 15 août 1885.)

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La salle d'asile ou école maternelle.

I. Les jardins d'enfants de Frœbel. — Origine de cette appellation. — Les préaux fleuris. — I/enfant plante humaine. — L'action personnelle de Frœbel. — L'esprit philosophique de la méthode. — La psychologie de l'enfant. — Comment Frœbel en a reconstitué les principes. — Ses maîtres : Comenius, Grûber, Pestalozzi. — La part de l'esprit français. — J.-J. Rousseau et ses ancêtres, — La science livresque et l'observation. 1

ïï. Origine des salles d'asile en France : le pasteur du Ban de la Roche et Mme de Pastoret. — James Buchanan : les Infants schools. — Le Comité central : M. Cochin. — La loi du 28 juin 1833 et l'ordonnance du 22 décembre 1837. — La progression du nombre des salles d'asile. — M. de Salvandy et la fondation du cours pratique. — Le décret de 1855 ; les progammes. — Le Manuel des salles d'asile et la méthode. — Mme Mallet et Mme Pape-Carpantier. — M. Carnot : les écoles maternelles. — Oberlin et la tradition française. 9

III. L'insuffisance des résultats obtenus ; leurs causes. — L'étendue démesurée des classes. — Le nombre des élèves. — Les inégalités d'âge et d'intelligence. — Le rôle passif de l'enfant : le matériel de classe 18

IV . Les effets à attendre de la meilleure application de nos propres règlements. — Les constructions nouvelles. — Le partage des enfants en deux sections. — L'appropriation du matériel de classe — Ce qui peut résulter de la méthode Frœbel mal comprise. — L'abus des travaux d'imitation. — L'abus du vocabulaire géométrique. — La prédominance de l'esprit scientifique. — Le caractère plus mesuré de la méthode française 22

V. Les programmes de 1855. — Leur simplicité efficace. — Jusqu'où ils peuvent conduire l'enfant .... 20

VI. Les résultats de l'expérience commencée. — Les maîtresses. — Les enfanta. — L'habitude de l'at?ention et de l'observation; l'esprit d'analyse è # . 31

I. L'enseignement mutuel à Paris en 1867. — Ses origines. — Les causes de sa popularité sous la Restauration. — Son caractère politique 35

II. L'enseignement simultané et l'enseignement individuel. — Le manque de maîtres dans les écoles laïques. — Les facilités pédagogiques du système de Lancaster. — Ses avantages financiers.

— L'importance sociale qu'y attachaient ses partisars. — Son organisation : la hiérarchie des moniteurs 39

III. La valeur de la méthode. — Les moniteurs. — L'éducation de l'esprit ; les procédés. — L'éducation du caractère. — L'ordre matériel. — La discipline morale. — L'abus du sentiment de l'honneur et les dangers de l'exercice de l'autorité.. . . 50

IV. Les services rendus par l'enseignement mutuel. — La multiplication rapide des écoles; l'augmentation du nombre des f lèves; le recrutement des écoles normales. — Le mouvement d'opinion. — L'insuffisance des moyens d'action et la pauvreté des résultats. — La méthode jugée à l'étranger en 1836. — La persistance de sa popularité en France. — L'inégalité entre les écoles laïques et les écoles congréganistes. — L'organisation des écoles congréganistes. — Le régime des écoles laïques.

— Les modifications apportées à ce régime en 1#53 : l'école de la rue Ferdinand-St-Maur. — La lenteur des transformations. — La situation comparée, au 1er octobre 1867, des écoles laïques et des écoles congréganistes. — La nécessité d'une organisation pédagogique 55

V. Les principes mis en lumière par l'application du Monitorial System. — La nécessité de trouver pour chaque enfant un niveau dans une classe ; la nécessité de donner à l'enseignement un caractère collectiî. — Comment ces deux principes doivent être appliqués. — La limitation des divisions des matières de l'enseignement primaire. — La limitation du nombre des élèves formant une classe. . • t 65

VI. Les règles de la division organique des matières de l'enseignement. Les trois cours : élémentaire, moyen, supérieur. —

— La possibilité d'appliquer cette répartition à toutes les écoles. — Ses avantages. — Les règles du groupement des

élèves. — Le cadre des différents cours. — Les premières difficultés d'exécution. — Le principe commun à toutes les classes.

— La constitution normale d'une école 68

VIL L'organisation matérielle. — Le mobilier scolaire. — Intérêt de la question au point de vue de l'hygiène. — Son importance pour la direction pédagogique. — Les chaires et les bancs dans les écoles mutuelles. — La table du maître et la table de l'élève dans les écoles nouvelles. — Le mobilier d'enseignement. — Le tableau noir — Les cartes murales. — La collection des solides géométriques et des appareils de système métrique. — La bibliothèque scolaire 75

V 1 1 T . L'enseignement. — La distribution trimestrielle et mensuelle des matières. — La progression des cours. — Le caractère concentrique des trois divisions de Y organisation pédagogique.

— L'esprit différent des trois cours : le cours élémentaire. — Le cours moyen. — Le cours supérieur. — Les examens de passage et le certificat d'études. — Les dangers du concours. . . 80

IX. La méthode. — L'objet de l'éducation primaire. — La méthode courte et facile de Fénelon. — Ses applications à l'école. — L'éducation des facultés : le bon sens et le sens moral. — Usage et abus de la mémoire : l'imagination, le sentiment, le raisonnement.— L'activité de l'enfant : comment se forme le jugement. — L'éducation du sens moral. — Le P. Girard et Pestalozzi : la grammaire et l'arithmétique. — Dans quelle mesure toutes les matières de l'enseignement se prêtent à cette éducation. — Les exercices d'invention et de composition. — Ce qui reste des études bien faites 86

I* Le premier projet d'organisation des cours d'adultes à Paris:. J.-B. de la Salle et l'abbé delà Ghétardie; Philipon de la Madeleine et « l'éducation du peuple depuis la sortie des écoles jusqu'au mariage. » — Les décrets des 22 frimaire et 11 prairial, an I. — Les cours de 1816. — L'impulsion donnée par la loi de 1833. — Le nombre des élèves en 1829, en 1837, en 1841. — Les projets de loi de 1847 et de 1848. — La loi du 15 mars 1850 et le désaveu de l'institution; la protestation de Boulay de la Meurthe. — Le ministère de M. V. Duruy et la loi du 10 août 1867. — L'essor des cours. — La réduction de la subvention de l'État en 1874. — La situation des cours à Paris- — Leur développement, leur décadence. — La nécessité d'une réorganisation (1875) 99

II. Le dénombrement opéré au cours de l'hiver de 1874. — Le nombre réel des présences. — La clientèle des cours. — La disproportion d'âge. — La diversité des provenances. — L'inégalité des connaissances et des aptitudes. — Gomment les instituteurs étaient intéressés à remplir les bancs. — La médiocrité des résulats. — Les principes de la réorganisation et l'arrêté du 10 août 1877. — Le classement des adultes et des apprentis au 1er janvier 1878. 106

III. Les cours de femmes. — Les couturières et les comptables.

— La couture à l'école. — Les classes de coupe et d'assemblage.

— Les cours de comptabilité ; leur organisation, leur développement, leurs résultats. — Les avantages offerts aux élèves. — La création de cours similaires à l'étranger 118

IV. Les classes de dessin. — L'enseignement du dessin dans les écoles de garçons ; dans les écoles de filles. — Les cours d'adultes et les classes subventionnées. — La statistique en 1875; le discours de M. Guillaume. — La méthode ; M. Yiollet-le-Duc.

— De l'accord de cette méthode avec les principes de Y organisation pédagogique. — Le zèle des élèves et les fondations. — La création des cours supérieurs. — Les difficultés de discipline intellectuelle. — Comment les adultes en ont eux-mêmes reconnu les avantages 124

V. Les lectures historiques et littéraires. — Leur caractère simple et familier : les vertus journalières 135

I. L'enseignement primaire supérieur à Paris en 18.67. — Goubaux et la pension Saint-Victor. — L'école primaire supérieure François Ier. — Le collège Ghaptal. — Son organisation comparée à celle de la Realschule de premier ordre. — L'organisation de l'enseignement : les cinq années d'études normales et l'année cemplémentaire. — Les professeurs généraux. — La prospérité de l'établissement et ses causes 139

II. L'école Turgot — Son origine. — Ses cadres. — Sa discipline.

— Ses budgets. — Les résultats de l'enseignement. — Les progrès à poursuivre : l'insuffisance de la scolarité pour la majorité des élèves. — Les moyens d'action : le placement des élèves.

— L'esprit d'initiative ; les méthodes fondées ou accréditées par l'école. — Les améliorations nouvelles : les cours de perfectionnement ; les voyages d'instruction. — Le caractère général de renseignement primaire supérieur : en quoi il répond aux besoins des classes moyennes et de la classe ouvrière. 151

I. La statistique de l'apprentissage à Paris. — Le gravité générale du mal : ses causes et ses effets. — L'apprenti. — Le patron. — La famille. — La législation. — Son impuissance. — L'industrie : ses souffrances. — Les plaintes des patrons et des ouvriers. — Résumé 173

IL Les efforts de l'initiative privée. — Les pensionnats et les externats d'apprentis. — Les œuvres de patronage — Les écoles professionnelles pour le? jeunes filles. — Les institutions d'encouragement. — Du bien qu'elles produisent. — Leur insuffisance 192

III. Les institutions municipales. — Les prix d'apprentissage: le concours, le contrat, la surveillance du contrat. — L'importance exagérée donnée aux prix d'apprentissage. — Les effets du concours. — La transformation des prix en bourses. — Les modifications utiles. — Les dispositions regrettables. — Leur effet sur l'émulation dans les écoles. — L'éducation morale des boursiers d'apprentissage. — Leur éducation professionnelle. — Leur éducation générale. — Comment l'institution aurait pu être fortifiée. — Pourquoi elle est délaissée 208

IV. L'école d'apprentissage. — Les objections faites à l'institution. — La nécessité de l'éducation de l'atelier. — Le danger de maintenir l'apprenti en tutelle. — Le régime d'administration. — La solution proposée : l'organisation de l'enseignement au Conservatoire, dans les Écoles d'arts et métiers, dans les écoles primaires supérieures. — En quoi les objections ne répondent point à la question : le caractère de l'enseignement du Conservatoire, des écoles des arts et métiers, de Chaptal et de Turgot. — L'éducation technique de l'apprenti : 1 école d'apprentissage n'est qu'une école préparatoire à l'atelier. — Comment toutes les industries se prêtent à un enseignement préparatoire. — Le témoignage de M. Guémied. — Les avantages d'un enseignement général; les changements de métier. — L'éducation morale de l'apprenti : l'école et la famille 212

V. Les institutions d'apprentissage à l'étranger. — Les institutions d'apprentissage en France. — Quatre systèmes : l'école primaire dans l'atelier; l'atelier dans l'école primaire; 1 école primaire et l'atelier juxtaposés; l'école d'api eniissage. — Discussion de ces systèmes. — Les principes qui leur sont communs. — Pourquoi ils doivent tous être encouragés. — L'école d'apprentissage est le type qui peut le mieux être appliqué à une institution municipale 224

e.ns. nu m. 27

VI. Les deux modes d'administration applicable à l'école d'apprentissage : l'administration avec le concours des patrons : l'administration directe par la municipalité. — Les avantages et les inconvénients des deux systèmes. — L'importance d'une direction commune. — L'évaluation des charges dans le système de l'administration directe. — Pourquoi elle est préférable. — Le choix des métiers auxquels doit être appliquée l'école. — La statistique des industries de Paris. — Les besoins de l'apprentissage. — Les industries du fer et du bois 237

VII. L'organisation de l'école d apprentissage et les cadres du budget. — Les principes. — Les programmes. — La direction de l'enseignement et la direction morale. — L'évaluation du budget. — Le budget de fondation. — Le budget d'entretien. 245

VIII. La fondation de l'école du boulevard de la Villette. — Les premiers résultats (1875). — L'enseignement général. — L'enseignement technique. — La répartition hebdomadaire des exercices. — Le système disciplinaire. — Les difficultés du début. — Le développement physique des élèves. — La tenue morale. — Les résultats de l'éducation professionnelle. — Les premières promotions. — Le résultat d'une nouvelle expérience triennale (1875-1878). — La régularité de la fréquentation. — La progression du recrutement. — Le salaire moyen des apprentis placés. — Le classement des élèves à l'école. — La prédominance de la catégorie des ajusteurs. — La nécessité de développer l'enseignement de la petite mécanique. — Conclusion 251

IX. Les efforts des syndicats depuis 1872. — L'appel de la chambre syndicale des mécaniciens et son règlement. — Développement des cours professionnels. — La fondation de l'école d'horlogerie . . « • • . 264

I. L'importance du recrutement des maîtres et ses difficultés. — Le projet de Talleyrand et le décret du 9 brumaire an III. — Le décret de 1808 et les classes normales. — h' École d'Essai de 1815 et Carnot : Waterloo. — La Restauration. — Les écoles normales créées de 1808 à 1815; de 1815 à 1828. — L'article 11 de la loi du 28 juin 1813. — Paris n'a pas d'école normale : les bourses entretenues à l'école de Versailles. — Les effets de la suppression de ces bourses à partir de 1850. — Les cours normaux de if. Sarazin et de M,le Sauvan. — Les cours préparatoires aux examens du brevet de capacité créés en 1865. —

Les emplois d'élèves-maîtres et d'élèves-maitresses. — La nécessité de la création de deux écoles normales. — Leur ouverture en 1872 et 1873 267

II. Pourquoi les écoles normales ne suffisent pas et ne doivent pas suffire à assurer le recrutement. — La discipline de l'école. — L'autorité morale des maîtres : les mesures d'ordre; les rapports des maîtres avec les enfants et avec les parents.

— Les rapports des maîtres entre eux : les devoirs réciproques de la hiérarchie. — La mesure d'indépendance nécessaire aux maîtres adjoints. — La part qui leur est propre dans l'œuvre commune. — L'autorité prépondérante de l'instituteur-directeur. — Les instituteurs non chargés de classe. — L'accord résultant de la direction de l'enseignement; les pratiques de la rouline; l'abus des livres; la parole du maître et les efforts concertés. — Les moyens d'action différents, suivant le degré des cours; l'unité du but. — Les classes élémentaires de garçons dirigées par des institutrices. — Le rôle de l'institutrice dans la loi française et dans les législations étrangères. . 277

III. L'enseignement libre ; nécessité d'en favoriser l'expansion.

— La répartition des enfants indigents entre les établissements du quartier, moyennant pension. — Les inconvénients financiers, moraux et légaux de ce système. — Les subventions accordées aux chefs d'établissements : en quoi elles n'atteignent pas leur objet. — Les Sociétés fondées en Angleterre : leur mode d'action; ses avantages. — Proposition d'appliquer cette forme de subside. ... ' 287

Les sacrifices faits par la ville de Paris pour le développement des institutions d'instruction primaire. — Les budgets municipaux de l'instruction primaire de 1816 à 1878. — Les trois périodes de progression des revenus spéciaux. — L'ordonnance du 29 février 1816. — L'ordonnance du 14 février 1830 et la loi du 28 juin 1833. — La loi du 15 mars 1850; la loi du 10 avril 1867 et la loi du 19 juillet 1875. — Les dépenses; leur progression : de 1810 à 1830; de 1830 à 1848; de 1848 à 1859; de 1860 à 1870; de 1870 à 1878. — Les résultats répondent-ils à ces sacrifices?

— La difficulté d'apprécier les effets immédiats de l'éducation.

— L'enquête morale à laquelle nous avons procédé. . . 291

I Les conditions de naissance et de fortune des familles qui bénéficient des dépenses faites pour la création et l'entretien des établissements publics d'enseignement primaire.

Les conditions de naissance. — Les élèves des salles d'asile et des écoles primaires élémentaires. — Les élèves des établissements d'enseignement primaire supérieur et des cours d'adultes.

Les conditions de fortune. — La proportio i pour 100 des professions des familles dont les enfants fréquentent les établissements d'instruction primaire.

La statistique de la fréquentation. — Le maximum des présences dans les écoles de Paris comparé au maximum des présences dans les écoles des communes suburbaines. — La statistique du vagabondage. — Comment se répartissent les absences entre les trois cours. — Les cours élémentaires ; les effets de la première éducation de la salle d'asile. — Les cours supérieurs; les résultats des examens du certificat d'études. — La progression du nombre des candidats. — La progression du nombre des admissions. — La répartition des élèves entre les trois cours. — Les Ragged-Schools en 4867. — Les agglomérations de classes. — L'instruction acquise base du classement. — La proportion pour 100 des effectifs des cours. — L'âge moyen des élèves dans les trois cours : Paris et les communes suburbaines . . . 298

II. Les fruits de l'éducation reçue dans les établissements publics d'enseignement primaire, élémentaire et supérieur.

La destination des élèves sortis du Collège Chaptal et des écoles primaires supérieures, de 1867 à 1877. — La profession des élèves adultes des classes supérieures de dessin. — Le complément d'éducation qu'ils viennent chercher dans ces classes.

Les enfants sortis de l'école primaire proprement dite. — Leur témoignage. — Les situations qui s'y révèlent. — La direction des sentiments. — L'amour de la famille. — L'intelligence de la loi du travail. — La direction des idées. — Les enfants jugés par eux-mêmes. — Le goût de l'école. — Le choix des professions.

— Les choix d'exception. — Les choix généraux. — Les garçons.

— Les candidats aux bourses du collège Chaptal et des écoles Turgot. — Les candidats au certificat d'études primaires. — Les jeunes filles. — Le caractère réfléchi des déterminations. — Leurs rapports avec les conditions et les besoins de l'industrie parisienne. — Le groupe de l'alimentation et du vêtement. — La part des femmes dans le groupe du vê'ement. — L^s métiers d'aiguille. — Les salaires. — Conclusion 307

III. De l'esprit des études prim lires. — Le? anciens préjugés contre le développement de l'instruction. — La justice et la nécessité de la diffusion de l'instruction primaire. — Le péril des déclassements. — Le sentiment moderne. — De l'introduction du travail manuel dans les programmes de l'école. — L'objet de l'instruction primaire : la préparation à la vie complète. — Le danger qu'il y aurait à restreindre les études gêné-

raies de l'école : 1° au point de vue de l'éducation de riiomme et du citoyen ; — 2° au point de vue de l'éducation professionnelle proprement dite 523

IV. Dans quelle mesure il est possible de préparer l'enfant, dès l'école, aux professions manuelles. — Les prescriptions des premiers législateurs de l'instruction primaire en France. — Ce qui a été fait dans l'esprit de ces prescriptions. — Ce qu'on peut faire de plus. — Le Musée technologique formé par les élèves.

— Les exercices de travail manuel. — L'enseignement dans les classes d'adultes des notions scientifiques applicables aux usages de la vie . . 331

V. Du caractère trop classique des études générales faites à l'école.

— Comment il y a lieu de les mieux approprier à la destinée des enfants qui les suivent. — L'étude de l'histoire nationale; la part à faire à l'histoire contemporaine et aux siècles les plus rapprochés du nôtre. — L'instruction civique. *- La géographie; l'utilité des notions de géographie industrielle et commerciale. — L'étude de la langue : en quoi elle peut concourir à l'éducation professionnelle. — Conclusion : la fin de l'éducation ... 340

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