‹ Education et instruction (volume 4)Chapitre 82 sur 87 · N« XVIII · texte numérisé non relu

N« XVIII

DISCOURS PRONO^CÉ SIR LA TOMDE DE M. DOS, IHSPECTEDR DS l'aCADÉMIE DE PARIS

9 juillet 1888.

Messieurs,

La tombe est à peine fermée sur M, Beaiijean qu'elle s'ouvre pour M. Bos. Lundi encore, M. Bos prenait part à nos travaux avec sa diligence et sa supériorité accoutumâmes. Rentré chez lui, il était frappé d'un coup foudroyant. Je voudrais pouvoir oublier ici mes sentiments personnels pour lui rendre aussi pleinement qu'il le mérite l'hommage qui lui est dû.

L'Université compte bien des hommes de savoir et de devoir. 11 en est peu qui aient possédé au même degré que M. Bos la solidité de l'esprit, l'élévation des sentiments, la droiture du caractère. De brillantes études où de bonne heure s'étaient révélées de remarqual)les aptitudes mathématiques lui auraient permis de se faire une place dans la science : il n'a publié que quelques Traités à l'usage des classes; encore étaitil presque tenté de se les reprocher, tant il se faisait scrupule de consacrer au service public tout son temps et toutes ses forces ! Sous leur forme modeste, ces ouvrages portent la marque des qualités qui caractérisaient son talent : la rigueur de la méthode et la clarté de l'exposition.

Après trois ans à peine de professorat en province, M. Bos fut appelé à Paris et y prit rang. Chargé peu après de fonder le cours de mathématiques spéciales, d'abord à Orléans, puis à Lille, il revint bientôt à Saint-Louis, où une chaire de même ordre lui était réservée. C'est alors qu'il

se résolut à entrer dans l'administration. L'inspection académique de l'Yonne étant devenue vacante, il l'accepta. Mais tel était le crédit qu'il s'était acquis dans l'enseignement supérieur de nos lycées que, lorsqu'il eut plus tard à y exercer son contrôle, nul n'en parut un juge plus légitime.

Les changements de direction dans la carrière d'un homme sont souvent pour les meilleurs une épreuve déhcale. M. Bos se trouva tout de suite à l'aise dans sa fonction nouvelle. Ses habitudes laborieuses, son zèle sans défaillance comme sans intempérance, la rectitude et l'étendue de son esprit, la sûreté de son commerce, lui concilièrent dès d'abord le respect et la confiance. « En quatorze ans de rectorat, disait le chef de l'Académie à laquelle il était attaché, j'ai eu sous mes ordres vingt-six inspecteurs ; je n'en ai pas connu de meilleur que M. Bos : il est hors de pair. » Et lorsqu'on 1877, le Ministre voulut honorer les services des inspecteurs des départements en appelant l'un d'entre eux à Paris, c'est M. Bos, qui avait alors passé d'Auxerre à Chartres, dont il n'hésita pas à faire choix.

L'inspection de Paris a été de tout temps la préparation et comme la désignation à l'inspection générale. Pendant cinq ans M. Bos remplit l'emploi par délégation, à la satisfaction hautement déclarée du corps enseignant. Les circonstances, qui ne fournissent pas toujours l'occasion de récompenser comme il conviendrait tous les mérites, ne permirent pas de lui en conférer le titre. Mais personne ne lui en contesta jamais l'autorité. Quand sa santé affaiblie lui interdit les voyages, il demeura parmi ses collègues — aucun d'eux ne me démentira — comme investi d'une dignité qui lui était propre. Au comité consultatif, au conseil académique, dans toutes les commissions où il siégeait, il avait sa place à part. Il y faisait accepter cette sorte de privilège par son extrême obligeance pour tous. Ille justifiait chaque année davantage par ses services. Lorsqu'une affaire avait passé par ses mains, on savait, à n'en pas douter, qu'elle était étudiée à fond et jugée avec une impartiale sagacité. Tout ce qu'il faisait donnait le sentiment de la sécurité. C'est après l'avoir entendu qu'un ministre, assistant pour la première fois à nos assemblées, disait : « Je voudrais que l'Université entière fût ici présente, pour voir avec quelle gravité attentive sont traités ses moindres intérêts' » IJ me représentait ces ma-

E>S. SLP. 22

Plstrats intèeres - hoinnies de robe ou de fmnnce - dont SetSs a laissé le portnn,, qu. » -aierU ,^un^oua : le souci de l'équité, qu'une passion : la P'-»^^ ' ' /"J^'f! public. Au cours des discussions ,1 ne s impo.a.t ja^^^^^^^^ mais sa parole était aussi sûre que discr.'te Quand, prenam une attitude qui lui était familière, U laissait penciier sa tête Zr:Z deui mains, comme pour s;;-!- d.. im momen de repos, sa pensée, tou ours en éveil, ne '^^'^'''^^l"^^"'^^^ le débat ^vec plus de recueillement, et, au moment oppoi tun le se manifestait par un '-t qui écartait es .^rtu^^^^ inexactes ou vagues et préparait l-V^ension 1 lu es a. i e de se taire-, je ne crois pas qu'il ait jamais rien dit qu il ne

^'"oudmièslours, quelques heures encore, et j'aurais eu le bonheuï trop longlmp's attendu à mon gré, ">ais ce e fois du moins bien assuré, de lui remettre la crou d ofti^'^J /^e la Légion d'honneur. 11 est le seul que ce te distmct o lurai? surpris. Si sa modestie sincère eût ete étonnée, son Tévouement ne pouvait s'accroître 11 ^^-^^'^^:^ chement à l'Université augmentât au fur et a mesure que lesTorces lui manquaient pour la servir. Cette année même lorsqu'U apprit que le cadre de l'inspection academ.qi»., qu d yav^attant de raisons d'étendre, était réduit :« Eh bien L'écrivit-il dans sa simplicité vaillante, nous tacherons de tra^iUer encore davantage. « C'était bien sur cela cpie l on comptait. Les choses, disait-on, se feront toujours. Oui, les cSs se font et se feront toujours. Mais, hélas! les hommes

'\TrL, adieu, mon ami! ^i. comme il a^.ve souv^t sous la menace de ces catastrophes soudaines, il t a ete donné de te ressaisir quelques ^-^ants, tu as pu embrasse l'ensemble de ta carrière avec la conscience du devoir ac compTc la sérénité de l'honnête homme. Que ce soit avec es pieuses espérances dont elle se soutient, la consola .on de a femme dévouée qui avait mis en to. sa vie entie.e Qu'eîle sache bien aussi que dans le cœur de «us ceux qu t'ont connu, mon ami, tu laisses un souvenir ineffaçable d'estime et d'affection !

Page 1