‹ Education et instruction (volume 4)Chapitre 83 sur 87 · N^ XIX · texte numérisé non relu

N^ XIX

NOTICE SUR M. ACBIX, INSPECTEDR DE l'aCADÉMIE DE PARIS, DÉCÉDÉ LE 10 OCTOBRE 1SS8.

M. Aubin est mort le 10 octobre 1888 dans sa maison de campagne, à Montrond (Loire), après une courte maladie qui ne faisait pas prévoir un dénouement si soudain. Comme 31. Beaujean,il venait d'accomplir la quarante-sixième année de sa laborieuse carrière.

Son père, originaire de la Touraine, était, en 1788, contrôleur au canal d'Orléans. Les événements de la Révolution lui firent chercher à Youvray, aux Bargains, un asile où il se livra à ses goûts pour l'étude. C'est là que naquit Louis Aubin, le 21 mars 1825, le dernier et le dix-septiéme enfant d'une famille dont il devait être rhonneur et le soutien. Orphelin à onze ans, n'ayant d'autre appui que la sollicitude éclairée d'une sœur ainée, il fut placé au collège de Tours, où il se distingua par les qualités d'application persévérante et d'activité réglée qu'il porta plus tard dans l'exercice des fonctions publiques. Les sciences l'attiraient de préférence. Mais il réussissait presque également dans les lettres. Chose rare en ce temps, il avait le goût des langues vivantes : il était arrivé à posséder l'anglais et l'allemand avec assez de sûreté pour faire des traductions autorisées de mémoires scientiliques. Ses classes terminées, il resta attaché, comme rnaitre d'études, au collège où il avait été élevé. 11 possédait l'autorité naturelle qui supplée à l'âge, et qui lui assura tout d'abord, de la part de ses subordonnés comme de ses chefs, cette confiance affectueuse qui nait de l'estime et engendre le respect. Entré en 18i4à l'École normale supérieure, il en sortait, en 1847, agrégé des sciences mathématiques, le sixième de sa promotion.

L'enseignement le conserva peu de temps. Il n'a été pro-

fftsseiir qu'au lycée de Sainl-Étienne ; il y faisait le cours préparatoire à l'École des mines. Mais les sept années qu'il passa dans cette résidence lui créèrent des liens de famille qui devaient plus tard fixer sa destinée. L'administration supérieure avait de bonne heure discerné ses aptitudes. En 1854, elle le nommait censeur au lycée de Toulouse ; en 1856, il était envoyé comme inspecteur d'académie à Rodez. 11 n'avait pas plus sollicité le poste de Rodez que celui de Toulouse. « C'est la dignité de votre caractère qui vous a désigné pour ces fonctions, « lui écrivait M. le recteur Laferrière. Moins de deux ans après, il était, suivant son vœu, transféré à Saint-Étiennc. « Vous trouverez dans cette décision qui vous rapproche de votre pays d'adoption, lui disait la dépêche ministérielle, le témoignage d'une confiance que, je le sais, vous aurez à cœur de justifier. » De Saint-Étienne M. Aubin passait bientôt à Lyon, — 5 décembre 1863, — et c'est là que s'accomplit la plus grande partie de sa carrière.

A cette époque renseignement primaire à Lyon échappait presque absolument à l'action de l'adminislration universitaire : le plus grand nombre des écoles étaient dirigées par des congrégations religieuses, les autres appartenaient à une société dite de l'enseignement élémentaire. M. Aubin s'atlacha à la situation avec cette ténacité prudente et cahuequi était le trait dominant de son caractère. Il n'était pas homme à aborder de front les obstacles. Mais l'esprit démesure et de conciliation qu'il portait dans l'étude des difficultés, la déférence et les égards qu'il professait pour les personnes, lui donnaient à la longue une force qu'on renonçait à lui disputer. Il usait les résistances, et une fois qu'il s'était introduit dans la place, il en demeurait le maiire. C'est ainsi que peu à peu il arriva à rétablir partout l'autorité de la loi. Le service de l'instruction primaire n'absorbait pas d'ailleurs tous ses soins. Il suivait de près les intérêts du lycée et réussit, en des conjonctures difficiles, à y maintenir l'ordre et le travail. Il prenait en outre une part active aux délibérations du Conseil académique. 11 avait été chargé notamment de surveiller l'organisation de l'École normale de l'enseignement secondaire spécial ouverte à Cluny; c'est là que je le rencontrai pour la première fois dans une commission d'examens, et qu'il m'a été donné d'apprécier la variété de ses connaissances, sa clairvoyance discrète, son sang- froid

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avisé. Enfin il tenait l'intérim du rectorat pendant les congés de M. de la Saussaye que sa santé et ses travaux d'Institut appelaient fréquemment à Paris. Nul doute que, s'il avait prétendu au doctorat, M. Aubin eût été appelé à la tête d'un ressort académique. Il avait été décoré de la Légion d'honneur on 1865.

Les conditions de sa vie administrative se trouvèrent profondément modifiées après 1870. Il dut procéder à une complète réorganisation des écoles. Puis vinrent les changements de programmes et les réformes pédagogiques. L'impulsion, partie de Paris en 1867, avait rapidement gagné la province. M. Aubin n'était pas un novateur. 11 n'en avait ni le tempérament, ni le goût. Mais il savait sacrifier dans les habitudes du passé ce qui lui était le plus cher, et accepter dans les plans d'avenir ce qui lui paraissait le plus sage. On ne saurait dire que de, 1870 à 1878, il ait accompli toutes les améliorations que rêvaient les promoteurs ardents de l'esprit réformiste. Cependant rien de ce qui a été poursuivi par ses successeurs n'eût été possible avant de longues années peutêtre, s'il n'avait le premier porté sur les routines elles abus une main aussi ferme qu'habile. Le personnel enseignant lui savait gré du tact avec lequel il suivait sa voie à travers les passions contraires. L'une des entreprises les plus délicates qu'il ait fait aboutir fut celle de la fondation d'une Société de secours mutuels qui, dans sa pensée, à l'origine, avait moins pour objet peut-être de soulager des infortunes matérielles, que d'établir entre les instituteurs un lien moral. Ceux qui ont collaboré à cette œuvre de confraternité se souviennent encore d'une conférence où M. Aubin avait pris pour texte la prescription évangélique : « Aimez-vous les uns les autres ». Sa parole fit passer dans les cœurs une pénétrante et décisive émotion : après la séance, les signatures se pressaient sur la liste de souscription.

C'est en récompense de ce dévouement que M. Aubin fut promu à l'inspection académique de Paris en 1878. Il y arrivait avec l'expérience de toutes les parties du service, une grande facilité de travail, une bonne volonté toujours prête; il sut rendre promptement sa collaboration utile. 11 s'était voué de prédilection à la direction des examens de l'Hôtel de Ville. Il aimait à organiser, à conduire, à présider. Il le faisait avec beaucoup de correction et d'entrain. Les familles,

comme l'administralion municipale, goûtaient la fermeté bienveillante avec laquelle i! exerçait son autorité. En 1882, il fut délégué dans les fondions d'inspecteur général, et celte délégation lui fut maintenue pendant plusieurs années. Les questions de llnances avaient toujours eu pour lui un attrait particulier. A Saint-Étienne, il s'était employé à généraliser un système d'abonnement qui, en favorisant la fréquentation scolaire, avait permis de réaliser, sur les subventions du département oude l'État, des économies considérables ; et le bénéfice avait pu en être appliqué tant à doter les écoles de la Loire des ressources matérielles qui leur manquaient, qu'à élever les traitements ou les pensions de retraite des instituteurs et à accorder aux inspecteurs des allocations spéciales. M. Aubin n'omettait jamais de mentionner ce souvenir dans ses états de services. Il ne lui déplaisait pas non plus de rappeler qu'appartenant à l'inspection académique depuis i850, il était le doyen du corps. Lorsqu'en 1888, quelques mois avant sa mort, un emploi fut créé pour l'inspection générale dos économats des établissements secondaires, il posa sa candidature. Les témoignages d'estime qu'il recueillit à cette occasion, les promesses qu'il reçut pour cet avancement qui n'avait jamais cessé d'être l'objet de son ambition, ont été assurément, avec les brillants débuts d'un fils que de douloureuses séparations de famille lui rendaient plus cher, la grande et légitime satisfaction de ses derniers jours.

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PUNS DES ÉTABLISSEMENTS d'eNSEIGNEMENT SUPERrEUR RESTAURF.S ET

AGRANDIS. — l'École scpérieure de pharmacie. — la faculté

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