‹ Education et instructionChapitre 1 sur 114 · PARIS LIBRAIRIE IIACIIKTTK ET C · texte numérisé non relu

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LA QUESTION' DES rROGRAM:,lES

Juillet 182i.

Sous l'influence des intérêts et des besoins qui transforment la vie des peuples, les conditions de l'enseignement se modifient dans tous les pays : aux connaissances qui faisaient le fond de l'éducation s'ajoutent partout des connaissances nouvelles, et partout aussi on commence à se demander avec inquiétude si la charge à laquelle est soumise la jeunesse n'est pas audessus de l'effort qu'il est sage de lui imposer.

Depuis trois ans, à l'élranger, il n'est pas de congrès, pas de réunion d'hygiénistes ou de pédagogues, en Angleterre, en Allemagne, en Belgique, en Hollande, tn Suisse, où le danger ne soit signalé. La presse politique, comme la presse scolaire, s'en est émue; la controverse a été introduite plusieurs fois au Parlement, à Londres et à Berlin. La polémique a créé, à son usage, des mots de combat; des articles de revue et de journaux prennent aujourd'hui couramment pour titre, en Angleterre et en Allemagne : la Question de la surcharge {llte Overpressiire question, — die Veberbiirdungsfrage).

En Angleterre, le débat s'est plus particulièrement porté sur l'enseignement primaire. Avec cet esprit de

précision rigoureuse qui caractérise les enquêtes d'outre-Mancho, on ne se borne pas à invoquer contre l'exagération du programme des arguments généraux de physiologie : on s'appuie sur des faits ; on cite des cas d'épuisement, des cas de mort; on dresse des martyrologes. Le Département d'éducation est interpellé; les principes sur lesquels repose le Code scolaire sont critiqués avec violence : on s'en prend au système du payement par résultats {paijmenl by results) ou des primes accordées à l'instituteur pour chaque examen que l'élève subit avec succès, el qui transforme l'enfant eu une sorte de matière à revenu. La défense ne déploie pas moins d'énergie que l'attaque. Si des enfants ont succombé à un excès d'application, c'est qu'ils n'étaient point de tempérament à supporter la commune mesure de travail, ou qu'affaiblis par la misère, ils n'avaient pas, pour soutenir la fatigue de la contention intellectuelle utile, le réconfort de l'alimentation pliysi(pio nécessaire : des cantines scolaires, créées à . l'aide de caisses spéciales, comme en France, y pourvoiront. Le mal, au surplus, tient moins à l'éteadue de la lâche que l'enfant peut avoir à remplir qu'à rinh'iisilé de l'action qu'on exerce sur ses facultés au nivimiMit (le l'examen; c'est la faute de l'insiituteur, qui s'attarde et se trouve tout d'un coup réduit à accélérer le pas pour toucher le but; c'est aussi le tort de la famille, qui, ne veillant pas d'assez près à l'assiduité de l'enCant, laisse se mulliplier dans les leçons des lacunes que, les derniers jours venus, il faut bien, coûte que coule, airiver à combler^

1. Sur l'ensemble de la qucsUon, voir notamment les Mémoires lus au Cons^^s des sciences sociales de Hudtlersneld (octobre 1885), la Lettre de sir Francis Sandford à l'Union nntioiiale des Insiiluteurs et la Réponse de M. Ilcllcr, secrétaire de l'Union, le Mémoire du docteur Rabafrliati, adressé au (loiigics de l'Union nationale des liistiluteuis à Leicesler (avril 188i) ; le Résumé de l'cmiuélo su.' l'Ovurpressure faite par les Sclioolboards de

Déjà, sous la pression de l'opinion publique, des efforts ont été faits, et pour répartir plus é^^alement la somme du travail sur l'ensemble de l'année, et pour régulariser la fréquentation, et pour améliorer le régime alimentaire des enfants; on cherche en même temps à restreindre, presque à supprimer les devoirs de la maison {home lessons) ; on se préoccupe enfin d'introduire dans le régime de l'école les exercices manuels. L'agitation se poursuit cependant, ardente, passionnée ; les partis politiques s'en emparent, les dossiers de réclamations se chargent'. Telle est l'importance attachée à la question, que dans les cadres de l'Exposition internationale d'hygiène appliquée à l'éducation, récemment ouverte sous les auspices du prince de

Birmingham et Leeds ; de la discussion du 12 mars 188i (Chambre des Loitls). — Cf. Tlw School guanlian, n° du 27 octobre 18S3; The Schoolmaster, n" des 10 et 21 novembre et 10 décembre 18SÔ ; The jiuirnal of Education de Londres, n° du 10 décembre 1883 ; Revue Pédagogique, Courrier de l'Extérieur, décembre 1883 et janvier 188i.

1. On pourra se faire une idée de l'agitation provoquée par la discussion d'apiès le fait suivant. En février dernier, le chef du Ûéparfe/^en/ d'éduration, M. Mundella, avait invité le docteur Crichton Browne, surintendant de l'hospice d'aliénés de West Riding, à visiter quelques écoles lirimaires et à lui adresser un raijport spécial sur la question. Le docleu:- Ir.'owrie conclut énergiquement aux dangers de la surcharge. Diver> membres de la Chambre des Communes réclamèrent la publication do son Rapport. M. Mundella s'y refusa, en répondant que le fl''jw/'/t-;;i^ n d'éduralion ne pouvait donner à cet absurde fatras (a farrago of nonsonsej le caractère d'une pièce oflicielle. L'impiession fut néanmoins votée par la Chambre (24 juillet). Mais le chef du Département d'éducation fit publier en même temps un mémoire rédigé par un inspecteur des écoles, M. Fitch, mùnoire dans lequel toutes les assertions du docteur Browne sont combattues. La ])resse s'est emparée à son lourdes deux documents et les a commentés avec une vi.acité exlraoï'dinaire. Lesjournanx libéraux, le Tunes, le Daili; Xew-i, ]ii Spctlator, tournent en ridicule le tableau « poussé au noir » du docteur Ciichlon Browne, et exaltent le bon sens avec lequel .M. Kilch a fait ju.'^tice de ces déclamations. La presse conservatrice, bailij Telcg>-aj}h, St-Jame.s's Gazelle, Saturdaij Review, voit au contraire dans le rapport du docteur Browne im acte d'accusation irrélutable contre le Département d'éducation. Le Laiicet, journal médical, s'est rangé sous la bamiière du docteur Crichlou Crowue.

Galles, une place spéciale a été réservée aux documents qui pouiraieul contribuera la résoudre^

En Alleniasne, la discussion, purement scolaire, \he presque exclusivement les gymnases et les écoles réaies. Il s'est formé sur le sujet toute une « littérature^ « en

1. Groupe VI, n" 55 : Documents relatifs aux effets du bourrage (craiiimiiiçi) et de l'excès de travail (overwork) sur la jeunesse. — Si récole primaire fait surtout les frais de la discussion, ce qui s'explique par les développements qu'elle a reçus, l'esprit public voit au delà et se pose le problème pour les études d'un degré plus élevé. A la séance d'inauguration du Congrès qni a suivi l'Exposition, le président, lord lleay, cml.rassant dans un discours d'une haute portée les condilions générales d'un bon enseignement national, disait avec une originalité piquante au sujet des études secondaires : « Ce qu'on appelle sur le continent l'enseignement complet, l'enseignement encyclo|]édique, comprenant toutes les branches de connaissances, ne rencontrerait assurément en Angleterre aucune faveur. La seule chance que, dans un tel système, une matière put avoir d'être enseignée à fond serait non le talent de tous les professeurs, mais l'insuflisancc de quelques-uns d'entre eux. C'est ce qui était arrivé dans ce gymnase allemand dont le directeur, à qui l'on demandait pourquoi ses élèves étaient si forts en latin, répondit : « Olil nous avons lieu d'en être satisfaits, parce que nous avons le « bonheur d'avoir un très mauvais mailrc de mathématiques. » — Cf. le iU'inoive de MM. Garrelt Andersen, analysé dans le Times du 19 août 1884.

2. Voici les titres des jirinciiiaux aitieles et des brochures les plus importantes sur le sujet fjc mai-que d'un ' les publications dont les auteurs estiment que la surcharge existe) : * Article de M. Paul liasse, directeur de l'établissement des aliénés de Brunswick {Geiienwurt, vol. 17, n° 8) (fl) ; article du docteur F. Dornbluth, de Roslock (Gcgenwarl, 1881, n°' 51 et 52), intitulé die UOerbiirduiig der Schuljiigend (b) ; ' brochure du docteur F. W. Fricke, Berlin, 1887 : même titre (f) ; ' brochures du professeur docteur l'bbelohde, de ^larbiirg, membre de la Chambre des seigneurs de Berlin, contre le régime des gymnases (rfj ;' brochure de M. Clemens Nohi, directeur de l'école sujiericure de filles à iNeuwied, I88i (e); * brochure du docteur .\ug. Bciiagsel, du Realgymnasium de Mainiheim, 1885 (/); brochure du docteur Fr. Aly, professeur au gymnase de Magdebourg, 1882 (g). — La Société scolaire de la Prusse lïhénanc et de la Weslplialie a pulilié un certain nombre de r«apporls [Referale, Bonn, 18S2j. Tous, sauf un, déclarent qu'il y a excès de travail. Us sont dus: ])^ur l'enseignement secondaire, à MM. les docteurs Fischer, direc-

■(a) Cilé dans un article des Pàiagogische Ulatler do 1833, p. 349 (II) r.epi'oduil dans le t'aiagogisches Archiv, 1S82, p. 235. (f) Cilc par le docteur Doin!'j|utli. p. 2i2.

(d) L'ailicle des Vadiir.ogischc litaUcr en eile plusieurs passages, p. 310

(e) Analysée dans l'arlicle des l'ùdaijOijische BlaUei; p. SiO. (/■) lOid., p. 356.

in) Iliid., p. 35C et 357.

sens divers, mais où la grande majorité des avis témoigne d'une préoccupation sérieuse. Des actes officiels s'en sont suivis : délibération du F.andtag de la Saxe et circulaires aux directeurs de gymnases' ; nomination de commissions spéciales dans la liesse^ et en Alsace- Lorraine"'. En Prusse, à la suite de pétitions adressées à la Chambre des députés'', une information générale a été ouverte, et les résultats de cette enquête, réunis avec un soin minutieux, ont été discutés dans deux Mémoires, — Mémoire pédagogique^ et Mémoire médical" — dont les conclusions émues sont d'autant plus dignes d'attention que les rapporteurs étaient manifestement peu disposés à céder au courant de l'impression commune''.

Les auteurs du Mémoire pédagogique commencent, en effet, par déclarer que le mal a toujours existé; la preuve en est dans les instructions qui remontent à un

teur à Lennep; * docteur Munch, directeur à Muhlheim; professeur docteur Stammer, à Dusseldorf; ' Schmeizer, directeur à Hamm ; ' L. F. Seiffardt, directeur à Crefeld ; * professeur docteur Jurgen Dona Meyer, à Bonn; pour renseignement primaire, à JIM. ' Uufsclimidt, instituteur à Unna ; * Ufer, instituteur à Dieringhausen; * Schrader, directeur à Minden. (Ces Rapports sont analysés dans un article des Pài/ayogische Blàtler de 1883, p. 5oO-û58.)

1. 11 janvier, i et 10 mars 1882. — \o\r Pâdagogisches Archiv, 1882. p. 247, 664 et suiv.

2. Décembre 1882. — Voir Pâdagogisches Archiv, 1883, p. 380 et suiv.

3. Avril, août 1882. — Voir Pâdagogisches Archiv, 18^3, p. 81 et suiv.

4. 5 janvier 1882. — Voir Pâdagogisches Archiv, 1883, p. 596 et suiv.

5. Mémoire sur la question de la surcharge dans les écoles secondaires (Centrall)lalt fïir die gesammte Unterrichts-Verwaltung in Preussen, ilârz-April 18S4, p. 202 et suiv.).

6. ConsuUntion de la Commission royale scientifique touchant la question de la surcharge (Contrall)latt, ihid., p. 222 et suiv.). — Cette consultation porte entre autres signatures celles de JIM. Sydow, Virchow et W. liofmann.

7. Pur l'intensité de cette émotion, voir dans les documents parlementaires de l'année 1883-1881, n* 83, la pétition des magistrats de Tilsit en date du 20 novembre 1885, celui de l'Union centrale pour la protection du corps ches le peuple et dans l'école et les Rapports du docteur Kropalscheck.

demi -siècle. Ils ajoulcnt que, d'après leurs renseignements, les plaintes |)rovi('nnent surtout des di>tricts riches et qu'elles parlent des gymnases plutôt que des écoles réaies; les jeunes gens qui ont sous les yeux le spectacle de la lutte pour la vie se laissent moins aisément gagner par cet esprit de relâchement général et de délicatesse malsaine. Ils savent aussi que certaines familles l'ont abus des leçons complémentaires, qui, comme l'hébreu par exemple, imposent à l'élève un surcroît de travail de huit heures par semaine; que d'autres, au contraire, pienncnt trop peu de souci de l'éducation de leurs enfants, qui auraient l'habitude de fréquenter les tavernes, les théâtres et les bals. Les cas de cette sorte, qui sont en somme des cas d'exceptions volontaires ou coupables, n'ont rien dont il faille s'inquiéter plus que de raison.

Le mal toutefois est plus profond ; on ne le cache point. S'il est vrai d'abord que, depuis cinquante ans, il n'y a pas eu, à proprement parler, augmentation duns le nombre des matières de l'enseignement, pour chacune d'elles on demande davantage, malgré les recommandations des circulaires ministérielles, et les difficultés des examens de maturité se sont accrues d'autant. Seconde cause non moins agissante : normalement le cours est d'une année ; par une tolérance qui est devenue la règle, de six mois en six mois les élèves sont admis à passer dans un cours supérieur; de là la nécessité d'entasser trop de choses en trop peu de temps; de là aussi, certaines ascensions étant tout à fait prématurées,' de grandes inégalités dans l'intelligence et le savoir des enfants l'éunis sous une même direction : ce qui rend la marche des études pénible pour tous. On remarque encore que, le nombre des établissements secondaires s'étant élevé, en moins de quinze ans, de

plds d'un cinquième, il a fallu accepter des maîtres inexpérimentés et incapables, surtout dans des classes plus peuplées et moins sévèrement triées, d'assurer à chaque enfant la pari de soins nécessaire. On se demande d'autre part si les enseignements spéciaux, par cela seul qu'ils sont fournis par des maîtres spéciaux,

— la grammaire notamment, la philologie et l'histoire, — n'ont pas pris plus d'ampleur qu'il ne convient^ On regrette enfin que les règlements sur les exercices de gymnastique prescrits pour atténuer les effets de ce régime de culture intensive ne soient pas exactement observés.En dernière analyse, implicitement ou explicitement, à 25 voix contre 15, on reconnaît qu'il y a encombrement de matières, mauvaise distribution de travail, insuffisance de direction pédagogique, et par suite péril pour le développement régulier des facultés des enfants.

La Commission médicale ne pouvait manquer non plus de faire ses réserves : une consultation scientifique ne se fonde que sur des observations individuelles multipliées et elle n'avait pu les faire. De l'ensemble des documents il résulte, à son avis, que ni la proportion des jeunes gens reconnus impropres au service militaire, ni le nombre de suicides constatés chez les écoliers,

— bien que la progression soit sensible de 1869 à 1881, — ni le développement des maladies mentales, des congestions accidentelles ou des manifestations anémiques, ni celui de la myopie, à laquelle, on le sait, les médecins allemands ont, dans ces dernières années, attaché une importance particulière, ne permet de conclure avec précision. Pour établir une opinion décisive, il faudrait que les professeurs eux-mêmes vinssent en aide à la science, en se rendant compte, élève par

1. Cette observation se retrouve dans le deuxième Rapport du docteur Kropatsctieck. (Voir plus haut, p. 5, note 7 ) :..:.. i

élève, des effets produits par le travail. Mais, à prendre la question dans ses termes généraux, ce que la Commission croit pouvoir affirmer, c'est que les classes comptent en général trop d'élèves, et que les enfants, dans les cours inférieurs surtout, n'ont pas l'assistance dont ils ont besoin; c'est, de plus, que les leçons ne sont pas séparées par des intervalles de repos suffisants, et que la somme de travail exigée tant au gymnase qu'à la maison est trop considérable. Finalement hygiénistes et pédagogues s'accordent à craindre que cette éducation forcée n'ait pour résultats de produire le dégoût de l'étude et d'exercer sur le caractère lui-même une action dissolvante.

Aussi les maîtres les plus disposés à admettre la variété de connaissances rendue nécessaire par le dévelop[)ement des besoins de la société moderne se déclarent-ils prêts à consentir aux sacrifices; c'est ainsi qu'on a réduit, — le choix est digne de remarque, — dans les écoles renies, les programmes des sciences naturelles et, dans les gymnases, les programmes du latin. Ceux qui ne peuvent se résoudre à aucun retranchement sont obligés de constater qu'aujourd'hui les études durent deux années de plus qu'autrefois. Il y a quelques mois, dans la discussion du budget, le professeur Vircliow établissait que le nombre des jeunes gens qui ne quittent les bancs qu'à 21 ans et plus au lieu de 19, âge qui était jadis la règle ordinaire, dépasse maintenantle cinquième des promotions* : d'où il résulte pour la vie sociale, c'est-à-dire pour les manifestations de travail utile que compoi"le l'activité de la première jeunesse, une perte notable de temps et de force*. A la statistique sur

1. La proportion, qui en 1876 était de 22,3 pour 100, s'est élevée en 1881 à 26,2 pour 100.

■ 2. Séance du Parlement de Berlin du 5 février 1881. (Voir la Revue internationale de l'Enseignement, avril 1881.)

laquelle s'appuyait M. Vircliow, si le représentant du gouvernement opposait une statistique coniraire, il n'en demeurait pas moins acquis que l'allégation était fondée; car à cette occasion même on renouvelait les recommandations de sagesse'.

En Suisse, tout récemment, le problème était posé en termes particulièrement saisissants par le docteur Wilhelm Lœwenthal, professeur à l'académie de Lausanne. Le docteur Lœwenthal ne proteste pas plus que personne contre la force des choses : l'augmentation du nombre des matières d'enseignement à tous les degrés de l'éducation est la conséquence inévitable et du développement du savoir en général et de la diffusion plus grande de ce savoir; qui pourrait se résigner à une ignorance que ne partagerait pas son voisin? et les hommes les plus instruits ne seraient-ils pas bien empêchés, s'ils étaient obligés de s'en tenir comme autrefois à l'étude des langues mortes ? Ce dont M. Lœwenthal se plaint, c'est que la vie scolaire soit mal organisée. Passe encore pour l'école, qui, grâce à l'enseignement primaire supérieur et aux cours d'adultes, dispose de toute sorte de moyens d'instruction complémentaire. Mais, dans les études secondaires, l'extension des programmes est devenue un danger. D'avoir établi deux compartiments distincts, le compartiment des études classiques et le compartiment des études réaies, ne peut avoir d'autre effet que d'aggraver l'embarras, si finalement, comme il arrive, pour une raison ou pour une autre, on aboutit à tout faire entrer dans chacun de ces compartiments. *( Aujourd'hui, conclut l'autour dans une comparaison piquante, le programme de nos gymnases ressemble à un appartement que le proprié-

1. Voir notamment la circulaire du ministre, M, de Gossler, prescritanl les jeux gymnastiques (27 octobre lS82j

(aire n'a pas mis mélliotliqucment et raisonnablement on harmonie avec ses besoins, mais dans lequel il s'est iuslallé d'après les meubles qu'il a achetés, ou dont il a hérité — vieilleries comprises. L'objet propre du logement passe ainsi peu à peu à l'arriérc-plan dans sa pensée; il finit même par le perdre complètement de vue, si bien qu'un jour vient où il lui faut soit renoncer à toute acquisition nouvelle, soit recourir à toute soi'te de déplacements et d'entassements pour fourrer les nouveaux meubles entre les vieux. Arrive-t-il par miracle à trouver nn coin, un trou, un intervalle, il se félicite de son esprit de ressource. Cependant l'appartement arrive à être de moins en moins confortable : il devient impossible de s'y mouvoir, d'y respirer, d'y vivre ; ce n'est plus qu'une chambre de décharge. Et voilà l'habitation que nous préparons à la jeunesse * 1 »

Ce malaise, nous l'éprouvons nous aussi, et la question a pris dans notre langue scolaire le nom simple, mais expressif, de question des programmes. Dans l'enseignement secondaire, — le seul dont nous voulions nous occuper ici, — la pensée commune était naguère de chercher une classe, une élude, une heure, fût-ce le jeudi, pour faire place à une matière nouvelle. On obéit aujourd'hui à l'entraînement opposé, non sans dépasser parfois la mesure, comme il advient dans ces brusques mouvements d'opinion. Ce ne sont pas seulement les familles qui se plaignent du développement des programmes : leur témoignage pourrait paraître suspect. Le senlimeut est général 'K La plupart des déclarations provoquées par les dernières élections au Conseil supé-

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