‹ Education et instructionChapitre 22 sur 114 · Séance du 13 juillet · texte numérisé non relu

Séance du 13 juillet

4. « Les lettres, la philosopiiie, les sciences, cette gloire et ce besoin de la pensée humaine, ne vous sont donnés sans doute que dans une proportion mesurée jiar votre âge et par le terme restreint des éludes. • {Discours de M. Villemain à la distribution des prix du Concours général, 13 aoûtlSli.)

riche à chaque réforme, l'enseignement secondaire arrivait à l'être trop.

Ce fut l'une des premières préoccupations, la première peut-être, du ministère répuhlicain de 18 i8. Le 25 mars, sur la proposition de M. Jean Reynaud, M. Carnot nomma une Commission chargée « d'examiner les effets produits sur la santé des élèves par suite de la proportion numérique observée dans les Lycées et les Collèges entre les heures données à l'étude et celles qui étaient employées au sommeil, à la récréation, à la gymnastique, à la promenade' ». Un mois après, un questionnaire développé était adressé à tous les chefs d'établissement (3 mai 1848)-. Malheureuse-

1. Cette Commission était composée de MM. Serres, membre de Tlnstilut, président ; Dutrey, inspecteur général de l'Université-, Geoffroy Saint- Eilaire, membre de Tlnstitut, inspecteur général de l'Université; Trélat, médecin de l'hospice de la Salpètrière; Fuster, agrégé de la Faculté de médecine; Péclet, inspecteur général de l'Université; Theil, professeur de seconde au Lycée Corneille.

2. Ce questionnaire nous parait mériter d'être reproduit. En voici le texte : « I. Le plus bas âge pour l'admission des élèves, fixé d'abord à neuf ans, puis abaissé à huit ans, doit-il élre maintenu à cette dernière limite? — Avez-vous observé des inconvénients ou des maladies qui puissent être attribues à l'à^'e d'admission des élèves? — 11. A-t-on observé, dans la première année d'admission, des différences dans le nombre, la nature et la gravité des maladies des élèves, suivant qu'ils venaient des villes ou des campagnes? — 111. A-t-on remarqué que certaines études et spécialement celles des classes élémentaires eussent une influence particulière sur la santé des élèves? — IV. Dans le but de prévenir la fatigue intellectuelle chez les élèves, pourrait-on, sans inconvénient pour la force des études, introduiie quelques modifications dans la durée du travail, soit dans la cla.sse, soit dans la salle d'étude? Ces modifications devraient-elles porter spécialement sur l'enseignement des lettres, sur les classes du matin ou sur les classes du soir, et devraient-elles ■varier suivant les saisons? — V. Le temps accordé au sommeil est-il suffisant? Convient-il d'assigner une durée pour chacune des trois divisions du Lycée, savoir : neuf heures de sommeil aux élèves de la 1" division (8' et "• classes) ; huit heures et demie à ceux de la 2' division (6", 5% 4* et 5" classes), et huit lieures seulement aux élèves de la 3' division (Seconde, Rhétorique, 1'° et 2° année de Philosophie) ? — VI. Le temps consacré au repos et aux récréations est-il suffisant? Le temps des récréations est-il convenablement employé? Les cours et les salles de récréation

ment les chaDgements d'administration qui intervinrent coup sur coup interrompirent l'enquête. Tel était d'ailleurs le mouvement des esprits, qu'en même temps qu'il cherchait les moyens de réduire l'étendue des études, M. Carnot n'avait pu s'empêcher de l'augmenter en portant la limite de l'enseignement de l'histoire nationale de 1789 à 1815*.

Toutefois la question restait posée, et l'on en poursuivait l'examen. C'était plus qu'un problème scolaire: il s'agissait d'un intérêt social. « La société française, disait-on, a tout à la lois une admirable unité d'esprit et une merveilleuse variété d'occupations ; l'Université

sont-elles bien appropriées à leur destination? —VII. Quel est le système ™ disciplinaire de votre établissement ? Quelles sont les punitions le plus fréquemment employées? Ce système vous parait-il susceptible d'amélioration au point de vue de la santé des enfants? — VIII. Y a-t-il des modilications à introduire dans l'emploi et la durée des vacances? — IX. A-t-on observé des altérations de la constitution ou des maladies qui aient pu être attribuées à la durée, à la nature, à rintensité ou au mode de distribution du travail ? — X. Avez-vous observé que les affections cérébrales (congestion, hydrocéphale aiguë, méningite) soient plus fréquentes au Lycée que chez les enfants de la ville, dont l'éducation intellectuelle est moins régulière et moins active? Ces maladies attaquent-elles de préférence les élèves laborieux? — XI. Le développement des maladies, et en particulier celui de la fièvre typhoïde, est-il quelquefois déterminé par un travail trop assidu ou par un travail excessif aux époques de compositions de fin d'année, du Concours général à Paris ou des examens d'admission aux écoles spéciales? — XII. Le plan actuel des études classiques peut-il être suivi sans nuire au développement physique et à la santé des élèves? Pensez-vous qu'une plus large part puisse être faite à l'éducation pliy.sique? — XIll. L'établissement que vous dirigez, par sa situation, par la disposition des classes, dos dortoirs et des promenoirs, offre-t-il des conditions favorables ou défavorables à la santé des élèves? — XIV. Y aurait-il des améliorations à introduire dans l'alimentation ? Indiquer le menu d'une semaine en été et eu hiver. Quels sont les heures, le noiivbre et la durée des repas? — XV. Quel a été depuis dix ans le mouvement de la population, la proportion des malades, la nature des maladies et le chiffre annuel de la mortalité? — XVI. Quels sont les moyens de précaution et de surveillance employés pour assurer la pureté des mœurs? — XVII. K'y a-t-il pas, au point de vue du développement intellectuel et physique, quelque inconvénient à laisser passer les élèves d'une classe inférieure à une classe supérieure, avant qu'ils y soient suffisamment préparés? Quels seraient les moyens d'y remédier? » 1. Arrêté du 8 octobre 18tô. — Cf. Arrêté du 15 juillet lSi8.

lA QUESTION DES PROGRAMMES. 77

doit s'attacher à reproduire ces deux caractères et prendre pour devise la pensée de Pascal : « .Mettre l'unité dans «la variété et la variété dans l'unité » ; le temps est venu d'organiser dans les Collèges des cadres d'enseignement entre lesquels les élèves pourraient se répartir selon les besoins de leur profession à venir*. » Et les défenseurs des efforts du dernier ministre de l'Instruction publique sous la royauté de juillet ajoutaient : « C'est ce qu'avait entendu commencer l'auteur du statut de 1847, lorsqu'il déclarait (art. 7) : « A partir de l'année sco- « laire 1847-1848, il sera établi successivement dans « les Collèges royaux et communaux un enseignement « spécial différent de l'enseignement littéraire et paral- « lèle à cet enseignement, où les élèves, sur le vœu « de leurs familles, seront admis après la Quatrième : « cet enseignement comprendra trois années ^ »

Quand on retrouve ainsi à sa place, dans la série des remaniements de programmes, le plan du 10 avril 1852, — celui qui porte le nom de M. Fortoul, — on s'en explique le caractère et la portée mieux que n'a pu le faire, sous le coup de l'événement, la génération qui en a ressenti les premiers effets.

Une division élémentaire de deux classes : la Huitième et la Septième', ayant le programme des études primaires, sauf qu'en Septième les enfants abordaient les éléments du latin; — une division de grammaire, com-

1. Saint-Marc Girardin, De l'enseignement intermédiaire, etc., Postscriptum (7 mai I8i7).

2 Voir les arrêtés des 22 septembre 1847, 7 octobre 1848 et 17 septembre

mune à tous les élèves, où les lettres étaient représentées par les trois langues classiques, par les langues vivantes, que l'on commençait avec le grec en Sixième, et par l'histoire et la géographie de la France ; les sciences par l'arithmétique, à laquelle les enfants avaient déjà été assouplis dans les classes élémentaires, et par la géométrie ; — une division supérieure, où les jeunes gens continuaient à suivre des cours communs de langue française et de langue latine, de langues vivantes, d'histoire et de géographie, mais où les lettres et les sciences proprement dites formaient, de la Troisième à la Logique (c'était le nouveau nom de la Philosophie), la hase de deux enseignements distincts, conduisant, l'un au haccalauréat es lettres, l'autre au baccalauréat es sciences, et, à la suite de ces deux examens, soit aux grades des Facultés, soit aux grandes Écoles du gouvernement : telle était l'économie des programmes de la bifurcation*.

Le ministre qui les avait promulgués se plaisait à les représenter comme la sanction définitive des vœux de l'opinion. On l'accusait d'être purement et simplement revenu au Consulat, et il ne le niait point; mais il ajoutait qu'en prenant pour règle d'abord la communauté, puis la spécialité des études, il n'avait fait qu'adopter un principe dont le temps avait mis la justesse en évidence. A (^eux qui lui reprochaient d'avoir consacré le divorce des sciences et des lettres, il répondait que les cours communs de la division supérieure avaieilt, au contraire, pour but et auraient certainement pour effet d'établir l'union dans la mesure où elle était désirable. 11 ne faisait pas moins habilement valoir les nouveautés de son pJan. 11 se félicitait notamment

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