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La surface du petit lycée est de 2928 mètres carrés

une qui ne soit garnie du mobilier accommodé à l'âge des enfants. Aux anciens appareils de chauffage défectueux, malpropres, qui ne présentaient d'autre avantage que celui de l'économie ont été substitués les appareils inventés par la science moderne, qui assurent le renouvellement de l'air frais en même temps que le service de l'air chaud et auxquels on ne saurait rien reprocher, sinon de n'avoir pas encore résolu le problème de l'économie. Dans les dortoirs réduits à des (thambrées de trente lits, le réservoir où l'on se disputait les gouttes d'eau a fait place aux lavabos installés à part, dans des pièces portées le matin à une température douce, pourvues de cuvettes propres à chaque élève et disposées pour des ablutions abondantes. Les infirmeries, établies jadis au centre des bâtiments, ont été, partout où la construction s'y prêtait, reportées aux extrémités ou même isolées de l'établissement; bien plus, nous avons nos infirmeries spéciales de contagieux. iMichelct possède une piscine qui fait l'admiration des étrangers, plus justes envers nous que nousmêmes, et Lakanal aura bientôt la sienne.

Cette sollicitude éclairée se retrouve dans tous les détails de l'existence quotidienne. La ration de pain sec a été remplacée, en hiver, par un déjeuner chaud, en été, par des fruits. La quantité et la qualité des mets, réglées et surveillées par une commission spè- (•iale, sont soumises, en outre, au contrôle jourivilier du médecin. Les enfimls causent pendant les repas; bient;ât ils causeront au sortir des classes, pendant les intervalles qui séparent les exercices. Dès aujourd'Juii aussi, des mesures sont prises pour que, dans la belle saison, en descendant du dortoir et avant d'entrer en étude, ils se rafraîchissent à la première brise du malin. En ce moment enfin se prépare une réforme dans le vêlement, dont l'objet est de laisser aux organes l'ai-

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sance nécessaire à leur développement. Jamais on n'a poussé plus loin le souci de l'hygiène. Et cela, non point à Paris seulement. Ce qui se fait ici est proposé en exemple et bientôt suivi dans la mesure que permettent les ressources combinées des communes et de l'État. Des six lycées du ressort, les deux plus considérables, Versailles et Reims, reçoivent actuellement ou sont à la veille de recevoir des améliorations qui vont presque les renouveler. Sur vingt-quatre collèges, douze (Melun, Meaux, Fontainebleau, Coulommiers, Provins, Chàlons, Epernay, Clerraont, Compiègnes,Etampcs, Montargis et Chartres devenu lycée) ont été reconstruits >ur des plans nouveaux; quatre autres (Blois, Nogentle-Uotrou, Pontoise, Beauvais) doivent être rebâtis ou profondément modifiés. Le même mouvement a gagné toute la France où, depuis 1878, l'on ne compte pas moins de trente collèges transformés et de vingt six lycées réparés ou construits. « A-t-on songé, s'écriait V. de Laprade, a-t-on songé à dépenser, pour la bonne hygiène des écoliers, la millième partie des sommes folles consacrées à tant de bâtisses inutiles?... Consolez-vt)us, pauvres enfants de Paris, on va édifier une caserne dans la pépinière du Luxembourg! » C'est le budget de 1889 qui serait la réponse la plus éloquente, trop éloquente peut-être au gré de quelquesuns, à la question indignée de V. de Laprade. Et combien ne serait-il pas consolé lui-même à voir aujourd'hui, sur remplacement de la pépinière, le petit lycée Louis-le-Grand, si hospitalier, si riant dans son nid de verdure!

Mais que fait-on de ces espaces agrandis et mieux ensoleillés ? Tout d'abord, la séparation des grands et des petits lycées a permis d'établir au bénéfice des petits un régime de piivilègc : la prolongation du sommeil du matin dans les internats et la multiplication

Ul ENSEIGNEMENT SECONDAIRE.

dos temps de repos. Dans la division élémentaire, il n'est pas d'exercice qui, malin et soir, ne soit coupé par dix minutes de récréation. Même intervalle dans la division de grammaire, après la classe et avant l'étude qui remplissent la matinée de huit heures à midi. Même repos encore après l'élude du soir pour tous, enfants et jeunes gens, repos étendu d'une demi-heure, dès que la saison le permet, avant le souper. Et l'on se trompe étrangement en vérité lorsqu'on imagine que ces récréations tournent partout en dé amhulations académifiues. C'est le défaut sans doute et le danger à partir d'un certain âge où les préoccupations commencent, où les passions s'éveillent. Mais jusqu'en seconde, c'est-à-dire jusqu'à quinze ans environ, avant l'année du haccalauréat, la nature, grâce à Dieu, est la plus crie; on joue et on joue avec ardeur; 1 es poumons se dilatent, les hras et les jamhes s'exercent. Demandez-le faux familles qui, hien avant que la polémique s'emparât de la question des jeux scolaires, ont pu voir plus d'une fois les divisions de Jauson-de-Sailly, conduites à tour de rôle sur la pelouse du Ranelagh, s'y éhaltre en liberté. Nos élèves, après tout, n'ont-ils pas fait leurs preuves dans les concours récemment ouverts sous les auspices du Congrès des exercices physiques et dans le Lendit de la ligue nationale? Ne comptons-nous pas |)arnii les lauréats un grand nombre il'eiilre eux, qui n'avaient été préparés que par leurs jeux de tous les jours'.' Que ces jeux soient irrèguliers, qu'ils manquent de laxlurée et de l'intensité nécessaires pour produire tous leurs effets, (pi'il importe d'y intéresser plus encore que les autres, en raison de l'effort intellectuel auquel ils sont soumis, ceux qu'on appelle les grands, nous sommes loin d'y contrevenir et nous ne cherchons nullement à atténuer dans la |)eusée publique le mal dont nous clierchons le remède. Mais il n'est j)as

besoin non plus de l'aggraver pour le mieux guérir. C'est également au point que nous voudrions ramener la question de la discipline, afin de travailler à la mieux l'ésoudre. Il est arrivé à un homme d'esprit d'écrire, dans une page d'ailleurs charmante, que durant les six premièrt's années de sa vie de collège, de la sixième à la rhétorique, il n'avait pas entendu prononcer un seul mot de morale. Pas un mot de morale au cours d'un enseignement qui repose sur tout ce que les philosophes, les historiens, les poètes de l'antiquité et du monde moderne nous ont légué de plus élevé, de plus judicieux, de plus exquis! Pas un mol de morale dans les textes d'Homère et de Platon, d'Horace ou de Tacite, de Corneille, La Fontaine ou Fénelon! A supposer que, parla plus étrange des conspirations, tous les maîtres s'entendissent à ne faire sortir de leur enseignement que des leçons de mots, comment la raison de l'enfant ne se formerait-elle pas d'elle-même au contact prolongé de ces œuvres limpides et profondes, où l'éloquence, l'esprit la grâce ne sont que le vêtement de la raison? C'est le propre des études classiques qu'eu nourrissant l'esprit elles l'élèvent, qu'en aiguisant le goût elles exercent et affinent les sentiments. Et puis, si l'on a pu reprocher autrefois à l'instruction universitaire de maintenir trop longtemps la jeunesse dans le culte et comme dans l'air de l'antiquité, ce reproche a cessé d'être fondé. Michelet con)parait les procédés d'éducation du seizième siècle aux vieilles arnuu'es faites pour la résistance, non pour l'attaque. Aujourjourd'hui de toutes parts nous ouvrons à l'enfant des jours sur le monde où il est appelé à vivre; non seulement par les sciences d'application qui lui expliquent les phénomènes au milieu desquels il grandit, mais par les langues vivantes, par l'histoire contemporaine conduite jusqu'aux événements dont la secousse nous

émeut encore, par la littérature, où les œuvres du dixneuvième siècle tiennent une si large place. En quoi même il semble que nous excédons parfois la mesure; car on n'a pas à craindre certes que les monuments de lu pensée ou de la poésie de notre temps échappent à la curiosité de la jeunesse, tandis qu'il n'est point sûr que ceux qui n'ont pas goûté pleinement, dans la première ferveur des enthousiasmes , les œuvres des grands siècles, nos aînés, aient plus tard l'idée d'y revenir. Et quel aliment plus sûr que cette littérature reposée du dix-septième siècle, qui, comme les littéraratures grecque et latine, joint à la simplicité, à la justesse, à l'universelle vérité de l'observation morale, la solidité incomparable et l'éternelle fraîcheur de l'expression ! Mais l'excès même qui risque de nous entraîner sur ce point n'indique-t-il pas combien est vive la préoccupation de saisir fortement les intelligences des choses de la vie ?

Objectera-t-on que l'instruction n'est qu'un moyen d'action accessoire'.' Mais l'esprit de direction, au sens le plus précis du mot, n'est-il pas entré, ne pénètre-t-il j)as chaque jour davantage dans le gouvernement des institutions universitaires? 11 a pris hautement possession de l'enseignement supérieur et de l'enseignement primaire. S'il est plus lent à s'introduire dans les lycées, là aussi on commence à comprendre quelle force on en peut recueillir. Notre presse scolaire n'a jamais été plus riche. Sur toutes les questions de psychologie j»édag0gique nous avons une littérature courante bien informée, très nourrie, libéralement ouverte à la controverse. Et combien d'aperçus nouveaux, d'observations sincères sont sortis des assemblées de professeurs, organisées depuis huit ans! Les écoles normales primaires, les écoles normales d'inslituti'ices surtout, s'y distinguent par un sens plus ferme tout à la fois et plus

délicat des choses de l'éducation; mais le souci en est partout sensible. Le regret dans les lycées est qu'on ne puisse pas immédiatement passer de l'idée à l'application. L'idée est recueillie cependant, et un jour elle se traduit en une réforme, grande ou petite, qui a d'autant plus de chances de réussir qu'elle a été préparée par l'opinion vraiment éclairée; et, en attendant cette sanction suprême, un eflet se produit infailliblement, le plus salutaire de tous peut-être : on s'est rapproché, on a contrôlé son jugement au jugement d'autrui, on s'est accoutumé à regarder par delà sa classe et sa fonction propre, on a pris à cœur les responsabilités communes et les intérêts généraux. Tel est le sentiment qui existe de la nécessité d'une pénétration plus intime de la vie morale, que presque partout la première question posée dans les réunions de professeurs a été celle du régime intérieur. On a revu les règlements, on a écarté tout ce qui avait plus ou moins conservé le caractère des rigueurs dangereuses et inutiles. Ce n'est pas d'aujourd'hui au surplus que l'Université a renoncé à châtier les enfants et travaille comme elle peut, sinon toujours comme elle veut, à les élever. Qu'il ne se produise plus d'abus, nul n'oserait le prétendre. Il est chez l'élève telles résistances, chez le maître telles imprudences ou tels oublis momentanés du devoir qu'aucun règlement ne saurait prévenir. Et puis il y a aussi les traditions attachées aux vieilles murailles. Mais partout où l'esprit nouveau a trouvé la place libre, il s'est implanté ; dans les lycées de jeunes filles, par exemple, où, sauf un devoir à refaire, une leçon à rapprendre, on ignore ce que c'est qu'une punition. Envisagée dans son ensemble, on ne saurait sérieusement contester que notre discipline a pris un caractère plus moralisateur. On a dit qu'au collège l'adolescent n'avait pas une seule fois, en un jour, en une semaine, en un mois,

l'occasion de faire acte d'énergie personnelle, de choisir un parti et de le suivre, que sa vie, réglée au cadi'an, gouvernée par le tambour, asservie par l'ordre général, n'était qu'une succession d'obéissances et ne développait en lui que l'habitude et le goût de la passivité. C'est lui refuser contre toute justice cette activité de vie intérieure qui est sa force naturelle et sa dignité naissante. Vingt fois par jour l'enfant n'a-t-il pas à se raisonner, à se décider, non pour aller d'un pointa un autre peut-être, mais pour se mettre au travail, pour résister à ses mauvais instincts et se faire une bonne conscience? Assurément, c'est là un effort entre tous, un effort qui ne va pas toujours sans sacrifices et qui profite d'autant plus à l'exercice de la volonté. Au surplus, d'où vient cette jeunesse qui s'empresse aujourd'hui dans les Facultés ? Où a-t-elle puisé cet amour du travail, ce goût de la science, ce sentiment du devoir qui, dans les moments de crise générale, affermit son jugement et lui inspire les résolutions courageuses? Sans sortir de nos lycées, quelle preuve plus remarquable de l'action exercée sur les caractères que ce qui s'y passe aujourd'hui dans l'ordre des sentiments religieux? Le devoir s'est imposé à l'Ktat, qui doit une égale protection à toutes les consciences, de ménager la place dans les établissements placés sous son patronage à ceux qui ne professent aucune foi comme à ceuxque le sentiment religieux n'a point abandonnés, l/épreuve était délicate, alors que trop souvent la société'offre le spectacle et donne l'exemple de l'intolérance ou de la passion. Eh bien, le départ s'est fait, au gré des familles, entre des enfants vivant sous le même toit et soumis pour tout le reste à un commun régime, sans qu'aucune conscience ail été froissée, sans (pie les rappoi'ts de confiance réciproque et de iiiiiUit'l respect aient nulle part été troublés. Ce n'est

point là assurément l'effet d'une éducation sans efiicacité.

Cette situation reconnue à l'honneur de ceux qui ont contribué à l'établir, la seule conclusion que nous voulions tirer comme pour l'éducation physique, c'est qu'elle offre une base toute préparée à recevoir des améliorations nouvelles.

Mais quel est l'objet qu'on nous propose ? Il importe de le définir. Ce n'est point assez, dit-on, que l'enfant ait à respirer un air plus large, qu'une alimentation plus forte lui soit assurée, que tous ses organes soient plus à l'aise, en classe et à l'étude, qu'il utilise ses moments de repos à des jeux qui le récréent. Il ne suffit point de ne plus contrarier la nature, il faut (M1 exciter, en soutenir le développement. Ici, plus qu'en tout le reste, il serait imprudent de vivre au jour le jour et de ne pas songer au lendemain. On a beaucoup, on a trop parlé, chacun le reconnaît, du surmenage. Il n'y a surmenage réel qu'à la veille des examens et des concours pour les jeunes gens qui s'y préparent. Dans le cours commun des classes, il a été apporté aux études de tels adoucissements, les élèves ont si bien appris à se délendre , que la mesure du travail ne peut vraiment être tenue comme dépassée. Mais le temps devant lequel l'élève de tout âge est attaché à son banc, la sédentarilé, comme on la nomme, voilà où est le péril. Et ce péril s'accroît de l'excitation nei'veuse, c'est-à-dire de l'affaiblissement dont l'enfant des grandes villes porte le germe en venant au monde. Contre cet état pathologique on invoque la néi^cssité de soumettre la jeunesse à des exercices quotidiens d'en-

traînements physiques : inarches, courses, sauts, jeux de force et d'agilité. On veut que, comme le cerveau, les muscles travaillent. C'est toute une éducation, l'éducation athlétique, qu'on nous convie à organiser. De même pour la formation des caractères. L'éducation de préservation pure est tenue pour insuffisante. H ne s'agit même plus d'agir sur l'enfant. On entend l'affranchir des liens d'une discipline qui l'entrave, l'endort, relâche en lui les ressorts de la vie. On demande qu'il se forme à la liberté par l'apprentissage de la liberté, à la vertu — justice, courage, bonté — par la pratique de la vertu, sous une tutelle familiale qui le dirige sans le contraindre. De part et d'autre, le but ne saurait être plus nettement indiqué ni marqué plus haut. Nous avons eu longtemps le regard fixé sur l'Allemagne. Nous le portons maintenant vers l'Angleterre. C'est à Harrow, à Éton, à Rugby, que nous cherchons des modèles de l'éducation physique et morale. Le sport et le régime tutorial, tels sont les deux termes en qui se résume la réforme poursuivie.

Si vif est l'attrait qui nous j)orte vers les idées nouvelles que l'on ne saurait y regarder de trop près avant de se laisser engager. Le sport est le fondement de l'éducation anglaise. Demandez à un de nos proviseurs des reilseignements sur l'établissement qu'il dirige ; il vous dira le nombre des heures d'étude que comporte la journée. A la même question le principal d'un collège anglais répondra par l'indication du nombre des heures de jeux. La moyenne du temps accordé au travail proprement dit est, d'après les professeurs, de cinq à six heures par jour au maximum, de trois à quatre.

suivant les élèves, qui sont moins discrets. Deux et souvent trois fois par semaine, les classes cessent à midi. Les exercices physiques, la paume, le ballon, la course, le canotage, le ci'icket, fout partie de l'enseignement. Les prospectus de nos écoles secondaires libres portent en première ligne et en caractères gras : ici on prépare au baccalauréat. Ici il y a un jeu de cricket, est la mention sur laquelle les écoles anglaises appellent tout d'abord l'œil des familles. On consacre au cricket quinze heures par semaine à Harrow, vingt-une à Winchesl-er, vingt-sept à Éton. Il est de règle que, pour prendre rang parmi les directeurs du jeu, les onze, suivant leur titre, il n'y faut pas travailler moins de cinq heures par jour. Les capitaines ont chacun dans le jeu qu'il commande une autorité égale à celle qu'exercent les moniteurs préposés à la surveillance des classes; (juant à l'importance de leur rôle, elle est considérée comme supérieure. Au premier rang, les jeux; les livres ne viennent qu'en second : c'est le principe posé par un maître d'Éton. De temps à autre, il s'élève bien quelques réclamations. « En voyant les jeunes gens prêts à tout sacrifier pour le cricket, écrivait il y a quelques années un professeur, en les voyant y consacrer un nombre d'heures et un enthousiasme hors de toute proportion avec ce qu'ils donnent au travail, en voyant que leur esprit en est si complètement envahi qu'ils ne parlent, ne pensent et ne rêvent que cricket, il n'est pas étonnant de trouver beaucoup de gens qui attribuent à cette manie de muscularité la misérable pauvreté des résultats intellectuels que nous obtenons. » D'autres symptômes témoignent que cette éducation ne suffit plus aujourd'hui à tous les esprits. A côté du régime des éludes classiques, il s'est formé un régime d'études, dites études modernes, où l'on réclame du temps pour des connaissances plus étendues, pour les

langues vivantes parliculièrement, les mathématiques et les sciences naturelles. Mais l'opinion commune résiste aux besoins nouveaux et ferme l'oreille aux représentations les mieux fondées. Tel que la tradition l'a établi, tel qu'elle le conserve, l'objet de l'éducation anglaise est de former des gentlemen vigoureux et résolus, rompus à la faligue, aguerris à la lutte, eu état de faire face à la grande foitune que généralement la naissance leur assure, et capables, si d'aventure celle fortune est compromise, de courir les terres et les mers pour la réparer, des hommes de race destinés et préparés à perpétuer la race.

Cette vue arislocralique et exclusive se retrouve dans l'institution du régime tutorial. Pour essayer de l'acclimaler en France, on la compare parfois à notre ancienne coulume des chambriers. Mais qu'étaient-ce, en réalité, que nos chambriers de Gascogne ou de Br-etagne? Des enfants de petite bourgeoisie, hébergés chez des parenls ou des amis de petite bourgeoisie comme eux, souvent même chez des gens de métiers; payant par des redevances en nature, tout au plus par quelques écus, leur place au feu et à la chandelle; recevant de la maison paternelle par le coche, aux jours de fêtes carillonnées, des provisions de choix qu'ils déposaient tout fiers sur la table commune ; vivant à l'ombre de ces modestes foyers, d'une vie étroite, rangée et retirée. Quoi de commun entre eux et ces jeunes gens de famille répartis autour du collège anglais par groupes de dix, de vingt, de trente, dans des maisons de plaisance, versant entre les mains de tuteur que le directeur a préposé à leur garde des pensions de cinq à six mille francs; assurés à ce prix de tout le confort de la grande vie; ayant d'ordinaire à leur service un personnel domestique et recevant, (piand il leur plaif, qui il leur plaît; jouissant enlin dune pleine liberté, à la seule

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condition que leurs compagnons d'hospitalité n'en éprouvent ni trouble ni détriment. Car telle est la règle du contrat, et elle achève de marquer l'esprit de l'institution. Aux heures d'étude, retranché dans sa chambre, l'élève peut travailler ou ne rien faire : c'est l'examen, examen peu exigeant d'ailleurs, qui le jugera ; aux heures de repos, il peut, selon son humeur, dormir, se récréer, battre les buissons, courir la campagne; il suffit qu'il soit là au moment où commence la leçon, et il ne doit compter que sur lui-même ; ce n'est ni la cloche ni le tambour qui l'avertira. Mais vient-il à commettre une faute qui rende son voisinage inquiétant : il est rendu à sa famille. « Le pi'emier, le second, le troisième devoir de tout directeur d'école, disait Thomas Arnold, est de se débarrasser des natures stériles ou rebelles. » Dans sa pensée, comme dans celle de tous ses disciples, l'éducation est une œuvre de sélection ; elle doit sans hésiter séparer le bon grain de l'ivraie ; elle ne travaille que pour une élite.

C'est une élite aussi que nous avons l'ambition de former. Les élites ne représentent pas seulement l'honneur dune société, elles en font la force. Mais pour les créei-, il n'en va pas de même dans les pays où la naissance, la fortune, l'esprit de hiérarchie n'ont pas perdu leurs privilèges et chez un peuple qui a fait du mérite personnel sa règle unique, sa loi. Que représentent les centaines de jeunes gens élevés dans les dix ou douze grandes écoles d'Angleterre, à côté des milliers d'enfants qui peuplent nos lycées et auxquels nous ne pouvons iérnu'r la porte que lorsqu'ils se sont rendus absolument indignes d'y rester? Des divers degrés d'éducation, il n'en est pas de moins comparable entre l'Angleterre et la France que réducati(jn secondaire. On a pu dire do l'organisation des collèges anglais

qu'elle avait pour but d'établir dans le développement intellectuel de la jeunesse comme une halte de repos, une sorte d'oasis, où pour un temps on laisse sommeiller l'esprit, où l'on ne s'occupe que de la croissance des forces physiques, alors que la nature concentre elle-même son activité sur ce travail. Notre lycée est un champ clos où se rassemblent tous ceux qui ont à conquérir leur rang, à se faire une place. 11 n'est pas rare qu'à Éton ou ailleurs, une belle journée s'annonçant, les élèves demandent et obtiennent de remplacer la classe par un match. Tout récemment il nous est arrivé de proposer aux nôtres une distraction qu'ils ont refusée, l'échéance prochaine des examens dont dépend leur avenir ne leur permettant aucune relâche. Les familles, les mères surtout — nous ne disons rien qui ne s'appuie sur des faits — sont les premières à animer leurs enfants à la lutte : tant le besoin du succès s'impose! Nous vivons et nous mourons au concours, disait Prévostl'aradol. Le concours est une des formes essentielles de notre organisation démocratique. Il n'est pas impossible et il est sage de chercher à en modérer l'application. Mais nul aujourd'hui n'en saurait arracher le principe des entrailles du pays. On ne réforme pas un état social qui est le produit de l'équitable travail des siècles.

De même que les principes, il faut considérer les mœurs et les intérêts. H est bien peu de pédagogues (|ui défendent l'internat pour lui-même. Il n'en est point' qui n'eu reconnaissent la nécessité pour les familles que le manque do loisirs ou de ressources empêche d'assurer elles-mêmes l'éducation de leurs enfants. Même en Angleterre, qu'on cite en exemple, est-ce que Westminster n'a pas ses boursiers cloîtrés dans l'enceinte de la vieille abbaye, et la plus grande école secondaire de Londres, l'École de Saint-Paul, n'est-elle

pas un infernal'? Chez nous, que demande l'Académie de médecine ? Non pas que les internais soient supprimés, mais qu'ils soient déplacés. Ce vœu est-il conforme à celui des parents? 11 est regrettable que nous soyons, quant à présent du moins, induit à craindre le contraire. Lakanal se peuple, mais lentement. A Lyon, le petit lycée de Saint-Rambert ; à Bordeaux, Talence ; à Marseille, la Belle-de-Mai sont en décroissance. Les familles trouvent trop longues les moindres distances. Les convertirait-on à des vues plus sages en appliquant aux lycées hors des murs le régime tutorial? Dans un rêve généreux, l'auteur du beau livre sur V Éducation de la bourgeoisie sous la Révolution a jeté les bases d'une sorte de cité de Dieu, établie en rase campagne, non loin d'un bois et prés d'un cours d'eau, avec toutes les salubrités et tous les agréments de la vie, où, comme à Harrow, les élèves seraient distribués par hameaux sous la garde de tuteurs choisis parmi les professeurs, et à défaut de professeurs, parmi les officiers en retraite, d'anciens fonctionnaires, des avocats, des médecins, investis d'une délégation de l'autorité paternelle, et surveillant à la fois le développement physique, intellectuel et moral des pupilles qui leur seraient confiés. Qui ne souscrirait à cette aimable conception? Un moment, à la fondation de Lakanal, nous avons presque espéré la voir réalisée. Ce ne sont pas les incitations ni les encouragements qui ont niancjué pour créer autoui' du lycée, à Bourg-la-Reine et à Sceaux, des familles scolaires. Mais à ces instances quelques-uns de nos jeunes professeurs objectaient les loisirs dont ils avaient besoin pour leurs études personnelles : c'est Paris, ses bibliothèques, ses instruments de travail qu'ils avaient ambitionné de trouver près de Paris. Tous s'inquié-

1. Tel est aussi le caraclère du Collège international de Londres, collège d'études secondaires commerciales, situé dans Islewortli(Middlesexj.

taient, en outre, à la pensée du trouble introduit dans leur vie domestique. L'esprit de famille varie avec les pays. L'Angleterre a sa façon de le pratiquer. De bonne Iieure, le jeune garçon quitte le foyer paternel ; on lui apprend à s'en passer; pourvu qu'il y revienne deux ou trois fois l'an, aux époques consacrées, à Noël et à Pâques, de part et d'autre les sentiments se trouvent satisfaits. A-t-il trouvé sa voie? à peine s'inquièle-t-on de savoir où il la poursuit. Chez nous, il n'en coûte pas toujours assez à notre gré de se séparer des enfants pour les mettre au collège ; au collège même, il s'en faut qu'on les suive d'assez près; mais on ne les perd jamais de vue : en s'affranchissant de ses devoirs, on n'entend pas se priver de ses affections. Les enfants sont l'âme de la famille française : nous vivons avec eux, pour eux, en eux. Ajouterai-je que l'intimité de ces mœurs familiales n'est nulle part peut-être plus respectée que dans l'Université? Ce sont ceux-là mêmes qui pourraient avec le plus d'autorité prendre en mains l'éducation complète des enfants des autres qui se refusent à l'icn sacrifier du souci de leurs propres enfants. Restent les éducateurs de bonne volonté. Pour ceux-là comme pour tout le monde, la loi est large et l'aclmiiiistration bienveillante. 11 n'est pas d'officier, de médecin, d'ancien fonctionnaire qui ne soit pourvu des titres nécessaires pour ouvrir, sous le nom d'établissement secondaire, une maison de famille. Posséderaientils tous, connue on semble le préjuger, l'expérience, l'aptitude, le don? 11 ne suffit pas de s'improviser chef d un établissement privé pour avoir du même coup les veitus qu'on exige d'un éducateur public. La plus grosse difficulté pourtant ne tient pas à ce point délicat. Entre l'enseignement primaire devenu entièrement gi-atuit, et 1 enseignement supérieur qui, après l'avoir été i)en(iant quelques années, a heureusement cessé de l'être, l'en-

seignenient secondaire est resté à la charge de ceux qui en recherchent le bienfait. Seulement, par un eflet de Témulation naturelle qui gague de proche en proche, les couches où sa clientèle se recrute s'étant étendues, il a fallu en mettre les conditions à la portée des lorlunes modestes. Même après avoir été élevé comme il l'a été en ces dernières années, le prix de l'éducation secondaire n'est point rémunérateur pour l'État; et c'est ce qui fait que les établissements libres, sauf ceux qui sont soutenus par de puissantes associations, ne pouvant l'offrir aux mêmes conditions, ont renoncé à la donner. Le régime tutorial ne suppose donc pas seulement une modification profonde dans nos mœurs domestiques; il n'est applicable qu'en prenant son assiette dans les classes qui peuvent en supporter la dépense : c'est une éducation de luxe.

Ainsi, à quelque point de vue que nous nous placions, nous ne devons pas nous flatler de faire prévaloir le régime tutorial comme règle dans la conduite de nos lycées, pas plus que nous ne pouvons espérer d'y assurer aux pratiques du sport la part de temps et d'activité prépondérante que les collèges anglais lui consacrent. Mais il ne s'ensuit pas que nous devions renoncer ù améliorer notre éducation physique et morale, suivant les conditions où nous placent notre tempérament national et nos traditions. Dans quelle mesure et à quelles conditions ces améliorations sont-elles réalisables? C'est ce qu'il nous reste à examiner.

L'éducation athlétique exige de l'espace. L'éducation morale demande, avec une certaine liberté de plein air et de clair soleil, elle aussi, des hommes qui la dirigent et du temps pour la faire. Ce sont ces espaces qu'il faut obtenir, ces hommes qu'il faut nous assurer, ce temps

qu'il faut conquérir sur la durée de la journée scolaire. La condition des espaces étant une question matérielle ne sei'a peut-être pas, quelque difliculté qu'elle présente, la plus malaisée à remplir. Au moins n'esl-il pas impossible, pour les créations nouvelles, de les placer hors des centres populeux; pour les établissements qui existent, de se ménager du champ en réduisant le nombre des élèves, et d'assurer aux enfants, à distance de l'enceinte habitée, un lieu de plaisance, où ils aillent deux fois par semaine, le jeudi et le dimanche, tantôt le matin, tantôt le soir, parfois la journée entière, se renouveler et s'exercer. C'est à quoi nous sommes arrivés dans la plupart de nos lycées de province, à Reims, à Orléans, à Bourges. Même à Paris, un essai de ces excursions aboutissant à des récréations physiques a pu être tenté, non sans succès, dans les dépendances du parc de Meudon, et nous avons constaté les eflets salutaires produits par l'attrait de ces excursions inaccoutumées, par l'excitation d'un air plus vif, par l'entrain des jeux que dirigent ou secondent les maîtres de gymnastique. Que les subsides nécessaires soient accordés pour aménager les terrains d'exercice, pour les mettre à l'abri des intempéries et les munir des engins indispensables; que dans les lycées même on favorise les associations de jeux et qu'elles deviennent un objet de véritable émulation; que les enfants surtout ne soient pas tentés de considérer les jeux comme une nouvelle charge de l'internat; que tous, pensi'onnaires et externes, y soient conviés et astreints ; que les familles nous viennent eu aide au lieu de nous opposer, comme il arrive trop souvent, leurs craintessans londement, leur mollesse plus fâcheuse encore; que l'opinion tienne compte de l'elfort entrepris avec décision, soutenu avec persévérance, et l'on peut espérer de triompher des habitudes d'une éducation trop sédentaire.

L'EDUCATION MORALE ET rilVSIQlE. 2J9

Il ne faut point d'ailleurs s'exagérer l'importance (les appareils. Si rien ne vaut le jeu de plein air pendant les belles journées d'hiver ou d'été, d'autres exer cices praticables en tout temps et en tout lieu ne sont pas moins favorables à la santé. Il est un art français entre tous, qui, en même temps qu'il fortifie les muscles, développe l'agilité et le sang-froid, stimule le courage, éveille dans l'adolescent le sentiment de la dignité : c'est l'escrime. L'enseignement en est coûteux, il est vrai. Plus qu'aucun autre, il serait nécessaire de le rendre accessible. Obligatoire pour les candidats aux Écoles militaires, il devrait être encouragé pour tous. A défaut du fleuret, d'ailleurs, il y a des escrimes qui, moins relevées peut-être en apparence, mais moins dispendieuses, ont aussi et plus encore peut-être, l'avantage de mettre tous les organes en mouvement : la boxe, la canne, le chausson. De tous les espaces que nous voudrions voir s'ouvrir à l'intérieur de nos lycées urbains, pour les jeux de tous les jours, on n'en saurait trouver de plus utile peut-être qu'une salle appropriée à cette gymnastique ; non pas un de ces couloirs obscurs dans lesquels tant bien que mal aujourd'hui quelques couples se réfugient et que d'autres besoins leur disputent ; une vraie salle d'armes, une académie, comme on disait jadis où, deux ou trois fois l'an, en présence des familles, se donneraient des assauts.

Le choix des hommes à préposer à l'éducation morale, telle qu'on la veut développer, est chose plus délicate. Toutelois ils ne nous manqueront pas. Pour la conduite d'un lycée, on cherche volontiers ce qu'on appelle un administrateur, et, entre l'administrateur etréducatour, il y a plus d'un seci'et rapport. L'administration bien entendue d'un établissement d'éducation implique l'étude du cœur humain et l'habileté à le manier. Mais elle suppose avant tout chez celui qui est investi de l'auto-

lité : d'une part, la liberté d'action nécessaire pour l'exercer ; d'autre part, les aptitudes pour s'y plaire et s'y développer; elle suppose, en outre, autour de lui le concert des volontés.

Or, nous l'avons bien souvent signalé, le premier défaut de notre éducation publi<jue est qu'elle s'applique, dans nos meilleurs c'est-à-dire dans nos plus grands lycées, à trop d'enfants à la fois. On reconnaît volontiers que rien ne se pourra faire de décisif tant qu'on n'aura pas dispersé ces agglomérations de douze cents, quinze cents et dix-lmit cents élèves réunis sous une même main. Mais on objecte la difficulté de grossir les dépenses en multipliant les établissements, et l'objection n'a jamais eu plus de portée qu'aujourd'liui. Encore serait-il nécessaire cependant de prendre à cet égard des résolutions fermes, sauf à n'en faire que progressivement, au fur et à mesure que les ressources le permettront, la complète application. D'un autre côté, dans les établissements de moyenne importance comme dans les autres, le détail des questions administratives absorbe le tenq^s et la pensée de ceux dont le principal souci, je dirais volontiers le souci unique, devrait être la direction de l'enfant, llollin voulait que le principal d'un collège se réservât toujours le loisir de la méditation. Où nos administrateurs trouveraient-ils aujourd'hui le loisir de ce recueillement indispensable pour avoir sur la jeunesse une action sûre d'elle-même, alors que t<)us les moments de la journée leur sont, minute à minute, disputés par les intérêts complexes dont ils ont la responsabilité?

AnVancliir la fonction en simplifiant certains rouages administratifs pour tous, en allégeant, pour quelquesuns, le poids du nombre, ce ne serait pas seulement contribuer à la rendre plus efficace, ce serait du même coup, ce qui n'importe pas moins, travailler à susciter

les vocations. Trop souvent on n'entre, comme on dit, dans l'administration qu'à la fin d'une carrière, ou faute de pouvoir supporter les fatigues de l'enseignement. A-t on le goût de s'y porter, se sent-on pénétré de cet amour de la jeunesse sans lequel la profession devient un métier au détriment de celui qui la remplit non moins qu'à l'égard de ceux sur qui elle s'exerce, on est arrêté par les règles d'une hiérarchie qui oblige à des éloignemenls et impose des sacrifices. On craint, si le succès ne vient pas couronner le premier effort, de ne point retrouver sa place avec dignité dans les cadres de l'enseignement. Nous voudrions écarter ces entraves, faciliter les essais, donner aux ambitions justifiées plus de sécurité. Passer de la direction d'une classe à la direction d'un lycée, c'est renoncer à son indépendance, à des travaux personnels peut-être. N'est-ce pas le moins d'y attacher l'attrait de l'emploi des facultés les plus hautes, d'y engager les esprits d'élite en leur offrant les accès et en leur laissant toujours libres les grandes issues? On accepte aujourd'hui la direction d'un établissement ; il faut arriver à ce qu'on la recherche, en ne la rendant difficile qu'aux prétentions douteuses ou médiocres, et en coupant court aux erreurs de destination pour faire place aux aptitudes éprouvées. Un professeur qui ne réussit point ne compromet qu'une classe, et avec l'expérience il s'améliore. Ce sont des générations d'enfants qu'un administrateur qui s'est trompé de voie risque de laisser perdre.

Ces réflexions ne touchent pas moins le personnel d'ordre secondaire. Le corps des maîtres répétiteurs s'élève. Parmi eux comme parmi les jeunes professeurs de collège, nous avons toujours pensé qu'on trouverait à recruter cette école normale d'éducateurs, que M. de Salvandy avait jadis essayé de créer, et qui aujourd'hui nous assurerait de si précieuses ressources ; nous croyons

à la pédagogie non seulement comme à un art auquel on se forme par l'observation, mais comme à une science qui a ses principes. En attendant, c'est en grande partie des rangs des maîtres répétiteurs que sortent d'euxmêmes, en se distinguant, les surveillants généraux, et c'est parmi les surveillants généraux que sont choisis, pour une large part aussi, les censeurs des lycées. Or il n'est pas sans exemple que la situation des surveillants généraux présente moins d'avantages que celle dont jouissent les maîtres répétiteurs placés sous leur direction. Ici encore il y a mieux à faire qu'à attendre les bonnes volontés et à compter sur les sacrifices.

A l'autorité que les chefs d'établissement tireraient d'une situation matériellement soulagée, moralement agrandie, plus lai'gement ouverte à l'élite, servie par des collaborateurs mieux encouragés, ajoutez celle qu'ils pourraient trouver dans le concours des forces groupées autour d'eux. L'unité du commandement est la sauvegarde d'une maison. Mais le commandement ne peut que gagner à s'entourer de lumières et à se créer des appuis. I/assemhlée des professeurs dresse chaque année le tableau d'honneur. C'est aussi l'ensemble des professeurs de chaque classe qui détermine les effets des examens de passage. Pourquoi ces délibérations communes ne s'appliqueraient-elles pas aux intérêts moraux de l'établissenKMit comme elles ont, depuis quehiue tem|)s, contribué à régler les questions de discipline intellectuelle? Pourquoi les notes trimestrielles attribuées à chaque élève ne seraient-elles pas l'objet d'un examen contradictoire, le résultat d'une sorte de pimdération entre les mérites et les défaillances, le:, qualités et les défauts, laquelle, en même temps qu'elle éclairerait avec plus de précision l'enfant et sa lamille, donnerait à l'action du maître ime direction plus iuste? Pourquoi n'y aurait-il pas dans chaijue lycée une sorte

de tribunal suprême devant lequel seraient portées, avant d'être souverainement arrêtées, les grandes décisions de l'éloignement provisoire ou de l'exclusion? Ces nouveaux devoirs rencontreraient peut-être à l'origine des scrupules, des difficultés, disons le mot, des résistances. Mais la force que chacun trouverait dans ce puissant ressort de vie intérieure serait, et au delà, un dédommagement de la peine. Les anciens réformateurs de l'Université avaient eu le sentiment élevé de ce besoin. « Tous les premiers dimanches de chaque mois, disait le projet de règlement général de 1700, à l'heure que le principal croira le plus convenable, il assemblera les professeurs et les régents à l'effet de prendre, sur leurs avis et leurs observations, les mesures qu'il croira les plus nécessaires et les moyens qu'il jugera les plus utiles pour procurer l'avancement des jeunes gens qui habitent ou fréquentent les collèges. » Alors que 0 l'avancement moral » de la jeunesse, comme il est écrit ailleurs dans le règlement, n'a jamais été l'objet de préoccupations plus vives ni plus légitimes, qui pourrait se refuser à y apporter sa juste part de sollicitude et d'activité?

Cependant il ne suffirait ni d'attribuer à l'éducation physique plus d'importance, ni d'oi'ganiser de plus puissants moyens d'éducation morale, si pour l'une et pour l'autre nous ne mettons l'enfant en mesure d'en recueillir les avantages. Les exercices physiques ne peuvent être efficaces qu'à la condition d'être prolongés, lenouvelés, suivis de repos; en un mot, ils veulent du temps. Le temps bien plus encore est un élément indispensable au succès de la pénétration morale. Observer l'enfant, le suivre, le voir faire, démêler ses bonnes et ses mauvaises inclinations, lui en découvrir à lui-même le caractère et le fond, l'animer à la réflexion, et, par la réflexion, à l'action, en serrant ou en détendant le

264 ENSEIGNEMEiNT SECONDAIRE.

conseil, en forçant ou en ralentissant la marche, selon l'âge et le tempérament : tâche délicate, même au sein (le la famille, à plus forte raison avec l'étlncation publique, qui, chez le maître, demande la clairvoyance dans l'objet, la persévérance dans la direction, la fermeté et la délicatesse des procédés, l'infinie richesse des moyens; mais qui par-dessus tout n'est praticable sur l'enfant qu'autant que l'enfant peut s'y prêter avec quelque aisance. Or ce temps, où le prendre? cette aisance, où la trouver dans nos journées si pleines?

On considère que les exercices physiques, en détendant l'application des facultés intellectuelles, auront pour effet de leur rendre plus de souplesse, que l'esprit de l'enfant qu'engourdit aujourd'hui la malsaine oisiveté de la récréation, rafraîchi, ranimé par le mouvement réglé d'un jeu intéressant, reviendra au travail avec plus de goût, s'y attachera avec plus d'ardeur, fera les choses plus vite et mieux, A l'appui de ces espérances, on a même constaté que, dans les établissements où la récréation du midi a été augmentée d'une demi-heure et l'étude qui la suit diminuée d'autant, les enfants mettaient moins de temps à apprendre leurs leçons, qu'ils avaient le cœur plus ouvert en même temps que l'esprit plus dispos. Nous admettons volontiers ce que ces remarques ont de fondé. Cependant il ne faudrait pas se hâter de tirer la conclusion de ces petites expériences. C'est ainsi qu'on a pu croire que l'enseignement de la gymnastique, aujourd'hui relégué au second rang dans l'opinion, était définitivement fondé, parce qu'on avait réussi tant bien que mal à le placer partout, dans l'intervalle des autres occupations, le matin, le soir, avant ou même après les repas.

Notre devoir est de prévenir les mécomptes. Conduite connue elle doit l'être, l'éducation athlétique ne peut (jucngendrer la fatigue, une fatigue salutaire, mais la

L'ÉDUCATION MORALE ET riIYSIQUE. 2C5

fatigue. C'est à ce prix qu'on en achète le profit. Les écoles anglaises ne s'y trompent point. Le jour des marches, des tournois de cricket ou des expéditions de canotage, on fait la seule chose qu'il soit possible de faire : on se repose, on donne plus de temps au lunch et on se couche tôt. Quant aux programmes des jours ordinaires, faut-il les comparer avec les nôtres? L'histoire n'y est point représentée ou peu s'en faut. La philosophie est renvoyée aux universités. La place de faveur appartient au grec et au latin; mais quelle place, nous l'avons vu. On n'a pas trouvé enfin, on n'a pas cherché le moyen de mener de front, à part égale, le développement des exercices physiques et le développement des études; on s'est franchement décidé pour l'un contre l'autre. Nous ne nous croyons pas réduits à cette alternative. Mais il ne faut pas qu'on s'y méprenne. Vouloir introduire dans nos programmes, tels qu'ils sont constitués, l'éducation physique avec ses exigences de temps et ses dépenses de forces, l'éducation morale avec ses inévitables et judicieuses lenteurs de procédés, sans consentir à quelques sacrifices dans l'enseignement, c'est un leurre ou un danger : un leurre si l'on formule des prescriptions pour ne les point faire exécuter; un danger si, ces prescriptions étant suivies d'effet, on cherche à faire entrer la même somme d'efforts de tout genre dans le cadre déjà trop chargé du travail quotidien.

Ce n'est donc que par des retranchements sages que nous pouvons espérer de faire place à des additions utiles, et cette nécessité nous ramène une fois de plus à l'examen de notre organisation générale. .l'avais l'occasion de le répéter, il y a quelques semaines, dans la grande commission d'études qui poursuit ses travaux avec tant de dévouement, au Ministère de l'instruction publique, sous la direction de M. Jules Simon : deux

idées, dirai-jo deux principes, nous dominent, et sont, on partie au moins, la cause du malaise où nous nous déballons : l'esprit d'uniformité dans les cadres de l'enseignement, et l'esprit d'encyclopédisme dans les matières que cet enseignement embrasse. Enseigner à tous les élèves, dans tous les élablissementsde même ordre, le même programme et comprendre dans ce programme l'ensemble des connaissances humaines, telle est la règle qui est appliquée chaque jour davantage à notre système d'éducation nationale, et qui nous paraît un élément de dissolution et de ruine. A l'école primaire, on ne considère pas si l'enfant d'un hameau perdu dans la montagne ne serait pas bien heureux de savoir lire, écrire et compter, de connaître la patrie par les traits essentiels de l'histoire et de la géogi'aphie; il doit apprendre en physique, en chimie, en histoire générale, etc., tout ce qu'on apprend au chef-lieu de son département, à Bordeaux, à Lille, à Lyon, à Paris. De même dans les lycées et les collèges. Thucydide et Lucrèce sont au nombre des auteurs de rhétorique à Sancerre et à Sainte- Menehould comme à Condorcet el à Louis-le-Grand. Le grec et le latin sont enseignés ici et là avec le même luxe, ainsi que tout le reste. Y a-l-il partout des maîtres en état d'interpréter ce progranuue? Y a-t-il partout des élèves en état de le suivre? Il faut que lout le monde s'y accommode; car le niveau commun est le baccalauréat. En 18'i0, le nombre des lycées était de -44; il est aujourd'jmi de lOo. En 1840, le nombre des élèves qui IVéquentaient les lycées était d'environ 17 000 (16 955); il est aujourd'hui de prés de 52 000(51 962). En 1865. sur 1261 collèges, on n'en comptait que 60 dits de plein exercice, c'est-à-dire où l'enseignemeul normal était fourni pour toutes les classes; de GO ce chiffre s'est élevé à 1-49. Enfin la (bM'niére statistique, celle de 1888, porte à 80 561 le nombre total des enfants ou jeunes

gens qui font des éludes secondaires, soit, relativement à 1850, une augmentation de plus du double. Et, dans ces 252 lycées ou collèges assimilés aux lycées, ces 00 000 enfants (j'excepte les élèves de l'enseignement spécial' sont soumis au même entraînement intellectuel. Omnibus omnia. La conséquence, c'est que le plus grand nombre des élèves, dans les collèges et les lycées de catégorie inférieure, dispersent leur bonne volonté et leurs forces, qu'un meilleur régime d'études leur permettiait de concentrer utilement. La conséquence pour les études elles-mêmes, c'est, non sur tous les points sans doute, mais à trop d'égards, leur incontestable affaiblissement.

A ces principes, j'en voudrais voir opposer d'autres, qui permissent de faire entrer dans notre système scolaire l'air, la lumière, les tempéraments qui y font défaut.

Le premier, c'est la franclie et définitive reconnaissance d'un enseignement secondaire non pas égal, si l'on veut, mais collatéral à l'enseignement classique. Il y a moins de cinquante ans encore, la classe à laquelle s'adressaient les études secondaires était surtout une classe de lettrés. De nouveaux besoins se sont produits avec le développement de l'agriculture, du conunerce et de l'industrie, et l'on convient que l'enseignement moyen, en France comme partout, comporte aujourd'luii deux modes de culture : la culture classique pioprement dite, et la culture dite spéciale ou moderne. Mais on en convient seulement; il serait' nécessaire de proclamer, de propager cette idée, que, dans une civilisation aussi complexe que la civilisation du dix-neuvième siècle, cbez un peuple intelligent, l-iboi'ieux, doué comme le sol qu'il habite des aptitudes les plus diverses, le devoir ainsi que l'intérêt public est de former des esprits propres à concevoir et à pratiquer, chacun

2CiS ENSEIGNEME.NT SECONDAIRE.

en son genre, les applications multiples de l'activité humaine.

Même dans les études classiques — c'est notre seconde observation — nous souhaiterions qu'il s'établit des degrés. L'enseignement spécial en comprend deux. Si ces deux degrés sont fortement liés l'un à l'autre, en fait, le degré inférieur, celui qui a pour sanction le certiticat d'études, est celui auquel on se lient dans le plus grand nombre des collèges (75 ou 80 pour 100); le degré supérieur, celui qui a pour couronnement le baccalauréat, n'existe guère que dans les lycées; encore n'existe-t-il pas même dans tous. Cette distinction que la nature des choses a créée dans l'enseignement secondaire spécial, et que les règlements n'ont fait que consacrer , n'a-t-elle pas également sa raison d'être dans l'enseignement classique? Aujourd'hui, par un effet de l'unifoiniisation absolue, les études classiques, trop élevées pour les uns, insuflisantes pour les autres, risquent de lester, pour tous, inefficaces. Yeut-on maintenir une culture supérieure digne de ce nom? Veut-on que nous ayons un corps enseignant vraiment pénétré de l'âme de l'antiquité, capable d'en répandre lintelligence et le goût? Veut-on que nous conservions, en ce qui touche à la littérature et aux beaux-arts, à la philosophie et à l'histoire, l'esprit de rectitude et de méthode, la clarté dans la concision, la tenue dans l'aisance, la grâce sans l'afféterie, la gravité sans le pédantisme, le sentiment de l'idéal sans cette rhétorique vaporeuse ou fumeuse qiii gâte les plus belles productions de tant d'autres pays, en un mot, tout cet f'nsemble de supériorités esthétiques, don de race et aussi produit d'une éducation héréditaire : il faut en maintenir fortement, dans un certain nombre de milieux choisis, l'exercice et le culte. C'est un progranune à part, une éducation à part qu'on ne doit point craindre de distinguer. Au-dessous

L'ÉDUCATION MORALE ET PHYSIQUE. 2j9

d'elle, il y a place pour une éducation, classique cncoi'e, mais de moindre étendue et de moindre portée. Si intimes que soient les rapports qui lient l'étude du grec à celle du latin, ne conçoit-on pas un enseignement du latin indépendant de l'enseignement du grec? N'existe-t-il pas en Allemagne et ailleurs? N'a-t-il pas longtemps existé chez nous? En continuant de les imposer indifféremment l'un et l'autre, on ne peut aboutir qu'à les compromettre définitivement l'un et l'autre. Constituer des lycées classiques de différents types, c'est les relever, chacun à son degré, en ménageant les moyens d'y bien faire ce qu'on y fera; c'est permettre au type le plus élevé de prendre l'ampleur sans laquelle nous nous exposons à voir se perdre, à brève échéance peut-être, ce qui est le fond de notre génie national et la meilleure part de notre patrimoine ; c'est, dans le type de second ordre, donner à l'enseignement classique restreint, et parla même d'autant mieux approfondi, la solidité et la sincérité qui lui manquent.

A cette sorte de gradation, (pielles peuvent être les objections? L'égalité démocratique, qui verra d'un mauvais œil la hiérarchie établie dans l'enseignement secondaire et l'aristocratie intellectuelle que cette hiérarchie aura pour effet de produire? Mais l'enseignement primaire supérieur n'est-il pas destiné, lui aussi, à créer une aristocratie dans la clientèle des écoles? La démocratie comprendra de mieux en mieux son caractère, qui doit être de faire place à tous, aux mieux doués comme aux autres, et son intérêt, qui est d'aider les élites à sortir de son propre sein.

On fait observer, d'autre part, qu'obliger les familles à chercher loin d'elles les ressources de l'enseignement que ne leur olfiirait point le collège ou le lycée de la ville quelles habitent, c'est fournir des recrues à l'internat qu'on yeut restreindre. Mais est-ce que, d/ms l'or-

ganisalion actuelle, les familles trouvent au collège ou même au lycée de leur localité tout ce qui leur est nécessaire pour parachever réducation de leurs entants? Combien de lycées — je ne dis rien des collèges — n'ont pas de classe de mathématiques spéciales, ni même de classe de mathématiques élémentaires ! On ne peut raisonnablement demander que nous mettions à la portée de chaque famille une éducation complète et suivant ses goûts. Que ne gagneraient-elles pas toutes, au contraire, à avoir à leur disposition un système d'enseignement judicieusement mesuré et vraiment propre à assurer, par ses différences mêmes, des études sérieuses !

Restent le baccalauréat et la difficulté pour les Facultés de concilier la diversité des programmes d'enseignement avec l'unité de l'examen. Mais est-ce trop présumer de la souplesse de notre esprit que de penser qu'il ne serait pas impossible que les élèves fussent interrogés d'après l'enseignement qu'ils auraient reçu, comme ils le sont aujourd'hui à la suite de la rhétorique et de la philosophie, d'après la classe qu'ils achèvent? Que si les inconvénients plus apparents que réels de ces baccalauréats de divers degrés devaient faire aboutir I»lus vite la question même du baccalauréat, ce n'est pas nous qui trouverions à nous plaindre.

Notre troisième et dernière observation est la plus grave. Il ne suffirait point, à notre avis, d'introduire dans les études secondaires cette variété et cette gradation d'études, si à tous les degrés nous ne combattions l'envabissement de l'encyclopédisme. L'esprit d'encyclopédisme se manifeste aujourd'hui dans nos progranunes sous deux formes : par l'extension donnée à chaque matière d'enseignement et par l'accunudation des matières réunies dans le môme ordre d'enseignement.

De même que l'instruction primaire a entrepris sur

l'instruction secondaire et qu'à ])art les langues anciennes, — encore a-t-on voulu un instant introduire le latin dans les écoles normales, — il est difficile de reconnaître les limites qui les distinguent; de même l'enseignement secondaire a fait à l'enseignement supérieur des emprunts qui le confondent presque avec lui. En grammaire et en littérature, la philologie; en histoire, l'érudition ; en philosophie, le criticisme, ont pris un développement qui n'est en rapport ni avec l'âge des enfants ni avec le caractère du lycée. L'enseignement secondaire est un enseignement de résultats et non de recherches, de principes et non de controverses. Il doit s'inspirer des découvertes de la science ; il n'a point à les discuter. Il doit mettre en éveil l'esprit critique, sans lequel il n'y a pas de véritable esprit de méthode, mais pour incliner les intelligences à la certitude, non pour les tenir, par une sorte de dilettantisme, en inquiétude et en suspens. La jeunesse, a dit un maître qu'on n'accusera pas d'un dogmatisme absolu, la jeunesse a besoin d'affirmations. Vienne, avec les études et les réflexions postérieures, l'expérience des choses de la science et de la vie, et l'esprit, s'il a du fond, s'il a été muni des vrais instruments de travail, saura se frayer sa voie avec indépendance et autorité. Il sera d'autant plus libre qu'il aura moins subi la fatigue d'un effort prématuré et disproportionné.

Cette fatigue résulte plus encore peut-être de la surcharge des matières indiscrètement entassées. Conduire presque jusqu'au bout de son domaine chaque enseignement est une erreur. Mettre, pour ainsi dire, bout à bout tous les enseignements est un péril. En un moment où la chimère de l'instruction intégrale a repris faveur, il peut paraître inopportun de combattre l'instruction encyclopédique, car sous un autre nom, c'est la même chimère. Sciences et lettres, il n'est pas une connais-

sance aujourd'hui à qui l'économie de nos programmes n'ait fait un sort. Les sciences ont l'avantage dans l'enseignement spécial, les lettres dans l'enseignement classique, et celle différence est conforme à leur objet. Mais de part et d'autre, et malgré les réductions déjà accomplies, le poids est énorme. On vient de le voir : pour un certain nombre d'élèves des études classiques, nous sommes prêts, quant à nous, à faire l'abandon de l'une des langues anciennes ; et certes pour quiconque a trempé ses lèvres aux sources pures des lettres grecques, l'abandon n'est pas sans mérite. De même laisserions-uous retrancher de l'enseignement spécial quelques chapitres d'histoire, soit qu'on les supprime tout à fait, soit, ce que nous préférerions, qu'on les resserre; toule la législation et toute l'économie politique qui appartiennent proprement à un autre degré d'éducation. Mais nous demandons qu'en échange on fasse des concessions sur le développement devenu si considérable des matières scientiliques. Nous sommes dans l'année (pii rappelle les grands renoncements. Que chacpie ordre d'enseignement tienne à honneur d'apporter sa part de sacrifices à celte nuit du 4 août. Bien loin d'en être affaiblies, les études s'en trouveront fortifiées. On saura un peu moins peut-être, on saura mieux. 11 y a des perles qui sont des enrichissements. Le luxe des programmes ne produit que l'appauvrissement des esprits. VA ces allégements, qui rendraient à l'application inIt'IIccUu'Ile sa vigueur, nous laisseraient, poui' l'éducalioîi pli\si(|ue et morale, le libre champ dont nous avons besoin. Dans cette éducation mieux équilibrée et par le concours que toutes les énergies de l'enl'ant se prêteraient l'une à l'aulie, en même temps que des intelligences alertes, nous arriverions à former, on doit l'espérer du moins, des corps robustes et des volontés exercées.

AiNNEXES

il. - 18

XKS. SEC.

TABLEAU présentant le résumé des modification'' introduites d

ordonnances, arrrtés. etc.) en

Couns DE Ciuammaiur.

(Deux ans.)

Ilisldire b.icrée.

Mytlioldj^Me.

MoiM le iliiriaialion des droits de l'homme). IMcint'iils lies laiif,'iies latine el française. Ciiiiis al)réi,'-i^ de f,'cop:ra[)liie.

Itécréalioiis physiques; évolutions militaires.

lO, 11 et 19 septen-

CoDits d'IIluanitics.

(Deux ans.)

Élude de la constitution.

Ilistoire grecque el histoire roinaiii'^ Langues latine et française.

Vcrsilicalion latine el française.

Récréations physiques; évolutiontaircs, natation.

Observation. — «Ces cinq articles (ceux dans lesquels est indiquée la division il dit Talieyianil. no doivent êlre regardés que comme un simple aperçu, coi esquisse lie ce que peut êlre la division par cours.... Nous pensons aussi que 1

PuF.MiÈiîE Classe.

Sciciicrs tnathémaliqties et phijsiqitcs.

Maliiémaliqucs pures.

'l^léments de mécanique.

— d'optique.

- d'astrouoniio.

Matliém. ap])liquées. {Apipiicalionsducalcid

I delà géoMiétiio I la physique, au V cieiires morales •L politiques.

l'iivsiqui' ot chimie expi-rimentales.

llislipiii' M.ilurellc des trois régnes.

Oliscrval'um. — L'éducalmn nationale, d'après le plan du département de Paris, cii prenait trois dçgrés : les écoles secondaires (écoles primaires supérieures), les instii

20 et 21

Seconde Classe.

Sciences morales et politiiji'

Analyse des jensations et des id raie, méthode des sciences ou principes généraux dcsconsiitui liliqucs.

Législation, économie politique menls du commerce.

Géographie et histoire philosopln peuples.

:r;iiiiiiies de l'enseignement secondaire (décrets, projets de décret, TN'J jusqu'à nos jours. (Voir page 11.)

791 Projet de décret de Talleyrand.

RlIKTORIQDE ET LoGlQLE.

(Deux ans.)

poques principales de l'hisloire de France.

ppliralion dos principes de la morale à la

con^Ulution.

Hnriinsde la logique, de la mctaphy-

■ t de l'art oratoire.

lion et exoriices dV'loquence.

-,. ; ainssur les lois, la morale, la mélaphysique, la constilution.

ineuc frrecque.

"L'ii" vivante.

ins physiques, évolutions mili-

. maniement des armes.

SlATHÉMATItiCES ET PuYSlQLE.

(Un an.)

Géométrie et éléments de l'algèbre.

.Mécanique.

Physique.

ElémCTits de chimie et de botanique.

lel qu'il soit, doit laisser, quant à l'exéculion, une grande latitude aux professeurs; car i enseigne mal ce qu'on n'enseigne pas librement. »

192 Projet de décret de Condorcet.)

Troisième Classe.

wlicalions aux sciences el aux arts.

omie comparée, accouchement et art

léiinaire.

jcine |)ratique.

militaire.

cipes généraux des arts et métiers.

nétrie graphique

s), les lycées (m eignement supérieur).

QuATniÈHE Classe.

Arts et applications des sciences aux arts

i' Arts utiles :

Art de nourrir ;

— de vélir;

— d'abriter;

— de guérir:

— de se défendre.

2° Arts d'imitation et d'agrément :

Dessin, peinture, sculpture, gravure.

Musique.

Déclamation.

Danse et pantomime.

ANNFXES.

Ohscrvatiuii. — Le projet de Lepolletier et le Rapport, de Robespierre ne contiei jiour l'instriiclion secondaire que des indications générales :

Le (lé[)ôt des connaissances humaines et de tous les beaux-arts, y est-il dit, sera sacre et enrichi par les soins de la Hépublique ; leur étude sera enseignée publique et t^ratulleriicTit par des inaiti-es salariés par la nation. Leurs cours seront part.igi trois (l('i,n('s d'instruction : les écoles publiques, les instituts, les lycées.

Los enlanls ne seront admis à ces cours qu'après avoir parcouru celui de l'éduc nationale (éducation |irimair'^'i.

Ils ne pouiront être leçus avant l'àgc de douze ans aux écoles publiques.

Le cours d'études y sera ae quatre années : il sera de cinq dans les instituts et deq dans les lycées.

Pour l'étude des belles-lotlres, des sciences et des beaux-arts, il en sera choisi u

15 septer

1" Section.

Conuaissaiiccs pliysiqucs et mathématiques

2" Section.

Langues.

Littérature Lloquencc.

Poésie.

Observation. — Dans les instituts, l'enseignement sera divisé en plusieurs cour sorte que les étudiants puissent, suivant leurs talents et leurs progrès, en fréquenter ou un plus grand nombre à la lois.

29 vendémiaire an I (20 oct

Observation. — Le décret du 20 octobre, substitué à celui du lô août, qui été rapporté' ne contenait qu'une simple énumération des matières d'enseignei

I française, .\ étrangères, ( anciennes,

Histoire ^ politique

navale.

f Mil

( co

Alt social.

indiislrielle, mmerciale,

( Droit naturel, . (loiistilulion, ( Législation,

dans leurs rapports aux mots, à l'hisi à nos relations avec nos voisins.

des peuples pour perfectionner notri dusirio et nos ressources par leurs

dans ses rapports à l'éducation di loyen.

'te).

A^•^'EXES.

'93. (Projet de décret de Lepelletier.)

qualité. Les enfants qui auront été choisis seront entretenus aux frais de la Rcpuquo auprès des écoles piibliriues, pendant le cours de quatre ans.

^rini ceux-ci, après qu'ils auront achevé ce preiiiit-r cour.-, il en sera choisi la moitié, St-à-dire ceux dont les talents se sont développés davantage; ils seront ésalonient eii- ■leiius aux déjiens de la République auprès des instituts pondant les cin(i années du ixiéiue cours d'cludes.

Snliii inoilic des pensionnaires de la République qui auront parcouru avec le plus de tiiictioii le degré d'instruction des instituts, sera choisie pour être entretenue auprès lycée et y suivre lu cours d'études pendant quatre années.

He pourront être admis à concourir ceux qui, jiar leurs facultés personnelles ou celles leurs iiaronis, seraient en étal de suivre, sans les secours do la llépablique, ces trois ?rés d'iiiblructioii.

'93. (Décret rendu sur la proposition du Département de Paris.)

5° Sectio.n.

iinaissances morales et politiques.

i' Section.

Littérature et beaux-arts^

Théorie générale etélémentairedes beauxarts.

Grammaire {ïénérale et art d'écrire.

Langue latine.

Langue grecque (dans quelques élablissenieuts).

Langues étrangères ( id. ).

aes cours, dans tous les instituts, se donnent en français. Jn niaitre de dessin sera attaché à chaque institut.

[93). (Décret de Komme.) voici la teneur :

toirc naturelle,

irsique,

mie, ■

thématiques,

îanique,

isin.

dans leurs rapports aux arts utiles.

s sei-vaut 'hoiniue.

aux premiers besoins de

1 ventôse an III i25 févD

Observation. — Le projet do Lalonal n'élaMissait aucune division de coiii-s. U él ainsi con^u :

Art. 1". Pour l'enseignement des sciences, des lettres et des arts, il sera établi, d; tonte l'clondue de la rié}nil)lique, des écoles centrales dislritmées à raison de la popu tien : la base projiortionnelle sera d'une école par trois cent mille habitants.

Art. 2. Chaque école sera composée :

1" D'un professeur de n)athéniatiques;

"■!■' D'un i>rofesseur de physique et de chimie expérimentales; ")" D'un prolesseur d'histoire naturelle; i" D'un prolesseur de méthode des sciences ou lojjique et d'analyse des sensations des idées;

3 brumaire an IV (25 octob

2' Section.

Éléments de mathématiques.

Physique et chimie expérimentales.

1" Sectio:».

Dessin.

Histoire naturelle.

I,aiii;ues ancieimes.

l,aii;;ues vivantes (s'il y a lieu, suivant les localités).

Observation. — Il y aura auprès de chaque école centrale une bibliothèque p blique, un jardin et uîi cabinet d'histoire naturelle, un cabinet de chimie et de ph

1" clas.sc.

Lecture.

Kcriture.

Numération.

Eléments de la grammaire française.

27 messidor an IX (16 juill

Première Sectii,

2" classe. î

Quatre règles de l'arihmétique.

Orthographe.

Principes de la langue latine.

litc] .

AÎNNEXES.

795/. (Décret.) — Ecoles centrales (Lakanal).

m professeur d'économie politique et de lôgislation; un professeur de l'histoire philosophique des peuples; 7 II m professeur d'hyfriène; ^ Il lia prolésseur d'arls et métiers; '.! i) un professeur de srammaire g-énérale; 10'' li'un profe^seur de belles-lettres; 11'' Ii'un ])rofesseur de lan','ues anciennes;

12" D'un professeur de ldng;ies vivantes les plus appropriées aux localités; 15" D'un professeur des arts du dessin.

Art. ô. Dans toutes les écoles centrales, les professeurs donneront leurs cours en myais. .

f95). (Décret.) — Ecoles centrales (Daunou).

ô" SEcnox.

ammaire générale.

Iles-lettres.

Storre.

gislation.

le expérimentales.

JPI). (Arrêté.^ — Prytanée, ection commune.)

ô° classe. '

raillons et parties les plus élevées de i r.uitliniétique. f

riin i|M's delà langue latine appliqués à 1 < \lilicalion des auteurs les plus faciles {L)r Viris, l'huître, Cornélius Nepos,Selectiu, Epures de Ciccroit). J

Exercices de mémoire conunnns aux trois

liasses.

Fables françaises et latines.

Premiers éléments de l'histoire ancienne.

— — de la géographie.

— — de l'hisloire naturelle.

Recueil d'actions de vertu et d'héroïsme.

27 messidor an IX (16 juil Deuxiè

Section civile.

Iluiimnilrs, l" drisse.

Laiii4iie latine : Qiiinlc- Ciiyce , di'sa?' , Cicéroii (Traités (le la Vieillesse et (le rAinilié), Ovide (Hélani()r[ilioses), Virgile (Krflog-uesj, etc.

Eléments de la langue ^'recqne.

r.(}o|ïraphie (cartes).

Histoire greci|ue et histoire romaine.

Iliimanilés, i' drisse.

Langue latine : Sallustc (Catilinai, Cicéron (Discours), Tite-Live, Tadte, VinjUe (Gi'Orgiquf^', avec la traduction de Delillc), Hijftici'.

Langue grecque ; Lucien, l'liilnr(]m(Xies des hommes illustres).

r.éograpliie.

lli^loire de France.

Rliciorli]iie.

Principes gén(;'raii.v de l'a oratoire ; Cir(^ron, D mosthène . Coiicionet Oi'aisons l'niK'bres de Ti renne par Eh'ciiier, (londé par Bo?suot, et( Virgile (Enéide], lliid Horace et Boiieau (.4 poétique)

Ohscrvnl iinis. — Les le(;ons de la section intérieure ou section commune seront disl liUL'cs dans le cours des trois classes de mani(''re à tonner successivement pour clia( partie, à la fin de la troisième classe, un corps d'enseignement aus>i complet que le co porte l'âge des élèves.

Outre les objets d'enseignement désignés au i)rogramme, les élèves de la section ci\ et milllaii-e a)iprendronl les langues allemande et anglaise. Les élèves de la section civ a|>iirenilront d'abord l'allemand, et les élèves de la section militaire, l'anglais. Le coi

11 floréal an X (l" m

Observations. — L'instruction sera donnée : 1» dans les écoles primaires établies par communes; 2° dans des écoles secondaires établies par des communes ou tenues par ( niailres iiarticuliers; dans des lycées et des écoles spéciales entretenus aux inis Trésor public. ''

H sera établi des lycées pour l'enseignement des lettres et des sciences. Jl y aura lycée au moins par arrondissement de chaque tribunal d'appel.

uilr

"01 . I Arrêté ) — Prytanée. — [Suite]

Philosophie.

Art de raisonner (logique de Duiiiarsais et de Condillac).

Analyse des ouvrages Iiliiio-opliiques de l'anliquite.

- élèves seront • ■s de traiter - questions en i itin comme en 1. aiiçais.j

Section militaire.

1'" classe.

Algèbre.

Géométrie théorique et pratique, application de l'algèbre à 1.1 géoiiiélrie /équations de la droite et du cercle, construction des quantités, méthodes du premier degré).

i° classe.

Trigonométrie rectiligne et sphérique, avec application à 1.1 levée des plans.

i Sootione coniques.

5' classe.

Statique.

Eléments d'astrono-

, mie.

Eléments de fortifications.

Éléments de physique et de chimie.

Manœuvre du canon.

1 ii|ue langue sera de deux ans, aii bout desquels les élèves de la section civile ippniidroMt l'anglais, et ceux de la section militaire, l'allemand. Les élèves ne prendront de levons que tous les deux jours, une heure chaque lois, et par division de vingt-cinq '•lèves.

Il - ra donné aux élèves de la seconde section destinés à la carrière civile ou militaire !■ ons d'armes et de danse.

1802). [Décret.)

I On enseignera dans les lycées les langues anciennes, la rhétorique, la logique, la morale JBt les éléments des sciences mathématiques et physiques.

Le nombre des professeurs ne sera jamais au-dessous de huit, non compris les maîtres de dessin, d'exercices militaires et d'arts d'agrément.

19 frimaire an XI (10 décembj

1'° AXlV.r:

LATIN

6* classe.

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