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VERS L'AMOUR

De même que l'exercice et le droit de la Liberté sans la science, pour chacun, d'être libre, sans la possibilité matérielle et légale, pour tous, d'exercer ce droit, complique la vie individuelle et la vie sociale ; de même l'amour, inconnu, méconnu et s'ignorant lui-même, mais impérieux et sans cesse agissant, se servant en aveugle de tout ce qui peut seconder les lois primordiales de la vie, ajoute à notre désordre son omnipotence, son trouble et sa fantaisie.

D'après les Progrès et les luttes, à travers le temps et l'espace, de l'esprit, de l'âme et de la Raison, affirmés et aujourd'hui en présence,* nous pouvons conclure qu'en même temps que la vie nous impose et exerce, sans cesse et sans nous, tous ses pouvoirs, elle poursuit le but de les rendre conscients dans l'être humain, son élément supérieur d'expression ; au milieu de sa continuelle action et réaction, elle le met en possession de tout ce qui lui est nécessaire pour posséder et exprimer consciemment la vie même, en progressant.

En effet, nous voici arrivés à comprendre que, dans l'Etre humain, la Vie, réalisée dans toute sa plénitude, est à la fois la Liberté conquise de son intelligence, possédant tous ses pouvoirs, ayant acquis tous ses savoirs pour exercer sa puissance ; la liberté des facultés de l'âme en possession de leur amour et de la Pensée ; et la parfaite sensibilité de tout rêtre,|de toutes les parties de l'être, possédant la puissance de la réversibilité et réalisant la conscience.

Nous savons, en conséquence, que l'exercice que nous devons faire de la vie, en nous, consiste dans l'union de l'Intelligence et des facultés psychiques, dans l'accord de l'Intelligence et de la Raison, dans la conjonction de l'Amour et de l'Intelligence, dans le travail de ridée et de la Pensée affective, dans l'exercice de la sensibilité et de son reversement, sous l'œil de la conscience ; et que cet exercice est actionné par le moteur sexuel, dirigé par l'amour spirituel, rationnel de l'Etre : sa volonté humame morale, résultante du travail

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de la Liberté conquise et de la conjugaison libre et consciente des pouvoirs de la vie et des facultés de l'Etre.

Réaliser la Vie dans l'Etre humain exige^ en conséquence, la réalisation en lui de la Liberté de l'Intelligence et de tout ce quelle comporte^ et celle de son amour ^ en le rendant maître de sa sensibilité.

Nous avons vu comment nous pouvons réaliser les facultés psychiques de l'Etre pour établir sa liberté qualitative; nous savons (i) comment s'obtient la liberté de l'intelligence, son savoir et son pouvoir.

La liberté queruDus avons étudiée (2) est la possibilité de l'exercice de l'amour supérieur de l'Individu ; celle sans laquelle l'esprit ne peut, être fécondateur dans l'Etre dont il fait partie ; celle-sans laquelle l'Idée ne peut cojacevoir la Liberté sociale dans ses institutions.

Avant de réaliser la liberté de l'amour d'un être, il convient de le mettre en possession de son amour.

La difficulté de faire la Liberté naît de l'Idée de Liberté circulante et ayant droit d'exercice et de circulation dans lesociai, sans que la Liberté de l'intelligence et celle de l'amour existent dans l'individuel. La difficulté de réaliser l'amour s'augmente de la difficulté de réalisation de la Liberté, de ce que la Liberté se présente avant la réalisation de 1 amour et de ce que l'amour est à la fois de l'Idéal et de l'action, exigeant, sollicitant la participation de l'Etre, ayant son foyer en lui, et toua ses agents, matériellement, attractifs et tangibles, en lui et en dehors de lui.

La liberté, qui est, ainsi que la sensibilité, un autre nom de la vie.^ se mêle à tout ; comme la vie, comme la sensibilité, elle est impalpable. On en parle. On en sent le besoin, la tendance, l'aspiration et le bienfait. Mais elle ne se matérialise pas. Elle accompagne et facilite. Tel n'est pas l'amour.

Non seulement on le sent intimement et physiquement, mais il est impératif-, il veut agir et s'impose matériellement à l'Individu. 11 participe de tout l'être, de tous les règnes de la nature, qui sont en lui et autour de lui, de toutes les^ forces de la vie, dont il possède, dans l'organisme, les éléments d'expression et les moyens de continuité par ses deux facteurs : le masculin et le féminin.

Si la liberté facilite la vie, l'amour l'embrouille, comme la liberté le fait elle-même, tant qu'ils restent tousdeuit à l'état impulsif.

(i) Education des sens, (2) Vers la Liberté.

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Mais dans la Liberté réalisée, c'est lui qui est l'Union, la Beauté, la Bonté, l'exqursité et l'a douceur de vivre, car il se réalise et s'emploie dans la connaissance et le respect des sensibilités.

De ce qu'en notre époque de recommencement, la Liberté n'est pas ; que l'amour ne se connaît pas; et que toutes les idées, tous les droits de manifestation des individus s'affirment, sans qu'ils sachent ce que c'est que se manifester, nous avons réellement besoin que la lumière qui éclaire le superficiel s'infiltre dans l'individuel pour rayonner sur le social, et que, comme Josué, après avoir vu les raisins, les fruits de la vie réalisée et consciente, nous commencions le travail de la réalisation de l'Etre humain par la prise de Jéricho, le terrain cultivable et fécondable par l'amour des deux pouvoirs de la vie, en arrêtant le Soleil, tout en empêchant la nature d'avancer.

Nous prendrons alors possession de notre moteur, de notre foyer, en y voyant clair. Nous emmagasinerons de la lumière avec sa chaeur en conduisant l'évolution de la spirale progressante, et nous pourrons marcher à la conquête de l'Humain. Nous aurons bientôt acquis les matériaux et le savoir nécessaires à la construction intérieure du temple que doit contenir le foyer cérébral, où librement consciemment et rationnellement, brillera l'Intelligence dans la chaleur féconde de l'amour réalisé.

L'Etre humain, comme il y sera de plus en plus convié, pourra alors parcourir la Terre. Le temple ne sera nulle part attaché par sa base à la matérialité. Il sera dans l'Etre humain lui-même, dans l'union intime de son moi humain vivant, connaissant, réversible, conjonctif en vérité, et radiant. Et, dans la vie sociale de son pays, portant en lui toutes les raisons, tous les moyens connaissants de l'âme même du sol, il sera capable de lui donner et de lui prendre tout ce qui doit concourir à sa plus grande prospérité comme au Bien-Etre de tous et de lui-même.

N'est-ce pas là, en effet, l'harmonie réalisée en activité ^

Dans la grande poussée volontaire à laquelle nous assistons ; dans la lutte pour l'Idée ; dans la lutte pour la vie ; au milieu des efforts que suscite la solution lente et complexe du problème économique, résolvant en même temps la question du droit au travail et en organisant l'usage, si, d'un côté, la pensée et la conscience cherchent dans la solidarité, aube sociale de Tamour, la véritable règle de trois

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complémentaire de celle que connaissent tous les répartiteurs d'intérêts, de l'autre, l'égoïsme, prenant aussi pour thème la solidarité, mais, examinant les armes, et se montrant, ce qu'il est souvent, opportuniste, dénonce Tamour comme une entrave dans l'action de la Rénovation sociale.

Les raisons qu'en donnent ceux qui exaltent et défendent l'Egoïsme ne sont pas toutes dénuées de logique ; mais elles restent forcément l'infécondité.

(t L'amour mutuel ou la fraternité comme moyen d'action sociale est absurde et impossible, affirment-ils. »

En cela, ils ont raison. L'amour ne peut être un moyen que pour la vie réalisée. On ne le forge ni l'achète à volonté : il se manifeste de lui-même. Son efficacité ne peut être réelle que s'il vit dans les individus... ses actes ne sont pas des simulacres.

Agir au nom d'un agent sans porter en soi tous ses attributs^ c'est renouveler l'histoire de l'âne revêtu de la peau du lion, qui agit comme un âne malgré sa parure.

(( La propriété privée, disent-ils, est le grand mal de notre époque. (( Elle n'est pourtant pas le résultat final de l'évolution historique (( comme beaucoup le prétendent. Elle naît et se développe par la (( conquête ou le droit du plus fort, trop souvent contrairement à la (( justice. Elle est la généralisation de l'égoïsme.

(( L'amour ne peut pas fraterniser avec le désir de progrès et de (( bien-être pour l'humanité entière. Toute réaction sociale est le (( produit du choc des antagonismes existants. Si donc l'amour (( intervenait, il aurait une action paralysante. La Bonté et l'Intelli- (( gence sont encore actuellement limitées par la prépondérance de (( l'égoïsme ; égoïsme nécessaire, étant donné le système social (( actuel qui est en même temps la cause du capitalisme et de l'auto- (( rite et ce n'est pas l'amour du prochain qui produira la félicité (( universelle mais le bien-être général qui engendrera l'amour (( mutuel. ))

Voici l'exposition du problème qui met aux prises l'amour et l'égoïsme, les deux agents actifs sur lesquels reposèrent, dans les êtres de tous les temps, les mobiles des actions décisives, et qui se disputent très nettement en ce moment, l'efficacité et les moyens de l'ère rénovatrice qui commence.

Pour l'instant, les égoïstes sont irréductibles et intransigeants. Les protagonistes de l'amour, je parle des clairvoyants et des conscients, font des concessions à l'Egoïsme en considération de ce

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qu'est l'Egoïsme : la nécessité d'exister et de se cultiver personnellement pour vivre. Celle-ci se résolvra-t-elle sans l'amour >

Car si l'Etre Humain existe par le pain, il est venu de l'amour; il doit vivre de lui et de l'intelligence ; et le pain qu'il doit absorber pour exister ne peut être bon que gagné dans l'ambiance de la vie de rHomme : l'amour et la Liberté.

On peut donc concéder à l'Egoïsme l'Idée de la conquête de la subsistance, quand c'est l'amour qui la lui fera goûter, si le travail, organisé par lui, permet d'espérer dans un certain ordre, ce développement intime des êtres et leur réelle compréhension de ce qu'ils peuvent vouloir ensuite, pour leur bonheur particulier, sans rester des jouets et des moyens. Mais là encore, ce n'est pas l'égoïsme qui pourrait enseigner la Vérité qu'il ne possède pas.

En fait, il n'y a pas de partisans de l'égoïsme et de partisans de l'amour.

Il y a des sociologues qui apprécient ce que produisent ces deux moteurs.

Les uns, regardant en arrière et, déduisant d'après ce qui s'y est toujours produit dans l'histoire, concluent à l'inévitable recommencement des manifestations qui forment la vie et l'organisation des sociétés et ne sortent pas de ce dilemme. Pour cette fois, il faut cependant qu'ils fassent exception, car les circonstances et les éléments ne sont plus les mêmes et ne furent jamais ce qu'ils sont, en aucun temps.

Les autres considèrent que tous les humains de la terre sont en communication; que chaque coin arable de la planète jouit d'une organisation sociale. Ils constatent que le peuple et la femme veulent vivre ; et que l'Individu doit le faire en prenant connaissance de lui-même. Nous voici arrivés au moment où de toutes parts va se préparer l'harmonie des divergences cultivées.

Les affirmations en faveur de l'Egoïsme, et les arguments qu'on dépense pour lui, prouvent la méconnaissance ou l'ignorance complète du mécanisme humain et des moyens évolutionnels de l'Etre, non moins que celle de la loi de progrès sur notre Planète dont ses partisans se réclament cependant. A mon sens, ils oublient de compter avec l'état évolutionnel révolu. Il nous vient des xvii® et xviii*^ siècles et n'en reste pas moins, quand même il a passé sur un mode de gouvernement et sur des conceptions différentes, l'acquis psychique dont participe l'humanité actuelle.

Qu'ils le veuillent ou non, Vidée de rHumanité d^ aujourd'hui nen

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conjuguera pas moUis pour progresser sur son acquis psychique tout entier.

La grande poussée philosophique, qua au xviii^ siècle proclama le règne de la Raison, fut l'éclosion florescente d'un état des esprits et des âmes arrivant à une plénitude d'expression. Elle proclama ce que nous voulons réaliser aujourd'hui. Elle portait en elle les raisons vécues, vivantes, de leur désir de Liberté, d'EgaJité et de Fraternité. LA Tx)us sentaient et comprenaient si bien alors que la Raison, c'est

RAISON l'iiîmour spirituel et psychique, la volonté consciente de la plénituole d'être, devenant la Raison des actions, que tous les êtres hiUmains frémirent et vibrent encore, depuis cent vingt-cinq ans, du Baiser que se donnèrent en France, sur l'autel de la àVation, l'Amour et la Liberté, le Jour de la Fédération, le 14 Juillet 1790.

Soixante mille ddputés français de tous ordres, représentant le pays tout entier, communiaient enfin dans une même Raison de vouloir, dans un même amour de savoir et de penser !

Qu'on ne croie pas que cette ardeur et cette harmonie ne restent pas malgré tout en nous après les luttes du xix" siècle. Elles y sont encore toutes vibrantes.

Aujourd'hui, en pleine mise en œuvre du travail nécessaire à la ratification de ce serment d'amour, prêté unanimement par tout un peuple; aujourd'hui que les générations nouvelles portent en elles les raisons vivantes de le tenir, la lutte ne divise Les combattants (de la vie que parce qu'ils ne les sentent pas consciemment, .parce qu'ils s'ignorent dans l'dtat com-batif évolutionnel, comme ils s'ignorent dans l'Etat Humain. Cela n'implique pas que chez nous l'égoisme ne soit pas vaincu d'avance. La France est à la fois la terre de la Liberté et de l'Amour, la terre -de la Vie rayonnante, parce qu'elle porie en même temps en elle la Raison. Ceux qui sortent de son sein naissent avec les mêmes germes dans l'âme.

Ils en donneront et les fleurs et les fruits.

Depuis 1790, le souffle de l'amour véritable, sortant du Passé, a affleuré tous les Humains^ mais nous jouissons déjà, comme nous le savons, de l'Idée de Liberté .circulante, sans en posséder le savoir et le pouvoir^ nos raisons et notre nature s'en dévoient. Ainsi, la lutte nécessaire à l'œuvre de la vie, voit-elle ses militants divisés en deux camps.

Je ne parle pas de ceux qui ont intérêt à retenir toute action et tout mouvement ou qui se croient obligés de le faire ; je parle de ceux qui regardent l'avenir et marchent vers lui.

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Et le plus (iurieux c'est que l'Egoïsme ne se réclame pas que de ses raisons, il agit aussi croit-il au nom de la ^Raison.

L'Egoïsme craint l'Amour. 11 crie dans son ignorance : « Si l'amour intervient, il me paralysera. »

Tandis que l'Amour qui sait, répond : << Travaille à être ce que je suis: sache, connais, apprends, sors de toi-même, et notre puissance unie sera incalculable, infinie comme la Vie, comme la Vérité, comme ce qui est ».

Car il faut que l'Egoïsme le sache : l'Amour n'intervient pas ; l'amour ne sera pas le produit du Bien-Etre : l'Amour est dans les Etres : il est la vie elle-même dans sa manifestation féconde et progressante. Il est l'Etre réalisé ; il est toute sa qualité, la chaleur de sa morale et de sa volonté. Il se développe en lui selon son savoir, selon sa force, et le bon et judicieux emploi qu'il en fait.

Et si, de nos jours, la lutte entre l'égoïsme et lui se précise, si l'on revendique en faveur du premier, qui est cependant la force inconsciente, c'est que l'amour se manifeste lui aussi impulsivement en toute liberté; c'est qu'il gêne; c'est qu'on le sent prés de sa volonté

d'action et qu'une manifestation approche, redoutable parce que conciliante.

Il est si bien le moteur du progrès et l'un des principes de vie que, sans qu'on s'en soit douté, il a progressé dans un grand nombre d'individus et dans la société (i). Son règne se prépare. Que dis-je? il est prépondérant déjà.

Que sont donc aujourd'hui les solidaristes au nom de l'Amour, sinon les aimants qui portent en l'âme le baiser fécondateur de la Fédération > Ils agissent selon ses moyens.

Mais l'égoïsme dans la lutte se présente avec cet avantage qu'il semble l'absolu et qu'il l'est, plus ou moins supérieur, dans tout ce qui existe; c'est sa volonté minérale d'exister. Il donne tête baissée dans tout ce qui l'entrave; il est le principe de la force primant le droit au nom du droit lui-même.

Il l'avoue même franchement et croit sa conduite nécessaire et scientifique.

Mais si les premières et rudimentaires manifestations de la vie que l'on constate reproductive, dans les cristaux, par l'existence de deux facteurs sexués, prouvent que dans les rapports de fécondation de

(i) Voir la Loi de Progrès.

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ces deux facteurs, rantagonisme se produit immédiatement après l'union, cest-à-dire que légoîsme de chaque être reprend ses droits après l'amour; il y a là des raisons de physiologie et de reproduction très intéressantes à observer. Elles sont nécessaires, d'une part, à la gestation comme à la mise au jour du produit de l'union, tandis que, de l'autre, elles permettent la reconstitution du principe fécondateur masculin. L'égoîsme et l'amour sont bien ainsi à la base de la vie la plus rudimentaire comme à la basede]la vie des êtres les mieux organisés, comme l'âme minérale, principe de vie masculin et féminin, acheminant Têtre vers l'âme humaine, est à la base de la vie planétaire. Mais il y a loin de l'âme minérale à l'âme humaine qui s'est accrue du végétal et de l'animal et qui, en devenant humaine, doit justement savoir faire usage de ce qui constitue sa progression et son évolution, et de sa valeur intrinsèque particulière (i), ainsi que nous l'avons vu et que l'Education humaine l'indiquera. L'Etre humain, pour lutter, doit se servir de sa force et de sa qualité humaines. Si TEgoîsme est l'agent de l'inconscience volontaire de l'être instinctif, l'amour est la volonté supérieure et intelligente des êtres conscients: c'est à cette volonté que doit rester l'autorité souveraine sur la Planète et c'est elle qui doit préparer, organiser et guider ce qui y sera de la Vie, féconde et harmonieuse.

On ne récolte que ce qu'on sème.

Il pousse bien assez de mauvaises herbes sans les semer soi" même.

L'égoîsme permanent est un état de l'évolution de certains êtres. Il marque l'arrêt de la nature intime, le moi végétal non développé, laissant l'individu dépourvu de la réelle sensibilité affective capable de se reverser extérieurement autrement que pour eux-mêmes. Ils ignorent la joie du don. Chez un intellectuel, l'Egoïsme peut devenir de l'altruitisme ; mais il se différencie de l'Amour, dans tous ses actes, en ce qu'il n'agira qu'en vue de sa propre satisfaction. L'amour connaît le sacrifice et la générosité. L'Egoïsme est infécond : ou il divise pour régner, ou il rapporte tout à lui. Il ne rayonne pas.

On le reconnaît à ses oeuvres ; le temps se charge de rectifier dans l'opinion et dans la vérité ce que l'habileté, le savoir-faire et l'activité s'étaient acharnés à vouloir prouver et que l'évidence et l'impartialité de la postérité mettent au point.

(i) Tare originelle^ page 17.

VERS l'amour! Ï2I

Le commencement du xix'^ siècle en porte un exemple dont les lois nous blessent encore.

Prêcher et exalter l'égoïsme, c'est faire perdre tout le bénéfice d'être, enfermé justement dans la possibilité de vivre, qui est d'actionner consciemment et avec fruit tous les centres de sensibilité et les facultés, en sachant les connaître et en reversant sur la vie sociale le bienfait du savoir, de l'Intelligence, de l'amour conscient et de la Raison, ou volonté, que demande notre travail actuel.

Nul n'a vécu, s'il n'a aimé ; nul n'a aimé, s'il n'a vécu.

Nul ne peut donc préparer le bonheur des autres, y contribuer, élaborer des lois, s'il ne sait vivre et s'il ne sait aimer.

I^'amour, c'est la vie même de l'Etre humain ; c'est la vie de son l'Amour. corps, la vie de toutes ses pensées, la vie de toutes ses facultés, de tous les organismes de son corps et de sa cérébralité.

Car l'amour est la quintessence de la substance manifestée, dégagée de la matière.

11 est la chaleur vitale.

Plus il aide l'intelligence à devenir la lumière, plus il intensifie et féconde la force particulière qui est en nous et qui s'appelle l'intelligence et est la lumière, plus cette lumière est radieuse et bienfaisante.

Tant que l'Etre humain n'a pas su arriver à cette réalisation, il ne se connaît pas et se trompe sans cesse.

Les êtres normaux et sains, dont toute la sensibilité est vibrante, dont les sens sont délicats et l'intelligence lucide, produisent gêné"" ralement et logiquement les êtres d'amour, les aimants humains en possession de la force magnétique, psychique, fluidique et électrique. Ils portent en eux une qualité d'amour qui touche tous ceux qui les approchent, quel que soit leur degré d'évolution. Car l'amour va au devant de l'amour; il se fait connaître aux autres par la qualité des fluides qu'il projette au devant de lui et qui l'entourent.

Mais même ces êtres d'exception ne sont pas en possession de leur amour, s'ils ne s'en rendent pas compte, s'ils ne sont consciemment les conducteurs de leur admirable éclosion.

C'est dans la possession de cet amour connaissant que l'Etre humain marche vers l'Intégralité, vers la Liberté. Il ne la possède que lorsque se connaissant, se possédant lui-même comme il a conquis la Liberté de son intelligence, de son amour, de sa conscience, il connaît, respecte et apprécie les différences, les équivalences de moyens dont dispose l'être complémentaire social de l'autre sexe,

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homme ou femme, sans lequel la force, la qualité individuelles res tent infécondes.

Ces/ la conscience et V emploi de ces divergences qui sont les moyens d organiser le social selon l'ordre qui conduit le monde par Vharmonie vers V unité.

L'Homme qui se croit père et mère de ses œuvres se trompe sur ces deux attributs. Il tient sa paternité autant du passé que de luimême et sa maternité .ne sera effective, son œuvre ne sera vivante dans le social que lorsque l'esprit, l'amour et la Raison de la femme l'accueilleront, la porteront ensuite dans la pensée et qu'elle sera par elle en rayonnance vivante, circulante. Sinon elles existent, mais elles ne sont appréciées que par quelques esprits masculins qui n'ont que des aspirations et des tendances actives sans puissance créatrice personnelle, et qui véhiculent, en les reprenant, les créations des autres. Mais elles n'en sont pas moins frappées de stérilité.

Voilà pourquoi il faut que les deux sexes se connaissent et s'apprécient réciproiquement dans leurs équivalences et leurs différences, qu'ils sachent penser et qu'ils soient intègres dans leur jugement réciproque.

Ce qui se passe pour les œuvres d'un sexe, se passe en contrepartie pour l'autre, généralement.

Il est de l'intérêt supérieur de l'Humanité que ses enfants physiques, psychiques et intellectuels soient rationnels, qu'ils naissent de pères et de mères en possession des pouvoirs dont ils se réclament et sont si fiers, tandis qu'ils sont seulement dans l'Idée.

La V^ie est à ce prix comme l'Amour.

C'est dans l'amour, union des sexes, que nous pouvons observer combien l'interprétation humaine a été la source et l'entretien de l'erreur, de l'ignorance des sexes l'un sur l'autre, la cause de l'infériorisation des deux et de la souffrance, de l'esclavage très réel de la Femme.

'L'Idée que l'Homme s'est faite de la Femme et qu'il a puisée dans la littérature de tous les temps, dans les poètes de toutes les époques, n'est que le résultat d'expériences après lesquelles l'Homme mesurait la Femme à la réalisation de l'Idéal qu'il plaçait en elle, et pas du tout au bonheur très réel et très vivant que, connue et considérée dans sa valeur intrinsèque, elle pouvait et devait donner selon la Vérité.

11 en résulte une méprise continueHe entre les deux sexes.

VERS l'amocjr! 123

L'Etre humain, ignorant et ismpulsif, qui ne sait pas ce qu'il est^ séant seulenaent qu'il aspire touj-ours à la communion avec Tinfîni ; pour la réaliser, il se cr6e des mirages. Il des identifie et les transpose dans lie seul être : (homme ou femme, qui lui permette de s'imaginer qu'il vit, par sa possession, son illusion personnelle et son rêve particulier. 11 rencontre chez d'autre des mobiles analogues, différents dans leurs raisons et leurs mnoyens.

11 est forcément et d'avance déçu. S'il est poète, écrivain, artiste, s'il peut, sur les véhicules de l'amour qoie «ont les beaux-arts, faire circuler ses impressions, il chante, écrit ou fixe dans des formes, ses espoirs, ses illusions, ses mécomptes et ses détresses.

Et sans s'en rendre compte ou en de voulant, il entre alors dans «l'œuvre, la vanité du producteur qui pose quelque peu -devant un public.

Quelle part la Vie, la Vérité de ce qui est, a-t-elle dans ces expressions devenues elles-mêmes d'autres êtres, faits pour intoencer le public et pour lui plaire ) Et dans l'action initiale, les corps, les âmes, les intelligences, toute la grandeur des êtres, les êtres euxnaêmes ont servi, sans y prendre une part réellement consciente, de truchement à un essai, à une tentative de sensation vibratoire intense, qui n'a rien à voir avec la conscience, la connaissance de la Vérité, sinon pour y jeter la perturbation.

Ce qu'ont chanté, poètes, littérateurs, artistes, jusqu'il y a une trentaine d'années, sur la Femme et l'Amour, ce furent leurs rêves et leurs mésaventures personnelles.

Les hommes jusqu'alors se les sont racontés tout haut, à euxmêmes, pour se complaire, en se leurrant dans leur -décevante impuissance de connaître, de savoir et de définir et sans sortir de soi. Ils n'ont regardé qu'eux-mêmes ou des résultantes par rapport à eux. L'égoïsme, là aussi, a laissé son eosupreinte et imposé sa stélilité.

Le XIX® siècle fut un débordement d'interprétations.

L'amour supérieur, la Raison des esprits et des âmes du xvin^ siècle selon leur état, n'ayant pu exprimer toute sa puissance et donner tous ses fruits après 1791, débordé qu'il fut dans son oeuvre de recommen^iement et de Liberté par les mentalités non préparées qui, se satisfaisant, révolutionnaient à leur manière brutale et barbare, ajprôsles guerres du consulat et l'Empire, avorta dans le Roniantisme.

11 eut ses deux chantres : Lamartine et Musset, chacun dans

manière de le traduire posè^at-devant la gloire et cependant l'un.

fît chanter tout l'amour avec une voix humaine et l'autre le fit pleurer avec une voix poétique et amère où l'on peut retrouver toute la décevance de l'interprétation. Le bandeau sur les yeux de l'amour fait mal à la vanité des êtres humains tout en la flattant ; Musset l'a bien démontré ; tandis que George Sand, par sa légendaire aventure avec Pagello, nous laisse dans ses lettres la preuve de son bonheur d'interprétation, sa joie de mettre tout le monde au courant de ses aventures.

C'est bien fini : le grand amour qui aurait pu naître d'une grande époque ne fut pas encore par eux.

Et depuis) Depuis, nous voici revenus à un temps très primitif. L'Homme, fier de faire l'amour en tout temps, est le maître du terrain; et des expressions, qui sortent du terroir même, caractérisent assez bien son idéal d'amour. La marchande de sourires s'appela (( cocotte )) et maintenant « poupoule » fleurit même sur le conjugal. Ceci peint une époque. Le coq chante.

La poule est passive à moins qu'elle ne se révolte. Oh ! nous sommes loin du plan humain. Et l'amoralité est complète. Il est temps d'allumer la lanterne de Diogène, non pour chercher un homme et une femme, mais pour les éclairer sur eux-mêmes tous les deux.

Dés que l'Homme voudra savoir et non pas croire, et qu'il comprendra pourquoi il doit vivre d'après ce qui est, c'est dans l'action solidaire, dans l'union sincère et connaissante des énergies actionnant des raisons et des moyens différents, c'est dans la communion des équivalences morales-mentales reconnues et appréciées, de l'Homme et delà Femme, qu'il voudra chercher le bonheur d'aimer et la sécurité de ce bonheur.

Et voilà où la réalisation de l'amour en chaque être s'impose, pour que l'amour connaissant allant au-devant de l'amour, les êtres humains réalisés veuillent et sachent se reconnaître, pour l'union des énergies, des sensibilités, des facultés, des âmes, de l'intelligence, de la Pensée, de la tendresse, et qu'ils puissent réaliser consciemment, à deux, l'unité supérieure, le couple complémentaire, pour lequel le masculin et le féminin humains sont créés.

Car l'amour considéré en lui-même, à tous les degrés de l'évolution de l'être, étant sans cesse un effort, un désir, une aspiration de conjonction harmonieuse avec ce qui le complète et peut le féconder et être fécondé, se méprend sans cesse sur la réalité, la force et la valeur de ses attractions et de sa volonté. L'Etre Humain ne sait pas

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discerner en lui ce qui l'attire vers un autre être ou vers tout un ensemble d'êtres.

Il ne sait pas distinguer lequel de ses trois centres de sensibilité: dermique, sanguin ou nerveux, est attiré. Il s'en suit que ses amours sont des expériences si amères que l'Homme en arrive à affirmer que l'amour est un virus, un microbe ! C'est même très amusant cette conclusion de l'impuissance de connaître et cet aveu de défaite scientifique (car c'est un docteur américain qui a trouvé cela) d'autres médecins français ont affirmé déjà que Tamour relève de la pathologie. Certes, c'est un trouble et une perturbation toujours; c'est un arrêt de la vie, mais c'est aussi un moyen de se connaître et pour les natures solides, celui de progresser.

L'inconstance est la fin logique de ces amours inconscientes et impulsives, même chez des êtres demi-conscients. Mais comme l'amour est toujours fécond, au moins intellectuellement quand il ne l'est pas physiquement et qu'il est aspiratif, chez les natures normales et saines, il détermine généralement une éclosion partielle dans les facultés et ainsi recrée sans cesse ceux qu'il unit en les éclairant sur eux-mêmes.

Tandis que, pour l'Homme, l'amour de la Femme est toujours plus ou moins vaguement l'illusion de l'étreinte de la nature tout entière et un plongeon voluptueux et expansif dans la matière vivante, dans ce qu'elle lui offre de plus qualitatif, de plus différencié et de plus adéquat, de complémentaire et d'inconnu comme l'infini, tandis qu'il en reçoit intellectuellement, s'il est progressant, un choc fécondateur, chez la femme, l'amour est toujours une fécondation, sinon physique, du moins psychique, et la mise en activité de la cérébralité. C'est pourquoi l'on dit que l'amour donne de l'esprit aux filles et que la femme est changeante.

L'Homme détermine toujours chez elle un état nouveau dont il doit savoir refaire une nouvelle conquête.

Car ce n'est plus seulement la femme qu'il possède, qu'il faut satisfaire : c'est celle qu'il a lui-même déterminée ! !

Tout le mystère de la prétendue versatilité féminine est enfermé et dévoilé là.

Mais... il faudrait que l'homme fût averti... et qu'il possédât la science de la Vie et la connaissance de la loi de Progrès, celle du

féminin et de sa spirale évolutionnelle en la femme comme en

lui-même, et qu'il fût à la hauteur d'une telle œuvre pour l'accomplir.

120 VERS LA vie!

Oii ! l'amaur n'est pas moins que la Vie et la Liberté un travarli de réalisation. Il est la récompense de ce travail qui, plus que tout autre, exige la connaissance, Femiploi et le respect des sensibilités.

En conséqaaence, et étant dxDnné- que l'araiour est l'expression réalisée de. la quaJité de l'Etre, chacun à son amour et est rexpressioia de son amour.

En effet, qu est-ce donc qu'un être beau sinon celui dont l'intelligence, dont l'âme: et Famour rayonnent sur son visage>

Qu'est-ce qu'un être aimable, sinon celui dont l'affectivité parle dan^les yeirx, le sourire et la voix?

Donc l'amour d'un être humain est L'être lui-m'ême ; il est l'essence de la vie de l'Etre. L'amour miasculin et Vamour féminrn diffèrent en se comptlétant, selon la loi.

Notre organrsane n'est qu'un agrégat d'êtres, d'astres, qui ont chacun leur vie propre, concourant à la vie totale de rïndividu.

La vie, qui trouve son chemin libre, détermine dans chacun de ces êtres son amour particulier dont est composé ensuite l 'amour total de l'Etre physique, psychique, fluidique.

Quandi les organes, les sens, toutes les facultés et le cerveau sont vivants, chaque faculté, chaque sens^ chaque organe qui est en nous est en possession de son amour particulier et le produit selon ce qu'il est, physique ou psychique. Il possède alors le conjonctif actif ou passif, fécondateur ou fécondable, dans chaque être qui veut, qui désire,, qui recherche la conjonction pour se compléter, soit dans l'être lui-même, soit extérieurement.

La conjonction sera d'autant plus supérieure que l'être sera sain, normal, conscient, vivant tout entier, et moral.

Tant que les humains ne seront pas, par l'éducation rationnelle et humaine, en possession de l'amour de leurs facultés, de l'amour de tout leur être, Tamour ne sera pas. Seul connaît l'amour celui qui peut et sait se rendre consciemment vivant tout entier.

Il possède alors tout l'amour de son être. Et s'il aime, s'il recherche l'amour d'un autre être, s'il y persévère, c'est qu'il a reconnu celui qui est comme lui et peut, s il veut, être capable de le compléter, et de le comprendre.

L'amour est à la fois Tagent et l'essence de la force qualitative de l'Etre humain intellectuel, psychique, moral, fluidique et physique

VERS l'amour!

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